Histoire des Gaulois (1/3) depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination romaine.

Part 25

Chapter 253,530 wordsPublic domain

Note 873: Aureos torques transtulit M. CCCC. LXX. ad hæc auri pondo CC. XLV; argenti infecti factique in Gallicis vasis, non infabre suo more factis, duo M. CCC. XL; bigat. num ducenta XXXIII. Tit. Liv. l. c.

ANNEES 190 à 183 avant J.-C.

Scipion fut chargé par le sénat de compléter l'ouvrage de l'année précédente en prenant possession à main armée du pays confisqué; mais la vue des enseignes romaines que devaient suivre bientôt des milliers de colons, porta dans l'ame des Boïes une douleur et un désespoir profonds; ne pouvant se résigner à livrer eux-mêmes leurs villes, à accepter la condition d'esclaves au sein de leur patrie, puisqu'ils ne pouvaient plus la défendre, ils voulurent l'abandonner; les débris des cent douze tribus boïennes se levèrent en masse et partirent. L'histoire, qui s'est complu à nous énumérer si minutieusement leurs défaites, garde un silence presque absolu sur ce touchant et dernier acte de leur vie nationale. Un historien se contente d'énoncer vaguement que la nation entière fut chassée[874]; un géographe ajoute qu'elle traversa les Alpes noriques pour aller se réfugier sur les bords du Danube, au confluent de ce fleuve et de la Save[875]. Là, elle devint la souche d'un petit peuple dont il sera parlé plus tard[876]. Le nom des Boïes, des Lingons, des Anamans, fut effacé de l'Italie, ainsi que l'avait été, quatre-vingt-treize ans auparavant, le nom Sénonais. Les anciennes colonies de Crémone, Placentia[877] et Mutine[878] furent repeuplées; Parme[879] reçut une colonie de citoyens romains; l'ancienne capitale, Bononia, trois mille colons du Latium[880].

Note 874: Περί τούτων ήμεϊς συνθεωρήσαντες αύτούς (τούς Κελτούς) έκ τών περί τόν Πάδον πεδίων έξωσθέντας... Polyb. l. II.

Note 875: Μεταστάντες είς τούς περί τόν Ίστρον τόπους, μετά Ταυρίσκων ψκουν. Strabon. l. V, p. 213.

Note 876: Cæs. Bell. Gallic. 1. I.--Strabon. l. V, p. 213.

Note 877: En 190. Tit. Liv. l. XXXVII, c. 46, c. 47.

Note 878: En 183. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 55.

Note 879: En 183. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 55.

Note 880: En 189. Tit. Liv. l. XXXVII, c. 57.

ANNEE 187 avnat J.-C.

Instruits par l'exemple de leurs frères, les Insubres s'étaient hâtés de faire la paix, c'est-à-dire de se reconnaître sujets de Rome; il y avait déjà cinq ans que leur inaction dans la guerre boïenne leur méritait l'indulgence de cette république. Quant aux Cénomans, la fortune récompensa leur conduite perfide et lâche. Au milieu des calamités qui accablaient depuis onze ans la race gallo-kimrique, ce furent eux qui souffrirent le moins: peu d'entre eux périrent sur le champ de bataille; et le pillage à peine toucha leurs terres. Cette richesse même, il est vrai, excita la cupidité d'un préteur romain, M. Furius, cantonné dans la Transpadane; il ne leur épargna aucune vexation pour faire naître, s'il était possible, quelque soulèvement, dont son ambition et son avarice pussent tirer parti; il alla jusqu'à les désarmer en masse[881]. Mais les Cénomans ne se soulevèrent point; ils se contentèrent de porter leurs plaintes au sénat, qui, peu soucieux de favoriser les vues personnelles de son préteur, le censura et rendit aux Gaulois leurs armes[882]. Les Vénètes aussi se livrèrent sans coup férir à la république romaine dès qu'elle souhaita leur territoire: il n'en fut pas de même des Ligures; cette valeureuse nation résista long-temps, retranchée dans ses montagnes et dans ses bois; mais enfin elle céda, comme avaient fait les Boïes, après avoir été presque exterminée.

Note 881: M. Furius, prætor, insontibus Cenomanis, in pace speciem belli quærens, ademerat arma. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 3. Παρελθών είς τούς Κενομανούς ώς φίλος, παρείλετο τά όπλα, μηδέν έγκλημα. Diod. Sicul. l. XXVI, p. 298.

Note 882: Diodor. Sicul.--Tit. Liv. loc. cit.

ANNEES 186 à 170 avant J.-C.

Maîtres de toute l'Italie circumpadane, où de nombreuses colonies répandaient rapidement les mœurs, les lois, la langue de Rome, les Romains commencèrent à provoquer les peuplades gauloises des Alpes. Ceux de leurs généraux qui commandaient l'armée d'occupation dans la Transpadane s'amusaient, par passe-temps, et en pleine paix, à se jeter sur les villages des pauvres montagnards, qu'ils enlevaient avec leurs troupeaux pour les vendre ensuite à leur profit dans les marchés aux bestiaux et aux esclaves, à Crémone, à Mantua, à Placentia. Le consul C. Cassius en emmena ainsi plusieurs milliers[883]. De si odieux brigandages révoltèrent les peuples des Alpes: ils prirent les armes, et demandèrent du secours au roi Cincibil[884], un des plus puissans chefs de la Transalpine orientale. Mais l'expulsion des Boïes et la conquête de toute la Circumpadane avaient répandu au-delà des monts la terreur du nom romain. Avant d'en venir à la force, Cincibil voulut essayer les voies de pacification. Il envoya à Rome, porter les plaintes des peuplades des Alpes, une ambassade présidée par son propre frère. Le sénat répondit: «Qu'il n'avait pu prévoir ces violences, et qu'il était loin de les approuver; mais que C. Cassius étant absent pour le service de la république, la justice ne permettait pas de le condamner sans l'entendre[885].» L'affaire en resta là; toutefois le sénat n'épargna rien pour faire oublier au chef gaulois ses sujets de mécontentement. Son frère et lui reçurent en présent deux colliers d'or pesant ensemble cinq livres, cinq vases d'argent du poids de vingt livres, deux chevaux caparaçonnés, avec les palefreniers et toute l'armure du cavalier; on y ajouta des habits romains pour tous les gens de la suite, libres ou esclaves. Ils obtinrent en outre la permission d'acheter dix chevaux chacun et de les faire sortir d'Italie[886].

Note 883: Indè (C. Cassium) multa millia in servitutem abripuisse.... Tit. Liv. l. XLIII, c. 5.

Note 884: Ce nom paraît signifier _chef des montagnes: ceann, cinn_; chef, _ceap_, _cip_, sommet, montagne.

Note 885: «Senatum ea quæ facta quærantur, neque scisse futura, neque si sint facta probare: sed indictâ causâ damnari absentem consularem virum injurium esse... » Tit. Liv. l. XLIII, c. 5.

Note 886: Illa petentibus data, ut denorum equorum illis commercium esset, educendique ex Italiâ potestas fieret. Tit. Liv. l. XLIII, c. 5.

Un autre événement prouva encore mieux à quel point la catastrophe des Gaulois cisalpins avait effrayé leurs frères d'au-delà des monts, et combien ceux-ci redoutaient d'entrer en querelle avec la république.

Une bande de douze mille Transalpins, franchissant tout-à-coup les Alpes par des défilés jusqu'alors inconnus, descendit dans la Vénétie, et, sans exercer aucun ravage, vint poser les fondemens d'une ville sur le territoire où depuis fut construite Aquilée[887]. Le sénat prescrivit au commandant des forces romaines dans la Cisalpine, de s'opposer à l'établissement de cette colonie, d'abord, s'il était possible sans employer la force des armes; sinon d'appeler à son secours quelqu'une des légions consulaires. Ce dernier parti fut celui qu'il adopta. À l'arrivée du consul, les émigrans se soumirent. Plusieurs d'entre eux avaient enlevé dans la campagne des instrumens de labour dont ils avaient besoin; le consul les força de livrer, outre ce effets qui ne leur appartenaient pas, tous ceux qu'ils avaient apportés de leur pays, et même leurs propres armes. Irrités de ce traitement, ils adressèrent leurs plaintes à Rome. Leurs députés, introduits dans le sénat, représentèrent: «Que l'excès de la population, le manque de terre et la disette, leur avaient fait une nécessité de passer les Alpes pour aller chercher ailleurs une autre patrie[888]. Trouvant un lieu inculte et inhabité, ils s'y étaient fixés sans faire tort à personne; ils y avaient même bâti une ville, preuve évidente qu'ils n'étaient venus dans aucun dessein hostile, ni contre les villes, ni contre le territoire des autres. Sommés de fléchir devant le peuple romain, ils avaient préféré une paix sure plutôt qu'honorable, aux chances incertaines de la guerre, et s'étaient remis à la bonne foi de la république avant de se soumettre à sa puissance. Peu de jours après, ils avaient reçu l'ordre d'évacuer leur ville et son territoire. Alors ils n'avaient plus songé qu'à s'éloigner sans bruit pour chercher quelque autre asile. Mais voici qu'on leur enlevait leurs armes, leur mobilier, leurs troupeaux. Ils suppliaient donc le sénat et le peuple romain de ne pas traiter plus cruellement que des ennemis des hommes à qui l'on n'avait à reprocher aucune hostilité[889].» Le sénat répondit: «Qu'ils avaient tort de venir en Italie et de bâtir sur le terrein d'autrui, et sans la permission du magistrat qui commandait dans la province[890]; que pourtant la spoliation dont ils se plaignaient ne pouvait être approuvée; qu'on allait envoyer avec eux des commissaires vers le consul, pour leur faire rendre tous leurs effets, mais sous la condition qu'ils retourneraient sans délai au lieu d'où ils étaient partis. Ces mêmes commissaires, ajoutait-on, vous suivront de près; ils passeront les Alpes pour signifier aux peuples gaulois de prévenir désormais toute émigration, de s'abstenir de toute tentative d'irruption. La nature elle-même a placé les Alpes entre la Gaule et l'Italie, comme une barrière insurmontable; malheur à quiconque tenterait de la franchir[891].»

Note 887: Galli transalpini transgressi in Venetiam, sine populatione aut bello, haud procul indè, ubi nunc Aquileia est, locum oppido condendo ceperunt. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 22.--Duodecim millia armatorum erant. Id. c. 54.

Note 888: Se superante in Galliâ multitudine, inopiâ coactos agri et egestate, ad quærendam sedem Alpes transgressos... Tit. Liv. l. XXXIX, c. 54.

Note 889: Orare se senatum populumque romanum, ne in se innoxios deditos acerbius quam in hostes sævirent. Tit. Liv. l. C.

Note 890: Neque illos rectè gessisse quùm in Italiam venirent, oppidumque in alieno agro, nullius romani magistratûs, quia ei provinciæ præesset, permissu ædificare conati sint. Idem, ibid.

Note 891: Alpes propè inexsuperabilem finem in medio esse: non utique iis meliùs fore, quàm qui eas primi pervias fecissent. Tit. Liv. l. C.

Les émigrans, après avoir ramassé ceux de leurs effets qui leur appartenaient réellement, sortirent de l'Italie; et les commissaires romains se rendirent chez les principales nations transalpines afin d'y publier la déclaration du sénat. Les réponses de ces peuples révélèrent assez la crainte dont ils étaient frappés. Les anciens allèrent jusqu'à se plaindre de la douceur excessive du peuple romain «à l'égard d'une troupe de vagabonds qui, sortis de leur patrie, sans autorisation légitime, n'avaient pas craint d'envahir des terres dépendantes de Rome, et de bâtir une ville sur un sol usurpé. Au lieu de les laisser partir impunis, Rome, disaient-ils, aurait dû leur faire expier sévèrement leur insolente témérité; la restitution de leurs effets était même un excès d'indulgence capable d'encourager d'autres tentatives non moins criminelles[892].» A ces discours dictés par la peur, les Transalpins joignirent des présens, et reconduisirent honorablement les ambassadeurs jusqu'aux frontières. Néanmoins, quatre ans après, une seconde bande d'aventuriers descendit encore le revers méridional des monts, et, s'abstenant de toute hostilité, demanda des terres pour y vivre en paix sous les lois de la république. Mais le sénat lui ordonna impérieusement de quitter l'Italie, et chargea l'un des consuls de poursuivre et de faire punir par leur nations mêmes les auteurs de cette démarche[893].

Note 892: Debuisse gravem temeritatis mercedem statui; quòd verò etiam sua reddiderint, vereri ne tantâ indulgentiâ plures ad talia audenda impellantur. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 55.

Note 893: Eos senatus Italià excedere jussit; et consulem Q. Fulvium quærere et animadvertere in eos, qui principes et auctores transcendendi Alpes fuissent. Tit. Liv. l. XL, c. 53.

Ainsi donc la Haute-Italie fut irrévocablement perdue pour la race gallo-kimrique. Une seule fois, la défaite de quelques légions romaines en Istrie donna lieu à des mouvemens insurrectionnels parmi les restes des nations cisalpines, mais le _tumulte_, comme disent les historiens latins, fut étouffé sans beaucoup de peine. Une seule fois aussi, et soixante-dix ans plus tard, des Kimris, venus du nord, firent irruption dans l'ancienne patrie de leurs pères, mais pour y tomber sous l'épée victorieuse de Marius. Les Gaulois avaient habité la Haute-Italie pendant quatre cent un ans, à dater de l'invasion de Bellovèse. La période de leur accroissement comprit soixante-seize ans, depuis l'arrivée de leur première bande d'émigrans jusqu'à ce qu'ils eussent conquis toute la Circumpadane; la période de leur puissance fut de deux cent trente-deux ans, depuis l'entière conquête de la Circumpadane jusqu'à l'extinction de la nation sénonaise; et de quatre-vingt-treize celle de leur décadence, depuis la ruine des Sénons jusqu'à celle des Boïes.

Le territoire gaulois, réuni à la république romaine, porta dès-lors le nom de _Province gauloise cisalpine_ ou _citérieure_; elle reçut aussi, mais plus tard, le nom de _Gaule togée_[894], qui signifiait que la toge ou le vêtement romain remplaçait, sur les rives du Pô, la braie et la saie gauloises, c'est-à-dire que ce qu'il y a de plus tenace dans les habitudes nationales avait enfin cédé à la force ou à l'ascendant du peuple conquérant.

Note 894: Gallia togata. Quelques savans pensent que la Gaule cisalpine ne fut réduite en province romaine qu'après la défaite des Cimbres par Marius, l'an 101 avant notre ère. Elle aurait été jusqu'à cette époque considérée et traitée comme pays subjugué ou préfecture.

CHAPITRE X.

GALLO-GRECE. Description géographique de ce pays; races qui l'habitaient; sa constitution politique.--Culte phrygien de la Grande-Déesse.--Relations des Gaulois avec les autres puissances de l'Orient.--Les Romains commencent la conquête de l'Asie mineure.--Cn. Manlius attaque la Galatie; les Tolistoboïes sont vaincus sur le mont Olympe; les Tectosages sur le mont Magaba.--Trait de chasteté de Chiorama.--La république romaine ménage les Galates.--Le triomphe est refusé, puis accordé à Manlius.--Les mœurs des Galates s'altèrent; luxe et magnificence de leurs tétrarques.--Caractère des femmes galates; histoire touchante de Camma.--Décadence de la constitution politique; les tétrarques s'emparent de l'autorité absolue. --Mithridate fait assassiner les tétrarques dans un festin.--Ce roi meurt de la main d'un Gaulois.

191--63.

ANNEES 241 à 191 avant J.-C.

La Galatie ou Gaule asiatique avait pour frontière: au nord, la chaîne de montagnes qui s'étend du fleuve Sangarius au fleuve Halys; au midi, cette autre chaîne parallèle à la première, que les Grecs nommaient _Dindyme_, et les Romains _Adoreus_; au levant, elle se terminait à quelques milles par-delà Tavion; et non loin de Pessinunte, du côté du couchant. Elle avait pour voisins immédiats les rois de Pont, de Paphlagonie, de Bithynie, de Pergame, de Syrie et de Cappadoce[895]. Deux grands fleuves et des affluens nombreux arrosaient son territoire en tout sens: l'Halys, sorti des montagnes de la Cappadoce, dans la direction de l'ouest à l'est, se recourbant ensuite vers le nord, puis vers le nord-est, en parcourait les parties centrale et orientale[896]; le Sangarius, renommé pour ses eaux poissonneuses[897], coulait du mont Dindyme, à travers la partie occidentale, et se jetait ensuite dans le Pont-Euxin, non loin du Bosphore.

Note 895: Strabon. l. XII, p. 166.--Pline. l. V, c. 32. --Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 16 et seq.--Ptolem. l. V, c. 4. --Zon. l. IX, t. I, p. 457, edit. reg.

Note 896: Strab. l. XII, p. 546.--Tournefort, Voyage dans le Levant, t. II, p. 441 et suiv.

Note 897: Piscium accolis ingentem vim præbet. T. L. l. XXXVIII, c. 16.

C'étaient, comme on l'a vu plus haut[898], les Tolistoboïes qui occupaient la Galatie occidentale et les bords du Sangarius. La ville phrygienne de Pessinunte, située au pied du mont Agdistis, et célèbre dans l'histoire religieuse de l'Asie, se trouvait dans leurs domaines; ils en avaient fait leur capitale. Ils possédaient encore deux autres places, Péïon[899] et Bloukion[900], construites postérieurement à la conquête: comme leurs noms l'indiquaient en effet, la première servait de lieu de plaisance aux chefs tolistoboïes, l'autre renfermait le trésor public[901].

Note 898: Voyez ci-dessus, chap. V.

Note 899: _Pau, Peues_, en langue kimrique, loisir et lieu de repos.

Note 900: _Blouck_, caisse, coffre; par extension, lieu de dépôt.

Note 901: Φρούρια δ΄αύτών έστί τό τε Βλούκιον καί τό Πήϊον· ών τό μέν ήν βασίλειον Δηϊοτάρου, τό δέ γαζοφυλάκιον. Strab. l. XII, p. 567.

Les Tectosages habitaient le centre, et avaient pour capitale l'antique ville d'Ancyre, bâtie sur une élévation à cinq milles à l'ouest du cours de l'Halys[902], et regardée comme la métropole de toutes les possessions gallo-grecques[903].

Note 902: Strab. l. XII, p. 567.--Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 24. --Tournef. Voyage dans le Levant. Ibid.

Note 903: Ptolem. l. V, c. 4.--Libani. Orat. 26.--Inscript. d'Ancyre.

Les Trocmes, établis à l'orient, avaient fondé pour leur chef-lieu Tavion, ou plus correctement Taw[904]. Cette place devint florissante par la suite[905], et entretint des relations de commerce étendues avec la Cappadoce, l'Arménie et le Pont[906].

Note 904: Taw (cymr.) taobh (gael): lieu habité. Owen's welsh. dict. --Armstr. gaël dict.

Note 905: Stephan. Byzant. Vº _Ancyra_.

Note 906: Strabon. l. XII, p. 567.

Les trois nations galates se partageaient en plusieurs subdivisions ou tribus, telles que: les Votures et les Ambitues, chez les Tolistoboïes[907]; chez les Tectosages, les Teutobodes[908] anciens compagnons de Luther, Teutons d'origine, mêlés maintenant aux Kimris, dont ils ont adopté la langue[909]; enfin les Tosiopes[910], dont on ignore la position.

Note 907: Voturi et Ambitui. Plin. l. V, c. 32.

Note 908: Teutobodi, Teutobodiaci. Voir ci-dessus chap. IV et V.

Note 909: Τριών δέ όντων έθνών όμογλώττων, καί κατ΄ άλλο ούδέν έξηλλαγμένων... Strab. l. XII, p. 567.

Note 910: Τοσίωποι. Plutarch. de virtut. mulier. p. 259.

Quant à la population subjuguée, elle se composait de Phrygiens et de colonies grecques qui s'étaient introduites à différentes époques dans le pays, et que la domination d'Alexandre et de ses successeurs en avaient rendues maîtresses. Les Phrygiens étaient nombreux, surtout dans la partie occidentale, où ils habitaient, sur les deux rives du Sangarius, des villages bâtis avec les ruines de leurs anciennes cités[911]. Gordium, autrefois capitale d'une grande monarchie, ne comptait plus que parmi les bourgs des Tectosages, cependant sa situation lui conservait encore quelque importance commerciale; placée à distance à peu près égale de l'Hellespont, du Pont-Euxin et du golfe de Cilicie, il servait de lieu de halte pour les marchands et d'entrepôt pour les marchandises provenant de ces mers[912]. On ignore quelle était la disposition des colonies grecques au milieu des tribus phrygiennes. L'industrie principale des races subjuguées consistait à élever des troupeaux de chèvres, dont le poil fin et soyeux était aussi recherché dans l'antiquité qu'il l'est encore de nos jours[913]. La population totale, en y comprenant les Gaulois, les Grecs et les Asiatiques, se subdivisait en cent quatre-vingt-quinze cantons[914].

Note 911: Έπί δέ τούτψ (τψ Σαγγαρίψ) τά παλαιά τών Φρυγών οίκμητήρια, Μίδου, καί έτι πρότερον Γορδίου καί άλλων τινών, ούδ΄ ίχνη σώζοντα πόλεων, άλλά κώμαι μικρψ μείζους τών άλλων. Strab. l. XII, p. 567.

Note 912: Gordium... haud magnum quidem oppidum est, sed plusquàm mediterraneum celebre et frequens emporium. Tria maria pari fermè distantia intervallo habet... Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 18.

Note 913: Strab. l. XII.--Tournefort. Voyage dans le Levant, t. II.

Note 914: Populi ac tetrarchiæ omnes, numero CXCV. Plin. l. V, c. 32.

Le gouvernement que les Kimro-Galls organisèrent entre eux fut une espèce de gouvernement aristocratique et militaire. Chacune des nations Tolistoboïe, Tectosage et Trocme fut partagée en quatre districts ou tétrarchies, comme les Grecs les appelaient, et chaque district régi par un chef suprême ou tétrarque[915]. Ce nom, tiré de l'idiome des vaincus et donné par eux au premier magistrat des conquérans, passa bientôt dans la langue politique de ceux-ci, et remplaça le titre gaulois que le chef de district avait dû porter d'abord. Après le tétrarque, et au second rang, étaient un magistrat civil ou juge, un commandant des troupes, et deux lieutenans du commandant[916]. En cas de guerre générale, comme cela se pratiquait chez les autres nations gauloises, un seul chef était investi de l'autorité souveraine et absolue. Les tétrarchies étaient électives et temporaires. Les douze tétrarques réunis composaient le grand conseil du gouvernement; mais il existait un second conseil de trois cents membres, pris, selon toute apparence, parmi les chefs de tribus et les officiers des armées[917], et dont le pouvoir était, dans certains cas, supérieur à celui du premier. Gardien des privilèges de la race conquérante, il formait une haute cour de justice à laquelle ressortissaient toutes les causes criminelles relatives aux hommes de cette race; et nul Gaulois ne pouvait être puni de mort que sur ses jugemens. Les trois cents se rassemblaient chaque année à cet effet dans un bois de chênes consacré, appelé Drynémet[918].

Note 915: Έκαστα έθνη διελόντες είς τέτταρας μερίδας τετραρχίαν έκάστην έκάλεσαν, τετράρχην έχουσαν ϊδιον... Strab. l. XII, p. 567.

Note 916: Δικαστήν ένα, καί στρατοφύλακα ένα, ύπό τψ τετράρχη τεταγμένους ύποστρατοφύλακας δέ δύο. Strab. l. III, loc. citat.

Note 917: Ή δε τών δώδεκα τετραρχών βουλή, άνδρες ήσαν τριακόσιοι. Idem, l. XII, p. 567.

Note 918: Συνήγοντο δέ είς καλούμενον Δρυναίμετον... Idem, l. XII, p. 567.--_Der_, _derw_, chêne; _nemet_, temple.

Les juges des tétrarchies et les tétrarques avaient la décision des affaires civiles entre Gaulois, et probablement de toute cause concernant les vaincus[919].

Note 919: Τά μέν ούν φονικά ή βουλή έκρινε, τά δ΄άλλα οί τετράρχαι, καί οί δικασταί. Strab. l. XII, p. 567.

La condition des deux branches de la population subjuguée paraît n'avoir pas été la même. Les Phrygiens étaient réduits à la servitude la plus complète; mais les Grecs, riches, industrieux, adroits, durent conserver un peu de liberté, et peut-être une partie de leur ancienne suprématie à l'égard de la race asiatique. Par la suite même, ils acquirent des droits politiques; un d'entre eux, sous le titre de _premier des Grecs, prôtos tôn Hellênôn_, fut investi d'une sorte de magistrature nationale, sans doute de la défense officielle des hommes de race hellénique, auprès des conseils et des tétrarques gaulois. Ce personnage, avec le temps, prit beaucoup d'importance; une inscription d'Ancyre qui en fait mention, nous le montre marié à une femme gauloise du plus haut rang et de la plus haute origine[920].

Note 920: Καρακυλαίαν Άρχιερείαν, άπόγονον βασιλέων, θυγατέρα τής Μητροπόλεως, γυναϊκα Ίουλίου Σεουήρου, τοΰ πρώτου τών Έλλήνων... Inscription trouvée à Ancyre par Tournefort, t. II, p. 450.

Les Gaulois apportèrent en Asie leurs croyances et leurs usages religieux, entre autres celui de sacrifier les captifs faits à la guerre[921]; mais ils ne se montrèrent point intolérans pour les superstitions des indigènes: ils laissèrent les Grecs adorer paisiblement Jupiter et Diane, et les Phrygiens vendre, comme auparavant, à toute l'Asie, les oracles de la _mère des dieux_.

Note 921: Athenæ. l. IV, c. 16.--Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 47. --Eustath. in Homer. p. 1294.