Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 10 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 29

Chapter 293,538 wordsPublic domain

Établi à Neustadt, puis à Oedenbourg (voir les cartes n{os} 31 et 32) dans les premiers jours de juin, à quelques marches de Vienne, et sur la frontière de Hongrie, le prince Eugène avait fait reposer son armée, rapproché les divers corps qui la composaient, et rejoint les généraux Lauriston, Colbert et Montbrun. Fidèle au plan que Napoléon lui avait tracé, il se mit à la recherche de l'archiduc Jean, tâchant de le placer entre le maréchal Davout et l'armée d'Italie, toujours pour l'empêcher de se jeter sur les généraux Macdonald et Marmont. Ayant appris que l'archiduc Jean était à Kormond sur la haute Raab, où devaient lui parvenir les nouveaux ordres du généralissime, il marcha sur Güns, puis sur Stein-am-Anger, afin de l'atteindre et de le combattre. Il fit part en même temps de sa position et de ses projets au général Macdonald, pour que celui-ci le rejoignît le plus tôt possible. Le général Macdonald s'était arrêté à Grätz, attendant le général Marmont, et tâchant de s'emparer du fort de Grätz, qui dominait la ville, et par la ville la contrée. Mais ce fort, bien armé, situé d'une manière qui en rendait l'attaque très-difficile, ne pouvait être assiégé qu'avec de la grosse artillerie, dont le général Macdonald manquait absolument. Il avait essayé de battre les murailles avec des obus, puis d'effrayer le commandant par ses menaces, mais le tout était resté sans succès. On était donc maître de la ville de Grätz, et réduit à bloquer la citadelle qui en faisait la principale force. Le général Macdonald, en recevant les communications du prince Eugène, se hâta, dans l'espérance de participer aux opérations qui se préparaient, de se mettre en route avec la division Lamarque, les dragons de Pully, deux bataillons de la division Broussier, et la plus grande partie de l'artillerie. Il laissa le général Broussier devant Grätz, avec huit bataillons seulement, deux régiments de cavalerie légère, et dix pièces de campagne, lui abandonnant le soin d'accomplir la mission qu'aurait dû accomplir le corps tout entier, celle de prendre la citadelle de Grätz, de rallier l'armée de Dalmatie, et d'empêcher l'Autrichien Chasteler de passer du Tyrol en Hongrie. Heureusement que les troupes étaient excellentes, et pouvaient, comme elles le prouvèrent bientôt, résister à des forces infiniment supérieures.

Le général Macdonald, parti pour Kormond le 9 juin, y rejoignit le prince Eugène sur la Raab, où tous deux furent charmés de se revoir sains et saufs, après un mois de mouvements divergents et périlleux, au milieu de contrées ennemies. Le plus simple eût été de marcher désormais ensemble pour combattre l'archiduc Jean, et, en lui faisant essuyer un dernier revers, d'apporter aux généraux Broussier et Marmont le secours puissant quoique indirect d'une bataille gagnée à côté d'eux. Mais le prince Eugène sentant confusément l'inconvénient de laisser le général Broussier seul à Grätz, crut y parer en laissant le général Macdonald seul à Papa, pour que celui-ci fût à portée des généraux Broussier et Marmont, ce qui, loin d'être une atténuation, était une aggravation de la faute commise, puisqu'on allait être partagé en quatre détachements, le général Marmont avec dix mille hommes, le général Broussier avec sept, le général Macdonald avec huit, le prince Eugène avec trente. Le général Macdonald fut donc renvoyé vers Papa, tandis que le prince Eugène, revenu de Stein-am-Anger sur Sarvar, descendit la Raab à la suite de l'archiduc Jean, avec 29 ou 30 mille hommes de son armée, et 6 à 7 mille du détachement de Lauriston.

[Note en marge: Mouvements de l'archiduc Jean autour de la Raab.]

Pendant ces marches du vice-roi, l'archiduc Jean, après avoir erré entre la Muhr et la Raab, en mettant dans ses mouvements encore moins de précision et de justesse que son adversaire, avait fini par céder aux ordres réitérés du généralissime, et par se rapprocher du Danube. Son désir, comme on l'a vu, eût été d'obtenir la faculté d'opérer isolément sur la frontière de Hongrie, de rallier les généraux Chasteler et Giulay, de se composer ainsi un rassemblement de 50 à 60 mille hommes, l'insurrection hongroise comprise, de battre alternativement le corps d'Eugène, de Macdonald et de Marmont, de venir enfin se placer sur la droite découverte de Napoléon, pour lui faire sentir dans le flanc la pointe de son épée. Sans doute, si une telle série de succès avait été certaine, ou seulement probable, il eût valu la peine de s'imposer des sacrifices pour se la ménager, car en privant Napoléon des cinquante mille bons soldats qui lui arrivaient d'Italie et de Dalmatie, en menaçant en outre sa droite et ses derrières, on le réduisait à l'impossibilité de rien tenter de décisif autour de Vienne, et de réparer le premier passage du Danube par un second plus heureux. Mais, pour agir comme le projetait l'archiduc Jean, il fallait un à-propos, une rapidité de manoeuvres, qu'on ne devait attendre que du plus habile capitaine, que des troupes les meilleures, et, puisqu'on ne pouvait guère y compter, il valait mieux se borner à harceler la droite de Napoléon avec les insurrections hongroise et croate, et disposer des 18 ou 20 mille hommes qui restaient à l'archiduc Jean, pour être en mesure au premier appel de se porter sur Vienne. L'ordre avait donc été donné itérativement au prince autrichien de laisser au général Stoïchevich, au ban Giulay, à Chasteler, le soin de harceler les Français vers la Hongrie, de jeter une garnison dans Presbourg, et de se placer ensuite avec la meilleure partie des troupes d'Italie derrière le Danube, pour concourir à la lutte qui tôt ou tard devait s'engager encore une fois sur les bords de ce grand fleuve.

[Note en marge: L'archiduc Jean et l'archiduc palatin se décident à livrer bataille avant de se replier derrière le Danube.]

Vaincu par des ordres aussi positifs, l'archiduc Jean avait été contraint de se rapprocher du Danube, ce qu'il avait fait en suivant les bords de la Raab par Kormond, Sarvar, Papa et la ville de Raab elle-même. Cette ville fortifiée, mais négligée depuis long-temps, et en ce moment médiocrement armée, était située sur la rivière du même nom, pas loin de son embouchure dans le Danube, entre Presbourg et Komorn. (Voir la carte nº 32.) Un camp retranché était lié à la place, et offrait une bonne position sur la Raab. L'archiduc Jean y avait été rejoint par son frère l'archiduc palatin avec les forces de l'insurrection hongroise. Les deux princes pouvaient présenter aux Français environ quarante mille hommes, dont moitié de troupes régulières venues d'Italie et du Tyrol, et moitié de troupes à peine formées de l'insurrection hongroise. Celles-ci se divisaient, comme nous venons de le dire, en douze mille hommes d'infanterie, espèce de ramassis de toutes les populations magyares ou allemandes du pays, et en huit mille hommes de cavalerie noble, peu habituée aux rudes guerres de cette époque. C'est avec ces 40 mille hommes, de qualité si inégale, que les deux archiducs voulurent tenir tête encore une fois au prince Eugène, avant de lui abandonner la rive droite du Danube, et de se reléguer sur la rive gauche.

[Note en marge: Disposition de l'armée autrichienne sur la Raab.]

Déjà les 12 et 13 juin ils avaient été talonnés par les avant-gardes du prince Eugène, et le 13 au soir ils s'étaient postés autour de Raab, certains d'avoir une affaire fort chaude le lendemain, s'ils ne consentaient à battre en retraite. La position leur paraissant avantageuse, ils s'établirent sur un plateau, leur droite appuyée à la Raab, leur dos tourné au Danube qui coulait quelques lieues en arrière, leur gauche à des marécages qui s'étendaient au loin. Ils employèrent la soirée du 13 juin et la matinée du 14 à rectifier leur position, et surtout à mêler ensemble, pour donner aux unes la consistance des autres, les troupes régulières et les troupes de l'insurrection. Ils suivaient en cela un ordre formel de l'archiduc Charles, ordre fort sage, mais qui en cette occasion leur fit perdre beaucoup de temps. Ils ne furent pas prêts à combattre avant onze heures du matin, le 14.

Heureusement pour eux, le prince Eugène, quoiqu'il eût marché avec une grande bonne volonté de les atteindre, n'était pas lui-même en mesure de les aborder avant onze heures ou midi.

[Note en marge: Plan d'attaque arrêté par les généraux français.]

Il avait longé, comme les deux princes autrichiens, les bords de la Raab, laquelle coule presque perpendiculairement au Danube (voir la carte nº 32), et n'en est plus qu'à quelques lieues à la hauteur de la ville de Raab. Il s'avançait la gauche à la rivière, où les Autrichiens avaient leur droite, et la droite dans la plaine marécageuse où les Autrichiens avaient leur gauche. Il marchait en plusieurs échelons, la division Seras formant le premier à droite, la division Durutte le second au centre, la division italienne Severoli le troisième à gauche. La division Pacthod et la garde italienne placées en arrière composaient une double réserve. La cavalerie était répartie sur les ailes. Cette disposition était commandée par la nature des lieux et la distribution des forces ennemies sur le plateau qu'on allait attaquer. Dans la plaine marécageuse à notre droite on apercevait la masse de la cavalerie hongroise, présentant sept à huit mille cavaliers environ, fort brillants d'aspect, mais pas aussi redoutables que beaux à voir. Ils étaient soutenus par des hussards réguliers, moins brillants mais éprouvés dans la campagne d'Italie, le tout sous les ordres du général Mecszery. Un peu moins à droite, et tirant vers le centre, derrière un ruisseau fangeux, on voyait l'infanterie de Jellachich et de Colloredo, occupant les bâtiments fort solides d'une grosse ferme dite de Kismegyer, et le village de Szabadhegy. Enfin, de ce dernier village à la Raab, c'est-à-dire vers notre gauche, on découvrait l'infanterie de Frimont, qui formait vers la rivière et le camp retranché la droite des Autrichiens. Quatre à cinq mille hommes des moins bonnes troupes défendaient ce camp retranché que bloquait le général Lauriston avec les Badois.

Le prince Eugène, après s'être concerté avec les généraux Grouchy, Montbrun, Grenier, Seras, Durutte, convint des dispositions suivantes. Tandis que la cavalerie déployée de Montbrun masquerait les mouvements de notre infanterie, les trois divisions Seras, Durutte, Severoli, s'avançant en échelons, devaient attaquer successivement la ferme de Kismegyer, et le village de Szabadhegy, par l'un et l'autre côté. La division Pacthod et la garde italienne, restées en réserve, étaient chargées d'appuyer celui des trois échelons qui aurait besoin de secours. Grouchy et Montbrun à droite devaient se jeter sur la cavalerie ennemie, pendant que Sahuc à gauche lierait l'armée avec le détachement de Lauriston. Le prince Eugène, sentant alors mais un peu tard la sagesse des principes de Napoléon, dépêcha aides de camp sur aides de camp auprès du général Macdonald, pour qu'il lui amenât de Papa les 8 mille hommes qui l'auraient complété si à propos dans le moment, car il n'en avait que 36 mille contre 40 mille établis dans une forte position. Napoléon cependant lui avait répété sans cesse, que même avec les troupes les meilleures il fallait, pour ne rien donner au hasard, manoeuvrer de manière à être plus nombreux que l'ennemi sur le terrain où se livraient les batailles. Heureusement que Macdonald prévoyant qu'il pourrait être utile à Raab, tandis qu'à Papa il ne faisait rien ni pour Broussier ni pour Marmont, s'était mis spontanément en route, et déjà se montrait dans le lointain précédé par les dragons de Pully. Il y avait donc là une ressource contre un accident peu probable, mais possible.

[Note en marge: Bataille de Raab, livrée le 14 juin 1809.]

[Note en marge: Montbrun disperse la cavalerie hongroise.]

Vers midi on s'ébranla pour attaquer la position ennemie. La division Seras, chargée de former l'échelon le plus avancé à droite, n'étant pas encore en ligne, Montbrun étala ses quatre régiments de cavalerie légère, et fit sous un feu violent d'artillerie, et avec un admirable sang-froid, les évolutions qu'on aurait pu exécuter sur un champ de manoeuvre. Puis lorsque l'infanterie de Seras fut en ligne, et qu'il lui sembla opportun d'aborder la cavalerie hongroise, il mit ses régiments au galop, et fondit sur la brillante noblesse venue en hésitant au secours de la maison d'Autriche. Quelque brave que soit une nation, rien ne saurait remplacer chez elle l'habitude et l'expérience de la guerre. En un instant cette troupe se dispersa devant les légers cavaliers de Montbrun, habitués à faire le coup de sabre même avec les cuirassiers, et laissa à découvert la gauche des Autrichiens. Restaient les hussards réguliers de l'archiduc Jean, qui étaient dignes de se mesurer avec les nôtres. Ils chargèrent Montbrun, qui le leur rendit sur-le-champ, et les obligea à se replier sur leur corps de bataille.

[Note en marge: Attaque de notre infanterie sur le plateau occupé par l'armée autrichienne.]

Pendant ce temps l'infanterie de Seras, rangée sur deux lignes, avait abordé le plateau occupé par les Autrichiens, en se dirigeant sur la ferme de Kismegyer. Avant d'y atteindre elle rencontra le ruisseau fangeux qui couvrait la position de l'ennemi, et le trouva plus difficile à franchir qu'on ne l'avait supposé d'abord. Ce ruisseau était profond, présentait peu d'accès, et était défendu par de braves et adroits tirailleurs. On parvint cependant à le traverser, et on marcha sur le vaste bâtiment carré composant la ferme de Kismegyer, dont les murs étaient crénelés et défendus par douze cents hommes de la meilleure infanterie. Tandis que Seras allait se heurter contre cet obstacle redoutable, Durutte avec son infanterie, formant le second échelon, arrivait aussi devant le ruisseau, le passait, gravissait le plateau sous une grêle de projectiles, et abordait par la droite le village de Szabadhegy, que la division italienne Severoli abordait également par la gauche. En cet instant on était engagé sur toute la ligne, et l'artillerie des Autrichiens, jointe à leur mousqueterie, faisait sur nos troupes un feu plongeant des plus meurtriers. Le prince Eugène, courant d'un bout à l'autre du champ de bataille, prodiguait sa vie en vaillant officier, jaloux de compenser par sa bravoure ce qui lui manquait encore sous le rapport du commandement.

[Note en marge: Prise du village de Szabadhegy.]

Le général Seras, après s'être fort approché de la ferme de Kismegyer, essuya par toutes les ouvertures un si terrible feu de mousqueterie, qu'en quelques minutes il eut 7 à 800 hommes couchés par terre, dont une soixantaine d'officiers, à tel point que ses troupes, sinon ébranlées, du moins un peu étonnées, eurent besoin d'un secours qui remontât leur ardeur et leur confiance. Le général Seras replia la première ligne sur la seconde, puis, quand ses braves soldats eurent repris haleine, il les ramena, l'épée à la main, sur le formidable obstacle d'où partaient des feux si destructeurs. Malgré les décharges redoublées de la mousqueterie ennemie, il vint porter la hache des sapeurs contre les portes du bâtiment, les enfonça, et entrant baïonnette baissée, vengea, sur les malheureux défenseurs de la ferme de Kismegyer, la mort des 7 ou 800 hommes qui avaient péri sous ses murs. Après avoir passé au fil de l'épée quelques centaines d'ennemis et pris les autres, il marcha sur la gauche de la ligne autrichienne, qui, en se repliant sur le haut du plateau, faisait encore bonne contenance. Dans ce temps, Durutte avait gravi le plateau, et attaqué Szabadhegy de concert avec l'infanterie italienne de Severoli. Ici le combat ne fut pas moins opiniâtre que devant la ferme de Kismegyer. Les Autrichiens se défendirent avec vigueur derrière les maisons du village, et nous en firent payer cher la conquête. Ils se replièrent un instant, mais pour revenir à la charge. Le gros des troupes composant leur centre et leur droite, ramené par l'archiduc Jean sur ce village, y rentra au pas de charge, et culbuta vers le ruisseau, d'un côté Durutte, de l'autre les Italiens de Severoli. La première ligne de ces deux divisions, se repliant, passa dans les intervalles de leur seconde ligne, sans que celle-ci s'ébranlât ou se laissât entraîner. Loin de là, elle se porta en avant, ramenant la première ligne avec elle. Les généraux Durutte et Severoli conduisirent leurs divisions sur le village tant disputé, et l'emportèrent de concert avec la première brigade de la division Pacthod, accourue à leur secours. Dès lors, on s'avança, de droite et de gauche, au delà des deux points d'appui de la ligne ennemie qui venaient d'être enlevés. C'était pour la cavalerie le moment d'agir. Montbrun, Grouchy, Colbert, s'élancèrent pour couper la retraite aux Autrichiens, qui cherchaient à gagner le Danube. Montbrun enfonça plusieurs carrés, et fit de nombreux prisonniers. Cependant il fut arrêté par l'attitude de l'armée autrichienne, qui se retirait en masse et en bon ordre. À gauche, le 8e de chasseurs de la division Sahuc, se trouvant plus avancé que le reste de sa division, se précipita avec une ardeur extraordinaire sur la droite des Autrichiens au moment où elle s'éloignait de Raab, et enfonça tout ce qu'il rencontra sur son chemin. Déjà il avait fait mettre bas les armes à plusieurs milliers de fantassins ennemis, pris une nombreuse artillerie, lorsque les Autrichiens, s'apercevant qu'il n'était pas soutenu, revinrent de leur trouble, firent feu sur lui, et ils allaient le maltraiter gravement, si le reste de la division Sahuc, tardivement amenée par son général, n'était venu le dégager. Ce brave régiment conserva néanmoins 1,500 prisonniers, quelques canons et des drapeaux.

[Note en marge: Retraite de l'armée autrichienne.]

Les archiducs voyant que la bataille était totalement perdue, ordonnèrent enfin la retraite, qui, grâce au terrain et à la nuit, ne fut pas aussi désastreuse qu'ils auraient pu le craindre, et s'effectua par Saint-Yrani, vers les terrains inondés du Danube. Cette journée qui, pour le prince Eugène et l'armée d'Italie, réparait glorieusement la défaite de Sacile, nous coûta à nous 2,000 morts ou blessés, et aux Autrichiens environ 3 mille hommes hors de combat, 2,500 prisonniers, 2 mille soldats égarés. Elle mettait l'archiduc Jean et l'archiduc palatin hors de cause, assurait la jonction des généraux Broussier et Marmont, et ne nous laissait plus exposés sur la rive droite qu'à des courses de hussards, courses peu redoutables, auxquelles il devait suffire d'opposer quelques détachements de cavalerie. Le général Macdonald arriva vers la chute du jour pour embrasser sur le champ de bataille le jeune prince aux succès duquel il s'intéressait vivement.

[Note en marge: Jonction des généraux Broussier et Marmont avec l'armée d'Italie.]

Tandis que sur ce point le plan de Napoléon s'exécutait, sauf de légères fautes de détail, d'une manière si conforme à sa pensée, le ralliement des généraux Marmont et Broussier s'opérait aussi, malgré quelques accidents, les uns naissant des circonstances, les autres de mauvaises combinaisons que Napoléon, à la distance où il était, ne pouvait pas toujours rectifier à temps. Le général Broussier, laissé seul à Grätz, eût été fort compromis si ses troupes n'avaient pas été des plus solides. Après avoir commencé par canonner avec des obusiers la citadelle de Grätz, sans réussir à la soumettre, le commandant s'étant montré résolu à ne céder que devant une attaque sérieuse, il avait pris ses dispositions pour rester maître de la ville, indépendamment de la citadelle, et pour tenir la campagne au loin, afin de tendre la main au général Marmont qui s'approchait. Il avait fait plusieurs excursions vers la Croatie, dans la direction que suivait le général Marmont, jusqu'à des distances de douze ou quinze lieues; et chaque fois, avec cinq à six mille hommes, il avait livré au ban Giulay de petites batailles, dans lesquelles il l'avait complétement battu. Mais, en s'éloignant toujours ainsi de Grätz, il n'avait pu garder suffisamment les routes du Tyrol, et le général Chasteler, traversant les postes de l'armée d'Italie, avait gagné la Hongrie, avec quatre ou cinq mille hommes, beaucoup plus heureusement que le général Jellachich. Sur ces entrefaites, le général Marmont, qui s'était arrêté quelques jours en apprenant les revers de l'armée d'Italie, avait bientôt repris sa marche, s'était avancé jusque près de Grätz, avec autant de prudence que de hardiesse, et il venait de donner avis de son approche au général Broussier. Celui-ci, à cette nouvelle, se hâta de descendre la Muhr, dans l'espoir de joindre le général Marmont à Kalsdorf, laissant deux bataillons du 84e dans un faubourg de Grätz pour garder la ville. Mais pendant qu'il descendait la rive droite de la Muhr, le ban Giulay en remontait la gauche à la tête de quinze mille hommes, moitié de troupes régulières, moitié de l'insurrection croate, et venait assaillir à l'improviste les deux bataillons chargés de défendre Grätz. Ces deux bataillons, attaqués par toute une armée, résistèrent dix-neuf heures de suite avec un courage héroïque, sous les ordres du colonel Gambin. Ils tuèrent 1,200 hommes à l'ennemi, en prirent 4 ou 500, et donnèrent le temps au général Broussier de venir à leur secours. Ce général, en effet, averti du mouvement du ban Giulay, remonta précipitamment la Muhr, tomba sur les troupes de Giulay, les dispersa, et dégagea les deux bataillons du 84e. Les avant-gardes du général Marmont se montrèrent enfin à une ou deux marches. Ainsi ce corps de dix mille hommes, le meilleur de l'armée après celui du maréchal Davout, rejoignit les masses belligérantes, et les généraux Marmont, Broussier, Macdonald, réunis au prince Eugène, furent dès lors en mesure de fournir à Napoléon le concours de toutes les forces de l'Italie et de la Dalmatie. Les corps de Stoïchevich et Giulay étaient de plus entièrement dispersés, et les deux archiducs (Jean et le palatin) rejetés définitivement au delà du Danube.

[Note en marge: Nouveau soulèvement du Tyrol sous l'influence des événements d'Essling.]

[Note en marge: Agitations dans le Vorarlberg et la Souabe.]