Part 21
Madame Gazani n'était pas dame du palais et ne l'avait jamais été; elle avait pourtant escamoté on sait comment, dans un certain temps, la prérogative de marcher avec les dames du palais; elle était lectrice de l'Impératrice, ce qui, pour le dire en passant, était assez drôle, puisqu'elle était italienne-génoise et que notre Impératrice était souveraine des Français. Mais après tout, madame Gazani était une femme ravissante, et jolie comme on l'est à Gênes, lorsqu'on se mêle de l'être, et voilà le grand secret de sa nomination. Elle était donc parfaitement belle, encore plus engageante et piquante, faite pour la cour sans en avoir pourtant les manières, mais très-disposée à les prendre, ce qu'elle a prouvé; car elle aimait cette vie de la cour, la galanterie, les intrigues. Quant à de l'esprit, elle avait celui du monde, à force d'en être, mais du reste peu, et même pas du tout dans le sens bien prononcé qu'on attache à ce mot. Pendant la durée de sa faveur, elle ne fut hostile à personne, ce dont on lui sut gré; et puis cette faveur passée, elle demeura une des plus belles personnes de la cour et une des plus inoffensives, ce qui n'arrive pas toujours.
J'ai dit qu'il y avait tous les samedis de petits bals chez la duchesse de Bassano, où l'on était moins nombreux que les jours de grande réception. Indépendamment de ces bals, il y avait un grand dîner diplomatique; je l'appelle ainsi parce que chez le ministre des affaires étrangères il y avait nécessairement, en première ligne, les ministres étrangers et tout ce qui tenait au corps diplomatique, présenté par les ambassadeurs. Ce dîner avait lieu dans la grande galerie de l'hôtel de Gallifet où était alors le ministère des affaires étrangères; et il était suivi d'une fête[158] à laquelle était invité autant de monde que pouvait en contenir les vastes appartements du ministère, et dont la duchesse de Bassano faisait les honneurs avec une grâce et une convenance tout à fait remarquables.
[Note 158: Le traitement du duc de Bassano était de 400,000 fr.; la dépense de sa maison s'élevait à 300,000 fr.]
Il fallait bien cependant se reposer un peu de cette foule, de ce mouvement, tourbillon dont la tête se fatigue si vite; et les samedis n'étaient pas encore faits pour cela, comme je viens de le dire, puisqu'il y avait encore deux cents personnes d'invitées. La duchesse de Bassano organisa une société habituelle, qui venait chez elle non-seulement les jours de réception, mais tous les autres jours de la semaine. Les femmes les plus assidues chez elle dans son intimité étaient la belle madame de Barral[159], madame d'Audenarde, jeune, jolie et nouvelle mariée, madame de Brehan, madame de Canisy, madame d'Helmstadt, madame Gazani, madame Legéas, sa belle-soeur, élégante et jolie[160], madame de d'Alberg, charmante et aimable femme; madame de Valence, dont l'esprit est si piquant et si vrai, si naturel dans le charme de la causerie et un autre charme qu'on ne peut définir, mais dont on éprouve la puissance et qui retenaient la jeunesse qui déjà s'enfuyait. Les hommes étaient le duc d'Alberg, M. de Sémonville, M. de Valence, M. de Montbreton, M. de Lawoëstine, M. de Flahaut, M. de Narbonne, Lavalette, dont j'ai déjà fait connaître l'aimable caractère et le charmant esprit; M. de Fréville, l'un des hommes les plus spirituels que j'aie rencontrés en ma vie; M. de Celles, dont la causerie rappelle tout ce qu'on nous dit du temps agréable de Louis XV; M. de Chauvelin, dont les preuves étaient faites à cet égard-là, mais qui depuis prouva combien il était à redouter plus sérieusement; M. de Rambuteau[161], M. le comte de Ségur, M. de Turenne, et tous les maris des femmes que j'ai nommées, venaient alternativement passer la soirée chez madame de Bassano; on voit que le noyau autour duquel venait ensuite se grouper progressivement la foule était déjà assez nombreux pour alimenter une causerie journalière; et lorsque le duc de Bassano pouvait quitter un moment ses nombreux travaux pour venir s'y joindre, elle n'en était que plus aimable.
[Note 159: Aujourd'hui madame de Septeuil.]
[Note 160: Quelque extraordinaire qu'il puisse paraître qu'étant aussi liée avec M. et madame de Valence, la duchesse de Bassano ne connût pas leur mère, cela est pourtant _positif_.]
[Note 161: Et M. de Rambuteau, qui a prouvé qu'on pouvait être à la fois un homme du monde et un habile administrateur. Napoléon l'avait, au reste, bien deviné.]
Un soir de ces réunions intimes, plusieurs habitués causaient autour de la cheminée, dans le salon ordinaire de la duchesse de Bassano. C'était en hiver et même en carnaval (le dimanche gras); on était fatigué des bals et des veilles; et c'était un grand hasard que ce soir-là on fût en repos. On causait donc. Je ne sais plus qui se mit à parler de madame de Genlis, qui venait de publier un nouvel ouvrage.
LA DUCHESSE DE BASSANO.
Mon Dieu! croiriez-vous que je ne connais pas madame de Genlis!... Je ne l'ai même jamais aperçue...
MADAME GAZANI.
Ni moi!...
MADAME D'HELMSTADT.
Ni moi!...
MADAME DES BASSAYNS.
Ni moi!..
Et trois ou quatre autres femmes, en même temps:
Ni moi non plus!...
LA DUCHESSE DE BASSANO.
C'est bien étrange, en vérité!... Je ne sais ce que je donnerais pour voir une personne aussi célèbre et en même temps si digne de l'être!...
MADAME DE BARRAL.
Et moi aussi!...
MADAME DES BASSAYNS.
Allons la voir!...
LA DUCHESSE DE BASSANO.
Mais comment faire? quel prétexte prendre?...
Une voix, à l'extrémité du salon:
Aucun. Si vous voulez, je vous y conduirai.
Tout le monde se tourna vers celui qui venait de parler: c'était un grand jeune homme élancé, blond, dont la figure était charmante, ainsi que la tournure: c'était M. de Lawoëstine. En le reconnaissant, tout le monde se mit à rire.
--Vraiment, dit la duchesse de Bassano, voilà un introducteur bien respectable!...
--Pourquoi non? Voulez-vous véritablement voir ma grand'-mère?
LA DUCHESSE DE BASSANO.
Certainement!
M. DE LAWOESTINE.
Eh bien! je vous y conduirai.
Plusieurs de ces dames à la fois:
Oh! nous aussi, n'est-ce pas?... nous aussi!..
M. DE LAWOESTINE.
Mesdames, vous êtes toutes charmantes, et sans doute fort aimables; mais cependant notre caravane doit être limitée à un certain nombre; car, enfin, je ne puis vous emmener toutes...
MADAME D'HELMSTADT.
Mais moi?...
MADAME DE BARRAL.
Et moi?...
MADAME GAZANI.
Et moi?...
M. DE LAWOESTINE.
Écoutez, madame la duchesse décidera entre vous. Seulement, laissez-moi vous dire que madame de Genlis aime fort tout ce qui est extraordinaire... Il faut donc que cette visite ne ressemble à aucune autre; voilà, je crois, ce que vous devez faire.
Tout le monde se mit autour de lui, et il expliqua un plan qui fut trouvé charmant. On ne voulut pas en remettre l'exécution plus loin que le même soir.
Par une singularité assez remarquable, aucune des femmes qui étaient chez madame de Bassano n'allait au bal; et si les hommes avaient des engagements, ils les sacrifièrent avec joie pour être de la partie. Voilà le nom de ceux qui se trouvaient chez la duchesse: M. de Rambuteau, M. Adolphe de Maussion[162], M. de Montbreton, M. Alexandre de Laborde, M. de Lawoëstine, M. de Grandcourt et peut-être quelques autres hommes dont le nom ne se présente pas à la mémoire. Les femmes étaient: madame Gazani, madame d'Helmstadt, madame des Bassayns, madame de Barral et la maîtresse de la maison. Aussitôt que la chose fut convenue, ces dames, ainsi que les hommes, envoyèrent chercher leurs dominos chez eux. Grandcourt, lui seul, eut l'heureuse pensée, que peut-être même on lui suggéra, de _se déguiser_, et le costume qu'il choisit fut celui de Brunet, dans _les Deux Magots_. On envoya aussitôt aux Variétés; Brunet venait précisément de jouer le rôle, et il prêta le costume. Cela seul valait la soirée, de voir Grandcourt en magot. Lorsqu'on fut prêt, toute la troupe monta dans plusieurs fiacres et se rendit rue Sainte-Anne, où demeurait alors madame de Genlis[163]. Il était minuit, et madame de Genlis allait se coucher, lorsqu'elle entendit un fort grand bruit et que tout son appartement fut envahi par une troupe de masques, au milieu de laquelle figurait le charmant _magot Grandcourt_. Madame de Genlis était déjà déchaussée et coiffée de nuit. Mais, comme l'avait dit son petit-fils, elle aimait ce qui était extraordinaire. L'invasion de sa chambre, au milieu de la nuit, par une troupe de gens qui paraissaient de très-bonne compagnie (ce que son habitude du grand monde lui fit voir en un instant), ne pouvait être qu'un amusement de cette même bonne compagnie à laquelle, malgré sa retraite, elle appartenait toujours. Elle ne voulut donc pas être un empêchement à cette folie de carnaval; elle fut parfaitement aimable; prétendit se croire au bal masqué et causa de la manière la plus piquante et la plus charmante avec toutes ces figures masquées qu'elle ne connaissait pas du tout, non plus qu'elle ne reconnaissait son petit-fils, qui ne s'était pas démasqué pour augmenter le comique de la chose. Cependant, elle ne pouvait se prolonger longtemps; de même que l'_imprévu_ avait tout le mérite de cette aventure, de même aussi il fallait qu'elle fût courte; madame de Genlis le comprit la première:
[Note 162: Frère du comte Alfred de Maussion, auteur de plusieurs romans écrits avec goût et remplis de cet intérêt qui fait tourner les pages... Le succès du dernier ouvrage de M. le comte de Maussion, intitulé _Faute de s'entendre_, doit lui donner la volonté de ne se pas arrêter, et à nous le regret qu'il n'y ait qu'un volume. On y retrouve les scènes du grand monde, ses perfidies, ses joies, comme son malheur; et tout cela raconté dans ce langage de bonne compagnie dont bientôt nous n'aurons plus que la tradition, qui, encore elle-même, pâlit chaque jour. Le comte Alfred de Maussion est le seul des deux frères qui ait écrit.]
[Note 163: Et non pas à l'Arsenal, où mademoiselle Cochelet place la scène qu'elle raconte en tout (comme beaucoup d'autres choses) avec une grande absence de vérité, et une si grande, que je crois qu'elle n'y était pas. La manière dont l'aventure s'est terminée me le fait croire.]
--En vérité, dit-elle, à la douceur de vos voix, à votre mystérieuse venue, je suis tentée de croire que des anges ont visité ma pauvre demeure: confirmez mon espoir. Laissez-moi voir vos visages.
Après une courte résistance, madame des Bassayns laissa tomber son masque, et madame de Genlis vit, en effet, une charmante figure entourée d'une forêt de boucles blondes et fort convenable au _personnage d'ange_.
--Et vous? dit madame de Genlis à un petit domino qui était près d'elle, et tirant elle-même les cordons de son masque, elle vit aussitôt une ravissante personne dont bien sûrement Canova eût fait son Hébé, s'il l'eût connue. C'était la fraîcheur, la jeunesse même avec sa peau veloutée et ses dents perlées, ses lèvres de corail, et ses yeux riants et joyeux: c'était madame d'Helmstadt.
--«Ah! s'écria madame de Genlis; j'avais bien pressenti que vous étiez des anges!»
Mais elle fut arrêtée dans le cours de son admiration à la vue des deux personnes qui, se démasquant, vinrent à elle; c'étaient madame de Bassano et madame Gazani!...
On sait comme elles étaient belles!... La tradition de leur beauté franchira le temps, et nos petits-enfants en parleront avec raison comme de celle de madame de Montespan et de madame de Longueville... À l'aspect de ces deux femmes, madame de Genlis demeura stupéfaite; elle avait été curieuse de connaître les visages après avoir entendu les voix, et maintenant elle voulait savoir les noms de ces belles personnes qui venaient ainsi dans sa maison au milieu de la nuit... M. de Lawoëstine ne s'était pas démasqué. Sa vue seule lui aurait nommé les inconnues... Toutefois leur rare beauté, leurs manières, l'élégance de leurs costumes de bal masqué[164], étaient pour madame de Genlis une certitude qu'elle pouvait _se hasarder_ à causer avec elles. Mais il était tard, la duchesse comprit qu'il fallait laisser coucher celle qu'elles étaient venues troubler au moment de son repos...
[Note 164: Les dominos étaient presque toujours en gros de Naples, et souvent en satin noir garni de très-belle blonde. Dans les bals masqués particuliers, nous mettions des dominos en satin rose ou blanc, également garni de belle blonde; le camail était charmant ainsi et allait à merveille lorsqu'on avait ôté son masque, ce qu'on faisait presque toujours avant la fin du bal.]
--«Eh quoi! sans vous connaître! dit madame de Genlis; sans que je puisse savoir _quel ange_ je dois prier?
--Eh bien, reprit la duchesse, promettez de nous recevoir samedi prochain[165], et nous viendrons toutes pour vous remercier de votre aimable accueil...
[Note 165: C'était son jour de réunion.]
--Et moi, dit madame de Genlis enchantée, je vous promets que vous aurez une soirée comme depuis longtemps vous n'en avez vu, peut-être; vous aurez de mes proverbes, et Casimir jouera de la harpe avec moi.»
Et toute la troupe prit congé, laissant l'auteur de _Mademoiselle de Clermont_ enchanté de cette aventure. Le samedi suivant la soirée eut lieu en effet et fut charmante comme elle l'avait promis. Le duc de Bassano y accompagna sa femme.
Lorsque M. de Bassano se fut retiré du ministère des affaires étrangères, il n'y eut plus ce mouvement, ce tourbillon de monde autour de sa maison; mais comme on avait compris que la duchesse et lui savaient ce que la vie a de plus doux en France, qui est d'employer ses heures et d'en donner une partie à la communication mutuelle, à la causerie, à cette fréquentation quotidienne qui amène l'intimité et maintient quelquefois des relations qui se fussent rompues autrement tout naturellement et par l'éloignement... C'est ainsi que de saintes amitiés se sont trouvées perdues sans aucune autre raison!... La duchesse était aussi bonne que belle; son esprit aimait tout ce qui tenait au bon goût, à l'extrême élégance; d'une apparence sérieuse, elle avait pourtant une chaleur de coeur, un dévouement d'amitié, qui lui avaient donné de vrais amis. Aussi, lorsqu'elle fut hors de l'hôtel du ministère, son salon ne fut plus un _salon officiel_, mais on y fut toujours, parce que c'était un salon où l'on trouvait une maîtresse de maison aimable, bonne et belle.
Enfin, vinrent les malheurs de l'Empire et sa chute. La famille de Bassano fut exilée, proscrite!... et pourquoi!...
Mais elle revint!... Ce fut alors que le duc de Bassano occupa son hôtel de la rue Saint-Lazare[166]. Il y passait les hivers; et l'été, il allait dans sa terre de Beaujeu, en Franche-Comté. Cette époque est celle où, véritablement, on put juger de la manière dont la duchesse et lui tenaient leur maison. Elle était bien toujours celle d'un grand personnage, mais d'un particulier ne souffrant jamais qu'on s'occupât de politique, à laquelle il était devenu étranger; le duc provoquait alors lui-même une causerie dont le charme avec lequel il conte, et la vérité de ses souvenirs en doublait le prix. Étienne, Arnaud, Denon, Gérard, Gros, tous les littérateurs et les artistes remarquables continuèrent à aller dans une maison où ils trouvaient tout ce qui pouvait les attirer, et surtout bonne mine d'hôte.
[Note 166: La première année de la Restauration, il logeait rue de la Ville-l'Évêque.]
Cependant le temps s'écoulait. Autour de la duchesse de Bassano s'élevait une famille nombreuse, dont la beauté aurait rappelé la sienne, si cette beauté eût éprouvé la moindre altération; mais bien loin de là, elle était toujours une des femmes les plus remarquables lorsqu'elle paraissait dans une fête. C'est ici où je dois faire connaître la duchesse de Bassano sous le rapport étranger à l'agrément d'une femme du monde.
Puisque j'ai parlé de sa jeune famille, je dois dire en même temps combien elle était bonne mère, combien elle était _femme d'intérieur_, après avoir été la plus élégante, la plus brillante d'une grande fête. S'occupant de ses enfants, qui l'adoraient, elle était pour eux une amie autant qu'une mère, et un regard désapprobateur était souvent une punition plus sévère pour ses fils, que toutes celles de leur gouverneur. Elle avait deux garçons et trois filles.
Rien n'était plus charmant que de voir cette mère, jeune encore[167], non-seulement par l'âge, mais par sa figure, toujours au même point de fraîcheur et d'éclat, entourée de ses enfants!...
[Note 167: À peine quarante ans, et elle en paraissait trente-un ou trente-deux au plus.]
Tous se groupaient autour d'elle et formaient un ravissant tableau. Bientôt le temps développa la beauté de Claire de Bassano; elle devint l'ornement des bals et des fêtes, ainsi que sa soeur Louise. Fière de ses filles, la duchesse n'allait plus dans le monde que pour jouir du triomphe qu'elles y trouvaient, tandis qu'elle-même était encore radieuse de beauté. Cette époque est celle où sa maison fut vraiment charmante. Elle recevait beaucoup, donnait des fêtes admirablement ordonnées, auxquelles on se faisait inviter quinze jours d'avance... Elle en faisait les honneurs, aidée de son mari et de ses quatre beaux enfants, et chacun sortait de ce palais de fées, attaché par la politesse courtoise du duc de Bassano et son esprit remarquable, par le charme des manières de la duchesse, et par cet ensemble enfin qu'on ne pouvait s'expliquer, mais qui faisait désirer d'y retourner, d'abord pour revoir cette maison et ce qu'elle renfermait d'attrayant dans ses habitants, et bientôt pour être leur ami à tous.
C'est au milieu de ces joies que le malheur se ressouvint de cette famille.
La duchesse devait conduire ses filles à un bal chez M. Perrégaux; elles se faisaient d'avance une joie de cette fête. Elles avaient été au bal, la veille, chez M. Hoppe, où la duchesse de Bassano avait été remarquée à côté des femmes jeunes et belles, et même entre ses deux filles. Coiffée avec des camélias[168] naturels qui faisaient, par leur couleur blanche et rouge, ressortir l'ébène de ses cheveux; elle était charmante... Le jour du bal de M. Perrégaux, les jeunes personnes s'occupèrent de leur toilette avec une telle joie de jeunes filles, que leur mère n'osa pas leur dire qu'elle avait une de ces affreuses douleurs de tête, qui, depuis quelque temps la faisaient beaucoup souffrir. Elle le dit seulement à la baronne Lallemand, qui l'engagea à ne pas insister. Elle voulait conduire ses filles au bal!... Mais la douleur devint intolérable; elle dut rester...
[Note 168: C'était alors la mode de se coiffer avec des camélias et des bruyères naturelles.]
La maladie fut courte! La duchesse se coucha le même soir, c'était un lundi... Le mercredi elle n'existait plus!... Et au moment où elle quitta la vie et ce monde où elle avait été si aimée, si admirée, elle était toujours radieuse de beauté!... elle semblait dormir!...
Horace Vernet, l'un des intimes de la maison, eut le pénible courage de faire son portrait après sa mort!... Elle avait à peine quarante ans[169]!
[Note 169: En 1820 elle avait trente-six ans.]
Elle mourut avant que les camélias qui avaient été dans ses cheveux au bal de M. Hoppe fussent fanés!
FIN DU TOME CINQUIÈME.
TABLE
DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE CINQUIÈME VOLUME.
Pages.
Salon de l'Impératrice Joséphine. 1
Première partie.--Madame Bonaparte. _Id._
Deuxième partie.--L'Impératrice Joséphine. 83
Troisième partie.--L'impératrice à Navarre. 173
Quatrième partie.--La Malmaison. 1813-1814. 257
Salon de Cambacérès, sous le Consulat et l'Empire. 279
Salon de madame la duchesse de Bassano. 333
Imprimerie d'ADOLPHE ÉVERAT ET Cie, rue du Cadran, 16.
[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée. L'écriture des noms propres (Institutions d'État) a été uniformisée, ex. État, Directoire, Consul.
Ligne 5507: "Elle y alla en 1812 et fut reçue à Milan avec enthousiasme;" L'original contenait 1816, cette erreur a été corrigée.]