Part 34
En songeant, dans ses derniers traités avec l'Autriche, à récompenser ses trois alliés de l'Allemagne méridionale, les princes de Bavière, de Wurtemberg et de Baden, et à terminer tout sujet de collision entre eux et le chef de l'empire, par la solution de certaines questions restées indécises en 1803, Napoléon avait prononcé, sans qu'il s'en doutât, la dissolution prochaine du vieil empire germanique. Instrument providentiel, quelquefois involontaire, presque toujours méconnu, de cette révolution française, qui devait changer la face du monde, il avait préparé à son insu l'une des plus grandes réformes européennes.
On se souvient comment, en 1803, la France avait été appelée à se mêler du gouvernement intérieur de l'Allemagne; comment les princes qui avaient perdu tout ou partie de leurs États par la cession de la rive gauche du Rhin, avaient résolu de se dédommager de leurs pertes en sécularisant les principautés ecclésiastiques. Ne pouvant se mettre d'accord sur le partage de ces principautés, ils avaient appelé Napoléon à leur secours, pour apporter dans ce partage l'équité et la volonté sans lesquelles il était impossible. La Prusse et l'Autriche avaient reçu de sa propre main les biens de l'Église, avec un seul déplaisir, celui de n'en pas obtenir davantage. La suppression des principautés ecclésiastiques avait entraîné la modification des trois colléges composant la Diète. On s'était entendu sur le collége des électeurs, mais point sur celui des princes, dans lequel l'Autriche prétendait avoir un plus grand nombre de voix catholiques que celui qui lui avait été accordé. On s'était entendu sur le collége des villes, en réduisant leur nombre à six, et en détruisant presque tout à fait leur influence. On n'avait rien statué sur une nouvelle organisation des cercles, chargés de maintenir le respect des lois dans chaque grande province allemande; sur une nouvelle organisation religieuse, devenue nécessaire depuis la suppression d'une foule de siéges, et indéfiniment retardée par la mauvaise volonté du Pape. Enfin, on n'avait pas résolu la grave question de la noblesse immédiate, parce qu'elle intéressait toute l'aristocratie allemande, et surtout l'Autriche, qui avait dans les membres de cette noblesse des vassaux dépendants de l'empire, indépendants des princes territoriaux, et lui rendant une quantité de services dont le recrutement, autorisé dans leurs terres, n'était pas le moindre.
[En marge: L'anarchie introduite de nouveau en Allemagne depuis le traité de Presbourg.]
Les puissances médiatrices, la France et la Russie, fatiguées de cette longue médiation, attirées ailleurs par d'autres événements, avaient à peine retiré leur main, laissant l'Allemagne à moitié réformée, que l'anarchie avait envahi cette malheureuse contrée. L'Autriche, sous le prétexte d'un prétendu droit d'épave, avait usurpé les dépendances des biens ecclésiastiques donnés en indemnité, et avait privé les princes indemnisés d'une notable partie de ce qui leur était dû. Ces princes de leur côté avaient voulu s'emparer des biens de la noblesse immédiate, et avaient profité pour cela des incertitudes du dernier recès.
La guerre de 1805 ayant ramené Napoléon au delà du Rhin, il avait profité de l'occasion pour résoudre au profit des princes ses alliés les questions restées indécises, et il avait ainsi créé dans les pays de Bade, de Wurtemberg et de Bavière, une sorte de dissonance avec le reste de l'Allemagne. Mais l'avidité de ces mêmes alliés avait fait naître des difficultés qui touchaient à l'Allemagne tout entière. Le roi de Wurtemberg, ne gardant aucune mesure, avait usurpé les terres de la noblesse immédiate, tant celles qui avaient cette qualité que celles qui ne l'avaient pas. Il s'était arrogé plus que les droits du souverain territorial, et il avait saisi beaucoup de châteaux de la noblesse, comme s'il en eût été le véritable propriétaire. Tous ces droits d'origine féodale que l'Autriche avait voulu exercer en Souabe, et dont la portée était dangereusement arbitraire, il s'en était déclaré le nouveau titulaire, en vertu de la possession de certains chefs-lieux féodaux que le partage de la Souabe autrichienne lui avait procurés, et il commençait à s'en servir avec plus de rigueur que la chancellerie autrichienne elle-même. Les maisons de Baden et de Bavière, molestées par lui, et autorisées par son exemple, commettaient les mêmes excès dans leur circonscription. Le mépris du droit avait été poussé jusqu'à pénétrer dans les principautés souveraines enclavées dans les territoires de ces trois princes, sous prétexte d'y rechercher les domaines de la noblesse immédiate, qui ne pouvaient dans aucun cas leur appartenir, car si ces domaines appartenaient à d'autres qu'aux nobles immédiats eux-mêmes, c'était tout au plus au prince souverain duquel ils relevaient immédiatement.
[En marge: Désorganisation de la Diète, et abolition par le fait de tout gouvernement fédéral en Allemagne.]
Napoléon avait chargé M. Otto, son ministre à Munich, comme arbitre, et Berthier comme chef de la force exécutive, de régler, entre Baden, Wurtemberg et Bavière, toutes les contestations naissant du partage des territoires autrichiens de la Souabe. Les difficultés se compliquant, Napoléon leur avait adjoint le général Clarke pour les aider à débrouiller ce chaos. Les uns et les autres désespéraient d'en venir à bout. Les princes violentés s'étaient d'abord présentés à Ratisbonne, mais les ministres à la Diète, n'ayant ni courage ni autorité depuis que l'Autriche ne leur en donnait plus, s'avouaient impuissants en présence du désordre croissant de toutes parts. L'Autriche elle-même les avait presque réduits à cette impuissance, dont ils se plaignaient, en refusant l'année précédente d'autoriser toute délibération sérieuse, tant qu'on ne reconstituerait pas à son gré le collége des princes, et qu'on n y ajouterait pas le nombre des voix catholiques qu'elle réclamait. Et maintenant, définitivement vaincue, préoccupée uniquement de son salut, elle achevait d'anéantir la Diète, en lui laissant voir qu'il n'y avait plus à compter sur elle pour aucun acte efficace. La Diète était donc un corps détruit, recevant tout au plus les communications qu'on lui faisait, en accusant à peine réception, mais ne délibérant sur aucun sujet.
À cette vue, les petits princes souverains, les nobles immédiats exposés à toutes sortes d'usurpations, les villes libres réduites de six à cinq par le don d'Augsbourg à la Bavière, les princes ecclésiastiques sécularisés dont les pensions n'étaient plus payées, étaient accourus à Munich pour invoquer auprès de MM. Otto, Berthier et Clarke, la protection de la France. Ceux-ci, révoltés du spectacle d'oppression dont ils étaient témoins, avaient d'abord formé une espèce de congrès pour concilier tous les intérêts, et empêcher qu'à l'ombre de la protection de la France on ne commît des actes iniques. M. Otto avait conçu un projet d'arrangement que la France devait soumettre aux principaux oppresseurs, les souverains de Bavière, de Baden et de Wurtemberg. Mais il avait bientôt reconnu qu'il ne faisait pas moins qu'un nouveau plan de constitution germanique, et, de plus, les agents du roi de Wurtemberg, quand il leur avait présenté ce plan, s'étaient vivement récriés, et avaient déclaré que jamais leur maître ne consentirait aux concessions proposées. On eût dit que ce prince, dont on venait de faire un roi, d'augmenter les États, de doubler les prérogatives souveraines, était spolié par la France, parce qu'elle lui demandait quelque respect des propriétés, et quelques égards de voisinage en faveur de ses voisins les plus faibles. N'y sachant plus que faire, M. Otto avait tout envoyé à Paris, et les réclamations, et les réclamants, et les projets d'arrangement qu'il avait imaginés dans une intention de justice. Ce renvoi avait eu lieu à la fin de mars.
[En marge: Les princes allemands opprimés ont de nouveau recours à la France.]
Depuis cette époque, opprimés et oppresseurs étaient au pied du trône de Napoléon. Il devenait évident que le sceptre de Charlemagne avait passé des Germains aux Francs.
C'est ce qu'avait dit, écrit, sous toutes les formes, le prince archichancelier, dernier électeur ecclésiastique conservé par Napoléon, et transporté, comme on s'en souvient, de Mayence à Ratisbonne. Ce prince, dont nous avons tracé ailleurs le caractère aimable et mobile, les penchants somptueux, cherchant la force où elle était, ne cessait de supplier Napoléon de prendre en main le sceptre de la Germanie; et si quelqu'un avait fait retentir aux oreilles de Napoléon le dangereux nom de Charlemagne, c'était certainement lui.--Vous êtes Charlemagne, lui disait-il, soyez donc le maître, le régulateur, le sauveur de l'Allemagne.--Si ce nom, qui n'était pas celui qui plaisait davantage à l'orgueil de Napoléon, car il avait dans Alexandre et César des émules plus dignes de son génie, mais qui plaisait particulièrement à son ambition, parce qu'il établissait plus de rapports avec ses projets sur l'Europe; si ce nom se trouvait toujours mêlé au sien, c'était moins par son fait que par le fait de tous ceux qui recouraient à son pouvoir protecteur. Quand l'Église voulait quelque chose de lui, elle lui disait: Vous êtes Charlemagne, donnez-nous ce qu'il nous a donné.--Quand les princes allemands de tous les États étaient opprimés, ils lui disaient: Vous êtes Charlemagne, protégez-nous comme il l'aurait fait.--
On lui eût donc inspiré les idées que son ambition aurait tardé à concevoir, si elle avait été lente dans ses désirs. Mais les besoins des peuples et son ambition marchaient alors ensemble.
À toutes les époques, les princes de l'Allemagne, outre la Confédération germanique, autorité légale et reconnue par eux, avaient formé des ligues particulières, pour défendre tels droits ou tels intérêts, qui étaient communs à certains d'entre eux. Tout ce qui restait de ces ligues s'adressait à Napoléon, en le priant d'intervenir à leur profit, tant comme auteur et garant de l'acte de médiation de 1803, que comme signataire et exécuteur du traité de Presbourg. Les uns lui proposaient de former de nouvelles ligues sous sa protection, les autres de former une nouvelle confédération germanique sous son sceptre impérial. Les princes dont les possessions étaient envahies, les nobles immédiats dont les terres étaient saisies, les villes libres menacées de suppression, proposaient des plans différents, mais étaient prêts, moyennant protection, à se réunir au plan qui prévaudrait.
[En marge: Plan d'une nouvelle confédération germanique, imaginée par l'électeur de Ratisbonne, prince archichancelier de l'empire.]
Le prince archichancelier, qui craignait que son électorat ecclésiastique, le dernier échappé au naufrage ne succombât dans cette autre tempête, imagina un plan pour le sauver, ce fut de former une nouvelle confédération germanique, appelée à délibérer sous sa présidence, et à comprendre tous les États allemands, excepté la Prusse et l'Autriche. Afin d'intéresser Napoléon à cette création, il inventa deux moyens. Le premier consistait à créer un électorat attaché au duché de Berg, qu'on savait destiné à Murat, et le second à désigner sur-le-champ un coadjuteur pour l'archevêché de Ratisbonne, et à le choisir dans la famille impériale. Ce coadjuteur étant archevêque désigné de Ratisbonne, archichancelier futur de la confédération, devait placer la nouvelle diète sous la main de Napoléon. Le membre de la famille Bonaparte destiné à ce rôle de coadjuteur était tout indiqué par sa profession ecclésiastique, c'était le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, ambassadeur à Rome[16].
[Note 16: Nous citons le curieux document qui fut adressé à Napoléon.
Ratisbonne, 19 avril 1806.
Sire,
Le génie de Napoléon ne se borne pas à créer le bonheur de la France; la Providence accorde l'homme supérieur à l'univers. L'estimable nation germanique gémit dans les malheurs de l'anarchie politique et religieuse: soyez, Sire, le régénérateur de sa Constitution! Voici quelques voeux dictés par l'état des choses. Que le duc de Clèves devienne électeur, qu'il obtienne l'octroi du Rhin sur toute la rive droite; que le cardinal Fesch soit mon coadjuteur; que les rentes assignées sur l'octroi à douze États de l'empire soient fondées sur quelque autre base. Votre Majesté Impériale et Royale jugera dans sa sublimité s'il est utile au bien général de réaliser ces idées. Si quelque erreur idéologique me trompe à cet égard, le coeur m'atteste au moins la pureté de mes intentions.
Je suis avec un attachement inviolable et le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale le très-humble et tout dévoué admirateur,
CHARLES, _électeur archichancelier_.
La nation germanique a besoin que sa Constitution soit régénérée: la majeure partie de ses lois ne présente que des mots vides de sens, depuis que les tribunaux, les cercles, la Diète de l'empire n'ont plus les moyens nécessaires pour soutenir les droits de propriété et de sûreté personnelle des individus qui composent la nation, et que ces institutions ne peuvent plus protéger les opprimés contre les attentats du pouvoir arbitraire et de la cupidité. Un tel état est anarchique; les peuples supportent les charges de l'état civil sans jouir de ses principaux avantages, position désastreuse pour une nation foncièrement estimable par sa loyauté, son industrie, son énergie primitive. La Constitution germanique ne peut être régénérée que par un chef de l'empire d'un grand caractère, qui rende la vigueur aux lois en concentrant dans ses mains le pouvoir exécutif. Les États de l'empire n'en jouiront que d'autant mieux de leurs domaines, lorsque les voeux des peuples seront exposés et discutés à la Diète, les tribunaux mieux organisés, et la justice administrée d'une manière plus efficace. Sa Majesté l'empereur d'Autriche, François second, serait un particulier respectable par ses qualités personnelles, mais dans le fait le sceptre d'Allemagne lui échappe, parce qu'il a maintenant la majorité de la Diète contre lui; qu'il a manqué à sa capitulation en occupant la Bavière, en introduisant les Russes en Allemagne, en démembrant des parties de l'empire pour payer des fautes commises dans les querelles particulières de sa maison. _Puisse-t-il être empereur d'Orient pour résister aux Russes, et que l'empire d'Occident renaisse en l'empereur Napoléon, tel qu'il était sous Charlemagne, composé de l'Italie, de la France et de l'Allemagne!_ Il ne paraît pas impossible que les maux de l'anarchie fassent sentir la nécessité d'une telle régénération à la majorité des électeurs; c'est ainsi qu'ils choisirent Rodolphe de Habsbourg après les troubles du grand interrègne. Les moyens de l'archichancelier sont très-bornés; mais c'est au moins avec une intention pure qu'il compte sur les lumières de l'empereur Napoléon, nommément dans les objets qui pourront agiter le midi de l'Allemagne plus particulièrement dévoué à ce monarque. La régénération de la Constitution germanique a été de tout temps l'objet des voeux de l'électeur archichancelier; il ne demande et n'accepterait rien pour lui-même; il pense que si Sa Majesté l'empereur Napoléon pouvait se réunir en personne chaque année pour quelques semaines à Mayence ou ailleurs avec les princes qui lui sont attachés, les germes de la régénération germanique se développeraient bientôt. M. d'Hédouville a inspiré une parfaite confiance à l'électeur archichancelier, qui sera charmé s'il veut bien exposer ces idées dans toute leur pureté à Sa Majesté l'empereur des Français et à son ministre M. de Talleyrand.
CHARLES, _électeur archichancelier_.]
[En marge: Sans consulter personne, le prince archichancelier, archevêque de Ratisbonne, choisit le cardinal Fesch pour son coadjuteur.]
Sans attendre qu'un tel plan fût proposé, discuté et accueilli, l'archichancelier, pressé de s'assurer la conservation de son siége, par une adoption qui en rendît la destruction impossible, à moins que Napoléon ne voulût porter atteinte aux intérêts de sa famille, ce qu'elle ne supportait pas aisément, et ce qu'il n'aimait pas à faire, l'archichancelier, sans consulter personne, au grand étonnement de ses co-États, choisit le cardinal Fesch pour coadjuteur de l'archevêché de Ratisbonne, et écrivit à Napoléon une lettre officielle afin de lui annoncer ce choix.
Napoléon n'avait aucune raison d'aimer le cardinal Fesch, esprit vain et opiniâtre, qui n'était pas le moins tracassier de tous ses parents, et il se souciait médiocrement de le placer à la tête de l'empire germanique. Toutefois il souffrit, sans s'expliquer, cette étrange désignation. Elle était un symptôme frappant de cette disposition des princes allemands opprimés, à remettre en ses mains le nouveau sceptre impérial.
[En marge: Napoléon forme le projet d'une confédération du Rhin.]
Napoléon ne voulait pas enlever directement ce sceptre au chef de la maison d'Autriche. C'était une entreprise qui lui semblait trop grande pour le moment, bien qu'il y en eût peu qui l'effrayassent depuis Austerlitz. Mais il était éclairé sur ce qu'il pouvait oser actuellement en Allemagne, et fixé sur ce qu'il convenait de faire. Pour le présent il voulait disloquer, affaiblir l'empire germanique, de manière que l'Empire français brillât seul en Occident. Ensuite il voulait réunir les princes de l'Allemagne méridionale, situés aux bords du Rhin, en Franconie, en Souabe, en Bavière, et les former en confédération sous son protectorat avoué. Cette confédération déclarerait ses liens dissous avec l'empire germanique. Quant aux autres princes de l'Allemagne, ou ils resteraient dans l'ancienne Confédération, sous l'autorité de l'Autriche, ou, ce qui était plus probable, ils en sortiraient, et se grouperaient à leur gré, les uns autour de la Prusse, les autres autour de l'Autriche. Alors l'empire français, ayant sous sa suzeraineté formelle l'Italie, Naples, la Hollande, peut-être un jour la Péninsule espagnole, sous son protectorat le midi de l'Allemagne, comprendrait à peu près les États qui avaient appartenu à Charlemagne, et tiendrait la place de l'empire d'Occident. Lui donner ce titre n'était plus qu'une affaire de mots, grave pourtant, à cause des jalousies de l'Europe, mais réalisable un jour de victoire ou de négociation heureuse.
Pour accomplir un tel projet, on avait peu à faire, car la Bavière, le Wurtemberg, Baden traitaient alors à Paris, afin d'arriver à une régularisation quelconque de leur situation, agrandie mais incertaine. Tous les autres princes demandaient à être compris, n'importe sous quel titre, n'importe sous quelle condition, dans le nouveau système fédératif, qu'on prévoyait et qu'on désirait comme inévitable. Y être nommé, c'était vivre; y être omis, c'était périr. Il n'était donc pas nécessaire de négocier avec d'autres qu'avec les princes de Baden, de Wurtemberg, de Bavière, et encore eut-on soin de ne les consulter que dans une certaine mesure, et en excluant tous autres qu'eux de la négociation. On se proposait de présenter le traité tout rédigé à ceux des princes qu'on voudrait conserver, et de les admettre à le signer purement et simplement. La nouvelle confédération devait porter le titre de Confédération du Rhin, et Napoléon celui de Protecteur.
M. de Talleyrand fut chargé, avec un premier commis fort habile, M. de Labesnardière, de rédiger le projet de la nouvelle confédération, et de le soumettre ensuite à l'Empereur[17].
[Note 17: C'est de M. de Labesnardière lui-même, seul confident de cette importante création, que nous tenons tous ces détails, appuyés en outre sur une foule de documents authentiques.]
Tel fut, comme on le voit, l'enchaînement de faits qui, deux fois, amena la France à se mêler des affaires d'Allemagne. La première fois, le partage inévitable des biens ecclésiastiques menaçant l'Allemagne d'un bouleversement, on vint demander à Napoléon d'accomplir lui-même ce partage, et d'y ajouter les changements qui devaient en découler dans la constitution germanique. La seconde fois, Napoléon, appelé des bords de l'Océan aux bords du Danube par l'irruption des Autrichiens en Bavière, obligé de se créer des alliés dans le midi de l'Allemagne, de les récompenser, de les agrandir, de les contenir en même temps quand ils voulaient abuser de son alliance, fut encore obligé d'intervenir pour régler la situation des princes allemands qui, géographiquement, intéressaient la France.
S'il eut dans tout ce qu'il fit en cette occasion une vue personnelle, ce fut de rendre vacant un titre auguste par la dissolution de l'empire germanique, et de ne plus laisser exister aux yeux des peuples que l'Empire français. Néanmoins les causes essentielles de son intervention ne furent pas autres que les violences des forts, les cris des faibles, et le double désir, très-avouable, de réprimer des injustices commises sous son nom, et de réformer l'Allemagne d'une manière conforme aux lumières de son bon sens, puisqu'enfin il ne pouvait pas se dispenser d'y toucher.