Part 5
Tel est d'une manière nécessairement sommaire et vague le résultat des investigations de M. Edwards; je dois à son ancienne amitié et à notre nouvelle et singulière confraternité scientifique d'en pouvoir faire ici pressentir la haute importance. Lui-même s'occupe en ce moment d'exposer avec détail, dans une Lettre qu'il me fait l'honneur de m'adresser, la nature, l'enchaînement, les conséquences de ses observations en ce qui regarde la famille gauloise particulièrement, et les races humaines en général: ce travail, qui nous intéresse à tant de titres, doit être publié sous peu de jours[105].
Note 105: Chez Sautelet et Cie., libraires, rue de Richelieu, n. 14.
Si véritablement, malgré toutes les diversités de temps, de lieux, de mélanges, les caractères physiques des races persévèrent et se conservent plus ou moins purs, suivant des lois que les sciences naturelles peuvent déterminer; si pareillement les caractères moraux de ces races, résistant aux plus violentes révolutions sociales, se laissent bien modifier, mais jamais effacer ni par la puissance des institutions, ni par le développement progressif de l'intelligence; si en un mot il existe une individualité permanente dans les grandes masses de l'espèce humaine, on conçoit quel rôle elle doit jouer dans les événemens de ce monde, quelle base nouvelle et solide son étude vient fournir aux travaux de l'archéologie, quelle immense carrière elle ouvre à la philosophie de l'histoire.
FIN DE L'INTRODUCTION.
HISTOIRE DES GAULOIS.
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PREMIÈRE PARTIE.
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CHAPITRE PREMIER.
DE LA RACE GAELIQUE. Son territoire; ses principales branches.--Ses conquêtes en Espagne; elles refoulent les nations ibériennes vers la Gaule où les Ligures s'établissent.--Ses conquêtes en Italie; empire ombrien, sa grandeur, sa décadence.--Commerce des peuples de l'Orient avec la Gaule; colonies phéniciennes.--Hercule tyrien.--Colonies rhodiennes.--Colonie phocéenne de Massalie, sa fondation, ses progrès rapides.--DE LA RACE KIMRIQUE. Situation de cette race en Orient et en Occident au septième siècle avant notre ère; elle est chassée des bords du Pont-Euxin par les nations scythiques.--Elle entre dans la Gaule, ses conquêtes.--Grandes émigrations des Galls et des Kimris en Illyrie et en Italie.--Situation respective des deux races.
Aussi loin qu'on puisse remonter dans l'histoire de l'Occident, on trouve la race des Galls occupant le territoire continental compris entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan, ainsi que les deux grandes îles situées au nord-ouest, à l'opposite des bouches du Rhin et de la Seine. De ces deux îles, la plus voisine du continent s'appelait _Albin_, c'est-à-dire l'_Ile blanche_[106]; l'autre portait le nom d'_Er-in_, l'_Ile de l'ouest_[107]. Enfin le territoire continental recevait spécialement la dénomination de _Galltachd_[108], qui signifiait _Terre des Galls_.
Note 106: _Alb_ signifie à la fois _élevé_ et _blanc_; _inn_, contracté de _innis_, île. _Albion_, insula, sic dicta ab albis rupibus quas mare alluit. Plin. l. XIV, c. 16.
Note 107: _Eir_, ou _Jar_, l'Occident.
Note 108: _Gaeltachd_, et plus correctement _Gaidhealtachd_, est encore aujourd'hui le nom du haut pays d'Écosse. De ce mot les Grecs firent _Galatia_, et de _Galatia_ le nom générique _Galatæ_. Les Romains procédèrent à l'inverse; c'est du nom générique _Galli_ qu'ils tirèrent la dénomination géographique _Gallia_.
Mais la Terre des Galls, ou la _Gaule_, n'était pas possédée en totalité par la race qui lui avait donné son nom. Un petit peuple, d'origine, de langue, de mœurs toutes différentes[109], le peuple _aquitain_, en habitait l'angle sud-ouest, formé par les Pyrénées occidentales et l'Océan, et circonscrit par le cours demi-circulaire de la Garonne. Ce peuple était un composé de bandes ibériennes ou espagnoles qui avaient passé les Pyrénées à des époques inconnues. Maîtresses d'un sol facile à défendre, elles s'y maintenaient entièrement indépendantes de la domination gallique.
Note 109: Strabon, l. IV, p. 176 et 189. _Aquitani_ dans les écrivains latins; Άχουϊτανοί, chez les Grecs.
Les Galls, dans ces temps reculés, menaient la vie des peuples chasseurs et pasteurs; plusieurs de leurs tribus se teignaient le corps avec une substance bleuâtre, tirée des feuilles du pastel[110]; quelques-unes se tatouaient. Leurs armes offensives étaient des haches et des couteaux en pierre; des flèches garnies d'une pointe en silex ou en coquillage[111]; des massues, des épieux durcis au feu, qu'ils nommaient _gais_[112]; et d'autres appelés _catéies_ qu'ils lançaient tout enflammés sur l'ennemi[113]. Leur armure défensive se bornait à un bouclier de planches, grossièrement jointes, de forme étroite et allongée. Ce fut le commerce étranger qui leur apporta les armes en métal, et l'art de les fabriquer eux-mêmes avec le cuivre et le fer de leurs mines. De petites barques d'osier, recouvertes d'un cuir de bœuf, composaient leur marine; et, sur ces frêles esquifs, ils affrontaient les parages les plus dangereux de l'Océan[114].
Note 110: Cæsar, Bell. gall. l. V, cap. 24.--Mel, l. III, c. 6. --Plin. l. XXII, c. 2.--Herodian. l. III, p. 83.--Claudian. Bell. get.
Note 111: On trouve fréquemment de ces armes en pierre, soit dans les tombeaux, soit dans les cavernes qui paraissent avoir servi d'habitation à la race gallique. Les armes en métal ne les remplacèrent que petit à petit; et, après leur introduction, les Gaulois continuèrent encore long-temps à se servir des premières: aussi rencontre-t-on assez souvent les deux espèces réunies sous les mêmes tombelles.
Note 112: En latin _gæsum_; en grec Γαισόν et Γαισός. Le mot _Gais_ n'est plus usité aujourd'hui dans la langue gallique, mais un grand nombre de dérivés lui ont survécu: tels sont _gaisde_, armé; _gaisg_ bravoure; _gas_, force, etc.
Note 113: _Cateïa_, jaculum fervefactum, clava ambusta. Virgil. Æn. --Cæsar. Bell. gall. l. V, c. 43.--Ammian. Marcellin., l. XXXI. --Isidor. Origin. l. XVIII, c. 7. En langue gallique _gath-teth_ (prononcez ga-tè) signifie dard brûlant. Armstr. Gael. dict.
Note 114: Solin. XXIII.--Fest Avien. Ora maritima.
La population gallique se divisait en familles ou _tribus_, formant entre elles plusieurs _nations_ distinctes. Ces nations adoptaient généralement des noms tirés de la nature du pays qu'elles occupaient, ou empruntés à quelque particularité de leur état social; souvent elles se réunissaient à leur tour pour composer de grandes _confédérations_ ou _ligues_.
Telles étaient la confédération des Celtes[115] ou tribus des bois, qui habitait les vastes forêts situées alors entre les Cévennes et l'Océan, la Garonne et le pied des monts Arvernes; celle des _Armorikes_[116] ou tribus maritimes, qui comprenait toutes les nations riveraines de l'Océan; la nation des _Arvernes_[117] ou hommes des hautes terres, qui possédait le plateau élevé que nous appelons encore aujourd'hui l'Auvergne; celle des _Allobroges_[118] ou hommes du haut pays, répandue sur le versant occidental des Alpes, entre l'Arve au nord, l'Isère au midi, et le Rhône au couchant; des _Helvètes_[119], qui tiraient leur nom des pâturages des Alpes où ils s'étaient établis; des _Séquanes_, qui devaient le leur à la rivière de Seine (Sequana[120]) dont ils avoisinaient la source, au couchant, tandis qu'au levant ils s'étendaient jusqu'au Jura; des _Édues_[121], dont les troupeaux de moutons et de chèvres parcouraient les vallées de la Saône et de la Haute-Loire; enfin des _Bituriges_, voisins occidentaux de la nation éduenne, ayant pour demeure l'espèce de presqu'île que forment, en se réunissant, la Loire, l'Allier et la Vienne.
Note 115: _Coille, coillte_; bois, forêt. V. l'introduction. Les tribus celtiques qui habitaient la montagne ajoutaient au nom collectif _Celte_ le mot _tor_, qui signifie élevé: _Celtorii_, Κελτόριοι, Celtes d'en haut. Les historiens n'indiquent que très-vaguement la position de ces Celtes de la montagne; ils habitaient, disent-ils, entre les Pyrénées et les Alpes. Plutarch. in Camil., p. 135.
Note 116: _Armhuirich_ et _Armhoirik_, voisin de la mer; (Lhuyd, archæol. britann.) _Armorici, Aremorici_.
Note 117: _Ar, all_, haut: _veran (Fearann)_, terre, contrée. _Arvernia_, _Alvernia_, Auvergne.
Note 118: _All_, haut; _brog_, lieu habité, village.
Note 119: _Elva (Ealbha_) ou _Selva_, bétail: _ait_, _èt_, lieu, contrée. Elvétie ou Helvétie, contrée des troupeaux.
Note 120: _Seach_, qui tourne, qui dévie, sinueux: _an_, eau, rivière, contracté de _avainn_.--Σηκόανος, ποταμός, άφ΄ οϋ τό ίθνικόν Σηκόανοι. Artemidor. ap. Stephan. Bysant. V. Σηκόανος. Les Séquanes furent repoussés plus tard au-delà des Vosges et de la Saône.
Note 121: En latin _Hedui_, et plus communément _Aedui_. _Ædh_, mouton; _Ed_, troupeau de petit bétail.
ANNEES 1600 à 1500 avant J.-C.
Les Celtes et les Aquitains, qui n'étaient séparés que par la Garonne, se livrèrent sans doute plus d'une guerre; sans doute aussi une de ces guerres donna occasion à quelque bande celtique de franchir les passages occidentaux des Pyrénées et de pénétrer dans l'intérieur de l'Espagne, où d'autres bandes la suivirent. Le flot de cette première invasion se dirigea vers le nord et le centre de la péninsule, entre l'Èbre et la chaîne des monts Idubèdes; mais la population ibérienne ne se laissa pas aisément subjuguer. Une lutte longue et terrible eut lieu, sur le territoire envahi, entre la race indigène et la race conquérante. Toutes deux, à la fin, affaiblies et fatiguées, se rapprochèrent, et de leur mélange, disent les historiens, sortit la nation Celt-ibérienne, mixte de nom, comme d'origine[122].
Note 122: Οϋτοι γάρ τό παλαιόν περί τής χώρας άλλήλοις διαπολεμήσαντες, οϊ τε Ϊβηρες καί οί Κελτοί, καί μετά ταύτα διαλυθέντες καί τήν χώραν κοινή κατοικήσαντες, έτι δ' έπιγαμίας πρός άλλήλους συνθέμενοι, διά τήν έπιμιξίαν λέγονται ταύτης τυχεϊν τής προσηγορίας. Diodor. Sicul., l. V, p. 309.--App. Bell. hisp., p. 256.
Profugique à gente vetustâ Gallorum, Celtæ miscentes nomen Iberis. Lucan., Pharsal. l. IV, v. 9.
La route une fois tracée, de nombreuses émigrations galliques s'y portèrent successivement, et, se poussant l'une l'autre, finirent par occuper toute la côte occidentale depuis le golfe d'Aquitaine, jusqu'au détroit qui sépare la presqu'île du continent africain. Tantôt la population indigène se retirait devant ce torrent; tantôt, après une résistance plus ou moins prolongée, elle suivait l'exemple des Celtibères, faisait la paix, et se mélangeait. Des Celtes allèrent s'établir dans l'angle sud-ouest de cette côte qu'ils trouvèrent abandonné, et sous leur nom national (Celtici) ils formèrent un petit peuple qui eut pour frontières, au sud et à l'ouest l'océan, à l'orient le fleuve Anas, aujourd'hui la Guadiana[123]. D'autres Galls, dont la nation n'est pas connue, s'emparèrent de l'angle nord-ouest; et le nom actuel du pays (la Galice) rappelle encore leur conquête[124]. La contrée intermédiaire conserva une partie de sa population qui, mélangée avec les vainqueurs, produisit la nation des Lusitains[125], non moins célèbres que les Celtibères dans l'ancienne histoire de l'Ibérie.
Note 123: Herodot. l. II, p. 118; l. IV, p. 303, édit. Amst. 1763. --Polyb. ap. Strab., l. III.--Varro ap. Plin., l. III, c. 3.
Note 124: _Gallœcia, Callaicia_. Ils étaient divisés en quatre tribus: Artabri, Nerii, Præsamarcæ, Tamarici. Plin. l. IV, c. 34-35. --Pompon. Mel., l. III, c. I.--Strab., l. c.
Note 125: Plin., l. c.--Strab. ibid.--Pompon. Mel., l. III, c. I et seq.: Consultez l'excellent ouvrage de M. Guillaume de Humboldt, _Pruefung der Untersuchungen ueber die Urbewohner Hispaniens_... Berlin, 1821.
Par suite de ces conquêtes, la race gallique se trouva répandue sur plus de la moitié de la péninsule espagnole. La limite du territoire qu'elle occupait, mixte ou pure, pourrait être représentée par une ligne qui partirait des frontières de la Gallice, longerait l'Èbre jusqu'au milieu de son cours, suivrait ensuite la chaîne des monts Idubèdes pour se terminer à la Guadiana, comprenant ainsi tout l'ouest et une grande partie de la contrée centrale.
Mais les victoires des Galls au midi des Pyrénées eurent, pour leur patrie, un contre-coup funeste. Tandis qu'ils se pressaient dans l'occident et le centre de l'Espagne, les nations ibériennes, déplacées et refoulées sur la côte de l'est, forcèrent les passages orientaux de ces montagnes. La nation des Sicanes, la première, pénétra dans la Gaule, qu'elle ne fit que traverser, et entra en Italie par le littoral de la Méditerranée[126]. Sur ses traces arrivèrent ensuite les _Ligors_[127] ou Ligures, peuple originaire de la chaîne de montagnes au pied de laquelle coule la Guadiana[128]; et chassé de son pays par les Celtes conquérans[129]. Trouvant la côte déblayée par les Sicanes, les Ligures s'en emparèrent, et étendirent leurs établissemens tout le long de la mer, depuis les Pyrénées jusqu'à l'embouchure de l'Arno, bordant ainsi, par une zone demi-circulaire, le golfe qui dès lors porta leur nom. Dans les temps postérieurs, lorsqu'ils se furent multipliés, leurs possessions en Gaule comprirent toute la côte à l'occident du Rhône, jusqu'à la ligne des Cévennes[130]; et à l'orient de ce fleuve, tout le pays situé entre l'Isère, les Alpes, le Var et la mer[131]. Mais il resta parmi eux, à l'est du Rhône, principalement, quelques tribus galliques, dont nous aurons plus d'une fois l'occasion de parler dans la suite de cet ouvrage.
Note 126: Σικκνοί άπό τοΰ Σικανοΰ ποταμοΰ τοΰ έν Ίβηρία ύπό Ατγύων κναστάντες.... Thucyd., l. VI, c. 2.--Servius, ad Æneid., l. VI. --Ephor. ap. Strab., l. VI.--Philist. ap. Diodor. Sic., l. V.
Note 127: _Ligor, Iligor_, haute cité. (Humboldt, p. 5-6.) De ce mot les Romains tirent _Ligures_ et les Grecs _Lygies_.
Note 128: Αιγυστινή, πόλις Αιγύων τής δυστικής Ϊβηρίας έγγύς καί τής Ταρτησσού πλησίον. Steph. Bysant.
Note 129:
..................Celtarum manu Crebrisque dudùm præliis......... Ligures.... pulsi, ut sæpè fors aliquos agit, Venêre in ista quæ per horrenteis tenent Plerùmque dumos........................
Fest. Avien. V. 132 et seq.
Note 130: C'est ce que les géographes anciens appelaient l'_Ibéro-Ligurie_, à cause du voisinage de l'Espagne.
Note 131: C'était la _Celto-Ligurie_.
ANNEES 1400 à 1000. avant J.-C.
L'irruption des peuples ibériens avait révélé aux Galls l'existence de l'Italie; ce fut de ce côté qu'ils se dirigèrent, lorsque la surabondance de population, ou toute autre cause les détermina à entreprendre de nouvelles migrations. Une horde nombreuse, composée d'hommes, de femmes, et d'enfans de toute tribu, s'organisa sous le nom collectif d'_Ambra_[132] (_les vaillans_ ou _les nobles_), franchit les Alpes, et se précipita sur l'Italie.
Note 132: Plus correctement _Amhra_. De ce mot les Latins ont fait Ambro, Ambronis, plur. Ambrones; et Umber, bri: les Grecs, Άμβρών, Όμβρος, Όμβριος, Όμβρικός.
L'Italie subalpine[133] présente à l'œil un vaste bassin que les Alpes bornent au nord, la mer supérieure[134] au levant, et du nord-ouest au sud-est, la chaîne des Apennins. D'occident en orient, cette plaine immense est traversée par le Pô, appelé aussi Éridan, qui, prenant sa source au mont Viso (Vesulus), se jette dans la mer supérieure, dont il couvre la plage d'eaux stagnantes. Ce roi des fleuves italiens[135], dans son cours de cent vingt-cinq lieues, reçoit presque toutes les rivières que versent d'un côté les Alpes occidentales, pennines et rhétiennes, de l'autre, les Alpes maritimes et l'Apennin; sur sa rive gauche, la Doria (Duria), le Tésin (Ticinus), l'Adda (Addua), l'Oglio (Ollius), le Mincio (Mincius); sur sa rive droite, le Tanaro (Tanarus) sorti des Alpes maritimes, la Trébia et le Réno (Rhenus) sortis tous deux des Apennins[136]. Au nord du Pô, l'Adige (Athesis), fleuve moins considérable que celui-ci, mais pourtant rapide et profond, descend des Alpes rhétiennes pour aller se perdre aussi dans les lagunes de la côte[137].
Note 133: Italia subalpina, circumpadana, ΫὙπαλπία.
Note 134: _Mare Superum_. Elle reçut le nom d'Adriatique après la fondation d'Adria, ou Hatria, par les Étrusques. Celle qui baigne la côte occidentale de l'Italie s'appelait mer Inférieure, _mare Inferum_.
Note 135: Fluviorum rex Eridanus....... Virgil. Georg. I.
Note 136: Du temps de Pline, les affluens du Pô étaient au nombre de trente (l. III, c. 16.--Solin., c. 8.--Martian. Capell., l. VI.); on en compte aujourd'hui plus de quarante.
Note 137: Polyb. l. II, p. 103 et seq.--Strab., l. II et V.
La contrée circumpadane était célèbre chez les anciens, non moins par sa fertilité que par sa beauté; et plusieurs écrivains n'hésitent pas à la placer au-dessus du reste de l'Italie[138]. Dès les temps les plus reculés, on vantait ses pâturages[139], ses vignes, ses champs d'orge et de millet[140], ses bois de peupliers et d'érables[141] ses forêts de chênes où s'engraissaient de nombreux troupeaux de porcs, nourriture principale des peuplades italiques[142]. Elle était alors en presque totalité au pouvoir des Sicules, nation qui se prétendait _Autochthone_, c'est-à-dire née de la terre même qu'elle habitait[143]. Les Vénètes, petit peuple illyrien ou slave[144], s'y étaient conquis une place, à l'orient, entre l'Adige, le Pô et la mer. Au couchant, l'Apennin séparait les Sicules des Ligures, établis, comme nous venons de le dire, le long du golfe auquel ils avaient donné leur nom, jusqu'à l'embouchure de l'Arno.
Note 138: Polyb., l. II, p. 103.--Plutarch. in Mario, p. 411.--Tacit. hist. II, c. 171.
Note 139: Plutarch. in Camil. p. 135.
Note 140: Polyb. l. II, p. 103 et seq.
Note 141: Plin. l. XVI, c. 15; l. XVII, c. 23.--Dionys. perieget. V. 292.--Marcian. Heracl. peripl.--Ovid. Metam. l. II.
Note 142: Polyb. l. II; l. C.
Note 143: Dionys. Halic. l. I, c. 9; l. II, c. 1.--Plin. 1. III, c. 4.
Note 144: Herodot. l. I-V.
Ce ne fut pas sans avoir long-temps résisté que les Sicules abandonnèrent à la horde gallique leur terre natale; les combats qu'ils soutinrent contre elle sont mentionnés par les anciens historiens, comme les plus sanglans dont l'Italie eût été jusqu'alors le théâtre[145]. Vaincus enfin, ils se retirèrent au midi de la péninsule[146], d'où ils passèrent dans la grande île qui prit d'eux le nom de Sicile. Cet événement, qui livrait à la race gallique toute la vallée du Pô, eut lieu vers l'an 1364 avant notre ère[147]. Les vainqueurs ne s'arrêtèrent pas là; ils poussèrent leurs conquêtes jusqu'à l'embouchure du Tibre; ce fleuve, la Néra (Nar), et le Trento (Truentus), devinrent la frontière méridionale de leur empire qui, s'étendant de là aux Alpes, embrassa plus de la moitié de l'Italie[148].
Note 145: Dionys. Halic. l. I, c. 16.
Note 146: Dionys. Halic. ibid.--Plin. 1. III, c. 4.
Note 147: Philist. ap. Dionys. Halic. l. C.--Fréret, t. IV, p. 300, Œuvres complètes. Paris, 1796.
Note 148: Dionys. 1. I, 20-28.--Plin. 1. III, 14-15.--Cf. Cluver. Ital. antiq. l. II, c. 4.
Possesseurs paisibles de ce grand territoire, les Ambra ou Ombres (nom sous lequel ils sont plus connus dans l'histoire) s'y organisèrent suivant les usages des nations galliques. Ils le partagèrent en trois régions ou provinces, déterminées par la nature du pays. La première, sous le nom d'_Is-Ombrie_[149] ou de Basse-Ombrie, comprit les plaines circumpadanes; la seconde, appelée _Oll-Ombrie_[150] ou Haute-Ombrie renferma les deux versans de l'Apennin et le littoral montueux de la mer supérieure; la côte de la mer inférieure, entre l'Arno et le Tibre, forma la troisième, et reçut la dénomination de _Vil-Ombrie_[151], ou d'Ombrie maritime. Dans ces circonstances, les Ombres prirent un accroissement considérable de population[152]; ils comptèrent, dans les haute et basse provinces seulement trois cent cinquante-huit grands bourgs que les historiens décorent du titre de villes[153]; leur influence s'étendit en outre sur toutes les nations italiques jusqu'à l'extrémité de la presqu'île.
Note 149: _Is, ios_, bas, inférieur. Ίσομβρία, Ϊσομβροι et Ϊσομβρες; en latin, _Insubria, Insubres_.
Note 150: _Olombria, Olombri_, Όλομβρία, Όλομβροι. Ptolem.--_Oll, all_, haut, élevé: Armstrong's gaelic diction.
Note 151: _Vilombria_, Ούιλομβρία Ptolem.--_Bil, vil_, bord, rivage. Armstrong's gaelic diction.
Note 152: Ήν τοϋτο τό έθνος έν τοϊς πάνυ μέγα. Dionys. Halic. l. I, c. 16.
Note 153: Trecenta eorum oppida Tusci debellasse reperiuntur. Plin. l. III. c. 14--Il restait encore dans la Haute-Ombrie du temps de Pline quarante-six villes; douze avaient péri.
ANNEES 1000 à 600. avant J.-C.
Mais, dans le cours du onzième siècle, un peuple nouvellement émigré du nord de la Grèce entra en Italie par les Alpes illyriennes, traversa l'Isombrie comme un torrent, franchit l'Apennin, et envahit l'Ombrie maritime[154]; c'était le peuple des _Rasènes_[155] si célèbres dans l'histoire sous le nom d'Étrusques. Bien supérieurs en civilisation aux races de la Gaule et de l'Italie, les Étrusques connaissaient l'art de construire des forteresses et de ceindre leurs places d'habitation, de murailles élevées et solides, art nouveau pour l'Italie où toute l'industrie se bornait alors à rassembler au hasard de grossières cabanes sans plan et sans moyens de défense[156]. Une chose distinguait encore ce peuple des sauvages tribus ombriennes, c'est qu'il ne détruisait ou ne chassait point la population subjuguée; organisé, dans son sein, en caste de propriétaires armés, il la laissait vivre attachée à la glèbe du champ dont il l'avait dépouillée. Tel fut le sort des Ombres dans la partie de leur territoire située entre le cours du Tibre, l'Arno et la mer inférieure. Là disparurent rapidement les traces de la domination gallique. Aux villages ouverts et aux cabanes de chaume, succédèrent douze grandes villes fortifiées, habitation des conquérans et chefs-lieux d'autant de divisions politiques qu'unissait un lien fédéral[157]. Le pays prit le nom des vainqueurs et fut appelé dès lors Étrurie.
Note 154: Priùs, cis Apenninum ad inferum mare... Tit. Liv. l. V, c. 99.
Note 155: Ce peuple ne reconnaissait pour son nom national que celui de _Rhasena_, en ajoutant l'article, _Ta-Rhasena_, d'où les Grecs, probablement, ont fait _Tyrseni_ et _Tyrrheni_. On ignore d'où dérivait celui d'Étrusques que les Latins lui donnaient.
Note 156: Tzetzes ad Lycophron. Alexandr. 717.--Rutil. itinerar. I.
Note 157: Strabon. l. V.--Servius ad Virgil. Æneid. II, VIII et X. --Cf. Cluver. Ital. antiq. t. I, p. 344 et seq.