Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 10 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 8

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Napoléon, quoique porté à croire à la paix par le désir qu'il avait de la conserver, ne put désormais plus y croire après la communication que M. de Metternich venait de faire au ministre des relations extérieures. Aussi fut-il saisi de cette ardeur extraordinaire qui s'emparait de lui quand les événements s'aggravaient, et dans les journées des 3 et 4 mars il donna ses ordres avec une activité sans égale. Le désir et l'espérance de la paix n'avaient point agi sur lui comme sur les âmes faibles, et ne l'avaient point induit à ralentir ou à négliger ses préparatifs. Il s'était comporté au contraire comme les âmes fortes, qui tout en se livrant au plaisir d'espérer ce qui leur plaît, se conduisent en vue de ce qui leur déplaît. Dans la persuasion où il était d'abord que l'Autriche ne pourrait pas agir avant la fin d'avril ou le commencement de mai, il avait assigné comme points de rassemblement: Augsbourg pour le général Oudinot, Metz pour les divisions Carra Saint-Cyr et Legrand, Strasbourg pour les divisions Boudet et Molitor, Wurzbourg pour le maréchal Davout. Il avait choisi ces points parce que dans ses profondes combinaisons ils convenaient mieux pour la réunion de tous les éléments qui devaient concourir à ses nouvelles créations. Sur-le-champ il en choisit d'autres plus rapprochés de l'ennemi, et il accéléra tous les envois d'hommes et de matériel vers ces nouveaux points. Ulm fut désigné pour le rassemblement des quatre divisions Boudet, Molitor, Carra Saint-Cyr et Legrand. Les deux premières, déjà en route de Lyon sur Strasbourg, eurent ordre de se détourner vers Béfort, et de se rendre droit à Ulm, en traversant la forêt Noire par la route la plus courte. Les divisions Carra Saint-Cyr et Legrand eurent ordre de ne point s'arrêter à Metz, et de marcher par Strasbourg à Ulm sans perdre un instant. Les renforts, les envois de matériel, furent immédiatement dirigés sur la ligne qu'elles devaient suivre, de manière à les joindre en route, et à les compléter chemin faisant. Très-heureusement ces troupes étaient assez vieilles pour que leur organisation n'eût pas à souffrir d'une semblable précipitation. Le corps d'Oudinot, en marche déjà sur Augsbourg, n'était pas dans des conditions aussi bonnes. D'une réunion accidentelle de grenadiers et de voltigeurs, il avait dû passer à une formation de quatrièmes bataillons. L'Empereur fit partir dix jours plus tôt les grenadiers et voltigeurs sortis de la garde pour fournir les deux compagnies d'élite de ces quatrièmes bataillons, et les fusiliers tirés des dépôts pour en fournir les quatre compagnies du centre. Mais c'est tout au plus si on pouvait espérer qu'à l'ouverture des hostilités ce corps aurait ses bataillons à quatre compagnies au lieu de six, qu'il serait de deux divisions au lieu de trois, de 20 mille hommes au lieu de 30 mille. De plus il devait se former presque en présence de l'ennemi. Mais l'esprit militaire du temps, l'expérience des officiers, des soldats, des généraux, la chaleur qui animait et soutenait tout le monde devaient suppléer à ce qui manquait.

Pour le corps du maréchal Davout, appelé encore armée du Rhin, Napoléon ne changea pas le point de rassemblement. Il y dirigea en toute hâte les renforts destinés à compléter les trois premiers bataillons de guerre, et les détachements qui devaient servir de premiers éléments à la composition des quatrièmes bataillons. Chacune des divisions de cavalerie et d'infanterie ayant à passer par Wurzbourg devait y trouver le matériel et le personnel qui lui appartenaient. Il ordonna seulement au maréchal Davout, dont le quartier général était à Wurzbourg, de porter sur-le-champ ses divisions dans le Haut-Palatinat, de manière à en avoir bientôt une à Bayreuth, une à Bamberg, une à Nuremberg, une à Ratisbonne, afin de faire face aux troupes autrichiennes de Bohême. Napoléon était si pressé, que pour hâter le départ des recrues il eut recours à une mesure fort irrégulière et qui, sous une autre administration que la sienne, aurait eu de graves inconvénients et eût amené de singulières confusions. Certains dépôts abondaient en conscrits instruits et habillés, tandis que d'autres en manquaient. Il ordonna de faire partir les conscrits déjà prêts pour les régiments qui en avaient besoin, qu'ils appartinssent ou non à ces régiments. On devait seulement avoir soin quand ils seraient arrivés au corps de changer les boutons de leurs habits, pour qu'ils portassent les numéros des régiments dans lesquels on les versait. Napoléon employa en outre la précaution de ne pas faire connaître aux chefs des dépôts la destination des conscrits qu'on leur demandait, de peur que, ne s'intéressant plus à eux, ils ne leur donnassent des équipements de rebut. Il prescrivit la même disposition pour la cavalerie légère. Il fit partir tout ce qu'il y avait de chasseurs et de hussards déjà formés, sans s'inquiéter davantage de les envoyer aux régiments auxquels ils appartenaient, ordonnant seulement d'observer le plus possible dans l'incorporation les ressemblances d'uniforme. Cependant comme on ne pouvait pas mêler des hussards à des chasseurs, à cause de l'extrême différence de l'équipement, et qu'il y avait plus de hussards qu'on ne pouvait en employer, il en composa des escadrons de guides, destinés à servir dans l'état-major de chaque corps d'armée, afin d'épargner à la cavalerie légère le service des escortes, qui la condamne à de nombreux détachements et à une fâcheuse dissémination.

Nous donnons ces détails dans l'intention de faire comprendre à quels expédients Napoléon était réduit pour avoir envoyé ses principales ressources en Espagne. Après avoir vaqué à ces divers soins, il s'occupa d'organiser les cinquièmes bataillons. Il destinait ces derniers, comme nous l'avons dit, outre leur rôle naturel de dépôts, à former des réserves, soit pour garantir les côtes des tentatives de l'Angleterre, soit pour rendre disponibles un certain nombre de quatrièmes bataillons actuellement employés au camp de Boulogne, soit enfin pour parer aux diverses éventualités de la guerre. Ayant déjà demandé 80 mille hommes sur la conscription de 1810, il en voulut lever encore 30 mille, pour porter l'effectif des cinquièmes bataillons à 1,200 hommes au moins, et de plus il résolut de prendre sur les conscriptions passées, malgré les appels réitérés qu'on venait de leur faire, 10 mille hommes robustes pour sa garde. Il prescrivit que ceux des cinquièmes bataillons qui seraient formés les premiers fussent réunis en demi-brigades provisoires, de deux, trois ou quatre bataillons chacune, à Pontivy, Paris, Boulogne, Gand, Metz, Mayence, Strasbourg, Milan. Quant aux 10 mille conscrits appelés sur les classes antérieures, il voulut les employer à donner un développement tout nouveau à la garde impériale. Il avait aux régiments de grenadiers et de chasseurs composant la vieille garde, ajouté en 1807 deux régiments de fusiliers, qui avaient très-bien servi. Il venait d'imaginer les tirailleurs, il imagina encore les conscrits, en variant les noms suivant les circonstances de chaque création. Il se décida donc à créer quatre régiments de tirailleurs, quatre de conscrits, ce qui devait porter à 20 mille hommes au moins l'infanterie de la garde, et à 25 mille le corps tout entier, en y comprenant sa magnifique cavalerie, et son artillerie accrue de 48 bouches à feu. Bientôt les jeunes soldats devaient y égaler les vieux en esprit militaire, et avoir de plus la supériorité de la force physique, apanage ordinaire de la jeunesse. Aucune conception n'attestait mieux la profonde connaissance que Napoléon avait des armées, et l'inépuisable fécondité de son génie organisateur. En outre il disposa tout pour faire venir en poste la vieille garde de Bayonne à Paris, de Paris à Strasbourg.

[Note en marge: Réunion des contingents de la Confédération du Rhin.]

Il n'avait adressé qu'un avis aux princes de la Confédération du Rhin. À partir du 2 mars il leur intima des ordres, comme chef de cette Confédération. Il demanda à la Bavière 40 mille hommes, afin d'en avoir 30 mille, qu'il plaça sous le commandement du vieux maréchal Lefebvre, qui savait l'allemand, et qui au feu était toujours digne de la grande armée. Le roi de Bavière aurait désiré que son fils[10] commandât les troupes bavaroises, Napoléon ne le voulut pas.--Il faut, lui dit-il, que votre armée se batte sérieusement dans cette campagne, car il s'agit de conserver et d'étendre même les agrandissements que la Bavière a reçus. Votre fils, quand il aura fait avec nous six ou sept campagnes, pourra commander. En attendant, qu'il vienne à mon état-major; il y sera accueilli avec tous les égards qui lui sont dus, et il y apprendra _notre métier_.--Par transaction, Napoléon accorda à ce jeune prince le commandement de l'une des divisions bavaroises. Napoléon fixa Munich, Landshut, Straubing, comme points de rassemblement de ces trois divisions, assez en arrière de l'Inn pour qu'elles ne fussent pas surprises par les Autrichiens, assez en avant du Lech et du Danube pour couvrir nos rassemblements. (Voir la carte nº 14.) Il demanda au roi de Wurtemberg 12 mille hommes, qui devaient se réunir à Neresheim, et servir sous les ordres du général Vandamme, au choix duquel le roi de Wurtemberg résistait, mais que Napoléon lui imposa en écrivant ces propres paroles:--Je connais les défauts du général Vandamme, mais c'est un véritable homme de guerre, et dans ce difficile métier il faut savoir pardonner beaucoup aux grandes qualités.--Napoléon réclama du grand-duc de Bade une division de 8 à 10 mille hommes, et une de pareille force du duc de Hesse-Darmstadt. Elles devaient se réunir vers la fin de mars à Pforzheim et à Mergentheim. Quant aux moindres princes, les ducs de Wurzbourg, de Nassau, de Saxe, il en exigea une division composée de leurs contingents agglomérés, laquelle devait rejoindre à Wurzbourg le quartier général du maréchal Davout. Il demanda au roi de Saxe 20 mille Saxons en avant de Dresde, 25 mille Polonais en avant de Varsovie. Ces contingents formaient ensemble 110 à 115 mille hommes, en réalité 100, dont 80 mille Allemands et 20 mille Polonais. Le maréchal Bernadotte, venant des villes anséatiques avec la division française Dupas, était chargé de prendre les Saxons sous son commandement, et de rejoindre ensuite la grande armée sur le Danube. Les Polonais couverts par le voisinage des Russes suffisaient pour garder Varsovie. Les événements de la guerre pouvant amener l'abandon momentané de Dresde et de Munich, Napoléon fit dire aux deux souverains qui régnaient dans ces deux capitales, de se tenir prêts à quitter leur résidence, pour se porter au centre de la Confédération, leur offrant, si un court voyage en France leur plaisait, de mettre à leur disposition toutes les habitations impériales magnifiquement desservies. Il fit ordonner en outre à son frère Jérôme de réunir 20 mille Hessois, et à son frère Louis 20 mille Hollandais, double force sur laquelle il comptait peu, parce que le premier administrait sans économie son nouveau royaume, et que le second au contraire administrait le sien avec toute la parcimonie hollandaise.

[Note 10: Celui que nous avons vu roi de nos jours, et amené par les événements à abdiquer la couronne pour se vouer au culte des arts, auxquels il a rendu dans son pays de grands services.]

[Note en marge: Distribution de l'armée d'Allemagne en trois corps principaux.]

[Note en marge: Corps du maréchal Davout.]

[Note en marge: Corps du maréchal Lannes.]

[Note en marge: Corps du maréchal Masséna.]

Ces forces ainsi préparées, voici l'organisation que leur donna Napoléon. Il n'avait sous la main qu'une partie de ses maréchaux, puisque quatre d'entre eux, Ney, Soult, Victor, Mortier, servaient en Espagne. Parmi ceux dont il pouvait disposer, il y en avait trois qu'il appréciait plus que tous les autres, c'étaient les maréchaux Davout, Lannes, Masséna. Il résolut de partager entre eux la masse de l'armée française, en agrandissant leur rôle et leur commandement, et en leur confiant cinquante mille hommes à chacun. Masséna avait déjà commandé des forces plus considérables, mais Davout et Lannes n'avaient pas encore eu cet honneur, dont ils étaient d'ailleurs fort dignes. Le maréchal Davout dut conserver de l'armée du Rhin ses trois anciennes divisions, Morand, Friant, Gudin, les cuirassiers Saint-Sulpice, une division de cavalerie légère, une quatrième division d'infanterie sous le général Demont, composée des quatrièmes bataillons de ce corps, le tout formant cinquante mille soldats aguerris, les premiers, sans aucune comparaison, que possédât la France à cette époque. Ce corps placé entre Bayreuth, Amberg, Ratisbonne, avait cette dernière ville pour point de réunion. La division Saint-Hilaire, détachée de l'armée du Rhin, avec une portion de cavalerie légère et les cuirassiers du général Espagne, jointes aux trois divisions d'Oudinot, devait composer un autre corps d'une cinquantaine de mille hommes, sous l'illustre maréchal Lannes, et se concentrer à Augsbourg. Napoléon y ajouta une brigade de 1,500 à 2 mille Portugais, choisis dans ce qu'il y avait de mieux parmi les troupes de cette nation cantonnées en France, ennuyées de ne rien faire, et mieux placées à l'armée que dans l'intérieur. Il y joignit aussi les chasseurs corses et les chasseurs du Pô, troupe brave et éprouvée. Les quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand, Boudet, Molitor, avec une belle division de cavalerie légère, avec les Hessois, les Badois, devaient composer un autre corps de même force, et se réunir à Ulm sous l'héroïque Masséna. Les cuirassiers et les carabiniers sous le général Nansouty, une nombreuse division de cavalerie légère, les dragons organisés comme nous l'avons dit ailleurs, devaient composer sous le maréchal Bessières, en l'absence de Murat, une réserve de 14 à 15 mille cavaliers. La garde, forte d'une vingtaine de mille hommes, devait porter à 190 mille Français, les parcs compris, cette masse principale concentrée entre Ulm, Augsbourg et Ratisbonne. Les Bavarois, sous le maréchal Lefebvre, formaient en avant un excellent corps auxiliaire d'une trentaine de mille hommes. Le maréchal Augereau en formait un en arrière avec les Wurtembergeois, les Badois et les Hessois. Enfin, plus en arrière, le prince Bernadotte, comme on l'a vu, devait commander les Saxons. C'étaient, par conséquent, cinq corps français, dont deux de réserve, ayant un corps auxiliaire en avant, deux en arrière, le tout mêlé de vieux et jeunes soldats, animés du souffle de Napoléon, ne laissant rien à désirer sous le rapport de la bravoure, laissant beaucoup à désirer sous le rapport de l'expérience et de l'âge, mais, tels quels, parfaitement propres à maintenir à sa hauteur présente la gloire de la France. Le prince Berthier fut nommé major général, et M. Daru intendant de cette armée. Napoléon s'en constitua le commandant en chef. Elle reçut le titre d'armée d'Allemagne, et non plus celui de grande armée, la grande armée malheureusement n'étant plus en Allemagne ni en Italie, mais en Espagne.

[Note en marge: Plan de campagne de Napoléon.]

Le projet de Napoléon était de marcher droit de Ratisbonne sur Vienne, par la grande route du Danube, et de confier à ce fleuve son matériel, ses malades, ses écloppés, toute la partie pesante enfin de son armée, ce qui supposait dès le début quelque terrible coup porté aux Autrichiens. C'est dans cette vue qu'il avait fait acheter quantité de bateaux sur tous les fleuves de la Bavière, pour les faire successivement descendre dans le Danube, à mesure qu'il franchirait les affluents de ce grand fleuve. C'est encore dans cette vue qu'il avait tiré de Boulogne 1,200 des meilleurs marins de la flottille, pour les ajouter à la garde.

C'était donc à Ratisbonne qu'il avait l'intention de concentrer ses forces, en négligeant le Tyrol et laissant les Autrichiens s'y engager tant qu'il leur plairait, certain de les envelopper et de les prendre entre son armée d'Allemagne et celle d'Italie, s'ils ne se hâtaient pas de rétrograder. (Voir la carte nº 14.) Toutefois il avait ordonné d'exécuter des travaux à Augsbourg, de creuser et de remplir d'eau les fossés, de palissader l'enceinte, de construire des têtes de pont sur le Lech, de manière à couvrir son flanc droit par un poste fortifié, tandis qu'il marcherait la gauche en avant. C'était sa seule précaution projetée du côté du Tyrol, et elle suffisait parfaitement.

Le point de départ de Ratisbonne était adopté dans la supposition que les Autrichiens ne prendraient pas l'offensive avant la fin d'avril. S'il en était autrement, et s'ils agissaient plus tôt, Napoléon avait fixé les yeux sur un point de départ moins avancé en Bavière, et, au lieu d'amener d'Augsbourg à Ratisbonne les troupes qui se seraient formées sur ce premier point, pour les joindre avec celles qui seraient arrivées de Wurzbourg sous le maréchal Davout, il se proposait de choisir un point intermédiaire, tel que Donauwerth ou Ingolstadt (voir la carte nº 14), pour y faire descendre le rassemblement d'Augsbourg, et y faire remonter celui de Ratisbonne. Aussi voulut-il avoir des magasins de vivres et de munitions, non-seulement à Augsbourg, mais à Donauwerth et à Ingolstadt, qui pouvaient devenir éventuellement le lieu de la concentration générale, et le point de départ de la marche sur Vienne. Ainsi Ratisbonne, dans le cas d'hostilités différées, Donauwerth ou Ingolstadt, en cas d'hostilités immédiates, devaient être ses premiers quartiers généraux. Le major général Berthier, dépêché à l'avance, partit avec ces instructions. M. Daru en reçut de pareilles pour les mouvements du matériel. Des services d'estafette furent établis entre Augsbourg et Strasbourg d'un côté, entre Wurzbourg et Mayence de l'autre, pour joindre les lignes télégraphiques de la frontière, et expédier chaque jour à Paris des nouvelles du théâtre de la guerre. Des relais de poste furent extraordinairement disposés pour que Napoléon pût franchir rapidement la distance de la Seine au Danube. Ainsi préparé il attendit les mouvements des Autrichiens, voulant rester à Paris le plus longtemps possible, afin d'animer de sa volonté l'administration de la guerre, avant d'aller animer de sa présence l'armée destinée à combattre sous ses ordres.

[Note en marge: Ordres relatifs à l'Italie, à l'Espagne et à la marine.]

À ces dispositions s'en joignirent quelques autres relatives à l'Italie, à l'Espagne et à la marine. Napoléon réitéra à Murat l'ordre d'acheminer une brigade sur Rome, pour rendre disponible la division Miollis. Il traça au prince Eugène la direction selon laquelle il devait attaquer les Autrichiens, lui ordonna de masquer par quelques troupes légères la route de la Carniole par Laybach, et de porter les cinq divisions françaises, Seras, Broussier, Grenier, Lamarque, Barbou, d'Udine à la Ponteba, pour déboucher par Tarvis sur Klagenfurth, dans la Carinthie, route directe de la Lombardie à Vienne. Il avait fait partir de Toulon quelques bâtiments pour l'Adriatique, avec l'instruction de garder les meilleurs sous voiles, et de désarmer les autres, afin de se procurer à Venise 12 ou 1,500 matelots français, qui seraient fort utiles à la défense de la place. Il enjoignit à sa soeur Élisa, gouvernante de la Toscane, de veiller sur la tranquillité de cette contrée, car le mécontentement, se répandant des pays ennemis dans les pays amis, agitait déjà l'Italie. Napoléon y envoya une colonne de gendarmes français, pour y organiser une gendarmerie italienne, prescrivit de mettre en état de défense les châteaux de Florence, de Sienne, de Livourne, afin d'avoir des refuges contre de nouvelles vêpres siciliennes, tant sa prévoyance reconnaissait elle-même les dangers de son imprudente politique.

Quant à l'Espagne, il ordonna à Joseph de continuer les préparatifs de l'expédition de Portugal, que le maréchal Soult devait exécuter avec quatre divisions, et de n'acheminer le maréchal Victor sur l'Andalousie que lorsque le maréchal Soult aurait dépassé Oporto. Il recommanda de bien soigner les divisions Valence, Leval, Dessoles, Sébastiani, restées à Madrid comme ressource principale de la monarchie espagnole, et surtout de veiller à ce que le maréchal Ney avec ses deux divisions contînt vigoureusement le nord de la Péninsule. Il confia au général Suchet l'ancien corps de Moncey, qui venait d'achever le siége de Saragosse, avec ordre de se préparer à marcher sur Valence, dès que le général Saint-Cyr aurait terminé ses opérations en Catalogne. Il reporta le 5e corps commandé par le maréchal Mortier, de Saragosse sur Burgos, pour qu'il pût au besoin, ou donner la main au maréchal Ney contre le nord de l'Espagne si cette région devenait inquiétante, ou repasser en France si la guerre d'Allemagne exigeait de nouvelles ressources.

S'occupant enfin de faire concourir la marine à ses opérations, Napoléon ordonna à l'amiral Wuillaumez de partir de Brest avec deux vaisseaux de 120, et six de 74; de se rendre devant Lorient et Rochefort, où les contre-amiraux Troude et Lhermitte se trouvaient chacun avec une division; de les débloquer, de les conduire jusqu'aux Antilles, où ceux-ci devaient porter des vivres, des munitions, des recrues, et recevoir en échange des denrées coloniales; de revenir ensuite en Europe, et de rallier l'amiral Ganteaume à Toulon pour y prendre part à diverses expéditions dans la Méditerranée. Tandis que l'amiral Wuillaumez allait exécuter cette course, l'amiral Ganteaume devait sortir de Toulon avec son escadre, et porter à Barcelone un approvisionnement considérable en poudres, projectiles et grains. Dans l'Escaut le contre-amiral Allemand eut ordre de faire sortir l'escadre de Flessingue, de la tenir en rivière, toujours prête à mettre à la voile, ce qui ne pouvait manquer d'offusquer les Anglais, et d'occuper une notable partie de leurs forces. Napoléon enjoignit, en outre, à l'administration de la marine de réunir une certaine quantité de chaloupes canonnières aux bouches de l'Escaut et de la Charente, pour y garder toutes les passes, et y veiller aux tentatives de destruction que les Anglais allaient probablement essayer contre les escadres mouillées dans ces parages. Il ordonna au ministre Decrès de partir pour les côtes, le jour où il partirait lui-même pour l'Allemagne, afin de présider à la ponctuelle exécution de ces diverses instructions.

[Date en marge: Avril 1809.]

[Note en marge: Arrestation d'un courrier français, suivie par représailles de l'arrestation des courriers autrichiens.]

[Note en marge: Imminence des hostilités révélée par les dépêches de l'un des courriers arrêtés.]