Part 2
Note 4: _Gaidheal_, _Gael_, (_Gall_), _Gallus_ et le nom du pays _Gallia_, Gaule. Les Grecs ont procédé autrement que les Latins. Du nom du pays, _Gaidhealtachd_ ou _Gaeltachd_ (_Galltachd_), terre des Galls, ils ont fait _Galatia_, Γαλατία, et de ce mot ils ont formé le nom générique _Galatès_, Γαλάτης.
III. _De la langue kymrique_.
La province de l'île de Bretagne, appelée _pays_ ou _principauté de Galles_, est habitée, comme on sait, par un peuple qui porte dans sa langue maternelle le nom de _Cynmri_[5] ou _Kymri_, et depuis les temps les plus reculés, n'en a jamais reconnu d'autre. Des monumens littéraires authentiques attestent que cette langue, le _cynmraig_ ou kymric, était cultivée avec un grand éclat dès le sixième siècle de notre ère, non-seulement dans les limites actuelles de la principauté de Galles, mais tout le long de la côte occidentale de l'Angleterre, tandis que les Anglo-Saxons, population germanique, occupaient par conquête le centre et l'est. L'examen des nomenclatures géographique et historique de la Bretagne antérieures à l'arrivée des Germains prouve aussi qu'avant cette époque le kymric régnait dans tout le midi de l'île, où il avait succédé au gallic relégué dans le nord.
Note 5: La voyelle _y_ dans le mot _kymri_ se prononce d'une manière sourde à peu près comme l'_u_ anglais dans _but_.
J'ai dit tout-à-l'heure que le _bas-breton_ ou _armoricain_, parlé dans une partie de la Bretagne française, était un dialecte kymrique. Le mélange d'un grand nombre de mots latins et français a altéré, il est vrai, ce dialecte; mais les témoignages historiques font foi qu'au cinquième siècle, il était presque identiquement le même que celui de l'île de Bretagne, puisque les insulaires, réfugiés dans l'Armorike, pour échapper à l'invasion des Angles, y trouvèrent, disent les contemporains, _des peuples de leur langage_[6]. Les noms tirés de la géographie et de l'histoire démontrent en outre que le même idiome avait été bien parlé antérieurement au cinquième siècle dans tout l'ouest et le nord de la Gaule. Ce pays ainsi que le midi de l'île de Bretagne auraient donc été peuplés anciennement par la race parlant le kymric. Mais quel est le nom générique de cette race? est-ce _Armorike_? est-ce _Breton_? _Armorike_, qui signifie _maritime_, est une dénomination locale et non générique; _Breton_, paraît n'être qu'un nom particulier de tribu[7]; nous adopterons donc provisoirement comme le vrai nom de cette race celui de _Kymri_, qui, dès le sixième siècle, la désignait déjà dans l'île de Bretagne.
Note 6: Consulter le _Mithridates_ d'Adelung et de Vater, t. II, p. 157.
Note 7: Les Triades galloises font dériver ce nom de _Prydain_ fils d'_Aodd_. _Ynys Prydain_, l'île de Prydain. Cf. ci-après t. I, p. 47.
Je dois consacrer quelques lignes aux rapports mutuels des deux idiomes kymrique et gallique, considérés toujours sous le point de vue de l'histoire. Ne pouvant présenter ici que des résultats généraux et très-sommaires, je dirai, sans m'engager dans aucun examen de détail, que le fond de tous deux est le même, qu'ils dérivent sans nul doute d'une langue-mère commune; mais qu'à côté de cette similitude frappante dans les racines et dans le système général de la composition des mots on remarque de grandes différences dans le système grammatical, différences essentielles qui constituent deux langues bien séparées, bien distinctes quoique sœurs, et non pas seulement deux dialectes de la même langue.
Il me reste à ajouter que le gallic et le kymric appartiennent à cette grande famille de langues dont les philologues placent la source dans le sanscrit, idiome sacré de l'Inde.
Les inductions historiques qui découlent de cet examen des langues peuvent se résumer ainsi:
1º Une population ibérienne distincte de la population gauloise habitait plusieurs cantons du midi de la Gaule, sous les noms d'_Aquitains_ et de _Ligures_.
2º La population gauloise proprement dite se subdivisait en _Galls_ et en _Kymri_.
3º Les Galls avaient précédé les Kymri sur le sol de l'île de Bretagne et probablement aussi sur celui de la Gaule.
4º Les Galls et les Kymri formaient deux races appartenant à une seule et même famille humaine.
SECTION II.
PREUVES TIRÉES DES HISTORIENS GRECS ET ROMAINS.
I. PEUPLES GAULOIS TRANSALPINS.
César reconnaît dans toute l'étendue de la Gaule, non compris la province narbonnaise, trois peuples «divers de langue, d'institutions et de lois[8],» savoir: les _Aquitains_ (_Aquitani_) qui habitent entre les Pyrénées et la Garonne; les _Belges_ (_Belgæ_) qui occupent le nord depuis le Rhin jusqu'à la Marne et à la Seine; et les _Galls_ (_Galli_) appelés aussi _Celtes_ (_Celtæ_) établis dans le pays intermédiaire. Il donne à ces trois peuples pris en masse la dénomination collective de _Galli_, qui, dans ce cas, n'est plus qu'un nom géographique et de territoire, correspondant au mot français _Gaulois_.
Note 8: Hi omnes linguâ, institutis, legibus inter se differunt. Cæs. bell. Gall. l. I, c. 1.
Strabon adopte la division de César, mais avec un changement important. Au lieu de limiter comme lui la Belgique au cours de la Seine, il y ajoute sous le nom de _Belges parocéanites_[9], ou _maritimes_, toutes les tribus établies entre l'embouchure de ce fleuve et celle de la Loire et désignées dans la géographie gauloise par le nom d'_armorikes_, qui signifie pareillement _maritimes_ et dont _parocéanites_ paraît n'être que la traduction grecque. Le sentiment de Strabon sur ces matières mérite une attention sérieuse; car ce grand géographe ne connaissait pas seulement les auteurs romains qui avaient écrit sur la Gaule, mais il puisait encore dans les voyages de Posidonius, et dans les travaux des savans de Massalie (l'ancienne Marseille). Au reste ces deux opinions sur les peuples appelés _Belges_, peuvent très-bien se concilier, comme nous nous réservons de le démontrer plus tard.
Note 9: Τά λοιπά Βελγων έστιν έθνη των παρωχεανιτων . . . Strab. l. IV, p. 194. Paris, ed. in-fol. 1620.
Les géographes des temps postérieurs, Méla, Pline, Ptolémée, etc., se conforment aux divisions soit ethnographique donnée par César, soit administrative tracée par Auguste après la réduction de la Gaule en province romaine.
Dans tout ceci la Narbonnaise n'est point comprise: or nous trouvons dans les écrivains anciens qu'elle contenait, outre des _Celtes_ ou _Galls_, des _Ligures_, _étrangers aux Gaulois_[10], et des _Grecs phocéens_ composant la population de Massalie, et de ses établissemens.
Note 10: Έτέροέθνείζ μέν είσί. Strab. l. II, p. 137.
Il existait donc dans la population indigène de la Gaule (car les Massaliotes ne doivent point trouver place ici) quatre branches différentes, 1º les _Aquitains_, 2º les _Ligures_, 3º les _Galls_ ou _Celtes_, 4º les _Belges_. Nous allons passer en revue chacun d'eux successivement.
1º _Aquitains_.
«Les Aquitains, dit Strabon, diffèrent essentiellement de la race gauloise, non-seulement par le langage, mais par la constitution physique; ils ressemblent plus aux Ibères qu'aux Gaulois[11].» Il ajoute que le contraste de deux peuplades gauloises enclavées dans l'Aquitaine faisait ressortir d'autant plus vivement la différence tranchée des races. Suivant César, les Aquitains avaient, outre un idiome particulier, des institutions particulières, or, les faits historiques nous montrent que ces institutions avaient, pour la plupart, le caractère ibérien; que le vêtement national était ibérien; qu'il y avait des liens plus étroits d'amitié et d'alliance entre les tribus aquitaniques et les Ibères qu'entre ces tribus et les Gaulois, dont la Garonne seule les séparait; enfin que leurs vertus et leurs vices rentrent tout-à-fait dans cette mesure de bonnes et de mauvaises dispositions naturelles qui paraît constituer le type moral ibérien[12].
Note 11: Όί Άχουϊτάναί διαφέρσυαι του Γαλατίχοϋ φύλου χατά τε τών σωμάτων χατασχευάς καί χατά τέν γλώτταν έοίχασι δέ μάλλον Ιβηρσιν... Strab. l. IV, p. 189; idem, 1. IV, p. 176.
Note 12: Voir pour les détails le tome II de cet ouvrage, chapitre La famille Ibérienne, Les Aquitains et _passim_.
Nous trouvons donc une première concordance entre les preuves historiques et les preuves tirées de l'examen des langues: les Aquitains étaient, sans aucun doute, une population ibérienne.
2º _Ligures_.
Les Ligures, que les Grecs nommaient _Ligyes_, sont signalés par Strabon comme _étrangers_ à la Gaule. Sextus Aviénus, qui travaillait sur les documens scientifiques laissés par les Carthaginois et devait avoir par conséquent de grandes lumières touchant l'ancienne histoire de l'Ibérie, place le séjour primitif des Ligures dans le sud-ouest de l'Espagne, d'où les avait chassés, après de longs combats, l'invasion de Celtes conquérans[13]. Étienne de Byzance place aussi dans le sud-ouest de l'Espagne, près de Tartesse, une ville des Ligures qu'il appelle _Ligystiné_[14]. Thucydide nous montre ensuite les Ligures, expulsés du sud-ouest de la Péninsule, arrivant au bord de la Sègre, sur la côte orientale, et chassant à leur tour les Sicanes[15]: il ne donne pas ceci comme une simple tradition, mais comme un fait incontestable; Éphore et Philiste de Syracuse tenaient le même langage dans leurs écrits, et Strabon croit à l'origine ibérienne des Sicanes. Les Sicanes, chassés de leur pays, franchissent les passages orientaux des Pyrénées, traversent le littoral gaulois de la Méditerranée, et entrent en Italie. Il faut bien que les Ligures les aient suivis, puisqu'ils se trouvent presque aussitôt répandus à demeure sur toute la côte gauloise et italienne depuis les Pyrénées jusqu'à l'Arno, et probablement plus bas encore.
Note 13: Fest. Avien. v. 132 et seq.--V. la citation, ci-dessous, t. I, période 1600 à 1500 avant J. C..
Note 14: Λιγυστνή πόλις Λιγύων τγς δυστιχής ΐδηρίας έγγύς καί τής Ταρτησσού πλησίον. Steph. Byz.
Note 15: Σιχανοί άπό τού Σιχανού ποταμοΰ τοΰ εν Ίδηρία ύπό Λιγύων άναστάντες... Thucyd, l. VI, c. 2.--Serv. Æn. l. VII.--Eph. ap. Strab. l. VI.--Philist. ap. Diodor. l. V.
Nous savions par le témoignage unanime des écrivains anciens, que l'ouest et le centre de l'Espagne avaient été conquis par les Celtes ou Galls; mais nous ignorions l'époque et la marche de cette conquête. Les mouvemens des Sicanes et des Ligures nous révèlent que l'invasion se fit par les passages occidentaux des Pyrénées, et que les peuples ibériens refoulés sur la côte orientale débordèrent de leur côté en Gaule et jusqu'en Italie. Ils nous fournissent aussi la date approximative de l'événement: les Sicanes, expulsés de l'Italie comme ils l'avaient été de l'Espagne, s'emparèrent de la Sicile vers l'an 1400[16], ce qui place l'irruption des Celtes en Ibérie vers le seizième siècle avant notre ère.
Note 16: J'ai suivi le calcul de Fréret. Œuvr. compl., t. IV, p. 200.
Bien que l'origine ibérienne des Ligures, d'après ce qui précède, soit, ce me semble, mise hors de doute, il faut avouer qu'ils ne portent pas dans leurs mœurs le caractère ibérien aussi fortement empreint que les Aquitains[17]: c'est qu'ils ne sont point restés aussi purs. L'histoire nous parle de puissantes tribus celtiques mêlées parmi eux dans la _Celto-Ligurie_, entre les Alpes et le Rhône; plus tard même l'_Ibéro-Ligurie_, entre le Rhône et l'Espagne, fut subjuguée presque tout entière par un peuple étranger aux Ligures, et portant le nom de _Volkes_.
Note 17: V. pour les détails le tome II de cet ouvrage, période 1600 à 1500 avant J. C..
La date de cette invasion des Volkes dans l'Ibéro-Ligurie (aujourd'hui le Languedoc), ne saurait être fixée avec précision. Les plus anciens récits soit mythologiques, soit historiques, et les périples jusqu'à celui de Scyllax, qui paraît avoir été écrit vers l'an 350 avant notre ère, ne font mention que de Ligures Élésykes, Bébrykes et Sordes dans tout ce canton; les Élésykes sont même représentés comme une nation puissante, dont la capitale Narbo ou Narbonne florissait par le commerce et les armes[18]. Vers l'année 281, les Volkes _Tectosages_, habitant le haut Languedoc, sont signalés tout à coup et pour la première fois, à propos d'une expédition qu'ils envoient en Grèce[19]; vers l'année 218, lors du passage d'Annibal, les Volkes _Arécomikes_, habitant le bas Languedoc, sont cités[20] aussi comme un peuple nombreux qui faisait la loi dans tout le pays: c'est donc entre 340 et 281 qu'il convient de placer l'arrivée des Volkes et la conquête de l'Ibéro-Ligurie.
Note 18: Voir ci-dessous, t. II, c. 1. période 1600 à 1500 avant J.-C.
Note 19: Justin. l. XXIV, c. 4.--Strab. l. IV, p. 187.--V. ci-dessous, t. I, p. 131 et seq.
Note 20: Tit. Liv. l. XXI, c. 26.
Les manuscrits de César portent indifféremment _Volcæ_ ou _Volgæ_, en parlant de ces Volkes; Ausone énonce que le nom primitif des Tectosages était _Bolgæ_[21], et Cicéron les appelle _Belgæ_[22]. Dans leur expédition en Grèce, ils avaient un chef nommé par les historiens tantôt _Belgius_, tantôt _Bolgius_. Saint Jérôme rapporte que l'idiome de leurs colons établis dans l'Asie-Mineure, en Galatie[23], était encore de son temps le même que celui de Trèves, capitale des Belges, et saint Jérôme avait voyagé dans les Gaules et dans l'Orient. D'après cela, il n'est guère permis de douter que les Volkes ne fussent Belges ou plutôt que les deux noms n'en fissent qu'un; et le détail de leur histoire, car ils jouèrent un grand rôle dans les affaires de la Gaule, fournit nombre de preuves à l'appui de leur origine belgique. Il faut donc retrancher ce peuple de la population ligurienne avec laquelle il n'a rien de commun.
Note 21: Tectosagos primævo nomine _Bolgas_. Auson. Clar. urb. Narb.
Note 22: Pro Man. Fonteïo. Dom. Bouq. Rec. des Hist. etc. p. 656.
Note 23: Hieronym. l. II, comment. epist. ad Galat. c. 3.
En résumé, les Ligures sont des Ibères; seconde concordance de l'histoire avec les inductions philologiques.
Ainsi il ne reste donc, comme contenant les élémens de la population gauloise proprement dite, que les _Galls_ ou _Celtes_, et les _Belges_.
3º _Celtes._
Je n'ai pas besoin de démontrer l'identité des Celtes et des Galls, elle est donnée comme telle par tous les écrivains anciens; mais j'ai à rechercher quelle est la signification du mot _Celte_, sa véritable acception, ainsi que l'origine de sa synonymie prétendue avec le nom générique des peuples galliques.
D'abord, César nous apprend qu'il est tiré de la langue des Galls[24]: et en effet, il appartient à l'idiome gallique actuel, dans lequel _ceilt_ et _ceiltach_ veulent dire un habitant des forêts[25]. Cette signification fait présumer que le nom était local, et s'appliquait soit à une tribu, soit à une confédération de tribus occupant certains cantons; qu'il avait par conséquent un sens spécial et restreint: en effet les noms des grandes confédérations galliques étaient pour la plupart locaux, et appartenaient à un système général de nomenclature que nous développerons tout à l'heure.
Note 24: Ipsorum linguâ _Celtæ_ appellantur. Cæs. bell. Gall. l. I, c. 1.
Note 25: _Ceil_, cacher; _Coille_, forêt; _Ceiltach_, qui vit dans les bois. Armstrong's gaëlic. diction.
Le témoignage formel de Strabon vient confirmer cette hypothèse. Il dit que les Gaulois de la province narbonnaise étaient appelés autrefois _Celtes_; et que les Grecs, principalement les Massaliotes, étant entrés en relation avec eux avant de connaître les autres peuples de la Gaule, prirent par erreur leur nom pour le nom commun de tous les Gaulois[26]. Quelques-uns même, Éphore entre autres, l'étendant hors des limites de la Gaule, en firent une dénomination géographique qui comprenait toutes les races de l'occident[27]. Malgré ces fausses idées qui jettent beaucoup d'obscurité dans les récits des Grecs, plusieurs écrivains de cette nation parlent des _Celtes_ dans le sens restreint et spécial qui concorde avec l'opinion de Strabon. Polybe les place «autour de Narbonne[28];» Diodore de Sicile «au-dessus de Massalie, dans l'intérieur du pays, entre les Alpes et les Pyrénées[29];» Aristote «au-dessus de «l'Ibérie[30];» Denys le Périégète «par-delà les sources du Pô[31].» Enfin, un savant commentateur grec de Denys, Eustathe relève l'erreur vulgaire qui attribuait à toute la Gaule le nom d'un seul canton. Toutes vagues qu'elles sont, ces désignations paraissent bien spécifier le pays situé entre la frontière ligurienne à l'est, la Garonne au midi, le plateau des monts Arvernes à l'ouest et au nord l'Océan; tout ce pays et la côte même de la Méditerranée, si aride aujourd'hui, furent long-temps encombrés d'épaisses forêts[32]. Plutarque place en outre entre les Alpes et les Pyrénées, dans les siècles les plus reculés, un peuple appelé _Celtorii_[33], dont il n'est plus parlé par la suite. Ce peuple aurait donc fait partie de la ligue des Celtes; or, _tor_ signifie _élevé_ et _montagne_, et _Celt-tor, habitant des montagnes boisées_. Il paraîtrait de là que la confédération celtique, au temps de sa puissance, se subdivisait en _Celtes de la plaine_ et _Celtes de la montagne_. Cette faculté de modifier en composition la valeur du mot _Celte_ serait une nouvelle preuve que c'était une dénomination locale et nullement générique.
Note 26: Άπό τούτωγ δ΄ οϊμαί καί τούς σύμπαντας Γαλάτας Κελτούς ύπό τώό Έλλήνων προσαγορευθήναί διά τήν, έπιφάνειαν, ή και προσλαβόντων πρός τοϋτο καί τών Μασσαλιωτών διά τό πλησιόχωρον. Strab. l. IV, p. 189.
Note: 27: Strab. l. I, p. 34.
Note 28: Polyb. 1. III, p. 191. Paris, in-fol, 1609.
Note 29: Τούς γάρ ύπέρ Μασαλίας χατοιχοϋντας έν τψ μεσογείψ καί τούς περί τάς Άλπεις έτι δέ τούς έπί τάδε τών Πυρηναίων όρών Κελτούς όνομάζουσι. Diod. l. V, p. 308.
Note 30: Arist. gener. anim. l. II, c. 8.
Note 31: Dionys. Perieg. V. 280.
Note 32: Tit. Liv. l. V, c. 34.
Note 33: Μεταξύ Πυρ΄ρ΄ήνχς όρους καί τών Άλπεων έγγύς τών Κελτορίων.. Plut. in Camill. p. 135.
Les historiens nous disent unanimement que ce furent les _Celtes_ qui conquirent l'ouest et le centre de l'Espagne; et en effet leur nom se trouve attaché à de grandes masses de population gallo-ibérienne, telles que les _Celt-Ibères_[34], mélange de Celtes et d'Ibères qui occupaient le centre de la Péninsule, et les _Celtici_[35] qui s'étaient emparés de l'extrémité sud-ouest. Il était tout simple que l'invasion commençât par les peuples gaulois les plus voisins des Pyrénées; mais la confédération celtique n'accomplit pas seule cette conquête, et d'autres tribus galliques l'accompagnèrent ou la suivirent, témoin le peuple appelé Gallæc ou Gallic établi dans l'angle nord-ouest de la presqu'île, et qui, comme on sait, appartenait aux races gauloises[36]. Voilà ce qu'on remarque en Espagne. Pour la haute Italie, quoique inondée deux fois par les peuples transalpins, elle ne présente aucune trace du nom de _Celte_; aucune tribu, aucun territoire, aucun fleuve, ne le rappelle: c'est toujours et partout le nom de _Galls_. Le mot _Celtæ_ ne fut connu des Romains que très-tard, et encore rejetèrent-ils l'acception exagérée que lui donnaient généralement les écrivains grecs.
Note 34: Diod. Sieul. l. V, p. 309.--Appian. bell. Hisp. p. 256. --Lucan. Phars. l. IV, v. 9.
Note 35: Hérodot. l. II, p. 118; l. IV, p. 303, edit. Amstel. 1763. --Polyb, ap. Strab. l. III.--Varro ap. Plin. l. III, c. 3.
Note 36: Le pays était nommé _Gallæcia_, _Gallaicia_, aujourd'hui _Gallice_. Plin. l. IV.--Mel. l. III, c. 1.--Strab. loc. cit.--V. ci-dessous, part. I, c. 1, p. 6-9.
Quant à l'assertion de César que les Galls «s'appelaient _Celtes_ dans leur propre langue,» il est possible que le conquérant qui s'occupait beaucoup plus de battre les Gaulois que de les étudier, trouvant qu'en effet le mot _Celte_ était gallique, et reconnu des Galls pour une de leurs dénominations nationales, sans plus chercher, ait conclu à la synonymie complète des deux noms. Il se peut encore que les Galls de l'est et du centre eussent adopté dans leurs rapports de commerce et de politique avec les Grecs un nom sous lequel ceux-ci avaient l'habitude de les désigner; ainsi que nous voyons de nos jours les tribus indigènes de l'Amérique et de l'Afrique accepter, en de semblables circonstances, des noms inexacts, ou qui leur sont même tout-à-fait étrangers.
Il me semble résulter de ce qui précède: 1º que le mot _Celte_ avait chez les Galls une acception bornée et locale; 2º que la confédération des tribus dites _celtique_ habitait en partie parmi les Ligures, en partie entre les Cévennes et la Garonne, le plateau Arverne et l'Océan; 3º que c'est à tort, mais par une erreur facile à comprendre, que ce mot est devenu chez les Grecs synonyme de gaulois et d'_occidental_; chez les Romains synonyme de Gall; 4º que la confédération celtique paraît s'être épuisée dans la conquête de l'Espagne, ne jouant plus aucun rôle dans deux invasions successives de l'Italie.
J'ai avancé plus haut que le mot _Celtes_, signifiant _hommes_ ou _tribus des forêts_, et appliqué à une confédération de tribus galliques, n'avait rien d'étrange, si on le compare aux dénominations des autres ligues de la même race; et j'ai parlé d'un système général de nomenclature suivi à cet égard par les Galls; je dois à mes lecteurs quelques explications.
Les Germains, comme tout le monde sait, prenaient pour base de leurs divisions de territoire les grandes divisions célestes: partout où ils se fixaient à demeure, ils établissaient soit des ligues soit des royaumes de l'_est_, de l'_ouest_, du _nord_, du _sud-est_, etc. Les Galls au contraire se réglaient sur les divisions physiques du sol: la mer, les montagnes, les plaines, les forêts déterminaient leurs provinces, et entraient dans les dénominations de leurs ligues. Partout où cette race voyageuse a porté ses pas, les mots d'_Alpes_, hautes montagnes, d'_Albanie_, région des montagnes, de _penn_ et _apenn_, pics, _cenn_, sommets, _tor_, élevé, etc., et les noms d'habitation en _dunn_ qui indique une hauteur, _mag_ qui indique une plaine, _dur_ et _av_ qui indiquent de l'eau, y révèlent son passage. En voici des exemples.
L'Écosse était divisée dès la plus haute antiquité en _Albanie_, région des montagnes, _Maïatie_ (_Mag-aìte_), région des plaines, et _Calédonie_ ou plutôt _Celtique_[37], région des forêts, et trois ligues de tribus portaient des noms correspondans. La même division subsiste encore aujourd'hui, mais les immenses forêts Grampiennes ayant disparu en grande partie, il ne reste plus que l'_Albainn_ et le _Mag-thir_.
Note 37: Le mot _Caledonia_, sous lequel les Romains désignaient la région des forêts Grampiennes, est emprunté au kymric _Calyddon_, forêt, qui correspond au gallic _Ceilte_ et _Ceiltean_. Les Bretons insulaires, au milieu desquels vivaient les Romains, étant de race kymrique, traduisaient de cette manière le nom géographique _Ceilte_ et les Romains le prirent d'eux ainsi altéré.
La haute Italie fut conquise une première fois par les Galls sous le nom militaire d'Ombres; et nous trouvons dans l'ancienne géographie de la presqu'île ces trois divisions de l'Ombrie: _Oll-Ombrie_, haute Ombrie, _Is-Ombrie_, basse Ombrie, et _Vil-Ombrie_, Ombrie littorale.
La Gaule offre une multitude d'exemples de ces divisions et de leurs noms donnés à des ligues de peuples: devant y revenir souvent dans le cours de mon ouvrage, je ne citerai ici que quelques-uns des principaux.
Les nations du littoral de l'Océan forment une ligue sous le nom d'_Armorikes, maritimes_: _ar_, sur; _muir, moir_, la mer.
Le grand plateau de l'Auvergne, l'_Arvernie_ ou la _haute habitation (Ar, all_, haut; _fearann, verann_, pays habité), renferme la ligue célèbre des tribus _Arvernes_.