Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 08 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 53

Chapter 533,341 wordsPublic domain

Ainsi la contradiction qu'implique cette lettre avec tout ce qui précède et suit, sa non-existence au dépôt du Louvre, le silence de Napoléon, le silence de Murat à son sujet, m'ont fait douter de son authenticité, et m'ont démontré au moins qu'elle n'avait pas été remise.

Maintenant voici comment son authenticité a été rétablie à mes yeux, et comment je suis arrivé à croire qu'elle avait été écrite sans avoir été remise. Qu'elle soit de Napoléon, je n'en saurais douter; et chaque fois que je l'ai relue, et je l'ai lue vingt fois peut-être, j'en ai été persuadé davantage. Les falsificateurs peuvent jouer le style, ils ne savent pas jouer la pensée; et surtout il aurait fallu qu'ils fussent au milieu des événements pour pouvoir, avec autant de précision, parler du départ du général Savary, de la commission donnée à M. de Tournon, et de quantité d'autres particularités de la même nature dont cette lettre est remplie. Il y a notamment un détail qui lui donne à mes yeux son authenticité complète, et ce détail est le suivant: Napoléon dit à Murat: _Vous allez trop vite dans vos instructions du 14 au général Dupont_. Or, il y a, en effet, des instructions du 14 au général Dupont, qui méritent bien le reproche que leur adresse Napoléon en se plaçant au point de vue où il se plaçait dans le moment; car, en portant trop vite le général Dupont en avant, Murat laissait les derrières de l'armée en prise aux tentatives du général espagnol Taranco, rappelé du Portugal par les ordres du prince de la Paix. Les falsificateurs ne pouvaient pas savoir ce détail, qui ne peut être connu que lorsqu'on a lu minutieusement les ordres militaires de Napoléon. J'ajoute que ce détail prouve encore que le falsificateur ne pourrait pas être Napoléon lui-même, essayant à Sainte-Hélène de fabriquer une lettre après coup pour se justifier de la plus grave faute de son règne; car, indépendamment de ce qu'il avait trop d'orgueil pour agir ainsi, n'ayant pas même voulu se justifier par le mensonge de la mort du duc d'Enghien, il était impossible qu'il inventât cette circonstance des ordres du 14, attendu qu'il n'avait pas à Sainte-Hélène les pièces du Louvre; et j'ai la preuve par ce qu'il a écrit à Sainte-Hélène que, sans vouloir mentir, il se trompait sur les dates et sur les faits quand il n'avait pas les pièces sous les yeux. Les meilleures mémoires sont exposées à ces erreurs, et je l'ai souvent éprouvé en comparant les écrits contemporains avec les correspondances de leurs auteurs.

La lettre, outre son style, porte donc avec elle la preuve de son authenticité. Mais comment alors expliquer la contradiction de cette lettre avec ce qui précède et ce qui suit, et surtout le silence de Murat, qui n'en accuse pas même réception? Voici de quelle manière j'ai essayé d'y parvenir.

J'ai trouvé au Louvre la correspondance de M. de Tournon. J'y ai vu que seul de tous les agents français il avait blâmé l'entreprise d'Espagne, et avait supplié Napoléon de suspendre toute résolution à ce sujet avant d'avoir vu lui-même le pays de ses propres yeux. J'ai lu en outre dans la correspondance de Murat, que lui Murat, le général Grouchy et autres avaient beaucoup ri à Somosierra des sombres terreurs de M. de Tournon; j'y ai lu de vives instances pour que Napoléon ne prît aucune décision d'après ce que lui dirait M. de Tournon. Il était donc le contradicteur, et le seul, de Murat et de son état-major. J'ai encore trouvé la preuve, dans la correspondance de M. de Tournon, qu'il resta jusqu'au 24 au soir à Burgos, attendant l'Empereur avec impatience. Il est authentiquement prouvé qu'il arriva à Paris quelques jours après. Il ne put en marchant fort vite arriver avant le 29; ce qui place la lettre en question au plus tôt à la date du 29, puisqu'il y est dit que M. de Tournon devait la remettre. Arrivé le 29, il trouva l'Empereur sans nouvelles; car, Murat n'ayant écrit ni le 22 ni le 23, Napoléon dut passer deux jours sans dépêches d'Espagne, et ce durent être le 28, le 29 ou le 30, répondant aux 22 et 23, à cause du temps qu'il fallait alors pour le trajet de Madrid à Paris. Aussi n'y a-t-il aucune lettre de l'Empereur, ni le 28 ni le 29 (si ce n'est celle en question). M. de Tournon, trouvant l'Empereur inquiet comme on l'est toujours lorsqu'on manque de nouvelles dans de graves événements, et les événements étaient graves en effet, car en ce moment il savait Murat aux portes de Madrid et prêt à y entrer, M. de Tournon dut exercer une grande influence sur son esprit, et provoquer la lettre dont nous parlons. Napoléon le chargea naturellement de la remettre, car elle était son ouvrage en quelque sorte. Cette phrase: _M. de Tournon vous remettra cette lettre_, la rattache à M. de Tournon, et les opinions personnelles de celui-ci rendent ce lien plus évident encore. Puis les dates concordent pour placer justement cette inconséquence momentanée de Napoléon avec lui-même dans les deux jours où il fut sans nouvelles, après en être resté à celle du mouvement de Murat sur Madrid. Enfin, recevant le 30 la lettre du 24, dans laquelle Murat lui apprenait combien tout s'était heureusement passé, il revint à ses idées accoutumées, approuva tout, et probablement reprit sa lettre, ou défendit à M. de Tournon de la remettre, ou fit courir après lui pour lui dire de ne pas la remettre, les choses étant changées. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elle ne fut pas remise, car Murat n'en parle pas plus que si elle n'avait pas été écrite, bien qu'il sût par les propos de M. de Tournon que l'Empereur avait éprouvé contre lui un mécontentement passager.

Ce qui est certain, c'est qu'entre le 24 mars au soir et le 4 avril au soir, M. de Tournon alla de Burgos à Paris, de Paris à Madrid; ce qui suppose qu'il ne s'arrêta pas un moment, et ce qui le place à Paris le 29, jour même où il fit varier l'Empereur et écrire la lettre dont il s'agit. Tout s'explique alors comme on le voit, et c'est la phrase où il est dit que M. de Tournon remettra la lettre en question qui, la rattachant à lui, m'a permis, en recherchant ses opinions personnelles et en conférant les dates, de tout éclaircir.

Maintenant comment cette lettre, qui n'est pas au Louvre, est-elle parvenue à la publicité? Je l'ignore. M. de Tournon est mort. M. de Las Cases, qui l'a imprimée le premier, est mort. Il est possible que M. de Las Cases l'ait reçue de Napoléon, en preuve de ce qu'il ne s'était pas complétement abusé sur les événements d'Espagne. Il est possible aussi qu'elle soit arrivée par quelque dépositaire inconnu, et qu'aujourd'hui on ne peut plus retrouver. Mais le style et certains détails prouvent d'une manière irréfragable que la lettre n'a pas été inventée; d'autres détails également authentiques prouvent qu'elle n'a pas été remise; les opinions constatées de M. de Tournon, le soin de l'en charger, la rattachent à lui; les dates la placent à un moment qui dut être pour Napoléon celui de grandes inquiétudes, et la contradiction si apparente se trouve ainsi expliquée. Napoléon fut un instant ébranlé, dicta les contre-ordres contenus dans cette lettre; puis, rassuré par la nouvelle de l'heureuse entrée à Madrid, revint à ses premiers projets, et ne donna pas cours à une lettre qui s'est retrouvée plus tard, et dont on a voulu faire une justification. Elle ne prouve qu'une chose, c'est que l'esprit de Napoléon l'éclairait toujours, tandis que ses passions l'entraînaient souvent, et qu'il aurait mieux fait d'écouter l'un que les autres. J'ai cru ce point d'histoire important à constater pour l'étude du coeur humain, et j'espère que le public consciencieux reconnaîtra que je me suis donné pour arriver à la vérité des peines que les historiens ne prennent pas communément, outre que j'avais des documents qu'ils ont moins communément encore.

FIN DES NOTES.

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES

DANS LE TOME HUITIÈME.

LIVRE VINGT-HUITIÈME.

FONTAINEBLEAU.

Joie causée en France et dans les pays alliés par la paix de Tilsit. -- Premiers actes de Napoléon après son retour à Paris. -- Envoi du général Savary à Saint-Pétersbourg. -- Nouvelle distribution des troupes françaises dans le Nord. -- Le corps d'armée du maréchal Brune chargé d'occuper la Poméranie suédoise et d'exécuter le siége de Stralsund, dans le cas d'une reprise d'hostilités contre la Suède. -- Instances auprès du Danemark pour le décider à entrer dans la nouvelle coalition continentale. -- Saisie des marchandises anglaises sur tout le continent. -- Premières explications de Napoléon avec l'Espagne après le rétablissement de la paix. -- Sommation adressée au Portugal pour le contraindre à expulser les Anglais de Lisbonne et d'Oporto. -- Réunion d'une armée française à Bayonne. -- Mesures semblables à l'égard de l'Italie. -- Occupation de Corfou. -- Dispositions relatives à la marine. -- Événements accomplis sur mer, du mois d'octobre 1805 au mois de juillet 1807. -- Système des croisières. -- Croisières du capitaine L'Hermitte sur la côte d'Afrique, du contre-amiral Willaumez sur les côtes des deux Amériques, du capitaine Leduc dans les mers Boréales. -- Envois de secours aux colonies françaises et situation de ces colonies. -- Nouvelle ardeur de Napoléon pour la marine. -- Système de guerre maritime auquel il s'arrête. -- Affaires intérieures de l'Empire. -- Changements dans le personnel des grands emplois. -- M. de Talleyrand nommé vice-grand-électeur, le prince Berthier vice-connétable. -- M. de Champagny nommé ministre des affaires étrangères, M. Crétet ministre de l'intérieur, le général Clarke ministre de la guerre. -- Mort de M. de Portalis, et son remplacement par M. Bigot de Préameneu. -- Suppression définitive du Tribunat. -- Épuration de la magistrature. -- État des finances. -- Budgets de 1806 et 1807. -- Balance rétablie entre les recettes et les dépenses sans recourir à l'emprunt. -- Création de la caisse de service. -- Institution de la Cour des comptes. -- Travaux publics. -- Emprunts faits pour ces travaux au trésor de l'armée. -- Dotations accordées aux maréchaux, généraux, officiers et soldats. -- Institution des titres de noblesse. -- État des moeurs et de la société française. -- Caractère de la littérature, des sciences et des arts sous Napoléon. -- Session législative de 1807. -- Adoption du Code de commerce. -- Mariage du prince Jérôme. -- Clôture de la courte session de 1807, et translation de la cour impériale à Fontainebleau. -- Événements en Europe pendant les trois mois consacrés par Napoléon aux affaires intérieures de l'Empire. -- État de la cour de Saint-Pétersbourg depuis Tilsit. -- Efforts de l'empereur Alexandre pour réconcilier la Russie avec la France. -- Ce prince offre sa médiation au cabinet britannique. -- Situation des partis en Angleterre. -- Remplacement du ministère Fox-Grenville par le ministère de MM. Canning et Castlereagh. -- Dissolution du Parlement. -- Formation d'une majorité favorable au nouveau ministère. -- Réponse évasive à l'offre de la médiation russe, et envoi d'une flotte à Copenhague pour s'emparer de la marine danoise. -- Débarquement des troupes anglaises sous les murs de Copenhague, et préparatifs de bombardement. -- Les Danois sont sommés de rendre leur flotte. -- Sur leur refus, les Anglais les bombardent trois jours et trois nuits. -- Affreux désastre de Copenhague. -- Indignation générale en Europe, et redoublement d'hostilités contre l'Angleterre. -- Efforts de celle-ci pour faire approuver à Vienne et à Saint-Pétersbourg l'acte odieux commis contre le Danemark. -- Dispositions inspirées à la cour de Russie par les derniers événements. -- Elle prend le parti de s'allier plus étroitement à Napoléon pour en obtenir, outre la Finlande, la Moldavie et la Valachie. -- Instances d'Alexandre auprès de Napoléon. -- Résolutions de celui-ci après le désastre de Copenhague. -- Il encourage la Russie à s'emparer de la Finlande, entretient ses espérances à l'égard des provinces du Danube, conclut un arrangement avec l'Autriche, reporte ses troupes du nord de l'Italie vers le midi, afin de préparer l'expédition de Sicile, réorganise la flottille de Boulogne, et précipite l'invasion du Portugal. -- Formation d'un second corps d'armée pour appuyer la marche du général Junot vers Lisbonne, sous le titre de deuxième corps d'observation de la Gironde. -- La question du Portugal fait naître celle d'Espagne. -- Penchants et hésitations de Napoléon à l'égard de l'Espagne. -- L'idée systématique d'exclure les Bourbons de tous les trônes de l'Europe se forme peu à peu dans son esprit. -- Le défaut d'un prétexte suffisant pour détrôner Charles IV le fait hésiter. -- Rôle de M. de Talleyrand et du prince Cambacérès en cette circonstance. -- Napoléon s'arrête à l'idée d'un partage provisoire du Portugal avec la cour de Madrid, et signe le 27 octobre le traité de Fontainebleau. -- Tandis qu'il est disposé à un ajournement à l'égard de l'Espagne, de graves événements survenus à l'Escurial appellent toute son attention. -- État de la cour de Madrid. -- Administration du prince de la Paix. -- La marine, l'armée, les finances, le commerce de l'Espagne en 1807. -- Partis qui divisent la cour. -- Parti de la reine et du prince de la Paix. -- Parti de Ferdinand, prince des Asturies. -- Une maladie de Charles IV, qui fait craindre pour sa vie, inspire à la reine et au prince de la Paix l'idée d'éloigner Ferdinand du trône. -- Moyens imaginés par celui-ci pour se défendre contre les projets de ses ennemis. -- Il s'adresse à Napoléon afin d'obtenir la main d'une princesse française. -- Quelques imprudences de sa part éveillent le soupçon sur sa manière de vivre, et provoquent une saisie de ses papiers. -- Arrestation de ce prince, et commencement d'un procès criminel contre lui et ses amis. -- Charles IV révèle à Napoléon ce qui se passe dans sa famille. -- Napoléon, provoqué à se mêler des affaires d'Espagne, forme un troisième corps d'armée du côté des Pyrénées, et ordonne le départ de ses troupes en poste. -- Tandis qu'il se prépare à intervenir, le prince de la Paix, effrayé de l'effet produit par l'arrestation du prince des Asturies, se décide à lui faire accorder son pardon, moyennant une soumission déshonorante. -- Pardon et humiliation de Ferdinand. -- Calme momentané dans les affaires d'Espagne. -- Napoléon en profite pour se rendre en Italie. -- Il part de Fontainebleau pour Milan vers le milieu de novembre 1807. 1 à 322

LIVRE VINGT-NEUVIÈME.

ARANJUEZ.

Expédition de Portugal. -- Composition de l'armée destinée à cette expédition. -- Première entrée des Français en Espagne. -- Marche de Ciudad-Rodrigo à Alcantara. -- Horribles souffrances. -- Le général Junot, pressé d'arriver à Lisbonne, suit la droite du Tage par le revers des montagnes du Beyra. -- Arrivée de l'armée française à Abrantès, dans l'état le plus affreux. -- Le général Junot se décide à marcher sur Lisbonne avec les compagnies d'élite. -- En apprenant l'arrivée des Français, le prince régent de Portugal prend le parti de s'enfuir au Brésil. -- Embarquement précipité de la cour et des principales familles portugaises. -- Occupation de Lisbonne par le général Junot. -- Suite des événements de l'Escurial. -- Situation de la cour d'Espagne depuis l'arrestation du prince des Asturies, et le pardon humiliant qui lui a été accordé. -- Continuation des poursuites contre ses complices. -- Méfiances et terreurs qui commencent à s'emparer de la cour. -- L'idée de fuir en Amérique, à l'exemple de la maison de Bragance, se présente à l'esprit de la reine et du prince de la Paix. -- Résistance de Charles IV à ce projet. -- Avant de recourir à cette ressource extrême, on cherche à se concilier Napoléon, et on renouvelle au nom du roi la demande que Ferdinand avait faite d'une princesse française. -- On ajoute à cette demande de vives instances pour la publication du traité de Fontainebleau. -- Ces propositions ne peuvent rejoindre Napoléon qu'en Italie. -- Arrivée de celui-ci à Milan. -- Travaux d'utilité publique ordonnés partout où il passe. -- Voyage à Venise. -- Réunion de princes et de souverains dans cette Ville. -- Projets de Napoléon pour rendre à Venise son antique prospérité commerciale. -- Course à Udine, à Palma-Nova, à Osoppo. -- Retour à Milan par Legnago et Mantoue. -- Entrevue à Mantoue avec Lucien Bonaparte. -- Séjour à Milan. -- Nouveaux ordres militaires relativement à l'Espagne, et ajournement des réponses à faire à Charles IV. -- Affaires politiques du royaume d'Italie. -- Adoption d'Eugène Beauharnais, et transmission assurée à sa descendance de la couronne d'Italie. -- Décrets de Milan opposés aux nouvelles ordonnances maritimes de l'Angleterre. -- Départ de Napoléon pour Turin. -- Travaux ordonnés pour lier Gênes au Piémont, le Piémont à la France. -- Retour à Paris le 1er janvier 1808. -- Napoléon ne peut pas différer plus long-temps sa réponse à Charles IV, et l'adoption d'une résolution définitive à l'égard de l'Espagne. -- Trois partis se présentent: un mariage, un démembrement de territoire, un changement de dynastie. -- Entraînement irrésistible de Napoléon vers le changement de dynastie. -- Fixé sur le but, Napoléon ne l'est pas sur les moyens, et en attendant il ajoute au nombre des troupes qu'il a déjà dans la Péninsule, et répond d'une manière évasive à Charles IV. -- Levée de la conscription de 1809. -- Forces colossales de la France à cette époque. -- Système d'organisation militaire suggéré à Napoléon par la dislocation de ses régiments, qui ont des bataillons en Allemagne, en Italie, en Espagne. -- Napoléon veut terminer cette fois toutes les affaires du midi de l'Europe. -- Aggravation de ses démêlés avec le Pape. -- Le général Miollis chargé d'occuper les États romains. -- Le mouvement des troupes anglaises vers la Péninsule dégarnit la Sicile, et fournit l'occasion, depuis long-temps attendue, d'une expédition contre cette île. -- Réunion des flottes françaises dans la Méditerranée. -- Tentative pour porter seize mille hommes en Sicile, et un immense approvisionnement à Corfou. -- Suite des événements d'Espagne. -- Conclusion du procès de l'Escurial. -- Charles IV, en recevant les réponses évasives de Napoléon, lui adresse une nouvelle lettre pleine de tristesse et de trouble, et lui demande une explication sur l'accumulation des troupes françaises vers les Pyrénées. -- Pressé de questions, Napoléon sent la nécessité d'en finir. -- Il arrête enfin ses moyens d'exécution, et se propose, en effrayant la cour d'Espagne, de l'amener à fuir comme la maison de Bragance. -- Cette grave entreprise lui rend l'alliance russe plus nécessaire que jamais. -- Attitude de M. de Tolstoy à Paris. -- Ses rapports inquiétants à la cour de Russie. -- Explications d'Alexandre avec M. de Caulaincourt. -- Averti par celui-ci du danger qui menace l'alliance, Napoléon écrit à Alexandre, et consent à mettre en discussion le partage de l'empire d'Orient. -- Joie d'Alexandre et de M. de Romanzoff. -- Divers plans de partage. -- Première pensée d'une entrevue à Erfurt. -- Invasion de la Finlande. -- Satisfaction à Saint-Pétersbourg. -- Napoléon, rassuré sur l'alliance russe, fait ses dispositions pour amener un dénoûment en Espagne dans le courant du mois de mars. -- Divers ordres donnés du 20 au 25 février dans le but d'intimider la cour d'Espagne et de la disposer à la fuite. -- Choix de Murat pour commander l'armée française. -- Ignorance dans laquelle Napoléon le laisse relativement à ses projets politiques. -- Instruction sur la marche des troupes. -- Ordre de surprendre Saint-Sébastien, Pampelune et Barcelone. -- Le plan adopté mettant en danger les colonies espagnoles, Napoléon pare à ce danger par un ordre extraordinaire expédié à l'amiral Rosily. -- Entrée de Murat en Espagne. -- Accueil qu'il reçoit dans les provinces basques et la Castille. -- Caractère de ces provinces. -- Entrée à Vittoria et à Burgos. -- État des troupes françaises. -- Leur jeunesse, leur dénûment, leurs maladies. -- Embarras de Murat résultant de l'ignorance où il est touchant le but politique de Napoléon. -- Surprise de Barcelone, de Pampelune et de Saint-Sébastien. -- Fâcheux effet produit par l'enlèvement de ces places. -- Alarmes conçues à Madrid en recevant les dernières nouvelles de Paris. -- Projet définitif de se retirer en Amérique. -- Opposition du ministre Caballero à ce plan. -- Malgré son opposition, le projet de départ est arrêté. -- Ébruitement des préparatifs de voyage. -- Émotion extraordinaire dans la population de Madrid et d'Aranjuez. -- Le prince des Asturies, son oncle don Antonio, contraires à toute idée de s'éloigner. -- Le départ de la cour fixé au 15 ou 16 mars. -- La population d'Aranjuez et des environs, attirée par la curiosité, la colère et de sourdes menées, s'accumule autour de la résidence royale, et devient effrayante par ses manifestations. -- La cour est obligée de publier le 16 une proclamation pour démentir les bruits de voyage. -- Elle n'en continue pas moins ses préparatifs. -- Révolution d'Aranjuez dans la nuit du 17 au 18 mars. -- Le peuple envahit le palais du prince de la Paix, le ruine de fond en comble, et cherche le prince lui-même pour l'égorger. -- Le roi est obligé de dépouiller Emmanuel Godoy de toutes ses dignités. -- On continue à rechercher le prince lui-même. -- Après avoir été caché trente-six heures sous des nattes de jonc, il est découvert au moment où il sortait de cette retraite. -- Quelques gardes du corps parviennent à l'arracher à la fureur du peuple, et le conduisent à leur caserne, atteint de plusieurs blessures. -- Le prince des Asturies réussit à dissiper la multitude en promettant la mise en jugement du prince de la Paix. -- Le roi et la reine, effrayés de trois jours de soulèvement, et croyant sauver leur vie et celle du favori en abdiquant, signent leur abdication dans la journée du 19 mars. -- Caractère de la révolution d'Aranjuez. 323 à 516

LIVRE TRENTIÈME.

BAYONNE.