Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 09 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 33

Chapter 333,227 wordsPublic domain

Tandis qu'il envoyait le maréchal Soult dans les Asturies, sur les derrières du général Blake, les maréchaux Lefebvre et Victor continuaient de poursuivre le général espagnol à travers la Biscaye. Le maréchal Lefebvre, n'ayant trouvé aucune résistance sérieuse à Gueñes le 7, était entré le 8 à Balmaseda, et avait porté en avant, jusqu'aux environs de Barcena, la division Villatte, qu'on lui avait prêtée pour quelques jours. De son côté le maréchal Victor, réprimandé pour avoir songé à s'éloigner de la Biscaye, était revenu par Orduña, Amurrio, Oquendo, sur Balmaseda, et, le 9, avait fait sa jonction auprès de cette ville avec le corps du maréchal Lefebvre, dédommagé de la nouvelle direction qui lui était donnée par l'avantage de recouvrer la division Villatte, et de pouvoir rencontrer et battre un ennemi déjà démoralisé. Il vit le maréchal Lefebvre dans la journée du 9, et promit de concerter sa marche avec la sienne. Mais, le lendemain 10, craignant un voisinage qui pourrait le priver encore de la division Villatte, il se hâta de pousser à outrance l'armée de Blake jusqu'à l'entrée des gorges de la Biscaye, les franchit à sa suite sans perdre un instant, et vers la seconde moitié du même jour arriva de l'autre côté des monts, près d'Espinosa, petite ville qui était importante par sa position, car elle se trouvait placée au point d'intersection de toutes les routes de la plaine et de la montagne. (Voir la carte nº 43.) D'Espinosa, en effet, on peut se rendre par une grande route soit à Bilbao, soit à Santander, si on veut aller de la plaine à la montagne; et si au contraire on veut descendre de la montagne dans la plaine, on peut encore se rendre par une grande route soit à Villarcayo, soit à Reinosa, et gagner ainsi ou Burgos ou Léon. C'était donc la peine pour le général Blake de s'arrêter à ce point et de le disputer opiniâtrement. C'était aussi la peine pour le maréchal Victor d'y combattre afin de s'en emparer; il comptait d'ailleurs être rejoint, s'il en avait besoin, par le maréchal Lefebvre, quoiqu'il l'eût quitté sans le voir et sans le prévenir. Le maréchal Lefebvre l'avait suivi dans la même vallée, tenant une route parallèle, mais un peu à gauche et en arrière, et fort blessé de ce que son collègue, parti à l'improviste, ne lui avait rien dit ni fait dire au sujet des opérations à exécuter en commun. Heureusement, un seul des deux corps français, lancés à la suite de Blake, suffisait pour l'accabler, tant étaient mal organisées les troupes espagnoles, et irrésistibles celles que Napoléon venait de faire entrer en Espagne.

[En marge: Bataille d'Espinosa.]

[En marge: Première journée.]

Le maréchal Victor, arrivé devant Espinosa de los Monteros vers le milieu de la journée du 10, y trouva le général Blake en position sur des hauteurs d'un accès difficile, et que celui-ci avait occupées avec assez d'intelligence. Il lui restait environ 30 ou 32 mille hommes sur les 36 qu'il possédait en remarchant vers Balmaseda, et 6 pièces de canon qu'il avait, non pas amenées avec lui, mais reçues de Reinosa, car il était impossible d'en traîner dans ces montagnes. Aucune des deux armées n'en avait avec elle, et on se battait sans artillerie et sans cavalerie, avec le fusil et la baïonnette. À peine pouvait-on se faire suivre par quelques mulets afin de porter du biscuit et des cartouches.

Le général Blake avait à sa gauche des hauteurs escarpées et boisées, vers son centre un terrain accessible, mais couvert de clôtures, à sa droite un plateau assez élevé, moins toutefois que les hauteurs de gauche, boisé aussi, et adossé de plus à une petite rivière, celle de la Trueba, qui, sortant des montagnes, longeait tout le derrière de cette position. La ville d'Espinosa, traversée par la Trueba, était justement placée derrière le centre de l'armée espagnole. Le but à atteindre était donc d'enlever l'une ou l'autre des ailes de l'armée espagnole, de la pousser sur son centre, et de jeter le tout dans Espinosa, où un seul pont ne suffirait pas au passage d'une armée en fuite. L'heure avancée, et les courtes journées de novembre, ne donnaient guère l'espérance d'exécuter tout cela en un jour.

Le général Villatte, qui tenait la tête du corps du maréchal Victor, débouchant par la route d'Edesa, aperçut l'armée espagnole dans cette redoutable position avec ses six bouches à feu au centre de sa ligne. Cette armée ne paraissait pas dépourvue d'assurance, quoique toujours vaincue depuis le commencement des opérations. Le général porta en avant la brigade Pacthod, composée du 27e léger et du 63e de ligne, ordonna au 27e léger de replier les Espagnols sur les hauteurs auxquelles s'appuyait leur gauche, et prescrivit au 63e de ligne de se présenter en bataille devant leur centre pour le contenir. Avec la seconde brigade, composée du 94e et du 95e de ligne, et commandée par le général Puthod, il aborda le plateau boisé auquel s'appuyait la droite des Espagnols. Il fallait s'avancer sans artillerie contre une armée qui en avait, quoiqu'elle en eût peu, et enlever toutes les positions à coups de fusil ou de baïonnette. Heureusement le terrain boisé qu'on avait devant soi ne se prêtait guère à l'emploi d'autres armes que celles dont disposaient en ce moment les Français. Les soldats de La Romana, placés sur ce plateau, se défendirent assez vaillamment, et à la faveur des bois firent un feu meurtrier sur nos troupes. Mais le général Puthod avec le 94e et le 95e franchit tous les obstacles, envahit le plateau, pénétra dans les bois, et en délogea les Espagnols, dont il culbuta quelques-uns dans la Trueba. Les autres se replièrent sans trop de désordre sur leur centre, adossé à la ville d'Espinosa. Tandis que notre brigade de gauche soutenait ce combat très-vif contre la droite de l'ennemi, le 27e léger de la brigade de droite avait tiraillé toute la journée avec les Espagnols au pied des hauteurs de leur gauche, et le 63e avait eu besoin de charger plusieurs fois à la baïonnette pour contenir leur centre. Ce combat ne laissait pas d'être difficile, et aurait pu être chanceux avec d'autres troupes, car six à sept mille hommes en combattaient plus de trente. Mais le maréchal Victor, arrivé avec les divisions Ruffin et Lapisse, s'était hâté d'appuyer à droite et à gauche la division Villatte, et allait même engager la bataille à fond, lorsque le brouillard s'élevant vers cinq heures empêcha les deux armées de se voir, et les obligea de remettre au lendemain la fin de cette lutte. Les Espagnols, selon leur coutume, croyant être victorieux, parce qu'ils n'avaient pas été entièrement vaincus, allumèrent des feux en poussant des cris de joie, et en proclamant leur victoire. Leur satisfaction devait être de courte durée.

[En marge: Seconde journée.]

Le maréchal Victor, le lendemain 11, dès la pointe du jour, recommença la bataille pour la rendre cette fois décisive. Il comptait dans ses trois divisions dix-sept ou dix-huit mille hommes d'infanterie présents sous les armes, et c'était plus qu'il ne lui en fallait contre les trente et quelques mille Espagnols qui lui étaient opposés. Dès la veille il avait fait remplacer les 94e et 95e de ligne, qui s'étaient battus toute la journée, par le 9e léger et le 24e de ligne de la division Ruffin, appuyés en arrière par le 96e de ligne. Ces trois régiments du général Ruffin, remplaçant la brigade Puthod, devaient achever la victoire à notre gauche sur le plateau adossé à la Trueba. Le général en chef avait chargé la première brigade de la division Lapisse, commandée par le général Maison, l'un des officiers les plus intrépides et les plus intelligents de l'armée française, d'appuyer à notre droite le 27e, de déloger les Espagnols des hauteurs escarpées et boisées sur lesquelles était établie leur gauche, et de les en précipiter sur Espinosa, où il ne leur resterait pour fuir que le pont de cette ville. Au centre il avait fait soutenir le 63e du général Villatte par le 8e de ligne, de la division Lapisse. Il avait gardé en réserve le 54e dernier régiment de la division Lapisse, pour le porter où besoin serait.

[En marge: Affreuse déroute des Espagnols, et entière dispersion de l'armée du général Blake.]

Dès la pointe du jour, le général Maison se mettant en marche à la tête du 16e léger, qui rivalisait d'ardeur avec le 27e léger du général Villatte, gravit sous un feu plongeant les hauteurs qui étaient à notre droite, les emporta à la baïonnette, tua aux Espagnols plusieurs généraux, un grand nombre d'officiers et de soldats, et, secondé par le 45e les eut bientôt culbutés sur leur centre, c'est-à-dire sur Espinosa. Au même instant le 63e que commandait le brave Mouton-Duvernet, et le 8e poussaient les Espagnols de clôture en clôture, sur le terrain abaissé et étendu qui formait le centre de la position. Nos soldats, enlevant un mur de jardin après l'autre, acculèrent enfin les Espagnols sur Espinosa, au moment où le général Maison les avait déjà refoulés sur le même point, et leur prirent leurs six pièces de canon. La brigade de gauche, conduite par le général Labruyère, avait également achevé sa tâche, et resserré dans un enfoncement de la Trueba la droite des Espagnols, où celle-ci s'était accumulée en une masse profonde, qui présentait la forme d'un carré plein, apparemment pour mieux résister au choc de nos troupes. L'ennemi, repoussé de tous les points à la fois sur Espinosa, finit par tomber dans une affreuse confusion, fuyant en désordre dans tous les sens, ici s'accumulant au pont d'Espinosa pour le passer, là se précipitant dans le lit de la Trueba pour la franchir à gué. Alors, au lieu d'une retraite, on vit une déroute inouïe de trente mille hommes épouvantés, se pressant les uns sur les autres, et se sauvant dans le délire de la terreur. En plaine et avec de la cavalerie, on les aurait presque tous pris ou sabrés. Nos soldats tirant de haut en bas sur ces masses épaisses, ou les poussant à coups de baïonnette, tuèrent ou blessèrent près de trois mille hommes, mais ne firent que quelques centaines de prisonniers, car ils ne pouvaient joindre à la course des montagnards aussi agiles. Nous avions perdu en morts ou blessés environ 1,100 hommes, proportion de perte plus qu'ordinaire en combattant contre les Espagnols, et qui était due à la nature du terrain qu'il avait fallu enlever. Mais nous avions fait mieux que de recueillir des prisonniers, nous avions désorganisé complétement l'armée de Blake. Celui-ci, désespéré, privé de presque tous ses généraux qui étaient blessés ou tués, n'avait plus d'armée autour de lui. Les Asturiens s'étaient répandus confusément sur la route de Santander. Les débris des troupes de ligne de La Romana et de Galice s'échappaient par Reinosa sur la route de Léon. Un autre détachement s'enfuyait par la route de Villarcayo, dans l'espoir de n'y pas trouver les Français. Le plus grand nombre ayant jeté ses fusils courait à travers les campagnes, avec la résolution de ne plus reprendre les armes. Il est vrai que le courage pouvait leur revenir aussi vite qu'il les abandonnait; mais on en avait fini, sinon pour toujours, au moins pour long-temps, avec cette armée de Léon et de Galice, qui avait dû par Mondragon couper la ligne d'opération de l'armée française.

Pendant ce temps le maréchal Lefebvre, ayant débouché de son côté des montagnes dans la plaine, par une autre route que celle qu'avait suivie le maréchal Victor, s'était rapproché au bruit de la fusillade pour aider son collègue, dont il ne recevait aucune communication. Il était survenu assez tôt pour couvrir sa gauche; mais, ne voyant pas que son appui fût nécessaire, il avait pris la route de Villarcayo, qui lui était indiquée comme la plus facile pour arriver à Reinosa. En chemin il joignit le détachement de Blake qui se retirait dans cette direction, le fit charger par la division Sébastiani, le dispersa, lui prit beaucoup d'armes et de blessés, outre un certain nombre de prisonniers valides, et parvint le 11 au soir à Villarcayo.

[En marge: Le corps du maréchal Victor, exténué de fatigue, s'arrête à Espinosa.]

Le maréchal Victor passa à Espinosa la fin de la journée du 11 et la journée du 12, ne pouvant mener plus loin des soldats qui étaient épuisés par les marches qu'ils avaient faites dans ces montagnes, qui avaient leur chaussure usée, presque toutes leurs cartouches brûlées, et le biscuit porté sur leur dos entièrement consommé. D'ailleurs il y avait peu d'espoir d'atteindre les cinq ou six mille hommes qui restaient au général Blake, à cause de leur célérité à marcher, de leur facilité à se disperser et à se dissoudre. C'était à la cavalerie française déjà lancée dans les plaines de Castille, ou au maréchal Soult s'il n'arrivait pas trop tard, à les arrêter et à les prendre. Le général Blake, parvenu le 12 à Reinosa, où étaient établis tous les dépôts de l'armée espagnole, n'y séjourna point, et par un chemin de montagnes s'efforça de gagner la route de Léon.

[En marge: Marche du maréchal Soult de Burgos sur Reinosa, et son entrée dans les Asturies.]

Le maréchal Soult, parti le 13 au matin de Burgos, et ayant marché par Huerméce sur Canduela, donna sur une bande fugitive de 2,000 hommes, qui escortait 42 voitures de fusils avec beaucoup de bagages et de blessés, laissa le soin de la détruire aux dragons, lesquels firent un assez grand carnage de cette bande, et alla coucher à mi-chemin de Reinosa. Il y entra le lendemain 14, y trouva tout le matériel de l'armée de Blake, 35 bouches à feu, 15 mille fusils, et une grande quantité de vivres de guerre provenant des Anglais. Il y fut rejoint par le maréchal Lefebvre, et, après s'être concerté avec lui, il prit la route de Santander, pour aller, conformément à ses ordres, opérer la soumission des Asturies.

[En marge: Usage que Napoléon fait de sa cavalerie pour courir à travers la Vieille-Castille.]

Napoléon, tant les communications étaient difficiles, n'apprit que dans la nuit du 13 au 14 la bataille décisive livrée le 11, à Espinosa, contre l'armée de Blake. Il n'avait pas douté un instant du succès, mais il commençait à s'apercevoir, en le regrettant fort, que la victoire, toujours certaine avec les Espagnols, n'amenait point, par la difficulté de les joindre, les résultats qu'on obtenait avec d'autres. Il était persuadé que le maréchal Soult, arrivât-il à temps à Reinosa, ne ferait qu'achever une dispersion presque déjà complète, et recueillerait peu de prisonniers. Il n'y avait rien à attendre que du sabre des cavaliers. Napoléon envoya donc au général Milhaud l'ordre de se porter avec ses dragons sur toutes les routes de la Vieille-Castille, et il prescrivit aux autres divisions de la même arme de se joindre au général Milhaud, afin de poursuivre en tout sens et de sabrer impitoyablement tout ce qu'on pourrait atteindre des fugitifs de l'armée du général Blake.

[En marge: Après avoir détruit la gauche des Espagnols, Napoléon se retourne contre leur droite.]

La gauche des Espagnols étant ainsi détruite, il fallait songer à se rabattre sur leur droite, et à traiter celle-ci comme on avait traité celle-là. Napoléon ordonna au maréchal Victor, après avoir laissé reposer le 1er corps à Espinosa, et s'être assuré que le maréchal Soult n'aurait désormais affaire qu'à des fuyards, de prendre la route de Burgos, pour venir, suivant sa destination première, se réunir au quartier général. Il enjoignit au maréchal Lefebvre, qui se plaignait sans cesse de n'être pas assez en nombre, vu qu'il avait laissé deux mille Allemands à Bilbao, qu'il n'avait plus la division Villatte, et qu'il n'avait pas encore les Polonais, de s'établir à Carrion avec les neuf ou dix mille hommes d'infanterie qui lui restaient, de s'y reposer, d'y rassembler son artillerie, ses traînards, et d'y former ainsi une liaison, entre le maréchal Soult qui allait parcourir les Asturies, la cavalerie de Milhaud qui devait battre la plaine de Castille, et le quartier général qui se disposait à opérer de Burgos sur Aranda. À Carrion en effet le maréchal Lefebvre était à distance à peu près égale de Reinosa, de Léon, de Valladolid, de Burgos. Quand le corps de Junot viendrait le remplacer sur les flancs du maréchal Soult, Napoléon se proposait de le rapprocher de la route de Madrid, ou par Aranda, ou par Ségovie.

[En marge: Mouvement prescrit au maréchal Ney afin de le porter sur les derrières de Castaños.]

Devant être bientôt rejoint par le maréchal Victor, et conservant le maréchal Lefebvre pour le lier avec le corps du maréchal Soult, Napoléon n'hésita plus à se priver du maréchal Ney, pour manoeuvrer sur les derrières de Castaños. Restant à Burgos avec la garde seule et une partie de la cavalerie, il achemina dès le 14 au matin le vaillant maréchal, à la tête des divisions Marchand et Dessoles, sur Lerma et Aranda. Son projet était, une fois le maréchal Ney rendu à Aranda, de le porter à gauche sur Osma, Soria et Agreda, ce qui le placerait sur les derrières de Castaños, dont le quartier général était à Cintrunigo, entre Calahorra et Tudela. Le maréchal Ney devait marcher sur Aranda sans perte de temps, mais sans précipitation, de manière à arriver en bon état derrière un immense rideau de cavalerie qui allait s'étendre dans la plaine jusqu'au pied du Guadarrama, grande chaîne de montagnes en avant de Madrid, et séparant la Vieille-Castille de la Nouvelle.

[En marge: Ordres au maréchal Moncey sur la conduite à tenir en présence de Castaños et Palafox.]

[En marge: Le maréchal Lannes mis à la tête des forces qui doivent agir contre Castaños et Palafox.]

Napoléon recommanda au maréchal Moncey de n'exécuter aucun mouvement sur l'Èbre, afin de ne pas donner d'ombrage à Castaños, mais de se tenir prêt à agir au premier signal. Il avait réuni à Logroño, comme on l'a vu, celle des divisions de Ney qui était demeurée en arrière, l'ancienne division Bisson, devenue division Lagrange. Après lui avoir restitué son artillerie, il lui avait laissé la cavalerie légère de Colbert, anciennement attachée au 6e corps, et adjoint la brigade de dragons du général Dijeon. Cette division, complètement rassemblée à Logroño, où elle s'était reposée, n'avait qu'un pas à faire pour se rallier au maréchal Moncey, et, jointe à lui, devait présenter une masse de 30 mille combattants, dont une partie de vieilles troupes, masse bien suffisante pour pousser Castaños et Palafox sur Ney qui venait de Soria, les placer entre deux feux, et les accabler. Si cette belle manoeuvre réussissait, le corps de Castaños devait être pris tout entier, autant du moins qu'on pouvait prendre un corps en Espagne, où les soldats parvenaient toujours à se sauver en abandonnant leurs cadres. Mais pour qu'elle réussît, il fallait que le maréchal Moncey, se tenant prêt à agir, n'agît pas, et que le maréchal Ney accélérât sa marche de manière à se trouver sur les derrières de Castaños avant que celui-ci s'en fût aperçu. Napoléon, tout en estimant le maréchal Moncey, ne comptait cependant pas assez sur la résolution de son caractère pour lui confier un grand commandement. Il avait auprès de lui l'illustre Lannes, commençant à se remettre d'une chute de cheval fort dangereuse, et il lui destinait le commandement de toutes les troupes réunies sur l'Èbre. C'était donc entre Lannes et Ney, entre ces deux mains de fer, que l'armée espagnole de droite allait se trouver prise, et probablement écrasée. Pour donner ses derniers ordres, Napoléon attendit que le maréchal Ney, reparti de Burgos, eût gagné Lerma et Aranda, d'où il lui était prescrit de se détourner ensuite à droite, par la route de Soria.

[En marge: Conduite de la junte d'Aranjuez envers les généraux vaincus, et destitution de Blake et Castaños au profit du marquis de La Romana.]