Histoire des Musulmans d'Espagne, t. 1/4 jusqu'à la conquête de l'Andalouisie par les Almoravides (711-1100)

Part 22

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La haine que ces trois chefs portaient à Abdérame était si forte, qu'ils résolurent d'implorer le secours de Charlemagne, bien que ce conquérant, qui avait déjà fait retentir le monde du bruit de ses exploits, fût l'ennemi le plus acharné de l'islamisme. Par conséquent, ils se rendirent, dans l'année 777, à Paderborn, où Charlemagne tenait alors un champ-de-mai, et lui proposèrent une alliance contre l'émir de l'Espagne. Charlemagne n'hésita pas à accepter leur proposition. Il avait alors les mains libres et pouvait penser à des conquêtes nouvelles. Les Saxons s'étaient soumis, il le croyait du moins, à sa domination et au christianisme; des milliers d'entre eux venaient en ce moment même à Paderborn pour se faire baptiser; Wittekind, le plus redoutable de leurs chefs, avait été forcé de quitter le pays et de chercher un asile chez un prince danois. On convint donc que Charlemagne franchirait les Pyrénées avec des troupes nombreuses; qu'al-Arâbî et ses alliés au nord de l'Ebre l'appuyeraient et le reconnaîtraient pour leur souverain, et que _le Slave_, après avoir enrôlé des troupes berbères en Afrique, les conduirait dans la province de Todmîr (Murcie), où il seconderait les mouvements qui auraient lieu dans le nord, en arborant le drapeau du calife abbâside, allié de Charlemagne. Quant à Abou-'l-Aswad, nous ignorons dans quelle partie de l'Espagne il devait agir.

Cette coalition formidable, qui n'avait arrêté son plan d'attaque qu'après une mûre délibération, menaçait de devenir infiniment plus dangereuse pour Abdérame qu'aucune des précédentes. Heureusement pour lui, l'exécution ne répondit pas aux préparatifs. _Le Slave_ débarqua, il est vrai, avec une armée berbère dans la province de Todmîr; mais il y arriva trop tôt et avant que Charlemagne eût franchi les Pyrénées; aussi, quand il demanda du secours à al-Arâbî, ce dernier lui fit répondre que, d'après le plan arrêté à Paderborn, son rôle, à lui, était de rester dans le nord pour y seconder l'armée de Charlemagne[370]. La haine entre les Fihrites et les Yéménites était trop enracinée pour que, des deux côtés, on ne se soupçonnât pas de perfidie. Se croyant donc trahi par al-Arâbî, _le Slave_ tourna ses armes contre lui, fut battu, et, de retour dans la province de Todmîr, il fut assassiné par un Berber d'Oretum à qui il avait imprudemment accordé sa confiance, ne soupçonnant pas que c'était un émissaire de l'émir Abdérame.

Au moment où l'armée de Charlemagne s'approchait des Pyrénées, l'un des trois chefs arabes sur lesquels il avait compté, avait donc déjà cessé de vivre. Le second, Abou-'l-Aswad, l'appuya si faiblement qu'aucune chronique franque ou arabe ne nous apprend ce qu'il fit. Il ne lui restait donc qu'al-Arâbî et ses alliés du nord, tels qu'Abou-Thaur, gouverneur d'Huesca, et le chrétien Galindo, comte de la Cerdagne. Cependant al-Arâbî n'avait pas été inactif. Secondé par le Défenseur Hosain ibn-Yahyâ, un descendant de ce Sad ibn-Obâda qui avait aspiré au califat après la mort du Prophète, il s'était rendu maître de Saragosse; mais quand l'armée de Charlemagne fut arrivée devant les portes de cette ville, il ne put vaincre la répugnance qu'avaient ses coreligionnaires à admettre le roi des Francs dans leurs murs; le Défenseur Hosain ibn-Yahyâ surtout n'aurait pu y consentir qu'en reniant des souvenirs de famille qui lui étaient sacrés. Voyant qu'il ne pouvait persuader ses concitoyens, al-Arâbî, qui ne voulait pas que Charlemagne le soupçonnât de l'avoir trompé, alla se remettre spontanément entre ses mains.

Charlemagne avait donc dû commencer le siége de Saragosse, lorsqu'il reçut une nouvelle qui bouleversa tous ses projets: Wittekind était retourné en Saxe; à sa voix les Saxons avaient repris les armes; profitant de l'absence de l'armée franque et mettant tout à feu et à sang, ils avaient déjà pénétré jusqu'au Rhin et s'étaient emparés de Deutz, vis-à-vis de Cologne.

Forcé de quitter en toute hâte les bords de l'Ebre pour retourner à ceux du Rhin, Charlemagne marcha vers la vallée de Roncevaux. Parmi les rochers et dans les forêts qui dominent le fond septentrional de cette vallée, les Basques, poussés par une haine invétérée contre les Francs et avides de butin, s'étaient embusqués. L'armée franque défilait sur une ligne étroite et longue, comme l'y obligeait la conformation du terrain resserré. Les Basques laissèrent passer l'avant-garde; mais lorsque l'arrière-garde, encombrée de bagages, fut arrivée, ils se précipitèrent sur elle, et, profitant de la légèreté de leurs armes et de l'avantage de leur position, ils la culbutèrent au fond de la vallée, tuèrent après un combat opiniâtre tous les hommes jusqu'au dernier, et entre autres, Rotland, commandant de la frontière de Bretagne; puis ils pillèrent les bagages, et, protégés par les ombres de la nuit qui déjà s'épaississaient, ils s'éparpillèrent en divers lieux avec une extrême célérité[371].

Telle fut l'issue désastreuse de cette expédition de Charlemagne, commencée sous les plus heureux auspices. Tout le monde avait contribué à la faire échouer, à la seule exception de l'émir de Cordoue, contre lequel elle avait été dirigée; mais il se hâta du moins de profiter des avantages qu'il devait à ses sujets rebelles de Saragosse, aux Basques chrétiens et à un chef saxon, dont le nom même lui était peut-être inconnu, et marcha contre Saragosse, afin de forcer cette ville à rentrer dans l'obéissance. Avant qu'il fût arrivé au terme de sa marche, al-Arâbî, qui avait accompagné Charlemagne pendant sa retraite, mais qui depuis était revenu à Saragosse, avait déjà cessé de vivre. Le Défenseur Hosain, qui le considérait comme un traître à sa religion, l'avait fait poignarder dans la mosquée. Assiégé maintenant par Abdérame, Hosain se soumit à lui. Plus tard, il leva de nouveau l'étendard de la révolte; mais alors ses concitoyens, assiégés derechef, le livrèrent à Abdérame, qui, après lui avoir fait couper les mains et les pieds, le fit assommer à coups de barre. Maître de Saragosse, l'émir attaqua les Basques, et rendit tributaire le comte de la Cerdagne. Abou-'l-Aswad, enfin, tenta encore une révolte, mais dans la bataille du Guadalimar il fut trahi par le général qui commandait son aile droite. Les cadavres de quatre mille de ses compagnons «servirent de pâture aux loups et aux vautours.[372]»

Abdérame était donc sorti vainqueur de toutes les guerres qu'il avait eu à soutenir contre ses sujets. Ses succès commandaient l'admiration à ses ennemis mêmes. On raconte, par exemple, que le calife abbâside Al-Mançour demanda un jour à ses courtisans: «Quel est à votre avis celui qui mérite d'être appelé le sacre des Coraich?» Croyant que le calife ambitionnait ce titre, les courtisans répondirent sans hésiter: «C'est vous, commandeur des croyants; vous qui avez vaincu des princes puissants, dompté mainte révolte, et mis un terme aux discordes civiles.--Non, ce n'est pas moi,» reprit le calife. Les courtisans nommèrent alors Moâwia Ier et Abdalmélic. «Ni l'un ni l'autre, dit le calife; quant à Moâwia, Omar et Othmân lui avaient aplani le chemin, et quant à Abdalmélic, il était appuyé par un parti puissant. Le sacre des Coraich, c'est Abdérame, fils de Moâwia, lui qui, après avoir parcouru seul les déserts de l'Asie et de l'Afrique, a eu l'audace de s'aventurer sans armée dans un pays à lui inconnu et situé de l'autre côté de la mer. N'ayant pour tout soutien que son savoir-faire et sa persévérance, il a su humilier ses orgueilleux adversaires, tuer les rebelles, mettre ses frontières en sûreté contre les attaques des chrétiens, fonder un grand empire, et réunir sous son sceptre un pays qui semblait déjà morcelé entre différents chefs. Voilà ce que personne n'avait fait avant lui.[373]» Ces mêmes idées, Abdérame les exprimait dans ses vers avec une fierté légitime. Mais il avait payé cher ses succès, ce tyran perfide, cruel, vindicatif, impitoyable, et si aucun chef arabe ou berber n'osait plus le braver en face, tous le maudissaient en secret. Aucun homme de bien ne voulait plus entrer à son service. Ayant consulté ses vizirs sur le choix d'un cadi de Cordoue, ses deux fils, Solaimân et Hichâm, furent d'accord (ce qui leur arrivait rarement) pour lui recommander Moçab, un pieux et vertueux vieillard. Abdérame le fit venir et lui offrit la dignité de cadi. Mais Moçab, persuadé que sous un prince qui mettait son pouvoir au-dessus des lois, il ne serait qu'un instrument de tyrannie, refusa de l'accepter, malgré les instances réitérées de l'émir. Irrité de ce refus, Abdérame, qui ne pouvait souffrir la moindre contradiction, tortillait déjà sa moustache, ce qui chez lui annonçait l'approche d'un terrible orage, et les courtisans s'attendaient à entendre un arrêt de mort sortir de sa bouche. «Mais Dieu lui fit abandonner sa coupable pensée,» dit un chroniqueur arabe. Ce vénérable vieillard lui imposait un respect involontaire, et maîtrisant son courroux, ou du moins le déguisant de son mieux, il se contenta de lui dire: «Sors d'ici et que Dieu maudisse ceux qui t'ont recommandé![374]»

Peu à peu il vit même lui échapper le soutien sur lequel il aurait dû pouvoir compter dans toutes les circonstances: plusieurs de ses clients l'abandonnèrent. Quelques-uns d'entre eux, tels qu'Ibn-Khâlid, refusèrent de le suivre sur la voie de trahisons et de cruautés dans laquelle il s'était engagé. D'autres excitèrent ses soupçons, et Obaidallâh était de leur nombre. On disait que, voulant se rendre nécessaire à l'émir qui, à ce qu'il croyait, cherchait à se débarrasser de lui, il avait favorisé la défection de son neveu Wadjîh qui avait embrassé le parti du prétendant fatimide. De son côté, Abdérame, quand il eut Wadjîh en son pouvoir, le traita avec la dernière rigueur: il lui fit trancher la tête, malgré les prières d'Obaidallâh.[375] Quelque temps après, Obaidallâh fut accusé, à tort ou à raison, d'avoir trempé dans un complot ourdi par deux parents de l'émir; mais Abdérame n'avait pas en mains des preuves suffisantes de sa complicité, et si peu scrupuleux qu'il fût de reste, il hésitait à condamner à la mort, sur un simple soupçon, le vieillard à qui il devait son trône. Il fut donc clément à sa manière. «J'infligerai à Obaidallâh une punition qui lui sera plus douloureuse que la mort même,» dit-il; et depuis lors il le traita avec une cruelle indifférence[376].

Il n'y eut pas jusqu'au fidèle Badr qui ne tombât en disgrâce. Abdérame confisqua ses biens, lui défendit de quitter sa demeure et finit par le reléguer dans une ville frontière; mais il convient de dire que Badr s'était écarté du respect qu'il devait à son maître, et l'avait ennuyé de ses plaintes injustes et insolentes[377].

Brouillé avec ses clients les plus considérés, Abdérame vit encore sa propre famille conspirer contre lui. Dès qu'il fut devenu le maître de l'Espagne, il avait fait venir à sa cour les Omaiyades dispersés en Asie et en Afrique; il les avait comblés de richesses et d'honneurs, et souvent on l'entendait dire: «Le plus grand bienfait que j'aie reçu de Dieu après le pouvoir, c'est d'être à même d'offrir un asile à mes proches et de leur faire du bien. Mon orgueil, je l'avoue, se trouve flatté, quand ils admirent la grandeur à laquelle je suis parvenu, et dont je ne suis redevable qu'à Dieu seul[378].» Mais ces Omaiyades, poussés par l'ambition ou ne pouvant supporter le despotisme tracassier du chef de la famille, se mirent à comploter. Une première conspiration fut ourdie par deux princes du sang et par trois nobles. Ils furent trahis, arrêtés et décapités[379]. Quelques années plus lard, un autre complot fut tramé par Moghîra, neveu d'Abdérame, et par Hodhail, qui avait encore à venger la mort de son père Çomail, étranglé dans sa prison. Ils furent trahis aussi et punis de la même manière. Quand ils eurent cessé de vivre, un client omaiyade entra chez Abdérame. Il le trouva seul, morne et abattu, l'œil fixé à terre et comme perdu dans de tristes réflexions. Devinant ce qui se passait dans l'âme de son maître froissé pour la seconde fois dans son orgueil de chef de famille et blessé dans ses affections les plus intimes, le client approcha avec précaution sans rien dire. «Quels parents que les miens! s'écria enfin Abdérame; lorsque je tentais de m'assurer un trône au péril de mes jours, je songeais autant à eux qu'à moi-même. Ayant réussi dans mon projet, je les ai priés de venir ici, et je leur ai fait partager mon opulence. Et maintenant ils veulent m'arracher ce que Dieu m'a donné! Seigneur tout-puissant! tu les as punis de leur ingratitude en me faisant connaître leurs infâmes complots, et si je leur ai ôté la vie, ç'a été pour préserver la mienne. Pourtant, quel triste sort que le mien! Mes soupçons pèsent sur tous les membres de ma famille, et de leur côté ils craignent tous que je n'attente à leurs jours! Plus de confiance, plus d'épanchement de cœur entre nous! Quel rapport peut-il exister désormais entre moi et mon frère, le père de cet infortuné jeune homme? Comment pourrais-je être tranquille dans son voisinage, moi qui, en condamnant son fils à la mort, ai tranché les liens qui nous unissaient? Comment mes yeux pourraient-ils rencontrer les siens?» Puis, s'adressant à son client: «Va, poursuivit-il, va trouver mon frère à l'instant même; excuse-moi auprès de lui le mieux que tu pourras; donne-lui les cinq mille pièces d'or que voici, et dis-lui d'aller dans telle partie de l'Afrique qu'il voudra!»

Le client obéit en silence, et trouva l'infortuné Walîd à demi mort de frayeur. Il le rassura, lui remit la somme que l'émir lui offrait et lui rapporta les paroles qu'il l'avait entendu dire. «Hélas! dit alors Walîd avec un profond soupir, le crime commis par un autre retombe sur moi! Ce fils rebelle qui est allé au devant de la mort qu'il méritait, m'entraîne dans sa perte, moi qui ne recherchais que le repos et qui me serais contenté d'un petit coin dans la tente de mon frère! Mais j'obéirai à son ordre; se soumettre avec résignation à ce que Dieu a résolu, c'est un devoir!» De retour auprès de son maître, le client lui annonça que Walîd faisait déjà ses préparatifs pour quitter l'Espagne, et lui répéta les paroles qu'il l'avait entendu prononcer. «Mon frère dit la vérité, s'écria alors le prince en souriant avec amertume; mais qu'il n'espère pas de me tromper par de telles paroles et de me cacher sa pensée intime. Je le connais, et je sais que s'il pouvait étancher dans mon sang sa soif de vengeance, il n'aurait pas un moment d'hésitation[380]!»

Exécré par les chefs arabes et berbers, brouillé avec ses clients, trahi par ses proches, Abdérame se trouva de plus en plus isolé. Dans les premières années de son règne, lorsqu'il jouissait encore d'une certaine popularité, du moins à Cordoue, il aimait à parcourir presque seul les rues de la capitale et à se mêler au peuple; maintenant, défiant et ombrageux, il était inaccessible, ne sortait presque plus de son palais, et quand il le faisait, il était toujours entouré d'une garde nombreuse[381]. Depuis la grande insurrection des Yéménites et des Berbers de l'Ouest, il vit dans l'augmentation des troupes mercenaires le seul moyen de maintenir ses sujets dans l'obéissance. Il acheta donc aux nobles leurs esclaves qu'il enrôla, fit venir d'Afrique une foule de Berbers, et porta ainsi son armée permanente à 40,000 hommes[382], aveuglément dévoués à sa personne, mais tout à fait indifférents aux intérêts du pays.

Rompre les Arabes et les Berbers à l'obéissance et les obliger à contracter des habitudes d'ordre et de paix, telle a été la préoccupation constante d'Abdérame. Pour réaliser cette pensée, il a employé tous les moyens auxquels les rois du quinzième siècle ont eu recours pour triompher de la féodalité. Mais c'était un triste état que celui auquel l'Espagne se trouvait réduite par la fatalité des situations, un triste rôle que celui que les successeurs d'Abdérame auraient à remplir: la route qui leur avait été tracée par le fondateur de la dynastie, c'était le despotisme du sabre. Il est vrai qu'un monarque ne pouvait gouverner les Arabes et les Berbers d'une autre façon; si la violence et la tyrannie étaient d'un côté, le désordre et l'anarchie étaient de l'autre. Les différentes tribus auraient pu former autant de républiques, unies, si cela se pouvait, contre l'ennemi commun, les chrétiens du nord, par un lien fédératif; c'eût été une forme de gouvernement en harmonie avec leurs instincts et leurs souvenirs; mais ni les Arabes ni les Berbers n'étaient faits pour la monarchie.

FIN DU TOME PREMIER.

NOTES

Note A, p. 97.

Quelques-uns de ces chroniqueurs théologiens qui ont voulu plier l'histoire musulmane à leurs vues étroites et fausses, prétendent que deux généraux, l'un et l'autre de la famille d'Omaiya, Obaidallâh, fils de Ziyâd, et Amr, fils de Saîd, surnommé Achdac, refusèrent de commander l'armée destinée à réduire les deux villes saintes. Je crois que c'est une fable, tout comme les cent pièces d'or qui auraient été données à chaque soldat, car le plus ancien des chroniqueurs de cette classe, Fâkihî, ne dit rien de ce refus, ce que pourtant il n'aurait pas manqué de faire, s'il en avait eu connaissance; mais supposé même que ce ne soit pas une fable, alors le refus des deux généraux n'a pas été motivé par des scrupules religieux, comme les dévots chroniqueurs voudraient le faire croire, mais par leur rancune contre le calife. Obaidallâh, comme l'a très-bien observé M. Weil (t. I, p. 330, dans la note), était mécontent parce qu'il ne croyait pas ses services assez récompensés, et parce que Yézîd, qui lui avait promis le gouvernement de Khorâsân outre celui de l'Irâc, n'avait pas tenu cette promesse. Achdac avait également des griefs contre Yézîd, qui lui avait ôté le gouvernement du Hidjâz. Aussi répond-il, chez Ibn-Khaldoun: «J'ai su contenir ce pays, moi; [mes successeurs n'ont pas su le faire] et maintenant le sang va couler,» c'est-à-dire: «puisqu'on a cru devoir suivre une politique opposée à la mienne, je ne veux me mêler de rien.»

Note B, p. 134.

D'après Ibn-Badroun (p. 185) et d'autres auteurs, Merwân n'aurait gagné la bataille de Râhit que par une perfidie. Sur le conseil d'Obaidallâh ibn-Ziyâd, il aurait attaqué les Caisites à l'improviste pendant une trêve que Dhahhâc lui avait accordée. Ce récit me paraît inventé, à une époque assez récente, par les Caisites ou par les ennemis des Omaiyades, car les meilleurs écrivains, tels qu'Ibn-al-Athîr, Masoudî, l'auteur du _Raihân_ etc., et les poètes caisites de cette époque, qui, si le fait était vrai, n'auraient pas manqué de reprocher à leurs ennemis leur conduite déloyale, ne disent absolument rien ni d'un armistice qui aurait été conclu, ni d'une perfidie.

Note C, p. 221.

Isidore ne donne pas à cette victime de la haine de Haitham d'autre nom que celui de _Zat_ (c'est-à-dire _Sad_). Je crois que ce Sad était Kelbite et qu'il était le fils du poète Djauwâs, car le Kelbite Abou-'l-Khattâr, qui plus tard devint gouverneur de l'Espagne, se glorifie, dans un poème dont j'ai traduit un fragment (p. 274), d'avoir vengé la mort d'Ibn-Djauwâs, et j'ignore quel personnage il aurait pu désigner par ce nom, si ce n'est le Sad d'Isidore. Ce qui me porte à croire que l'Ibn-Djauwâs dans le poème d'Abou-'l-Khattâr est bien réellement le fils (ou peut-être le petit-fils) du poète, c'est la circonstance que ce nom de Djauwâs est si rare que Tibrîzî, en nommant, dans son Commentaire sur le Hamâsa (p. 638), tous ceux qui l'ont porté, n'en nomme que quatre, parmi lesquels il n'y a qu'un seul Kelbite, Djauwâs le poète.

FIN DES NOTES DU TOME PREMIER.

FOOTNOTES:

[1] Dans la première édition de mes _Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne pendant le moyen âge_.

[2] Burckhardt, _Notes on the Bedouins_, p. 66, 67; Burton, _Pilgrimage to El Medinah and Meccah_, t. II, p. 112.

[3] Mobarrad, p. 71.

[4] Mobarrad, _ibid._ Comparez aussi Ibn-Nobâta, _apud_ Rasmussen, _Addit. ad hist. Arabum_, p. 18 du texte.

[5] Burckhardt, p. 68; Caussin, t. II, p. 634.

[6] Burckhardt, p. 41.

[7] Caussin, t. II, p. 555, 611.

[8] Burckhardt, p. 40.

[9] Caussin, t. II, p. 627.

[10] Tabarî, t. II, p. 254.

[11] Caussin, t. II, p, 424.

[12] Ibn-Khaldoun, _Prolégomènes_ (XVI), p. 250; _Raihân_, fol. 146 r.

[13] Mobarrad, p. 233.

[14] Voyez Burckhardt, p. 141.

[15] Voyez Caussin, t. II, p. 314 et suiv., 345, 509 et suiv., 513.

[16] Voyez Burckhardt, p. 41.

[17] Moallaca d'Amr ibn-Colthoum.

[18] Caussin, t. II, p. 281, 391; t. III, p. 99. Comparez Abou-Ismâîl al-Baçrî, _Fotouh as-Châm_, p. 77, 198, 200.

[19] Burckhardt, p. 160.

[20] Le même, _ibid._

[21] Caussin, t. I, p. 111.

[22] Caussin, t. I, p. 114.

[23] Baidhâwî, _Commentaire sur le Coran_, sour. 5, vs. 7.

[24] Caussin, t. II, p. 78.

[25] Moallaca d'Amr ibn-Colthoum.

[26] _Raihân_, fol. 105 v.

[27] Ibn-Khaldoun, _Prolég._ (XVII), p. 296.

[28] Sprenger, _Life of Mohammed_, p. 186; Caussin, t. III, p. 288.

[29] Abou-Ismâîl al-Baçrî, _Fotouh as-Châm_, p. 238, 239.

[30] Abou-Ismâîl al-Baçrî, p. 237.

[31] Abou-'l-mahâsin, t. I, p. 343.

[32] Ibn-Adhârî, t. I, p. 34.

[33] Nœldeke, _Geschichte des Qorâns_, p. 204.

[34] Burckhardt, p. 160.

[35] Burton, _Pilgrimage_, t. II, p. 86, 109.

[36] Caussin, t. III, p. 231.

[37] Le même, t. III, p. 507.

[38] Ibn-Khaldoun, _Prolégomènes_ (XVI), p. 243.

[39] Voyez le Coran, sour. 49, vs. 13.

[40] Voyez les exemples que j'ai cités dans mes _Recherches_, t. I, p. 87, note 2.

[41] Voyez le _Cartâs_, p. 25, Içtakhrî, p. 26, Ahmed ibn-abî-Yacoub, _Kitâb al-boldân_, fol. 52 v. (article sur Coufa).

[42] Ahmed ibn-abî-Yacoub, fol. 64 v.: dja'ala licolli cabîlatin mahrasan.

[43] Ahmed ibn-abî-Yacoub, fol. 53 v.: wacânat licolli cabîlatin djabbânaton to'rafo bihim wabiroasâihim.

[44] Voyez des exemples chez Ibn-Cotaiba, p. 121, Tabarî, t. I, p. 80, t. II, p. 4.

[45] Voyez Tabarî, t. II, p. 206, 208, 210, 224.

[46] Voyez Abou-Ismâîl al-Baçrî, _Fotouh as-Châm_, p. 208, 209.

[47] C'est ainsi qu'il faut entendre la phrase: «un tel se présenta avec ses contribules à Omar, qui lui donna le commandement de sa tribu;» phrase qui se trouve à différentes reprises chez Tabarî, t. II, p. 210. Voyez aussi Abou-Ismâîl al-Baçrî, _Fotouh as-Châm_, p. 45.

[48] Burckhardt, p. 295.

[49] Voyez Tabarî, t. II, p. 164 et passim.

[50] Tabarî, t. I, p. 110.

[51] Voyez Abou-Ismâîl al-Baçrî, p. 161, 162, l. 3.

[52] Abou-Ismâîl al-Baçrî, p. 37-39.

[53] Abdallâh ibn-Sad ibn-Abî-Sarh.

[54] Voyez Weil, _Geschichte der Chalifen_, t. I, p. 171, note 2.

[55] Voyez sur Hotaia la note de M. Caussin, _apud_ de Slane, traduction anglaise d'Ibn-Khallicân, t. I, p. 209.

[56] Masoudî, man. 127, p. 185; _al-Mokhtâr min nawâdir al-akhbâr_, man. de Leyde 495, fol. 28 v.

[57] Voyez Weil, t. I, p. 166.

[58] Voyez Tabarî, t. II, p. 250, 252.

[59] Masoudî, p. 194; Ibn-Badroun, p. 148.

[60] Voyez Masoudî, p. 204-206.

[61] Expression d'Alî lui-même, parlant aux Arabes de l'Irâc (_apud_ Reiske, notes sur Aboulfeda, t. I, p. 67).

[62] Burckhardt, p. 178.

[63] Nawawî, p. 565.

[64] _Raihân_, fol. 200 r.

[65] Masoudî, man. 537 _d_, fol. 159 r.

[66] Weil, t. I, p. 217, dans la note.

[67] Weil, t. I, p. 225.

[68] _Raihân_, fol. 197; Masoudî, fol. 231 r.

[69] Voyez Weil, t. I, p. 227.

[70] Masoudî, fol. 231 r.

[71] Masoudî, fol. 232 r. et v.

[72] Chahrastânî, p. 85, 86.

[73] En arabe _Khawâridj_.

[74] Nous aurons plus tard l'occasion de revenir sur cette secte remarquable.

[75] Weil, t. I, p. 246.

[76] Masoudî, p. 278.

[77] Mobarrad, p. 304, 305; Masoudî, p. 277.

[78] Abou-'l-mahâsin, t. I, p. 113.

[79] Masoudî, p. 277, 278.

[80] Voyez _Raihân_, fol. 138 r.-139 r.; _Nouveau Journ. asiat._, t. XIII, p. 295-297; _Raihân_, fol. 139 r. et v., 140 r.; Masoudî, 537 _d_, fol. 141 r. et v.

[81] «Nullam umquam sibi regalis fastigii causâ gloriam appetivit, sed cum omnibus civiliter vixit.» Isidore de Béja, ch. 18.