Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 12 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 52

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Ces ordres émis à la fin de mars, ne pouvaient guère recevoir leur exécution qu'à la fin d'avril, ou au commencement de mai, et il était à craindre qu'avant cette époque il ne se passât de sérieux événements, ou sur la frontière de la Vieille-Castille, ou sur celle de l'Estrémadure. Lord Wellington en effet, après avoir eu de graves difficultés, soit avec le gouvernement portugais, soit avec le gouvernement britannique, tant qu'il était resté acculé aux lignes de Torrès-Védras, lord Wellington était depuis la retraite du maréchal Masséna dans une position bien différente. Les Portugais et les Anglais avaient été obligés de reconnaître que lui seul avait eu raison contre tous, que lui seul avait bien compris le genre de guerre qu'il convenait d'opposer aux Français en Espagne, et que dans les lignes de Torrès-Védras il avait créé l'unique obstacle devant lequel la fortune de Napoléon pût être contrainte de s'arrêter. Son rôle, déjà bien considérable, s'était tout à coup fort agrandi aux yeux de ses auxiliaires et de ses compatriotes. Tandis que Masséna, qui avait été sous tous les rapports son digne adversaire, ne rencontrait qu'injustice, blâme, dégoût, lord Wellington, fort contrarié un instant dans ses plans, obtenait la justice que le succès commande, que les pays libres font attendre parfois, mais qu'ils accordent tôt ou tard, parce que la contradiction les éclaire, tandis que le plus souvent elle irrite sans les éclairer les souverains habitués à jouir d'une autorité absolue. Lord Wellington, bien qu'il n'eût encore remporté aucune victoire décisive, bien qu'il n'eût obtenu d'autre avantage que d'amener les Français à s'éloigner de ses lignes, avait vu l'opposition tout entière, par l'organe de lord Grey, rendre loyalement hommage à ses combinaisons, et déclarer qu'il avait démenti toutes les craintes, dépassé toutes les espérances, et changé complétement la face des choses par sa persistance à tenir dans les lignes de Torrès-Védras. À partir de ce moment la situation des deux partis de la guerre et de la paix était devenue tout autre dans le parlement britannique, et au lieu de se trouver à force presque égale, celui de la guerre avait repris un ascendant irrésistible, et définitivement conquis le pouvoir. Sans doute la souffrance commerciale était toujours grande, la gêne financière toujours embarrassante; mais l'anxiété qui tenait les esprits dans un éveil continuel était dissipée, et on ne craignait plus de voir l'armée anglaise ou jetée à la mer, ou détruite. Le prince de Galles qui avait voulu appeler un nouveau ministère, et qui avait attendu pour cela que la maladie de son père fût réputée durable, n'y pensait plus maintenant, quoique les médecins eussent déclaré incurable l'infirmité de George III. Habitué peu à peu aux anciens ministres que d'abord il n'aimait pas, dispensé de ménagements envers l'opposition qui ne le ménageait plus, confirmé dans son penchant à maintenir l'état présent des choses par les succès du parti de la guerre, il ne songeait désormais qu'à soutenir M. Perceval et ses collègues, aussi bien qu'aurait pu le faire George III. La chance si belle qui s'était offerte à Napoléon était évanouie, et lord Wellington, couvert d'hommages, voyait tomber tous les obstacles qui avaient un moment fermé devant lui le chemin de la fortune. Avec son armée principale il avait accompagné les pas du maréchal Masséna jusqu'à la frontière de la Vieille-Castille, et avait envoyé le maréchal Béresford avec les troupes du général Hill tenir tête à l'armée d'Andalousie. Il se proposait, tandis que le gros de ses forces resterait en vue des places d'Alméida et de Ciudad-Rodrigo, d'aller avec le reste reconquérir Badajoz, et rétablir en Estrémadure les choses dans leur premier état. Les secours reçus de Sicile et d'Angleterre lui permettaient de suffire à cette double tâche sans s'exposer à aucun péril, du moins pour quelque temps. L'extrême pénurie de la Vieille-Castille, l'obligation où l'armée de Masséna s'était trouvée de se diviser pour vivre, lui donnaient l'espérance d'investir Alméida sans obstacle, et de reprendre seulement par famine cette place, dont les approvisionnements étaient épuisés. Dans cette confiance, lord Wellington avait cru pouvoir s'éloigner lui-même pour quelques semaines, et s'était rendu devant Badajoz, afin d'imprimer sa propre direction aux opérations qu'on allait entreprendre de ce côté.

[En marge: Nullité des services rendus par le maréchal Bessières à l'armée de Portugal.]

[En marge: Continuation de la détresse dans l'armée de Portugal.]

Les vues du général anglais ne répondaient que d'une manière trop exacte à la situation des choses, soit en Estrémadure, soit en Castille. On se souvient que Masséna, pressé de remettre son armée en état d'agir, s'était transporté de sa personne à Salamanque. Malheureusement à Salamanque il n'était plus chez lui comme l'année dernière, il était chez un hôte très-démonstratif, ainsi que nous l'avons dit, très-fécond en promesses, s'agitant beaucoup, agissant peu, point malveillant, mais cherchant à se faire valoir aux dépens d'autrui, et au milieu de tous les mouvements qu'il se donnait ne produisant pas grand'chose. Voici en effet à quoi se réduisait le résultat des promesses du maréchal Bessières, depuis qu'il était commandant des provinces du nord. Sur les sommes dues à l'armée de Portugal il y avait trois millions d'arrivés à Salamanque. Au lieu de les faire compter à cette armée infortunée, dont les officiers avaient si grand besoin d'argent, le maréchal Bessières lui avait envoyé un million, en avait pris un autre pour payer des approvisionnements, et avait gardé le troisième par devers lui, afin de pourvoir, disait-il, aux cas imprévus, s'engageant à le rembourser prochainement, sur les fonds qu'on devait recevoir de Burgos et de Bayonne. Encore s'il avait tenu ce qu'il annonçait pour prix de cet emprunt forcé, le mal n'aurait pas été sans compensation. Mais voici ce qu'avait produit le million dépensé. Le maréchal Bessières avait promis 18 mille fanègues de blé, dont, à l'entendre, 10 mille déjà rendues à Salamanque, 6 mille en route sur Ciudad-Rodrigo, et 2 mille prêtes à être livrées. Il promettait en même temps des moyens de transport pour ces approvisionnements, et en outre du biscuit fabriqué, des mulets, des chevaux, et enfin dès que les Anglais se montreraient, un secours immédiat de 8 à 10 mille hommes, tant en infanterie qu'en cavalerie. Mais au lieu de 10 mille fanègues de blé réunies à Salamanque, il y en avait 6 mille, et pas une seule en route sur Ciudad-Rodrigo; on n'avait pas entendu parler de celles qui étaient à livrer; il n'y avait ni biscuit, ni transports, ni chevaux, ni mulets. Quant aux secours en hommes, le secours en matériel autorisait à en douter. En attendant, Masséna avait été obligé de laisser disperser son armée du sommet de la Sierra de Gata jusqu'à Benavente, près des Asturies, afin qu'elle pût vivre. Craignant l'apparition des Anglais, il n'aurait pas voulu que Reynier s'étendît si loin vers le royaume de Léon, ni que le 6e s'approchât tant des sommets de la Sierra de Gata. Mais il avait été désobéi par Reynier, qui, profondément attristé par les souffrances de ses soldats, avait ajouté à l'insubordination des paroles peu convenables. Quoiqu'il eût ordonné au général Drouet de ne pas quitter les environs d'Alméida et de Ciudad-Rodrigo, afin d'empêcher ces places d'être bloquées et privées de leurs moyens de ravitaillement, ce général avait rétrogradé jusqu'à Salamanque, en se disant violenté par le besoin de ses troupes, allégation malheureusement vraie. Que faire contre des lieutenants aigris, et appuyant leur désobéissance sur la misère de leurs soldats affamés? Fallait-il les briser à la face de l'armée pour avoir voulu lui procurer du pain? Telle était la guerre d'Espagne, jugée et dirigée de Paris, où l'on connaissait à peine ces circonstances, et où l'on affectait même de les ignorer, pour ordonner plus à l'aise des mouvements la plupart du temps impossibles.

[En marge: Impatience qu'éprouve Masséna de profiter de l'absence de lord Wellington pour se jeter sur l'armée anglaise.]

Cependant deux puissantes raisons inspiraient à Masséna le désir de concentrer l'armée, c'était d'empêcher l'investissement d'Alméida et de Ciudad-Rodrigo, dont il fallait nécessairement remplacer les vivres, et de frapper sur l'armée anglaise, privée de son général en chef et d'une partie de son effectif, un coup terrible, qui relevât les armes de la France dans la Péninsule. Il venait d'apprendre en effet que lord Wellington s'était rendu à Badajoz; il supposait les détachements envoyés en Estrémadure considérables, et il voulait faire repentir le général britannique d'avoir trop légèrement jugé l'armée de Portugal, en n'hésitant pas à s'éloigner.

Dès que cette espérance avait lui à l'esprit de Masséna, il était devenu soudainement un autre homme; il avait tout employé, les ordres absolus là où il avait le droit de commander, les prières là où il ne pouvait que demander, afin d'obtenir ce qui était indispensable à son armée pour qu'elle se mît en mouvement. Il aurait voulu pouvoir emmener avec lui au moins trois mille cavaliers, une trentaine de bouches à feu, douze ou quinze jours de biscuit, et un convoi pour Alméida, qui n'avait plus que quinze jours de vivres. Il suffisait effectivement de laisser les Anglais deux ou trois semaines sous les murs de cette place pour qu'elle fût contrainte de se rendre. Il est vrai que Napoléon avait donné l'autorisation de la faire sauter, mais la détruire en présence de l'ennemi répugnait à la fierté du défenseur de Gênes, et d'ailleurs cette opération elle-même exigeait du temps. Masséna écrivit donc à ses lieutenants et au maréchal Bessières, leur exposa les nobles motifs qui l'animaient, et les supplia de le mettre en mesure de marcher vers le 20 avril. Reynier, Junot, Drouet, Loison, réclamèrent unanimement quelques jours de plus, car leurs chevaux n'étaient pas refaits, et il leur était impossible de se procurer tout de suite la petite quantité de biscuit dont on avait indispensablement besoin. Le maréchal Bessières, au lieu d'alléguer franchement la difficulté d'exécuter ce qu'on lui demandait, répondit par de nouvelles promesses qu'il n'était pas sûr de tenir, et prodigua à Masséna, avec ces promesses, les assurances du dévouement le plus absolu.

[En marge: Masséna ne comptant plus sur les promesses du maréchal Bessières, et ne voulant pas laisser passer l'occasion, concentre son armée pour surprendre les Anglais et ravitailler Alméida.]

Pourtant le danger des places, d'Alméida surtout, était grand; l'occasion, si fugitive à la guerre, allait s'échapper. Masséna commençant à ne plus se fier aux paroles de Bessières, et ne tenant plus compte des résistances de ses lieutenants, donna enfin des ordres de concentration. Grâce à l'excellent général Thiébault, gouverneur de Salamanque, qui, bien que placé sous l'autorité de Bessières, profitait de la présence de Masséna pour obéir exclusivement à ce dernier, grâce aussi aux fonds pris sur la solde, on s'était procuré quelques quintaux de grains et de viande salée pour refaire l'approvisionnement d'Alméida, quelques quintaux de biscuit pour nourrir l'armée pendant le trajet, et après avoir réuni ce faible secours, Masséna avait résolu de l'introduire dans la place investie, en passant sur le corps de l'armée britannique. L'idée de livrer une grande bataille, qui intimide tant de généraux même distingués, l'enflammait, car c'était dans les crises graves que son coup d'oeil supérieur, son caractère inébranlable se montraient avec éclat. Ses lieutenants, vaincus par ses ordres absolus, finirent par se concentrer peu à peu derrière l'Aguéda, qu'on devait passer au pont de Ciudad-Rodrigo, pour s'acheminer ensuite sur Alméida, située comme on sait à quelques lieues de Ciudad-Rodrigo. (Voir la carte nº 53.)

[En marge: État de l'armée de Portugal au moment de la reprise des opérations, en mai 1811.]

Les soldats, quoique à peine reposés, étaient enflammés d'ardeur à l'idée d'une rencontre décisive avec les Anglais. Débarrassés des hommes faibles ou fatigués, ils n'étaient guère que 40 mille combattants, sur lesquels tout au plus 2 mille cavaliers, sans pareils il est vrai. Ils traînaient avec eux une quarantaine de bouches à feu, quantité bien faible, et au-dessous de moitié des proportions les plus ordinaires. Réduite à ce nombre, cette armée était néanmoins capable de tous les efforts d'héroïsme. Malheureusement, à l'exception de Montbrun et de Fournier qui commandaient la cavalerie, les généraux ne partageaient pas l'ardeur de leurs soldats. Loison, toujours brave, était déconcerté par le peu de confiance que le 6e corps avait en lui. Le 6e, comme on doit s'en souvenir, était le corps du maréchal Ney, et il n'était pas consolé du départ du maréchal. Junot n'était pas rétabli de sa blessure. Reynier, qui n'était pas remis encore des fatigues et des agitations de la campagne, n'avait pas l'âme montée à la hauteur d'un grand événement; et Drouet, enfin, si peu utile jusqu'ici, venait d'apprendre qu'il allait quitter l'armée de Portugal. Napoléon, en effet, tous les jours plus inquiet pour l'armée d'Andalousie, avait ordonné que le 9e corps passât sur-le-champ le Guadarrama et le Tage, afin de se rendre sur la Guadiana, ignorant en ce moment que pour le porter plus tôt contre les Anglais, il allait précisément éloigner ce corps du champ de bataille où il pouvait contribuer à les détruire. Cependant, tout en pressant Masséna de le faire partir le plus vite possible, il avait accordé à celui-ci la faculté de fixer l'instant du départ. Masséna ordonna donc à Drouet de le suivre, ce que celui-ci, qui était homme d'honneur, n'aurait eu garde de refuser à la veille d'une action importante. Mais il n'était pas plus que les autres dans la disposition où il faut être pour tenter un effort suprême. De plus, pour beaucoup d'officiers de grade élevé, qui avaient compté sur un congé après quinze mois de la plus difficile campagne, la nouvelle d'une grande bataille était une surprise, qui, sans alarmer leur courage, trompait leurs espérances de repos. Les hommes habitués au danger le bravent toutes les fois qu'il le faut, mais à condition qu'il ne soit pas sorti de leur pensée, et qu'ils y aient à l'avance disposé leur âme.

[En marge: Marche de l'armée sur Ciudad-Rodrigo.]

[En marge: Sur une nouvelle promesse de secours de la part du maréchal Bessières, Masséna remet de quatre à cinq jours le mouvement projeté.]

Masséna comptant sur lui-même et sur ses admirables soldats, faisant ployer cette fois toutes les volontés sous la sienne, s'achemina vers Ciudad-Rodrigo avec tout au plus 34 mille hommes sur 40 mille, parce qu'il crut devoir laisser la division Clausel (l'une des deux divisions de Junot) sur la route de Salamanque, afin de garder ses communications. Il devait recevoir par cette route des vivres, des munitions et des renforts. Au moment de partir il adressa quelques paroles amères au maréchal Bessières, pour lui dire que puisqu'on le laissait aller seul à l'ennemi, presque sans pain, sans canons, sans chevaux, il n'en marcherait pas moins en avant, chargeant ceux qui le secondaient si mal de toute la responsabilité des conséquences devant la France et devant l'Empereur. En réponse il reçut une nouvelle lettre du maréchal Bessières, celle-là si précise, qu'il ne crut pas devoir négliger le secours qu'elle lui annonçait, secours bien faible en nombre, mais bien précieux en qualité. C'étaient 1500 cavaliers, dont 800 de la garde sous le général Lepic, et 700 de cavalerie légère sous le général Wathier, une batterie de 6 bouches à feu parfaitement attelée, et 30 attelages d'artillerie. Un tel secours, dans l'état où se trouvait l'armée, pouvait décider du sort d'une bataille, et malgré la crainte de laisser Alméida en péril, et de manquer l'occasion que lui offrait l'absence de lord Wellington, Masséna prit le parti de remettre au 1er mai son mouvement, qui avait été résolu pour le 26 avril.

[Date en marge: Mai 1811.]

[En marge: Retour de lord Wellington à son armée.]

[En marge: Masséna se décide à marcher sur les Anglais sans attendre davantage le maréchal Bessières, lorsque ce dernier arrive avec un faible secours en artillerie et en cavalerie.]

Il s'était déjà rendu à Ciudad-Rodrigo, sur la ligne de l'Aguéda; il y employa son temps à passer la revue de ses soldats, noircis au soleil, amaigris par la misère, mais rompus à la fatigue et au danger, pleins d'orgueil et de confiance. La vue de pareils hommes lui faisait espérer un prompt et brillant succès, lorsqu'une nouvelle, facile à prévoir, vint diminuer ses espérances sans toutefois les détruire. Lord Wellington, à qui des préparatifs trop ébruités avaient donné l'éveil, venait enfin de retourner à son armée. Bien que ce fût un grand renfort pour elle que la présence d'un semblable chef, Masséna, qui sur le champ de bataille n'avait personne à craindre, n'attacha pas à ce retour plus d'importance qu'il ne convenait; il vit bien que l'armée anglaise devait être avertie, concentrée, et probablement renforcée, car le général en chef n'avait pas dû arriver tout seul, mais il ne s'arrêta point à ces considérations, et marcha en avant avec le sentiment de sa supériorité personnelle et de celle de ses soldats. Il allait le 1er mai quitter Ciudad-Rodrigo sans même attendre le maréchal Bessières, qu'on ne voyait point venir, et qu'il n'était pas surpris de trouver encore une fois inexact à remplir ses promesses, lorsqu'on lui signala enfin l'apparition de ce maréchal à la tête d'un brillant état-major, comme on en avait alors dans la garde impériale. Le maréchal Bessières se jeta dans les bras de Masséna, et celui-ci le reçut avec cordialité, car il le savait léger, mais brave et point faux. Pourtant le duc d'Istrie semblait n'amener personne avec lui, et Masséna lui demanda si c'était son épée seule qu'il apportait. Bessières le rassura en lui annonçant que les 1500 chevaux, la batterie de 6 pièces de la garde, et les 30 attelages seraient rendus au camp dans la soirée. Effectivement ils étaient sur la route de Salamanque à Ciudad-Rodrigo.

La certitude de ce secours, surtout en cavalerie, fit rayonner tous les visages de satisfaction. On résolut d'attendre jusqu'au lendemain. De ce qu'avait promis le maréchal Bessières en fait de vivres il était aussi arrivé quelque chose: c'était un millier de fanègues de blé dont on se dépêcha de faire du pain. Les troupes, sans être dans l'abondance, eurent de quoi apaiser leur faim; mais il ne fallait pas qu'on les retînt longtemps dans les mêmes positions, car elles auraient été obligées de manger le convoi préparé pour Alméida, et dont l'introduction était l'objet de la nouvelle campagne. Il ne fallait pas moins ménager leurs munitions de guerre que leurs munitions de bouche, car elles avaient tout au plus en cartouches et gargousses de quoi livrer une bataille.

[En marge: Le 2 mai, l'armée se met en mouvement sur Alméida.]

Le renfort du duc d'Istrie étant arrivé dans la soirée, on employa la nuit à répartir les attelages destinés à l'artillerie, et on se disposa à se mettre en route le 2 mai au matin. L'armée défila par le pont de Ciudad-Rodrigo sur l'Aguéda, et se distribua de la manière suivante. Reynier avec le 2e corps prit la droite; le 8e sous Junot, réduit à la division Solignac, le 9e sous le général Drouet, composé des divisions Conroux et Claparède, occupèrent le centre; le 6e sous Loison, réuni à la cavalerie de l'armée, prit la gauche. Aux dragons, hussards et chasseurs, qui obéissaient à Montbrun, s'étaient joints environ 700 chevaux de cavalerie légère, que commandait le général Wathier, et que le maréchal Bessières avait amenés. Montbrun commandait ainsi 2,400 chevaux, dont 1000 dragons et 1,400 hussards et chasseurs. Huit cents beaux cavaliers de la garde, formant le surplus de la cavalerie amenée par Bessières, escortaient le convoi qu'on devait introduire dans Alméida, et qui consistait en 120,000 rations de biscuit, 100 quintaux de farine, 80 quintaux de légumes, 80 quintaux de viande salée, 100,000 rations d'eau-de-vie. L'armée, avec le renfort qu'elle avait reçu, comptait environ 36,000 hommes présents sous les armes.

[En marge: Arrivée de l'armée devant un petit cours d'eau qu'on appelle le Dos-Casas.]

[En marge: Force et position de l'armée anglaise à Fuentès d'Oñoro.]