Part 13
L'an 340 avant notre ère, Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine, ayant fait une expédition, vers les bouches du Danube, contre les tribus scythiques ou teutoniques qui ravageaient la frontière de Thrace, quelques Galls se rendirent dans son camp, attirés soit par la curiosité du spectacle, soit par le désir de voir ce roi déjà fameux. Alexandre les reçut avec affabilité, les fit asseoir à sa table, au milieu de sa cour, et prit plaisir à les éblouir de cette magnificence dont il aimait à s'environner, jusque sur les champs de bataille. Tout en buvant, il causait avec eux par interprète: «Quelle est la chose que vous craignez le plus au monde?» leur demanda-t-il, faisant allusion à la célébrité de son nom et au motif qu'il supposait à leur visite. «Nous ne craignons, répliquèrent ceux-ci, rien que la chute du ciel.»--«Cependant, ajoutèrent-ils, nous estimons l'amitié d'un homme tel que toi[456].» Alexandre dissimula prudemment la mortification que cette réponse dut lui faire éprouver, et se tournant vers ses courtisans non moins surpris que lui, il se contenta de dire: «Voilà un peuple bien fier[457]!» Toutefois, avant de quitter ses hôtes, il conclut avec eux un traité d'amitié et d'alliance.
Note 456: Έρέσθαι παρά τόν πότον (τόν βασιλέα) τί μάλιστα εϊη ό φοβοΐντο αύτούς δ' άποκρίνασθαι, ούδένα, εί μή άρα ό ούρανός αύτοϊς έπιπέσοι φιλίαν γε μήν άνδρός τοιούτου περί παντός τίθεσθαι. Strab. l. VII, p. 301.
Note 457: Άλαζόνες Κελτοί είσιν.... Arrian. Alex. l. I, c. 6.
Mais Alexandre mourut à la fleur de l'âge, au fort de ses conquêtes, à mille lieues de sa patrie, et le vaste empire qu'il avait créé fut dissous. Tandis que ses généraux prenaient les armes pour se disputer son héritage, les républiques asservies par lui ou par son père s'armaient aussi pour reconquérir leur indépendance. Tout présageait à la Grèce une longue suite de bouleversemens; tout semblait convier à cette riche proie de sauvages voisins avides de pillage et de combats. Dès les premiers symptômes de guerre civile, les Galls s'adressèrent aux républiques du Péloponèse et de la Hellade, offrant d'être leurs auxiliaires contre le roi de Macédoine; mais une telle proposition fut repoussée avec hauteur[458]. Rebutés par les républiques, ils s'adressèrent au roi de Macédoine, qui se montra moins dédaigneux; il en prit à son service, et en fit passer aux rois d'Asie, ses amis, des bandes nombreuses[459].
Note 458: Γαλάται μεθ' Έλλήνων οόκ έμαχέσαντο, Κλεωνύμου καί Λακεδαιμονίων σπείσασθαι σπονδάς σφισιν ού θελησάντων. Pausan. Mess. Hanov. 1613. p. 269.
Note 459: Polyæn. Stratag. l. IV, c. 8, p. 2.--Plut. paral. p. 309. --Stob. Serm. 10.
Plus les affaires de la Grèce s'embrouillèrent, plus s'accrut l'importance des Gaulois soldés; ils furent d'un grand secours aux rois dans leurs interminables querelles; mais souvent aussi ils leur firent payer cher les services du champ de bataille. On raconte à ce sujet qu'Antigone, un des successeurs d'Alexandre, ayant engagé dans ses troupes une bande de Galls du Danube, à raison d'une pièce d'or par tête, ceux-ci amenèrent avec eux leurs femmes et leurs enfans, et, qu'à la fin de la campagne, ils réclamèrent la solde pour leur famille comme pour eux. «Une pièce d'or a été promise par tête de Gaulois, disaient-ils, ne sont-ce pas là des Gaulois[460]?» Cette interprétation commode, qui faisait monter la somme stipulée à cent talens au lieu de trente[461], ne pouvait être du goût d'Antigone; la dispute s'échauffa, et les Galls menacèrent de tuer les otages qu'ils avaient entre les mains. Il fallut au roi grec toute l'habileté qui caractérisait sa nation pour sauver ses otages et son argent, et se délivrer lui-même de ces auxiliaires dangereux.
Note 460: Οί Γαλάται καί τοίς άόπλοις καί ταϊς γυναιξί καί τοϊς παισίν άπήτουν τοΰτο γάρ εΐναι τών Γαλατών έν έκάστψ. Polyæn. Strat. l, IV, c. 6.
Note 461: Un talent pouvait équivaloir à 5,500 fr.
Introduits au sein de cette Grèce déchirée par tant de factions, les Galls sentirent bientôt sa faiblesse et leur force; ils se lassèrent de combattre à la solde d'un peuple qu'ils pouvaient dépouiller. Un chef de bande, nommé Cambaules[462], entra pour son propre compte dans la Thrace, dont il ravagea la frontière; et quoiqu'il n'y restât que très-peu de temps, il en rapporta assez de butin pour exciter la cupidité de toute sa nation[463]. Les émigrés tectosages, arrivés sur ces entrefaites, décidèrent l'impulsion générale; de concert avec les peuples galliques, ils organisèrent une expédition dont la conduite fut confiée à un chef qui paraît avoir été de race kimrique. Le nom de cet homme nous est inconnu; l'histoire nous apprend seulement qu'il tirait son origine de la tribu des _Praus_ ou _hommes terribles_[464]; et comme l'autre chef, non moins fameux, qui prit et brûla Rome, elle ne le désigne habituellement que par son titre de _Brenn_ ou roi de guerre. Ses talens comme général, son intrépidité, ses saillies spirituelles et railleuses, son éloquence même, lui valurent une grande renommée dans l'antiquité, et les éloges d'écrivains qui certes n'avaient aucun motif de partialité, ni pour l'homme, ni pour la nation.
Note 462: Cambaules, _Camh_, force; _baol_, destruction.
Note 463: Pausanias, l. X, p. 643.
Note 464: Τόν Βρέννον, τόν έπελθόντα έπί Δελφούς, Πραΰσόν τινές φασιν άλλ' οὐδέ τούς Πραύσους έχομεν είπεΰν, όπου γής ψκησαν πρότερον. Strab. l. IV, p. 187.--_Braw_, en langue galloise, signifie _terreur_; _bras_, en gaëlic, _terrible_.
ANNEE 281 avant J.-C.
Des régions de la haute Macédoine, comme d'un point central, partent quatre grandes chaînes de montagnes. La plus considérable, celle du mont Hémus, se dirige vers l'est, entoure la Thrace, borde le Pont-Euxin et envoie une branche de collines vers Byzance et vers l'Hellespont. Une seconde chaîne se détache du plateau de la haute Macédoine en même temps que l'Hémus, mais se prolonge vers le sud-est; c'est le Rhodope. Une troisième court de l'est vers l'ouest, celle des monts que les Galls avaient nommés _Alban_[465]. Enfin la quatrième, s'étendant au sud et au midi, donne naissance à toutes les montagnes de la Thessalie, de l'Épire, de la Grèce propre et de l'Archipel[466]. Conformément à cette disposition géographique, le Brenn dirigea sur trois points les forces de l'invasion. Son aile gauche, commandée par Cerethrius, ou plus correctement Kerthrwyz[467], entra dans la Thrace avec ordre de la saccager et de passer ensuite dans le nord de la Macédoine, soit par le Rhodope, soit en cotoyant la mer Égée. Son aile droite marcha vers la frontière de l'Épire pour envahir de ce côté la Macédoine méridionale et la Thessalie, tandis que lui-même, à la tête de l'armée du centre, pénétrait dans les hautes montagnes qui bornent la Macédoine au nord. Ces montagnes servaient de retraite à des peuplades sauvages d'origine thracique et illyrienne, continuellement en guerre avec les Galls. Il importait au succès de l'expédition et à la sauve-garde des tribus gauloises, durant l'absence d'une partie de ses guerriers, que ces peuplades ennemies fussent ou soumises ou détruites dès l'ouverture de la campagne: mais retranchées dans d'épaisses forêts, au milieu de rochers inaccessibles, elles surent résister plusieurs mois à tous les efforts du Brenn. Celui-ci n'épargna aucun moyen pour en triompher. On prétend qu'il empoisonna des bandes entières avec des vivres qu'il se laissait enlever dans des fuites simulées[468]; enfin ces peuplades furent exterminées par le fer, le feu et le poison, ou contraintes de livrer au vainqueur, sous le nom de soldats auxiliaires, l'élite de leur jeunesse[469]. Le Brenn songea alors à descendre le revers méridional de l'Hémus, pour aller rejoindre en Macédoine la division de Cerethrius et l'armée de droite; mais, comme on le verra tout à l'heure, des événemens contraires l'arrêtèrent dans sa marche et le firent changer de résolution.
Note 465: Ils étaient appelés par les Grecs _Albani_ et aussi _Albii_ (Strab.).
Note 466: Maltebrun. Géograph. de l'Europe, vol. VI, p. 223.
Note 467: _Certh_, célèbre, remarquable; _Certhrwyz_, gloire. Owen's Welsh diction.
Note 468: Οί Κελτοί τάς τροφάς καί τόν οΐνον πόαις δηλητηρίοις καταφαρμακεύουσι, καί καταλιπόντες έν ταϊς σκηναϊς αύτοί νύκτωρ έφευγον. Polyæn. Stratag. l. VII, c. 42.--Athen. l. X, c. 12.
Note 469: Appian. de Bell. Illyr. p. 758.
Tandis que le Brenn bataillait contre les montagnards de l'Hémus, l'aile droite arriva sans difficulté sur la frontière occidentale de la Macédoine; elle avait pour chef un guerrier probablement tectosage, appelé Bolg ou Belg[470]. Avant de poser le pied sur le territoire de la Grèce, Belg s'avisa d'une formalité qu'il crut sans doute équivaloir à une déclaration de guerre; il fit sommer le roi de Macédoine, alors Ptolémée, fils de Ptolémée, roi d'Égypte, de lui payer immédiatement une somme pour la rançon de ses états, s'il voulait conserver la paix[471]. Une telle sommation, si nouvelle pour les soldats de Philippe et d'Alexandre, surprit à juste titre les Macédoniens, mais elle jeta dans une colère terrible le roi Ptolémée, à qui la violence de son caractère avait mérité le surnom de _foudre_[472]. «Si vous avez quelque chose à espérer de moi, dit-il avec emportement aux députés gaulois, annoncez à ceux qui vous envoient qu'ils déposent sur-le-champ leurs armes et me livrent leurs chefs; et qu'alors je verrai quelle paix il me convient de vous accorder[473].» Les messagers, en entendant ces paroles, se mirent à rire. «Tu verras bientôt, lui dirent-ils, si c'était dans notre intérêt ou dans le tien que nous te proposions la paix[474].» Belg passa la frontière, et s'avança à marches forcées dans l'intérieur du royaume; il ne tarda pas à rencontrer l'armée macédonienne, que le Foudre lui-même commandait, monté sur un éléphant, à la manière des rois de l'Asie[475].
Note 470: Βόλγιος. Pausan.--_Belgius_, Justin.
Note 471: Offerentes pacem, si emere velit. Justin. XXIV, c. 5.
Note 472: Κεραυνός; _Ceraunus_ chez les historiens latins.
Note 473: Aliter se pacem daturum negando, nisi principes suos obsides dederint, et arma tradiderint. Justin, XXIV, c. 5.
Note 474: Risêre Galli, acclamantes, brevi sensurum sibi an illi consulentes pacem obtulerint. Justin. XXIV, c. 5.
Note 475: Memnon. Hist. ap. Phot. c. 15.
De part et d'autre on fit ses dispositions pour la bataille. Ptolémée, suivant la tactique grecque, rangea sur les flancs son infanterie légère et sa cavalerie; au centre, son infanterie pesante, armée de longues piques, se forma en phalange. Les Grecs appelaient de ce nom un bataillon carré de cinq cents hommes de front, sur seize de profondeur, tous tellement serrés les uns contre les autres que les piques du cinquième rang dépassaient de trois pieds la première ligne; les rangs les plus intérieurs, ne pouvant se servir de leurs armes, appuyaient les premiers, soit pour augmenter la force de l'attaque, soit pour soutenir le choc des charges ennemies. La phalange était la gloire de l'armée macédonienne; Philippe, Alexandre, et les successeurs de ce conquérant, lui avaient été redevables de leurs plus grands succès. Cependant ce corps si redoutable ne résista pas à l'audace impétueuse des Gaulois; après un combat terrible, il fut enfoncé; l'éléphant qui portait le roi tomba criblé de javelots; lui-même, saisi vivant, fut mis en pièces, et sa tête promenée au bout d'une pique, à la vue des ailes macédoniennes qui tenaient encore[476]. Alors la déroute devint générale; la plupart des chefs et des soldats périrent ou furent contraints de se rendre; mais le sort des captifs fut plus horrible que celui des guerriers morts sur le champ de bataille; Belg en fit égorger dans un sacrifice solennel les plus jeunes et les mieux faits; les autres, garottés à des arbres, servirent de but aux gais des Galls et aux matars des Kimris[477].
Note 476: Memnon. Hist. ap. Phot. c. 15.--Caput ejus amputatum et lanceâ fixum... Justin. l. XXIV, c. 5.--Pausan. l. X, p. 644. --Polyb.l. IX, p. 567.--Diodor. Sic. l. XXII, p. 868.
Note 477: Τούς τε γάρ τοΐς εϊδεσι καλλίστους, καί ταϊς ήλικίαις άκμαιοτάτους καταστρέψας, έθυσε τοϊς θεοϊς... τούς δ' άλλους πάντας κατηκόντισε. Diod. Sicul. excerp. Vales. p. 316.
Cette défaite et les atrocités dont elle était suivie jetèrent la Macédoine dans la consternation. De toutes parts on se réfugia dans les villes. «De l'enceinte de leurs murailles, dit un historien, les Macédoniens, levant les mains vers le ciel, invoquaient les noms de Philippe et d'Alexandre, dieux protecteurs de la patrie[478];» mais cette patrie, nul ne s'armait pour la sauver. Ce qui mettait le comble à la misère publique, c'était l'anarchie qui régnait dans l'armée: les soldats, après avoir élu roi Méléagre, frère de Ptolémée, le chassèrent pour mettre à sa place un certain Antipater qui fut surnommé l'Étésien, parce que son règne ne dépassa pas en durée la saison où soufflent les vents étésiens[479]; les désordres des soldats, l'absence d'un chef militaire, et l'épouvante des citoyens, pendant plus de trois mois, livrèrent sans défense la Macédoine aux dévastations des Gaulois. Belg parcourut tranquillement le midi de ce royaume et le nord de la Thessalie[480], entassant dans ses chariots un immense butin que personne ne venait lui disputer.
Note 478: Justin. l. XXIV, c. 5.
Note 479: Cette saison est de quarante-cinq jours.
Note 480: Pausan. l. X, p. 645.
Un jeune Grec, nommé Sosthènes, de la classe du peuple[481], mais plein de patriotisme et d'énergie, entreprit enfin d'arrêter ou du moins de troubler le cours de ces ravages. Il rassembla quelques jeunes gens, comme lui plébéiens, et se mit à inquiéter par des sorties les divisions gauloises séparées du gros de l'armée, à enlever les traîneurs et les bagages, à intercepter les vivres. Peu à peu le nombre de ses compagnons s'accrut; et il se hasarda à tenir la campagne.
Note 481: Ignobilis ipse... Justin. l. XXIV, c. 5.
L'armée macédonienne accourut alors sous ses drapeaux, et, déposant son roi Antipater, vint offrir à Sosthènes la couronne et le commandement; le jeune patriote dédaigna le titre de roi, et ne voulut accepter qu'un commandement temporaire[482]. Belg fut bientôt réduit à se tenir sur la défensive. Comme ses bagages étaient chargés de dépouilles et de richesses de tout genre, craignant d'aventurer ces fruits de sa campagne, il se soucia peu d'en venir à une bataille rangée; harcelé par Sosthènes, mais éludant toujours une action décisive, il regagna les montagnes, non sans avoir perdu beaucoup de monde[483]. Tels étaient les événemens qui arrêtèrent le Brenn et l'armée du centre au moment où, ayant réduit les peuplades de l'Hémus, ils allaient fondre sur la Macédoine. Quant à l'aile gauche, que commandait Cerethrius, elle était toujours en Thrace; trop occupée à combattre ou à piller, elle n'avait opéré aucun mouvement pour rejoindre le corps d'armée de Belg; en un mot, tout semblait avoir conspiré pour faire avorter le plan de campagne qui devait livrer aux Gaulois la Grèce septentrionale. D'ailleurs l'hiver approchait; le Brenn évacua les montagnes, et retourna dans les villages des Galls presser les préparatifs d'une seconde expédition pour le printemps suivant.
Note 482: Ipse non in regis, sed ducis nomen jurare milites compulit. Justin. l. XXIV, c. 5.
Note 483: Justin. l. XXIV, c. 6.--Pausan. l. X, p. 644.
ANNEE 280 avant J.-C.
Le Brenn sentit qu'il était nécessaire de remonter la confiance de ses compatriotes un peu affaiblie par ce premier revers; il se mit à voyager de tribu en tribu, animant les jeunes gens par ses discours, et appelant aux armes tout ce qu'il restait de guerriers. Il ne se borna pas au territoire gallique; il alla solliciter les Boïes, habitans du fertile bassin situé entre le haut Danube et l'Oder[484], ainsi que les nations teutoniques qui occupaient déjà une partie des vastes régions, au nord des Kimris. Durant ce voyage, le Brenn traînait après lui des prisonniers macédoniens qu'il avait choisis petits et de peu d'apparence, et dont il avait fait raser la tête. Il les promenait dans les assemblées publiques, et faisant paraître à côté d'eux de jeunes guerriers galls et kimris de haute taille, parés de la chaîne d'or et de la longue chevelure, «Voilà ce que nous sommes, disait-il; grands, forts et nombreux; et voilà ce que sont nos ennemis[485]!» Alors avec ces images vives et poétiques qui formaient le caractère de l'éloquence gauloise, le Brenn peignait la faiblesse de la Grèce et sa richesse immense; les trésors de ses rois ravageurs du monde entier; les trésors de ses temples et surtout de ce temple de Delphes, si renommé jusque chez les nations les plus étrangères à la Grèce, où les plus lointaines contrées envoyaient leur tribut d'offrande[486]. Les efforts du Brenn furent couronnés d'un complet succès; il eut bientôt mis sur pied deux cent quarante mille guerriers; de ce nombre il détacha quinze mille fantassins et trois mille cavaliers qu'il laissa dans le pays à la défense des femmes, des enfans et des habitations; il organisa le reste en toute hâte[487].
Note 484: Voyez ci-dessus, Période 587 à 521 avant J.-C.
Note 485: Ήμεϊς... οί τηλικοΰτοι καί τοιοΰτοι πρός τούς οϋτως άσθενεϊς καί μικρούς πολεμήσομεν. Polyæn. Stratag. l. VII, c. 35.
Note 486: Άσθένειάν τε Έλλήνων τήν έν τῷ παρόντι διηγούμενος, καί ώς χρήματα πολλά μέν έν τώ κοινώ, πλείονα δέ έν ίεροϊς. Pausan. l. X p. 644.
Note 487: Ad terminos gentis tuendos... peditum XV millia, equitum III. Justin. l. XXV, c. I.
Le Brenn se choisit parmi les chefs un lieutenant ou _collègue_, dont le titre, en langue kimrique, était Kikhouïaour ou Akikhouïaour, mot que les Grecs orthographiaient Kikhorios et Akikhorios, et qu'ils prenaient pour un nom propre de personne[488]. L'armée réunie sous ses ordres se trouva composée: 1º de Galls; 2º de Tectosages; 3º de Boïes qui prenaient le nom de Tolisto-Boïes, c'est-à-dire, Boïes _séparés_[489]; 4º d'un corps peu nombreux, levé chez les nations teutoniques, portant la dénomination de Teuto-Bold ou Teutobodes, les _vaillans_ Teutons, et commandés par Lut-Her[490]; 5º d'un corps d'Illyriens[491]. Ces forces formaient en tout cent cinquante-deux mille hommes d'infanterie et vingt mille quatre cents hommes de cavalerie, organisés de manière que leur nombre montait réellement à soixante-un mille deux cents. En effet chaque cavalier était suivi de deux domestiques ou écuyers montés et équipés, qui se tenaient derrière le corps d'armée, lorsque la cavalerie engageait le combat. Le maître était-il démonté, ils lui donnaient sur-le-champ un cheval; était-il tué, un d'eux montait son cheval et prenait son rang; enfin si le cheval et le cavalier étaient tués ensemble ou que le maître blessé fût emporté du champ de bataille par un des écuyers, l'autre occupait, dans l'escadron, la place que le cavalier laissait vacante. Ce mode de cavalerie s'appelait _trimarkisia_ de deux mots qui, dans la langue des Galls, comme dans celle des Kimris, signifiaient _trois chevaux_[492]. Outre les guerriers sous les armes, une foule de vivandiers et de marchands forains de toute nation grossissait la suite du Brenn; deux mille chariots suivaient, destinés à transporter les vivres, les blessés et le butin[493].
Note 488: _Cycwïawr_ et, avec l'addition de l'_a_ augmentatif, _Acycïwawr_, collègue, co-partageant. Owen's welsh. diction.--Diodore de Sicile écrit Κιχώριος, Pausanias, Άκιχώριος.
Note 489: _Toli_, séparer; _Deol_, exiler. Owen's welsh. diction.
Note 490: _Lut_, glorieux; _her_, guerrier. Lutarius. Tit. Liv. l. XXVIII, c. 41.--Memn. ap. Phot. c. 20.
Note 491: Appian. Bell. Illyr. p. 758.
Note 492: _Tri_, trois; _marc_, pluriel _marcan_, cheval. Owen's welsh. diction. Armstrong's gael. dict.--Τριμαρκισία. Pausanias, l. X, p. 645.--Cet écrivain ajoute que les Gaulois appelaient les chevaux, _marcan_: ϊππων τό όνομα ίστω τις Μάρκαν όντα ύπό τών Κελτών.
Note 493: Άγοραίου όχλου καί έμπόρων πλείστων, καί άμαξών. B,... Diod. Sicul. l. XXII, p. 870.
Cette formidable armée se mit en marche; mais au moment où elle touchait la frontière de Macédoine, la division éclata parmi ses chefs. Lut-Herr et ses Teutons se séparèrent du Brenn; leur exemple fut suivi par Léonor, chef d'une des bandes gauloises, et les deux troupes formant environ vingt mille hommes prirent le chemin de la Thrace[494]. Quant au Brenn, il avait renoncé à ses plans de l'année précédente, et méditait une irruption en masse; il fondit sur la Macédoine, écrasa l'armée de Sosthènes dans une bataille où ce jeune patriote périt avec gloire[495], et força les débris des phalanges ennemies à se renfermer dans les places fortifiées; tout le reste du pays lui appartint. Pendant six mois, ses soldats vécurent à discrétion dans les campagnes et les villes ouvertes de la Macédoine et de la haute Thessalie; mais les places de guerre échappèrent aux calamités de l'invasion, parce que les Gaulois n'avaient, pour les sièges réguliers, ni goût, ni habileté. Vers la fin de l'automne, le Brenn rallia ses troupes et établit son camp dans la Thessalie, non loin du mont Olympe; tout le butin fut accumulé en commun et l'on attendit, pour pénétrer vers les contrées plus méridionales, le retour de la belle saison. Tandis que ces événemens se passaient en Thessalie et en Macédoine, la Thrace était non moins cruellement ravagée par les bandes de Lut-Herr et de Léonor, auxquelles s'étaient jointes, selon toute apparence, la division qui y avait été conduite par Cerethrius, l'année précédente; les exploits et les conquêtes de cette autre armée, sur les deux rives de la Propontide, nous occuperont plus tard et fort en détail; pour le moment nous nous bornerons à suivre la marche du Brenn à travers la Grèce centrale.
Note 494: Ibi seditio, orta et viginti millia hominum cum Leonorio et Lutario regulis, secessione factâ à Brenno, in Thraciam iter averterunt. Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 16.
Note 495: Diodor. Sicul. l. XXII, p. 870.
ANNEE 279 avant J.-C.
La Thessalie est un riant et fertile bassin environné de montagnes, sur les terrasses desquelles soixante-quinze villes s'élevaient alors comme sur les gradins d'un amphithéâtre[496]; à l'occident, la longue chaîne du Pinde la sépare de l'Épire et de l'Étolie; au midi, le mont Œta qui se confond d'un côté avec le Pinde, et qui de l'autre se prolonge jusqu'au golfe Maliaque, forme une barrière presque inaccessible entre elle et les provinces de la Hellade. Quelques sentiers cachés et difficiles à franchir pouvaient conduire d'un revers à l'autre de l'Œta des individus isolés ou même des corps de fantassins; mais pour une armée traînant après elle des chevaux, des chariots et des bagages, le seul passage praticable était un long et étroit défilé, bordé à droite par les derniers escarpemens de la montagne, et à gauche par des marais où séjournaient les eaux pluviales avant de se perdre dans le golfe Maliaque. Ce défilé, nommé Thermopyles (portes des bains) à cause d'une source d'eaux thermales qui le traversait, était célèbre dans l'histoire des Hellènes; c'était là que, deux siècles auparavant, trois cents Spartiates, chargés d'arrêter la marche d'une armée de Perses qui venait envahir la Grèce, avaient donné au monde l'exemple d'un dévouement sublime.
Note 496: Strab.--Maltebrun, géographie de l'Europe, vol. VI, p. 224, et suiv.