Histoire des Gaulois (1/3) depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination romaine.

Part 3

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La ligue nombreuse des peuples des Alpes, comprend, sous la dénomination collective de _nations Alpines_, les subdivisions suivantes: 1º tribus _Pennines_ ou des _pics_, habitant le grand Saint-Bernard et les vallées environnantes; 2º tribus _Craighes_ ou des _rocs (Craig_, roc); on sait que le petit Saint-Bernard et les monts voisins portaient autrefois le nom d'_Alpes Craïæ_, ou _Cræcæ_; 3º _Allobroges_ ou tribus des _hauts villages (all_, haut; _bruig_, village; _bru_ et _bro_, lieu), etc.

Il ne serait donc point étonnant que les Cévennes et les fertiles campagnes du haut Languedoc et de la Guienne eussent été le séjour d'une confédération de _tribus des forêts_, se subdivisant suivant la localité en _Celtes_ de la plaine et en _Celtors_ ou _Celtes_ de la montagne.

4º _Belges_.

César affirme que les Belges différaient des Galls par leur langue, leurs mœurs et leurs institutions[38]; Strabon le répète après lui[39]. César ajoute que plusieurs des tribus belges étaient issues des Germains, et en effet, de son temps, les invasions germaniques en Gaule avaient déjà commencé: ces tribus, il les nomme; elles sont peu nombreuses, restreintes à quelques cantons riverains du Rhin, et comprises sous la dénomination collective de Germains cis-rhénans[40]; mais cette exception même prouve que la masse des peuples belges était étrangère à la race teutonique.

Note 38: Cæs. bell. Gall. l. I, c. 1.

Note 39: Strab. l. IV, p. 176.

Note 40: Condrusi, Pæmani, Cæræsi qui uno nomine Germani appellantur. Cæs. bell. Gall. l. II, c. 4.--Segni Condrusique ex gente et numero Germanorum qui sunt... citrà Rhenum. Id. l. VI, c. 38.

Les Belges sont reconnus unanimement par les écrivains anciens, comme Gaulois, formant avec les Galls, improprement appelés Celtes, la population de sang gaulois.

Le mot de _Belges_ appartient à l'idiome Kymrique, où sous la forme _Belgiaidd_, dont le radical est _Belg_, il signifie _belliqueux_: il paraît donc n'être point un nom générique, mais un titre d'expédition militaire, de confédération armée. Il est étranger[41] à l'idiome des Galls, mais non à leurs traditions nationales encore subsistantes où les _Bolg_ ou _Fir-Bolg_ jouent un rôle important, comme conquérans venus des embouchures du Rhin dans l'ancienne Irlande. Nous ferons remarquer en passant que la forme _Bolg_ et son aspirée _Bholg_, rappellent cette colonie belge fixée parmi les Galls du Rhône et des Cévennes, sous les noms de _Bolgæ_ et _Volcæ_.

Note 41: Étranger est peut-être inexact: _bolg_ en gallic signifie _sac_; mais quel singulier nom c'eût été pour un peuple!

Le nom de _Belges_ était inconnu aux anciens auteurs grecs; il paraît récent en Gaule; du moins si on le compare aux noms de Galls, de Celtes, de Ligures, etc.

Des Belges s'établirent, comme on sait, sur la côte méridionale de l'île de Bretagne, au milieu de peuples bretons qui n'étaient point Galls, car la race gallique était alors refoulée à l'extrémité septentrionale, par-delà le golfe du Forth. Ni César ni Tacite n'ont remarqué aucune différence d'origine ou de langage entre ces Bretons et les Belges; les noms personnels et locaux dans les cantons habités par les uns et par les autres appartiennent d'ailleurs à la même langue, qui est le kymric.

En Gaule, César a donné pour limite méridionale aux Belges la Seine et la Marne. Strabon ajoute à cette première Belgique une seconde qu'il nomme _Parocéanite_ ou _Maritime_, et qui comprend les peuples situés à l'ouest, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire, c'est-à-dire les peuples que César et les autres écrivains romains appellent _Armorikes_, d'un nom gaulois qui signifie pareillement _Maritimes_[42]. Sans doute, le témoignage de César n'est pas aisément contestable dans ce qui regarde la Gaule. D'un autre côté Strabon connaissait les ouvrages des Massaliotes, il avait médité les récits de Posidonius, ce Grec célèbre qui avait parcouru la Gaule, du temps de Marius, en érudit et en philosophe[43]. Il fallait qu'il y eût entre les Armorikes et les Belges un grand nombre de ressemblances pour que Posidonius et Strabon déclarassent y voir une même race; il fallait aussi qu'il y eût des différences bien marquées pour que César en fît deux peuples. L'examen des faits de l'histoire nous montre les Armorikes établis en confédération politique indépendante, mais, dans le cas de guerres et d'alliances générales, se rattachant bien plus volontiers à la confédération des Belges qu'à celle des Galls. L'examen des faits philologiques nous montre que la même langue était parlée dans la Belgique de César et dans celle de Strabon. On peut donc conclure hardiment que les Armorikes et les Belges étaient deux peuples ou confédérations de la même race, arrivés en Gaule à deux époques différentes; et en thèse plus générale:

1º Que le nord et l'ouest de la Gaule et le midi de l'île de Bretagne, jusqu'au Forth étaient peuplés par une seule et même race formant la seconde branche de la population gauloise proprement dite.

2º Que la langue de cette race était celle dont les débris se conservent dans deux cantons de l'ancienne Armorike et de l'île de Bretagne.

3º Que le nom générique de la race nous est encore inconnu historiquement, à ce point de nos recherches; mais que la philologie nous révèle que ce nom doit être celui de _Kymri_.

Note 42: _Armoricæ, Aremoricæ_ gentes, civitates. Ce mot appartient à la fois aux deux langues kymrique et gallique: _ar_ et _air_ (gaël.), _ar_ (cymr. corn.), _oar_ (armor.), sur; _muir_, _moir_ (gaël.), _môr_ (cymr. armor.), mer.

Note 43: On voit en lisant Strabon qu'il s'appuyait beaucoup des idées et des travaux de Posidonius, malgré l'affectation avec laquelle il le critique en plusieurs endroits. Les fragmens de Posidonius, recueillis par Athénée et dont nous retrouvons des passages entiers soit dans Strabon lui-même, soit dans Diodore de Sicile, sont certainement ce que nous possédons de plus curieux sur la Gaule, exception faite des Commentaires de César.

II. PEUPLES GAULOIS DE L'ITALIE.

Les plus accrédités des érudits romains qui travaillèrent sur les origines italiques, reconnurent deux conquêtes bien distinctes de la haute Italie par des peuples sortis de la Gaule. Ils faisaient remonter la plus ancienne aux époques les plus reculées de l'Occident, et désignèrent ces premiers conquérans transalpins sous le nom de _vieux Gaulois, veteres Galli_, afin de les distinguer des transalpins de la seconde conquête. Celle-ci, plus récente, est mieux connue; on en a les dates bien précises: on sait qu'elle commença l'an 587 avant notre ère, sous la conduite du Biturige Bellovèse, et qu'elle continua par l'invasion successive de quatre autres bandes, dans un espace de soixante-six ans[44].

Note 44: V. ci-dessous, t. I, c. I, Période 587 à 521 après J.-C..

PREMIERE CONQUETE.--Ces _vieux Gaulois_, suivant les auteurs dont nous parlons, étaient les ancêtres du peuple des _Ombres_ qui habitait, comme on sait, au temps de la puissance des Romains, les deux revers de l'Apennin, entre le Picenum et l'Étrurie; et le fait était donné comme positif. Cornélius Bocchus, affranchi lettré de Sylla, est cité par Solin comme l'ayant soutenu et prouvé[45]. C'était aussi l'opinion du fameux M. Antonius Gnipho[46], précepteur de Jules-César, et qui, né dans la Gaule Cisalpine, avait probablement apporté un soin particulier à ce qui concernait sa nation; Isidore l'adopta dans son ouvrage sur les Origines[47]; ainsi firent Solin et Servius. L'érudition hellénique s'en empara aussi[48], malgré une étymologie fort populaire en Grèce bien qu'absurde, laquelle faisait dériver le mot _Ombre_ du grec _ombros_, pluie, parce que, disait-on, la nation ombrienne avait échappé à un déluge.

Note 45: Bocchus absolvit Gallorum veterum propaginem Umbros esse. Solin. Poly. Hist. c. 8.

Note 46: Sanè Umbros Gallorum veterum propaginem esse M. Antonius refert. Serv. in l. XII, Æn. ad fin.

Note 47: Umbri, Italiæ genus est, sed Gallorum veterum propago. Isid. Orig, l. I, c. 2.

Note 48: Όμβροι γενος Γαλατών. Tzetz. Schol. Lycophr. Alex. p. 199.

Les Ombres étaient regardés comme un des plus anciens peuples de l'Italie[49]: ils chassèrent, après de longs et sanglans combats, les Sicules des plaines circumpadanes; or les Sicules étant passés en Sicile vers l'an 1364, l'invasion ombrienne a dû avoir lieu dans le cours du quinzième siècle. Ils devinrent très-puissans, car leur empire s'étendit d'une mer à l'autre, jusqu'aux embouchures du Tibre[50] et du Trento. L'arrivée des Étrusques mit fin à leur vaste domination.

Note 49: Umbrorum gens antiquissima... Plin. l. II, c. 14.--Flor. l. I, c. 17.

Note 50: V. pour les détails le tome I de cet ouvrage.

Les mots _Umbri, Ombri, Ombriki_, par lesquels les Romains et les Grecs désignaient ce peuple, paraissent bien n'avoir été autres que le mot gallique _Ambra_ ou _Amhra_, qui signifie _vaillant, noble_, et aurait été tout-à-fait approprié comme titre militaire à une expédition envahissante. On trouve encore le nom d'_Ambres_ ou _Ambrons (Ambro, onis_; Άμβρων Άμβρωος,) appliqué à des tribus qui se rattachent à la souche ombrienne.

La division géographique établie par les Ombres dans leur empire n'est pas seulement conforme aux coutumes des nations galliques, elle appartient à leur langue. L'Ombrie était partagée en trois provinces: l'_Oll-Ombrie_, ou haute Ombrie, qui comprenait le pays montagneux situé entre l'Apennin et la mer Ionienne, l'_Is-Ombrie_, ou basse Ombrie, que formaient les plaines circumpadanes; enfin la _Vil-Ombrie_, ou Ombrie littorale: ce fut plus tard l'Étrurie[51].

Note 51: Όλομβρία, Όλομβροι; Ούιλομβρία, Ptolem. _Oll, All_, haut; _Bil, Bhil_, bord, rivage. Ίσομβρία, Ϊσομβροι et Ϊσομβρες; en latin _Insubria_ et _Insubres; is, ios_, bas.--V. pour les détails, t. I, période 1400 à 100 avant J.-C. et seq.

Quoique l'influence étrusque changeât rapidement la langue, la religion, l'ordre social des Ombres, il se conserva pourtant parmi les montagnards de l'Oll-Ombrie des restes marquans du caractère et des coutumes des Galls; par exemple le _gais_, arme d'invention et de nom galliques, fut toujours l'arme nationale du paysan ombrien[52].

Note 52: V. ci-dessous, t. I, période 1000 à 600 avant J.-C.

Les Ombres, dispersés par les conquérans étrusques furent accueillis comme des frères devaient l'être sur les bords de la Saône, et parmi les tribus helvétiennes, où ils perpétuèrent leur nom d'_Isombres_[53]. D'autres trouvèrent l'hospitalité parmi les Ligures des Alpes maritimes[54], et y portèrent aussi leur nom d'_Ambres_ ou _Ambrons_. Ce fait peut seul expliquer un autre fait important qui a beaucoup tourmenté les historiens, et donné lieu à vingt systèmes contradictoires, savoir: qu'une tribu des Alpes Liguriennes et une tribu de l'Helvétie, se faisant la guerre sous les drapeaux opposés de Rome et des Cimbres, se trouvèrent avoir le même nom et le même cri de guerre, et en furent très-étonnées[55].

Note 53: Insubres, pagus Æduorum. Tit. Liv. l. V, c. 23.

Note 54: Insubrium exules. Plin. l. III, c. 17-20.--V. ci-dessous, t. I, période 1000 à 600 avant J.-C.

Note 55: Plut. Mar. p. 416.--V. ci-dessous, t. I, période 1000 à 600 avant J.-C. et t. II, Année 102 avant J.-C.

De ce qui précède me paraît résulter le fait que l'Italie supérieure fut conquise dans le quinzième siècle avant notre ère par une confédération de tribus galliques portant le nom d'_Ambra_.

DEUXIEME CONQUETE.--Tandis que la première invasion s'était opérée en masse, avec ordre, par une seule confédération, la seconde fut successive et tumultueuse: durant soixante-six années, la Gaule versa sa population sur l'Italie, par les Alpes maritimes, par les Alpes Graïes, par les Alpes Pennines. Si l'on fait attention, en outre, qu'à la même époque (587) une émigration non moins considérable avait lieu de Gaule en Illyrie, sous la conduite de Sigovèse, on n'hésitera pas à croire que de si grands mouvemens tenaient à des causes plus sérieuses que cette fantaisie du roi Ambigat dont nous parle Tite-Live. La Gaule en effet présente dans toute cette période de temps les symptômes d'un pays qu'une violente invasion bouleverse.

Mais de quels élémens se composaient ces bandes descendues des Alpes pour envahir la haute Italie?

Tite-Live fait partir de la Celtique, c'est-à-dire des domaines des Galls, les troupes conduites par Bellovèse et par Elitovius; et l'émunération des tribus, telle que la donnent lui et Polybe, prouve en effet que le premier flot dut appartenir à la population gallique[56]. Voilà ce que nous savons pour la Transpadane.

Note 56: Voir les détails circonstanciés, ci-dessous, t. I, Année 587 avant J.-C. et seq.

Il n'est personne qui n'ait entendu parler de ce combat fameux livré par T. Manlius Torquatus à un géant gaulois sur le pont de l'Anio. Vrai ou faux, le fait était très-populaire à Rome; la peinture ne manqua pas de s'en emparer, et la tête du Gaulois tirant la langue et faisant d'horribles grimaces, figura sur l'enseigne d'une boutique de banque située au forum; l'enseigne, arrondie en forme de bouclier, portait le nom de _Scutum cimbricum_. Elle existait au-dessus de cette boutique dans l'année 586 de Rome, 167ème avant notre ère, ainsi qu'en fait foi une inscription des Fastes Capitolins, où il est dit: que le banquier de la maison à l'enseigne de l'_Écu-cimbrique_, Q. Aufidius, à fait banqueroute le 3 des calendes d'avril, et s'est enfui; que, rattrapé dans sa fuite, il a plaidé devant le préteur P. Fontéius Balbus, qui l'a acquitté[57].

Note 57: Voici dans son entier cette curieuse inscription. (Reinesius, p. 342.)

III. K. APRILEIS. FASCES. PENES. ÆMILIUM. LAPIDIBUS. PLUIT. IN. VEIENTI POSTUMIUS. TRIB. PL. VIATOREM. MISIT. AD. COS. QUOD. IS. EO. DIE. SENATUM. NOLUISSET. COGERE. INTERCESSIONE. P. DECIMI. TRIB. PLEB. RES. EST. SUBLATA. Q. AUFIDIUS. MENSARIUS. TABERNÆ. ARGENTARIÆ. AD SCUTUM. CIMBRICUM. CUM. MAGNA. VI. ÆRIS. ALIENI. CESSIT. FORO. RETRACTUS. EX. ITINERE. CAUSSAM. DIXIT. APUD. P. FONTRIUM. BALBUM. PRÆT. ET. CUM. LIQUIDUM. FACTUM. ESSET. EUM. NULLA. FECISSE. DETRIMENTA. JUS. EST. IN. SOLIDUM. ÆS. TOTUM.

Ici le mot _Cimbricum_ est employé comme synonyme de _Gallicum_; il est appliqué aux _Boïes_, aux _Sénons_, aux _Lingons_, qui faisaient la guerre aux Romains à l'époque où dut se passer le duel vrai ou prétendu; ces nations, établies en-deçà du Pô, étaient donc connues populairement en Italie sous le nom de _Cimbri_ ou _Kimbri_ (en se conformant à la prononciation latine), quoique les historiens ne les désignent que par la dénomination géographique et classique de _Galli, Gaulois_, attendu qu'ils sortaient de la Gaule.

Lorsque, soixante-six ans après la date de l'inscription citée plus haut, et deux cent soixante après le combat de l'Anio auquel elle fait allusion, l'invasion de _Cimbri_ venus du nord renouvela en Italie la terreur de ce nom et fournit à Marius deux triomphes célèbres; le général vainqueur s'empara de l'_écu cimbrique_ comme d'un emblème de circonstance, et se fit peindre un bouclier sur ce modèle populaire. Le bouclier _cimbrique_ de Marius représentait, au rapport de Cicéron, un _Gaulois_[58] les joues pendantes, et la langue tirée. Le mot _Cimbri_ désignait donc une des branches de la population gauloise, et cette branche avait des colonies dans la Cispadane; mais nous avons déjà reconnu antérieurement l'existence de colonies galliques dans la Transpadane; la population gauloise d'Italie était donc partagée en deux branches distinctes, les _Galls_ et les _Cimbri_ ou _Kimbri_.

Note 58: Pictum _Gallum_ in Mariano scuto _Cimbrieo_, ejectâ linguâ, etc. Cicer. de Orator. l. II, c. 66.

III. GAULOIS TRANSRHÉNANS.

_Première branche._

Nous avons parlé plus haut d'une double série d'émigrations commencées l'an 587 avant notre ère, sous la conduite de Bellovèse et de Sigovèse. Tite-Live nous apprend que l'expédition de Sigovèse partit de la Celtique, et que son chef était neveu du Biturige Ambigat, qui régnait sur tout ce pays, ce qui signifie que Sigovèse et ses compagnons étaient des Galls. Le même historien ajoute qu'ils se dirigèrent vers la forêt Hercynienne[59]: cette désignation est très-vague, mais nous savons par Trogue-Pompée qui, né en Gaule, puisait à des traditions plus exactes et plus précises, que ces Galls s'établirent dans l'Illyrie et la Pannonie[60]. Les historiens et les géographes nous montrent en effet une multitude de peuplades ou galliques ou gallo-illyriennes répandues entre le Danube, la mer Adriatique et les frontières de l'Épire, de la Macédoine et de la Thrace[61]. De ce nombre sont les _Carnes_[62], habitans des Alpes _Carnikes_, à l'orient de la grande chaîne alpine (_Carn_ rocher); les _Tauriskes_ (_Taur_ ou _Tor_, élevé, montagne), nation gallique pure[63], et les _Iapodes_[64], nation gallo-illyrienne qui occupait les vallées de la Carinthie et de la Styrie; les _Scordiskes_, qui tenaient les alentours du mont Scordus, et dont la puissance fut redoutable même aux Romains[65]. Des terminaisons fréquentes en _dunn, mag, dur_, etc., des montagnes nommées _Alpius_ et _Albius_, la contrée appelée _Albanie_, enfin un grand nombre de mots galliques dans l'albanais actuel, sont autant de preuves de plus du séjour des Galls dans ce pays.

Note 59: Sortibus dati Hercynii saltus. Tit. Liv. l. V, c. 34.

Note 60: Illyricos sinus penetravit... in Pannonia consedit. Domitis Pannoniis. Justin... l. XXIV, c. 4.

Note 61: Voir ci-dessous, tome I, Année 281 avant J.-C. et seq.

Note 62: _De Galleis Carneis_. Inscript. è Fast. ap. Cluvier. Ital. antiq. t. I, p. 169.

Note 63: Τανριστάς καί Ταυρισχούς, καί τούτους Γαλάτας. Strab. l. VII p. 293.--Έθνη Κελτιχα. p. 313.--Polyb. l. II, p. 103.

Note 64: Καί οί Ίάποδες δέ τοϋτο ήδη έπίμιχτον Ίλυριοϊς καί Κελτοϊς έθνος. Strab. l. VII; l. IV, p. 313.--Steph. Byz. vº Ϊάποδες.

Note 65: V. ci-dessous, t. I, Année 279 avant J.-C. t. II, Année 114 avant J.-C.

On trouvait en outre en-deçà du Danube les _Boïes_ du Norique, ancêtres des Bavarois; ils n'avaient rien de commun avec les colonies galliques; on sait qu'ils venaient de l'Italie cispadane, et étaient un malheureux reste des _Boïes-Kimbri_ accablés et chassés par les armes des Romains[66].

Note 66: V. ci-dessous, t. I, Année 190 avant J.-C.

_Seconde branche._

Des témoignages historiques qui remontent aux temps d'Alexandre-le-Grand attestent l'existence d'un peuple appelé _Kimmerii_ ou _Kimbri_ sur les bords de l'océan septentrional dans la presqu'île qui porta plus tard la dénomination de Jutland. Et d'abord les critiques reconnaissent l'identité des noms _Kimmerii_ et _Kimbri_, conformes l'un et l'autre au génie différent des langues grecque et latine. «Les Grecs, dit Strabon d'après Posidonius, appelaient _Kimmerii_ ceux que maintenant on nomme _Kimbri_[67].» Plutarque ajoute que ce changement n'a rien qui surprenne[68]; Diodore de Sicile l'attribue au temps[69], et adopte sur ce point l'opinion générale des érudits grecs.

Note 67: Κιμερίους τούς Κίμβρους όνομασάντων τών Έλήνων. Strab. l. VIII, p. 203.

Note 68: Ούχ άπό τρόπου. Plut. in Mar. p. 412.

Note 69: Βραχύ τοϋ Χαλουμένωνρόνου τήν λέςιν φθείραντος έν τή τών Κιμβών προσηγορία. . Diod. Sicul. l. V, p. 309.

Le plus ancien écrivain qui fasse mention de ces _Kimbri_ est Philémon, contemporain d'Aristote: suivant lui, ils appelaient leur océan _Mori-Marusa_, c'est-à-dire _Mer-Morte_, jusqu'au promontoire Rubéas; au-delà ils le nommaient _Cronium_[70]. Ces deux mots s'expliquent sans difficulté par la langue kymrique: _môr_ y signifie _mer, marw_, mourir, _marwsis_, mort; et _crwnn_, coagulé, gelé; en gallic, _cronn_ a la même valeur; _Murchroinn_ la _mer glaciale_[71].

Note 70: Philemon _morimarusam_ à Cimbris vocari, hoc est, _mortuum mare_, usque ad promontorium Rubeas, ultrà deindè _Cronium_. Plin. l. IV, c. 13.

Note 71: Adelung's Ælteste Geschichte der Deutschen, p. 48.--Toland's Several pieces, p. I, p. 150.

Éphore, qui vivait à la même époque, connaissait les _Kimbri_ et leur donne le nom de _Celtes_; mais dans son système géographique, cette dénomination très-vague désigne tout à la fois un Gaulois et un habitant de l'Europe occidentaled[72].

Note 72: Strab. l. VII, ub. supr.

Lorsque, entre les années 113 et 101 avant notre ère, un déluge de _Kimbri_ ou _Cimbres_ vint désoler la Gaule, l'Espagne et l'Italie, la croyance générale fut «qu'ils sortaient des extrémités de l'occident, des plages glacées de l'océan du Nord, de la _Chersonèse kimbrique_, des bords de la _Thétis kimbrique_[73].»

Note 73: Flor. l. III, c. 3. Polyæn. l. VIII, c. 10.--Quintil. Declam. în pro milite Marii.--Ammian. l. 31, c. 5.--_Cimbrica Thetis_, Claudian. bell. Get. V. 638.--Plut. in Mar.--V. ci-dessous, t. II, c. 3.

Du temps d'Auguste, des _Kimbri_ occupaient au-dessus de l'Elbe une portion du Jutland; et ils se reconnaissaient pour les descendans de ceux qui, un siècle auparavant, avaient commis tant de ravages. Effrayés des conquêtes des Romains au-delà du Rhin, et leur supposant des projets de vengeance contre eux, ils adressèrent à l'empereur une ambassade pour obtenir leur pardon[74].

Note 74: Strab. l. VII, p. 292.--V. ci-dessous, t. III, Année 9 avant J.-C.

Strabon, qui nous rapporte ce fait, et Méla après lui, placent les _Kimbri_ au nord de l'Elbe[75]; Tacite les y retrouve de son temps: «Aujourd'hui, dit-il, ils sont petits par le nombre, quoique grands par la renommée; mais des camps et de vastes enceintes sur les deux rives font foi de leur ancienne puissance et de la masse énorme de leurs armées[76].»

Note 75: Strab. l. cit.--Mel. l. III, c. 3.

Note 76: Manent utrâque ripâ castra, ac spatia, quorum ambitu nunc quoque metiaris molem manusque gentis et tam magni exercitûs fidem. Tacit. Germ. c. 37.

Pline donne une bien plus grande extension à ce mot de _Kimbri_; il semble en faire un nom générique: non-seulement il reconnaît des _Kimbri_ dans la presqu'île jutlandaise, mais il place encore des _Kimbri méditerranées_[77] dans le voisinage du Rhin, comprenant sous cette appellation commune des tribus qui portent dans les autres géographes des noms particuliers très-divers.

Note 77: Alterum genus Ingævones quorum pars _Cimbri_, Teutoni ac Cauchorum gentes. Proximè autem Rheno Istævones quorum pars _Cimbri mediterranei_, l. IV, c. 3.

Ces _Kimbri_ habitans du Jutland et des pays voisins étaient regardés généralement comme _Gaulois_, c'est-à-dire comme appartenant à l'une des deux races qui occupaient alors la Gaule; Cicéron, parlant de la grande invasion des _Kimbri_ que nous nommons Cimbres, dit à plusieurs reprises, que Marius a vaincu des _Gaulois_[78]; Salluste énonce que le consul Q. Cæpion, défait par les Cimbres, le fut par des _Gaulois_[79]; la plupart des écrivains postérieurs tiennent le même langage[80]; enfin le bouclier _cimbrique_ de Marius portait la figure d'un _Gaulois_. Il faut ajouter que _Céso-rix, Boïo-rix, Clôd_[81], etc., noms des chefs de l'armée cimbrique, ont toute l'apparence de noms _gaulois_.

Note 78: Cicer. de Provinc. consular. p. 512.--Pro. Man. Font. p. 223.

Note 79: Sallust. Jugurth. c. 114.

Note 80: Dio. l. XLIV, p. 262. ed. Hanov. in-fol. 1606.--Sext. Ruf. hist. c. 6, etc.

Note 81: _Clôd_ (kymr.), louange, renommée.