Histoire des Gaulois (1/3) depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination romaine.

Part 19

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Note 683: Plutarch. in Marcell. p. 299.--Idem. Quæstion, roman. p. 283.--Dion. Cass. ap. Vales. p. 774.--Paul. Oros. l. IV, c. 13. --Zonar. l. VIII.

ANNEE 226 avant J.-C.

Cependant des levées en masse s'organisaient dans tout le centre et le midi de la presqu'île, car les peuples italiens croyaient tous leur existence en péril. De toutes parts, on amenait à Rome, comme dans le boulevard commun de l'Italie, des vivres et des armes, et «l'on ne se souvenait pas, dit un historien, d'en avoir jamais vu un tel amas[684].» La république fut bientôt en mesure de mettre sur pied sept cent soixante-dix mille soldats. Une partie fut cantonnée dans les provinces du centre; cinquante mille hommes, sous la conduite d'un préteur, furent envoyés en Étrurie pour garder les passages de l'Apennin; le consul Æmilius Pappus partit, avec une armée consulaire, pour défendre la frontière du Rubicon; le second consul, Atilius Régulus, qui se rendait d'abord en Sardaigne, afin d'y apaiser quelques troubles, devait ensuite débarquer en Étrurie, et rejoindre l'armée de l'Apennin; enfin, vingt mille Cénomans et Vénètes avaient l'ordre de se porter dans l'ancien pays sénonais, pour renforcer les légions d'Æmilius et inquiéter la frontière boïenne[685]. Sans être effrayée de ces dispositions, l'armée gauloise traversa l'Apennin, par des défilés qu'on avait négligé de garder, et descendit inopinément dans l'Étrurie.

Note 684: Σίτου δέ καί βελών καί τής άλλης έπιτηδειότητος πρός πόλεμον τηλικαύτην έποιήσαντο παρασκευήν, ήλίκην ούδείς πω μνημονεύει πρότερον. Polyb. l. II, p. 111.

Note 685: Τούτους δ' έταξαν έπί τών όρων τής Γαλατίας, ώς άν έμβαλόντες είς τήν τών Βοιών χώραν, άντιπερισπῶσι τούς έξεληλυθότας. Polyb. l. II, p. 112.--Diod. Sicul. l. XXV, ecl. 3.--Tit. Liv. epit. XX.--Plutarch. in Marcello, p. 299.--Paul. Oros. l. IV, c. 13.

ANNEE 225 avant J.-C.

En mettant le pied sur le territoire ennemi, les rois de l'armée gauloise, Concolitan, Anéroëste et Britomar, jurèrent solennellement, à la tête de leurs troupes, et firent jurer à leurs soldats, «qu'ils ne détacheraient pas leurs baudriers, avant d'être montés au Capitole»; et ils prirent à grandes journées la route de Rome[686]. Les ravages qu'ils exercèrent sur leur passage furent terribles; ils emportaient jusqu'aux meubles des maisons; ils traînaient après eux les troupeaux, et la population garottée, qu'ils faisaient marcher sous le fouet. Rien ne les arrêtait, parce que l'armée romaine d'Étrurie les attendait encore aux passages septentrionaux de l'Apennin, quand déjà ils avaient pénétré au cœur de la province. Ils n'étaient plus qu'à trois journées de Rome, lorsqu'ils apprirent que le préteur, averti enfin, les suivait à marche forcée. Craignant de se laisser enfermer entre cette armée et la ville, ils firent volte-face, et s'avancèrent à leur tour au-devant du préteur. L'ayant rencontré entre Arrétium et Fésules, vers le coucher du soleil, ils campèrent, séparés de lui seulement par un intervalle étroit. Dès que la nuit fut venue, ils allumèrent des feux, comme pour bivouaquer, mais tout-à-coup ils se retirèrent dans le plus grand silence, avec toute leur infanterie, et transportèrent leur camp près de Fésules, ordonnant à la cavalerie de rester en présence de l'ennemi jusqu'au point du jour, et de se diriger alors aussi vers Fésules en se faisant poursuivre par les Romains. Le stratagème eut un plein succès. Au lever du soleil, les Romains, n'apercevant plus l'infanterie gauloise, attribuèrent sa retraite à la peur, et attaquèrent la cavalerie qui se mit à fuir, en les attirant du côté de Fésules; l'infanterie se montra alors et tomba sur eux à l'improviste. La confiance et le nombre étaient pour les Gaulois; ils accablèrent l'armée romaine, et lui tuèrent six mille hommes. Le reste s'étant rallié et retranché sur une hauteur voisine, les Gaulois songèrent d'abord à l'y forcer; mais comme eux-mêmes étaient accablés de fatigue, à cause de la marche de la nuit, ils se contentèrent de placer en observation une partie de leur cavalerie, et allèrent prendre du repos[687].

Note 686: Non priùs soluturos se baltea, quàm Capitolium ascendissent, juraverunt. Flor. l. II, c. 4.

Note 687: Polyb. l. II, p. 113, 114.--Diodor. Sicul. eclog. 3, l. XXV

Cependant le consul Æmilius, averti des mouvemens des Gaulois, avait passé précipitamment l'Apennin; fort à propos, il arriva près de Fésules, dans la nuit qui suivit ce combat, et dressa son camp non loin de la colline où les légions du préteur s'étaient retranchées. A la vue des feux allumés dans le camp du consul, elles devinèrent ce que c'était, et reprirent courage; elles parvinrent même à communiquer avec lui, par le moyen d'une forêt qui longeait le pied de la colline, et dont la cavalerie gauloise interceptait mal les avenues. Le consul promit au préteur de le débloquer dès le point du jour; il passa la nuit en préparatifs de combat; et le soleil était à peine levé qu'il partit à la tête de sa cavalerie, tandis que l'infanterie le suivait en bon ordre.

Mais les Gaulois aussi avaient remarqué les feux du consul, et conjecturé ce que ces feux signifiaient: ils avaient tenu conseil. Anéroëste leur avait remontré «que, possesseurs d'un aussi riche butin, ils ne devaient pas s'exposer au hasard d'une bataille qui pouvait le leur enlever tout entier; qu'il valait beaucoup mieux retourner sur les rives du Pô, y mettre ce butin en sûreté, et revenir ensuite se mesurer avec les Romains; que la guerre en serait plus facile et moins chanceuse[688].» La plupart des chefs se rangèrent à cet avis; et, tandis que l'armée d'Æmilius se portait vers la colline pour faire sa jonction avec le préteur, par un mouvement contraire, l'armée gauloise se dirigea vers la mer pour gagner de là la Ligurie.

Note 688: Οΐς Άνηροέστης ό βασιλεύς γνώμην είσέφερε λέγων, ότι δεΐ τοσαύτης λείας έγκρατείς γεγονότας (ήν γάρ,ώς έοικε, καί τό τών σωμάτων πλήθος καί θρεμμάτων, έτι δέ τής άποσκευής ής είχον, άμύθητον). Διόπερ έφη μή δεϊν κινδυνεύειν έτι, μηδέ παραβάλλεσθαι τοϊς όλοις.... Polyb. l. II, p. 114.

Après avoir rallié les troupes du préteur, Æmilius poursuivit les Gaulois, qu'il atteignit bientôt, parce que la multitude des captifs, les troupeaux et les bagages de tout genre qu'ils traînaient avec eux, embarrassaient leur marche. Ils éludèrent avec soin une action décisive, que d'ailleurs le consul ne désirait pas très-vivement; il se contenta de les harceler, épiant l'occasion de les surprendre et de leur enlever quelque portion de leur butin. Les marches et les contre-marches auxquelles la poursuite du consul les obligeait, les firent dévier de la direction qu'ils s'étaient proposée, et les jetèrent fort avant vers le midi de l'Étrurie. Ils n'atteignirent guère le littoral, qu'à la hauteur du cap Télamone[689].

Note 689: Polyb. l. II, p. 114, 115.

Le hasard voulut que, dans ce temps-là même, le second consul, Atilius Régulus, après avoir étouffé les troubles de la Sardaigne, vînt débarquer à Pise. Informé que les Gaulois avaient passé l'Apennin, il se porta en toute hâte du côté de Rome, en longeant la mer d'Étrurie, de manière qu'il marchait, sans le savoir, au-devant de l'ennemi. Ce fut dans le voisinage de Télamone que quelques cavaliers, de la tête de l'armée gauloise, donnèrent dans l'avant-garde romaine; pris et conduits devant le consul, ils racontèrent le combat de Fésules, leur position actuelle et celle d'Æmilius. Régulus alors, comptant sur une victoire infaillible, commanda à ses tribuns de donner au front de son armée autant d'étendue que le terrein pourrait le permettre, et de continuer tranquillement la marche; lui-même, à la tête de sa cavalerie, courut s'emparer d'une éminence qui dominait la route. Les Gaulois étaient loin de soupçonner ce qui se passait; à la vue des cavaliers qui occupaient la hauteur, ils crurent seulement que L. Æmilius, pendant la nuit, les avait fait tourner par une division de ses troupes; et ils envoyèrent quelques corps de cavalerie et d'infanterie pour le débusquer de la position. Leur erreur ne fut pas longue; instruits à leur tour par un prisonnier romain du véritable état des choses, ils se préparèrent à faire face aux deux armées ennemies à la fois. Æmilius avait bien ouï parler du débarquement des légions d'Atilius, mais il ignorait qu'elles fussent si proche; et il n'eut la pleine connaissance du secours qui lui arrivait que par le combat engagé pour l'occupation du monticule. Il envoya alors vers ce point de la cavalerie et marcha avec ses légions sur l'arrière-garde gauloise[690].

Note 690: Polyb. l. II, p. 115, 116.

Enfermés ainsi, sans possibilité de battre en retraite, les Gaulois donnèrent à leur ligne un double front. Les Gésates et les Insubres, qui composaient l'arrière-garde, firent face au consul Æmilius; les troupes de la confédération boïenne et les Tauriskes, à l'autre consul: les chariots de guerre furent placés aux deux ailes, et le butin fut porté sur une montagne voisine gardée par un fort détachement. Les Insubres et les Boïes étaient vêtus seulement de braies ou de saies légères[691]; mais, soit par bravade, soit par un point d'honneur bizarre, les Gésates mirent bas tout vêtement, et se placèrent nus au premier rang, n'ayant que leurs armes et leur bouclier[692]. Durant ces préparatifs, le combat, commencé sur la colline, devenait plus vif d'instans en instans, et comme la cavalerie, envoyée de côté et d'autre, était nombreuse, les trois armées pouvaient en suivre les mouvemens. Le consul Atilius y périt; et sa tête, séparée du tronc, fut portée par un cavalier aux rois gaulois[693]. Cependant la cavalerie romaine ne se découragea point et demeura maîtresse du poste. Æmilius fit avancer alors son infanterie, et le combat s'engagea sur tous les points. Un moment, l'aspect des rangs ennemis et le tumulte qui s'en échappait frappèrent les Romains de terreur: «Car, dit un historien, outre les trompettes, qui y étaient en grand nombre, et faisaient un bruit continu, il s'éleva tout à coup un tel concert de hurlemens, que non-seulement les hommes et les instrumens de musique, mais la terre même et les lieux d'alentour semblaient à l'envi pousser des cris. Il y avait encore quelque chose de bizarre et d'effrayant dans la contenance et les gestes de ces corps énormes et vigoureux qui se montraient aux premiers rangs sans autre vêtement que leurs armes; on n'en voyait aucun qui ne fût paré de chaînes, de colliers et de bracelets d'or. Et si ce spectacle excita d'abord l'étonnement des Romains, il excita bien plus leur cupidité et les aiguillonna à payer de courage pour se rendre maîtres d'un pareil butin[694].»

Note 691: Οί μέν ούν Ίσομβροι καί Βοιοί τάς άναξυρίδας έχοντες καί τούς εύπετεϊς τών σαγών περί αύτούς έξήταζον. Polyb. l. II, p. 116.

Note 692: Οί δί Γαισάται διά τε τήν φιλοδοξίαν καί τό θάρσος ταΰτ' άπορρίψαντες, γυμνοί μετ' αύτών τώνόὅπλων πρώτοι τής δυνάμεως κατέστησαν. Idem, ibid.

Note 693: Idem, loc. citat.--Paul Oros. l. IV, c. 13.

Note 694: Πρός ά βλέποντες οί Ρ΄ωμαῖοι τά μέν έξεπλήττοντο, τά δ' ύπό τής τοΰ λυσιτελοΰς έλπίδος άγόμενοι, διπλασίως παρωξύνοντο πρός τόν κίνδυνον. Polyb. l. II, p. 117.

Les archers des deux armées romaines s'avancèrent d'abord, et firent pleuvoir une grêle de traits. Garantis un peu par leurs vêtemens, les Cisalpins soutinrent assez bien la décharge; il n'en fut pas de même des Gésates, qui étaient nus, et que leur étroit bouclier ne protégeait qu'imparfaitement. Les uns, transportés de rage, se précipitaient hors des rangs, pour aller saisir corps à corps les archers romains; les autres rompaient la seconde ligne, formée par les Insubres, et se mettaient à l'abri derrière. Quand les archers se furent retirés, les légions arrivèrent au pas de charge; reçues à grands coups de sabre, elles ne purent jamais entamer les lignes gauloises. Le combat fut long et acharné, quoique les Gésates, criblés de blessures, eussent perdu beaucoup de leurs forces. Enfin la cavalerie romaine, descendant de la colline, vint attaquer à l'improviste une des ailes ennemies, et décida la victoire; quarante mille Gaulois restèrent sur la place; dix mille furent pris. L'histoire leur rend cette justice, qu'à égalité d'armes, ils n'eussent point été vaincus[695]. En effet leur bouclier leur était presque inutile, et leur épée, qui ne frappait que de taille, était de si mauvaise trempe que le premier coup la faisait plier; et, tandis que les soldats gaulois perdaient le temps à la redresser avec le pied, les Romains les égorgeaient[696]. Le roi Concolitan fut fait prisonnier; Anéroëste, voyant la bataille perdue, se retira dans un lieu écarté avec les amis dévoués à sa personne, les tua d'abord de sa main, puis se coupa la gorge[697]. On ne sait ce que devint Britomar.

Note 695: Polyb. l. II, p. 118.

Note 696: Polyb. l. II, p. 118-120.

Note 697: Ό δ' έτερος αύτών (βασιλεύς) Άνηροέστης εϊς τινα τόπον συμφυγών μετ' όλίγων, προσήνεγκε τάς χεϊρας αύτψ καί τοϊς άναγκαίοις. Polyb. l. II, p. 118.--. . . Τόν μέγιστον αύτών βασιλέα έαυτοϋ θερίσαι τόν τράχηλον... Diod. Sicul. l. XXV, ecl. 3.

Le consul Æmilius fit ramasser les dépouilles des Gaulois et les envoya à Rome; quant au butin que ceux-ci avaient enlevé dans l'Étrurie, il le rendit aux habitans. Il continua sa marche jusqu'au territoire boïen dont il livra une partie au pillage; après quoi il retourna à Rome. Il y fut reçu avec d'autant plus de joie que la frayeur avait été plus vive. Le sénat lui décerna le triomphe; et Concolitan, ainsi que les plus illustres captifs gaulois furent traînés devant son char, revêtus de leurs baudriers. «Pour accomplir, dit un historien, le vœu solennel qu'ils avaient fait de ne point déposer le baudrier, qu'ils ne fussent montés au Capitole[698].» Les enseignes, les colliers et les bracelets d'or conquis sur les vaincus furent suspendus par le triomphateur dans le temple de Jupiter.

Note 698: Victos Æmilius in Capitolio discinxit. Flor. l. II, c. 4.

ANNEE 224 avant J.-C.

Pour mettre à profit sa victoire, la république envoya immédiatement dans la Cispadane les deux consuls nouvellement nommés, Q. Fulvius et T. Manlius. La confédération boïenne était découragée et hors d'état de résister: les Anamans, les premiers, se soumirent, et leur exemple entraîna les Lingons et les Boïes. Ils livrèrent des otages et plusieurs de leurs villes, entre autres Mutine, Tanétum et Clastidium, qui reçurent des garnisons ennemies.

ANNEE 223 avant J.-C.

L'année 223 fut marquée avec distinction dans les annales romaines; elle vit les enseignes de la république franchir le Pô pour la première fois, et flotter sur le territoire insubrien; ce furent les consuls, L. Furius et C. Flaminius, qui effectuèrent ce passage, près de l'embouchure de l'Adda. Les Anamans, nouveaux amis de Rome, avaient ouvert le chemin et diminué les difficultés du passage[699]. Néanmoins l'impétuosité téméraire de Flaminius occasiona de grandes pertes aux légions. Au-delà du Pô, les consuls, assaillis brusquement, tandis qu'ils faisaient retrancher leur camp, éprouvèrent un nouveau revers; leurs meilleures troupes périrent ou dans ce combat, ou dans la traversée du fleuve[700]. Affaiblis et humiliés, ils furent contraints de demander la paix; et après quelques négociations, ils signèrent un traité en vertu duquel il leur fut permis de sortir sains et saufs du territoire insubrien[701].

Note 699: Polyb. l. II, p. 119.

Note 700: Λαβόντες πληγάς περί τε τήν διάβασιν καί περί τήν στρατοπεδείαν.... Idem, ibid.

Note 701: Σπεισάμενοι καθ' όμολογίαν έλυσαν έκ τών τόπων. Idem, ibid.

Flaminius et son collègue se retirèrent chez les Cénomans où ils passèrent quelque temps à faire reposer leurs soldats; lorsqu'ils se virent en état de tenir la campagne, ils prirent avec eux une forte division de Cénomans; et, de concert avec ces traîtres, Flaminius se mit à saccager les villes de l'Insubrie, et à égorger la population qui, sur la foi du traité, avait mis bas les armes, et s'était dispersée dans les champs[702].

Note 702: Polyb. l. II, p. 119.

Une si criante perfidie révolta le peuple insubrien; il se prépara aux derniers efforts. Pour déclarer que la patrie était en péril, et que la lutte qui s'engageait était une lutte à mort, les chefs se rendirent en pompe au temple de la déesse de la guerre[703], et déployèrent certaines enseignes consacrées, qui n'en sortaient jamais que dans les grandes calamités nationales; on les surnommait, pour cette raison, les _immobiles_; elles étaient fabriquées de l'or le plus fin[704]. Dès que les _immobiles_ flottèrent au vent, la population accourut en armes; au bout de peu de jours, cinquante mille hommes furent réunis; mais ils n'étaient pas organisés, qu'il fallut déjà livrer bataille.

Note 703: Polybe lui donne le nom grec de Minerve, Άθηνά; on croit qu'elle portait dans les idiomes gaulois celui de _Buddig_ ou _Buadhach_, que les Romains orthographiaient _Boadicea_.

Note 704: Συναθμοίσαντες ούν άπάσας έπί ταυτόν, καί τάς χρυσάς σημαίας τάς άκινήτους λεγομένας κατέχοντες έκ τοΰ τής Άθηνᾶς ίεροΰ, καί τάλλα παρασκευασάμενοι δεόντως. Polyb. l. II, p. 119.

Le sénat approuvait complètement la honteuse guerre qui se faisait dans la Transpadane, et la perfidie de Flaminius; toutefois ce consul lui était personnellement odieux, comme ayant provoqué le partage des terres sénonaises, et il eût voulu lui enlever la gloire d'ajouter une province à la république. Dans ce but, il fit parler les dieux, et épouvanta le peuple par des prodiges. Le bruit courut que trois lunes avaient paru au-dessus d'Ariminum, et qu'un des fleuves sénonais avait roulé ses eaux teintes de sang[705]. On consulta là-dessus les augures, et la nomination des consuls fut reconnue illégale. Le sénat leur envoya immédiatement l'ordre de se démettre, et de revenir à Rome, sans rien entreprendre contre l'ennemi. Mais Flaminius, informé par ses amis qu'il se tramait contre lui quelque chose, soupçonna le contenu de la dépêche, et résolut de ne l'ouvrir qu'après avoir tenté la fortune. Ayant fait partager ce dessein à son collègue, ils pressèrent leurs préparatifs de bataille. Les deux armées se trouvaient alors en présence sur les bords du Pô[706].

Note 705: Ώφθη μέν αίματι ρ΄έων ό διά τής Πηκινίδος χώρας ποταμός, έλέχθη δέ τρεϊς σελήνας φανήναι περί πόλιν Άρίμινον. Plutarch. in Marcel. p. 299.

Note 706: Plutarch. ibid.--Paul. Oros. l. IV, c. 13.

Certes, depuis le commencement de la guerre, les Cénomans, par leur trahison, avaient rendu aux Romains d'assez grands services, et s'étaient assez compromis aux yeux de leurs frères, pour que les consuls pussent se fier à eux dans le combat qui allait se livrer. Pourtant les consuls, on ne sait sur quel soupçon, en jugèrent autrement. Ils envoyèrent la division cénomane de l'autre côté du fleuve, sous prétexte de garder la tête du pont, qui le traversait dans cet endroit, et de servir de réserve aux légions; mais à peine eut-elle touché l'autre rive, que Flaminius fit couper le pont. L'armée romaine, adossée au fleuve, se trouva par là dans l'alternative de vaincre ou d'être anéantie, puisque son unique moyen de retraite était détruit; mais Flaminius jouait le tout pour le tout[707]. Ce fut le génie de ses tribuns qui le sauva. Ayant remarqué dans les précédens combats l'imperfection et la mauvaise trempe des sabres gaulois, qu'un ou deux coups suffisaient pour mettre hors de service, ils distribuèrent au premier rang des légions ces longues piques ou _hastes_ qui étaient l'arme ordinaire du troisième, et firent charger d'abord à la pointe des hastes. Les Insubres, qui n'avaient que leur sabre pour détourner les coups, l'eurent bientôt ébréché et faussé[708]. A ce moment les Romains, jetant bas les piques, tirèrent leur épée affilée et à deux tranchans, et frappèrent de pointe la poitrine et le visage de leurs ennemis désarmés. Huit mille Insubres furent tués, seize mille furent faits prisonniers. Flaminius ouvrit alors les dépêches du Sénat, et prit la route de Rome, avec une grande victoire pour sa justification. M. Cl. Marcellus et Cn. Cornélius furent choisis pour continuer la guerre, dès le printemps suivant, en qualité de consuls[709].

Note 707: Polyb. l. II, p. 120.

Note 708: Idem. p. 120, 121.

Note 709: Polyb. l. II, p. 121.--Plutarch. in Marcell. p. 300. --Flor. l. II, c. 4.--Paul. Oros. l. IV, c. 13.--Fast. Capitol.

ANNEE 222 avant J.-C.

Les Insubres mirent à profit le repos de l'hiver, en fortifiant leurs villes, et en faisant venir des auxiliaires Transalpins; le roi Virdumar[710] leur amena trente mille Gésates. Aussitôt que la saison le permit, les consuls passèrent le Pô, et vinrent assiéger Acerres, bourg situé au confluent de l'Adda et de l'Humatia. Les Insubres ne s'étaient point attendus que les hostilités commenceraient de ce côté; de sorte que les assiégeans eurent tout le temps de se retrancher dans une position imprenable, où l'armée Insubrienne n'osa pas les attaquer. Pour les attirer sur un terrein plus égal, Virdumar, prenant avec lui dix mille de ses Gésates, presque tous cavaliers, traversa le Pô, et tomba sur le territoire des Anamans, qui, cette fois, comme dans la précédente campagne, avaient livré passage aux consuls; leurs terres furent saccagées pendant plusieurs lieues d'étendue; et Virdumar enfin investit Clastidium, que les Anamans avaient cédée à la république, et dont celle-ci avait fait une place d'armes. Cette diversion obligea les Romains de diviser aussi leurs forces. Scipion fut laissé devant Acerres, avec le tiers de la cavalerie et la presque totalité de l'infanterie. Marcellus, à la tête de la cavalerie restante et de six cents hommes d'infanterie légère, se porta sur Clastidium à marches forcées. Les Gaulois ne lui laissèrent pas le temps de se reposer; voyant le petit nombre de ses fantassins, et ne tenant pas grand compte de sa cavalerie, «parce que, dit un historien, habiles cavaliers eux-mêmes, ils se croyaient la supériorité de l'adresse, comme ils avaient celle du nombre[711]»; ils voulurent en venir aux mains sur-le-champ.

Note 710: _Feardha-mar_, brave et grand. On trouve en latin ce nom sous les deux formes: _Virdumarus_ et _Viridomarus_.

Note 711: Κράτιστοι γάρ όντες ίππομαχεϊν, καί μάλιστα τούτψ διαφέρειν δοκοϋντες, τότε καί πλήθει πολύ τόν Μάρκελλον ύπερέβαλλον. Plutarch. in Marcell. p. 300.

Marcellus craignait d'être débordé, à cause de son peu de troupes; il étendit le plus qu'il put ses ailes de cavalerie, jusqu'à ce qu'elles présentassent un front à peu près égal à celui de l'ennemi. Pendant ces évolutions, son cheval, effrayé par les cris et les gestes menaçans des Gaulois, tourna bride brusquement, et emporta le consul malgré lui. Dans une armée aussi superstitieuse que l'armée romaine, un tel accident pouvait être pris à mauvais présage, et glacer la confiance du soldat; Marcellus s'en tira avec une présence d'esprit remarquable. Comme si ce mouvement eût été volontaire, il fit achever à son cheval le cercle commencé, et revenant sur lui-même, il adora le soleil[712]; car c'était là, chez les Romains, une des cérémonies de l'adoration des dieux. Il voua aussi solennellement à Jupiter _Feretrius_[713] les plus belles armes qui seraient conquises sur l'ennemi. Au moment où il faisait ce vœu, Virdumar, placé au front de la ligne gauloise, l'aperçut; jugeant, par le manteau écarlate et par les autres signes distinctifs du commandement suprême, que c'était le consul, il poussa son cheval dans l'intervalle des deux armées, et brandissant un gais long et pesant, il le provoqua au combat singulier. «Ce roi, dit le biographe de Marcellus, était de haute stature, dépassant même tous les autres Gaulois. Il était revêtu d'armes enrichies d'or et d'argent, et rehaussées de pourpre et de couleurs si vives, qu'il éblouissait comme l'éclair[714].»