Histoire des enseignes de Paris
Part 11
Antoine Vérard, un des plus habiles et des plus actifs imprimeurs de son temps, puisqu’il imprima ou fit imprimer plus de cent ouvrages in-folio et in-quarto, avec des figures sur bois, demeura d’abord, et jusqu’en 1499, sur le pont Notre-Dame, à l’enseigne de _Saint Jean l’Évangéliste_; il changea plusieurs fois de domicile, mais il garda toujours la même enseigne, au carrefour de Saint-Séverin, rue Saint-Jacques, près le Petit-Pont, et devant la rue Notre-Dame. Il eut plusieurs marques d’imprimeur et de libraire, qui ne rappelaient en rien son enseigne favorite. Cette enseigne était aussi celle qu’avait adoptée Michel Lenoir, qui avait sa boutique de libraire, en 1496, sur le pont Notre-Dame; mais lorsqu’il alla demeurer, en 1505, au bout du pont Notre-Dame, devant Saint-Denis de la Chartre, il prit pour enseigne l’_Image Notre-Dame_; plus tard, en s’établissant rue Saint-Jacques, il choisit une autre enseigne: _A la Rose blanche couronnée_. Il n’est pas facile de s’expliquer ces mutations d’enseigne, si fréquentes chez les imprimeurs et les libraires; nous croyons pourtant, d’après certains rapprochements de noms, qu’elles résultent simplement du changement de domicile et que les enseignes des maisons devenaient la plupart du temps les enseignes des boutiques.
Antoine et Louis Caillaud, imprimeurs, demeuraient, en 1497, rue Saint-Jacques, près les Jacobins, à l’enseigne de la _Coupe d’Or_; Pierre Levet, imprimeur, en 1495, rue Saint-Jacques, aux _Balances d’Argent_; Pierre Le Rouge, imprimeur, en 1490, rue Neuve-Notre-Dame, à la _Rose_. Ce dernier imprimeur avait fait graver une marque, dans laquelle la rose de son enseigne était surmontée d’une fleur de lis couronnée et accotée de deux faucons. Cette marque est une des plus anciennes que nous ayons rencontrées dans un livre du XVᵉ siècle. A cette époque, presque tous les libraires étaient en même temps imprimeurs, ou du moins ils prenaient indifféremment l’un ou l’autre titre professionnel; aussi, l’Allemand Wolfgang Hopyl, qui imprimait presque tous les beaux livres d’heures, illustrés d’encadrements et de gravures sur bois, que publiait Simon Vostre, s’intitula plus d’une fois libraire, dans ses nombreux changements de domicile et d’enseigne, depuis 1489 jusqu’en 1517, rue Saint-Jacques, à _Sainte Barbe_; puis, dans la même rue, près l’église Saint-Benoît, à _Saint Georges_, et ensuite au _Tréteau_; enfin, près les Écoles de Décret, à l’enseigne des _Connils_, c’est-à-dire des _Lapins_.
Georges Metelhus, imprimeur, en 1494, rue Saint-Jacques, près le Petit-Pont, à l’enseigne de la _Clef d’Argent_; Philippe Pigouchet, imprimeur-libraire de livres d’église, rue de la Harpe, près le collège de Damville, ensuite près l’église de Saint-Cosme et Saint-Damien, prend l’enseigne du _Palmier_, qui reparaît dans sa marque d’imprimeur, où ce palmier, chargé de fruits, est sous la garde d’un homme et d’une femme sauvages. Jean du Pré, également imprimeur de livres d’église, demeurait, en 1492, rue Saint-Jacques, «en l’hôtel où pendent pour enseigne les Deux Cygnes»; sa marque de libraire, que porte le titre d’une édition gothique des _Lunettes des Princes_, par Jean Meschinot, représente les deux cygnes de son enseigne, soutenant un écusson vide, au milieu de fleurs, entre deux anges qui jouent de la harpe et du psaltérion.
L’imprimeur Durand Gerlier, qui avait pour enseigne l’_Étrille Fauveau_, quand il demeurait rue des Mathurins, de 1489 à 1493, se transporta, en 1498, rue Saint-Jacques, à l’_Image Saint Denis_; Guyot Marchand, qui imprima en 1491 une belle édition de la _Danse macabre_, dans le grand hôtel du _Champ-Gaillard_, derrière le collège de Navarre, avait une singulière marque, qui reparaissait sans doute sur son enseigne de la _Bonne foi_: les deux notes de musique _sol_ et
_la_, suivies des mots superposés _fides_ sur _ficit_, et au-dessous, deux mains jointes, au milieu des nuées, «pour faire allusion, dit La Caille dans son _Histoire de l’Imprimerie_, à ces paroles du _Pange lingua: Sola fides sufficit_.» Georges Wolff, imprimeur allemand, occupait, en 1492, les ateliers d’Ulric Gering, rue de Sorbonne, avec son enseigne: _au Soleil d’Or_; mais, lorsqu’il se fut associé avec son compatriote Philippe Cruzenach, il porta son imprimerie, rue Saint-Jacques, à l’enseigne de _Sainte Barbe_. Jean Lambert, qui était libraire rue Saint-Séverin, en 1492, ne conserva pas son enseigne de la _Corne de cerf_, quand il vint s’établir, comme imprimeur, devant le collège Coqueret, où il jugea convenable de pendre l’_Image de Saint Claude_ au-dessus de sa boutique. Jean Trepperel, imprimeur-libraire, qui imprima et publia un grand nombre de romans de chevalerie, avait d’abord pour enseigne l’image de _Saint Laurent_, quand il demeurait sur le pont Notre-Dame, en 1491; il changea de saint et d’enseigne, en allant demeurer rue Saint-Jacques, en 1498, à l’_Image Saint Yves_; il n’y resta pas longtemps et passa dans la rue de la Tannerie, à l’enseigne du _Cheval noir_; en 1502, sa veuve tenait boutique, rue Neuve-Notre-Dame, à l’_Écu de France_. On s’explique ces changements d’enseigne par ces changements de domicile.
C’était, d’ailleurs, une habitude presque générale chez les imprimeurs et les libraires, du moins à la fin du XVᵉ siècle et au commencement du XVIᵉ. Jean Philippi, imprimeur allemand, établit ses presses, en 1495, rue Saint-Jacques, à l’_Image de Sainte Barbe_; puis, il les transporta bientôt, rue Saint-Marcel, à l’enseigne de la _Sainte-Trinité_. Un autre imprimeur allemand, Jean Higman, imprimait d’abord, en 1489, dans la maison de Sorbonne, cet asile tutélaire de l’imprimerie; il alla demeurer, au Clos-Bruneau, près les Écoles de Décret, à l’enseigne des _Lions_; ensuite, il se fixa rue Saint-Jacques, à l’_Image Saint Georges_. La rue Saint-Jacques sera désormais, comme au moyen âge, le grand marché de la librairie. Jean Driart s’y installe, à l’enseigne des _Trois Pucelles_, en 1498, pour y imprimer la plus belle édition du _Mystère de la Destruction de Troie la grant_. Antoine Nidel, qui était maître ès arts avant de se faire imprimeur, ne s’éloigne pas du collège Coqueret et du collège de Montaigu en créant une imprimerie, à l’enseigne de la _Cathédrale_, dans le quartier des relieurs, qu’on appelait le Mont Saint-Hilaire, entre la rue Saint-Hilaire et la rue des Sept-Voies. Deux imprimeurs s’établissent, la même année, Félix Baligant, sur la montagne Sainte-Geneviève, près le collège de Reims, à l’_Image Saint Étienne_, et Geoffroy de Marnef, rue Saint-Jacques, près l’église Saint-Yves, à l’enseigne du _Pélican_. Ce dernier s’était associé à ses deux frères Jean et Enguilbert, en réunissant leurs trois enseignes dans une marque collective, qui représentait leur association «par trois symboles, dit La Caille, des grues qui font leur nid en volant, un perroquet qui parle, un pélican qui donne la vie à ses petits, avec trois bâtons» où sont les initiales de leur trois prénoms.
Il faut maintenant citer les imprimeurs et les libraires qui ouvrent leurs ateliers et leurs boutiques, avec enseignes, sous le règne de Louis XII. C’est, en 1498, le libraire Jean Petit, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du _Lion d’Argent_, et dans la même rue, près des Mathurins, à la _Fleur de lys d’Or_. Ce libraire est un de ceux qui, de son temps, ont fait imprimer le plus de livres, puisqu’il entretenait, à lui seul, les presses de quinze imprimeurs. Il avait réuni, dans sa marque de libraire, le lion et la fleur de lis, qui figurèrent l’un après l’autre dans les deux enseignes de ses boutiques. Thomas du Guernier, qui exerça pendant plus de vingt-six ans comme imprimeur et comme libraire, et qui imprima un grand nombre de romans de chevalerie, demeurait d’abord, rue de la Harpe, à l’_Image Saint Yves_; il resta dans la même rue, en transportant son établissement près le _Pilier vert_, à l’enseigne du _Petit Cheval blanc_. Denis Roce, qui ne fut que libraire, demeurait rue Saint-Jacques, près l’église Saint-Benoît, où la plupart des libraires avaient leur sépulture; il prit pour enseigne l’_Image Saint Martin_, et pour marque, par allusion à son nom de _Roce_, un rosier portant des roses, avec son écusson armorié, soutenu par deux griffons.
Les imprimeurs allemands et belges qui venaient s’établir à Paris y faisaient encore fortune. Jodocus Badius Ascensius, après avoir été professeur au collège de Lyon, se fit imprimeur à Paris, vers 1502, rue Saint-Jacques, «au-dessus de l’église Saint-Benoît, près du Gril», à l’enseigne des _Trois Luxes_ (brochets); il devint libraire, pour vendre les excellentes éditions de classiques latins, qu’il publiait lui-même. Nicolas Wolff, de Bade, qui mettait sur ses éditions: _Impressi arte et industria ingeniosissimi viri N. W. Allemani_, imprima d’abord dans le cloître Saint-Benoît, aux _Trois Tranchoirs d’Argent_; ensuite rue de la Harpe, à l’enseigne des _Rats_. Thomas Kées, de Wesel, imprimait à l’enseigne du _Miroir_, près le collège des Lombards. Alexandre Aliate, Belge, n’exerça que quelques mois, en 1500, rue Saint-Jacques, devant le Collège de France, à l’_Image Sainte Barbe_. Thielman Kerver, arrivé d’Allemagne en 1500, fonda une des plus importantes maisons d’imprimerie et de librairie, qui devait durer plus d’un siècle; il demeurait d’abord sur le pont Saint-Michel, à l’enseigne de la _Licorne_; ensuite, rue des Mathurins et rue Saint-Jacques, toujours avec la même enseigne, qu’il ne changea que vers la fin de sa vie, pour prendre celle du _Gril_; mais ses successeurs reprirent celle de la _Licorne_, qu’ils faisaient figurer dans leur marque typographique. Berchtold Rembolt, de Strasbourg, avait adopté l’enseigne d’Ulric Gering, le _Soleil d’Or_, en créant son imprimerie rue Saint-Jacques; mais, en allant s’établir près du Collège de France, il prit pour enseigne l’_Image Saint Christophe_. Sa veuve, qui épousa en 1513 Claude Chevallon, rentra, avec le _Soleil d’Or_, dans la maison que son premier mari avait habitée rue Saint-Jacques. Claude Chevallon était si fier de son enseigne, qu’il la mit dans sa marque, au-dessus de son écusson, soutenu par deux chevaux dressés debout, pour faire allusion par un rébus à son nom de Chevallon (cheval long).
Les autres imprimeurs et libraires qui parurent du temps de Louis XII étaient tous Français, mais ils n’exercèrent pas longtemps, à l’exception de quatre ou cinq. Gaspard Philippe imprimait, en 1502, rue de la Harpe, aux _Trois Pigeons_; Nicolas de la Barre, en 1509, rue de la Harpe, devant l’_Écu de France_, aux _Trois Saumons_; puis, rue des Carmes, devant le collège des Lombards, à l’_Image de Saint Jean l’Évangéliste_; Antoine Bonnemère, en 1508, rue Saint-Jean-de-Beauvais, devant les grandes Écoles de Décret, à l’_Image Saint Martin_; Guillaume le Rouge, en 1512, rue Saint-Jean-de-Latran, à la _Corne de Daim_; Nicolas des Prez, en 1508, rue Saint-Étienne-du-Mont, au _Miroir_. Il y eut plusieurs imprimeurs célèbres dont les débuts datent de ce règne-là, mais qui n’acquirent toute leur réputation que sous le règne suivant. François Grandjon, très habile graveur et fondeur de caractères, de même que ses deux frères Jean et Robert, demeurait rue Saint-Jacques, près l’église Saint-Yves, à l’_Image Saint Claude_, et devant le couvent des Mathurins, à l’_Éléphant_; Gilles de Gourmont, le premier qui imprima du grec à Paris, et qui devint imprimeur du roi, habitait rue Saint-Jacques, aux _Trois Couronnes_, mais il remplaça cette enseigne par celle de _l’Écu de Cologne_, sans changer de domicile. Ses deux frères, Jean et Robert, imprimeurs comme lui, demeuraient au Clos-Bruneau, près le collège Coqueret, à l’enseigne des _Deux Boules_. Guillaume Anabat, demeurant rue Saint-Jean-de-Beauvais, depuis 1500 jusqu’en 1505, à l’enseigne des _Connils_ (lapins), imprimait de superbes livres d’heures, remplis d’images gravées sur bois, pour Gilles Hardouyn, demeurant au bout du Pont-au-Change, à l’enseigne de la _Rose_, et pour Germain Hardouyn, qui avait sa boutique de libraire devant le Palais, à l’_Image Sainte Marguerite_. Enfin, Guillaume Nyverd, successeur de Pierre Le Caron, en 1516, conserva cette fameuse imprimerie, dans le même local, rue de la Juiverie, à l’enseigne de la _Rose_, qui céda la place, on ne sait pourquoi, à _l’Image Saint Pierre_.
Le nombre des libraires augmentait à mesure que diminuait celui des imprimeurs. Il y eut un libraire du roi, Guillaume Eustace, qui demeurait, en 1508, rue de la Juiverie, à l’enseigne des _Deux Sagittaires_, qui furent reproduits dans toutes les marques de ce libraire, jusqu’à ce que sa boutique fût transférée, dans la rue Notre-Dame, à l’enseigne de l’_Agnus Dei_. Il faut citer, parmi les autres libraires de ces temps-là, Poncet Lepreux, qui fit imprimer à ses frais une immense quantité de livres en tous genres, depuis 1498 jusqu’en 1552; pendant 55 ans, il n’eut que deux domiciles, rue Saint-Jacques, devant les Mathurins, à l’enseigne du _Loup_, et même rue, au _Croissant_. Citons encore deux autres libraires de la même époque, Jean Lefèvre, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du _Croissant_; Jacques Ferraboue, en 1514, sur le Petit-Pont, devant l’Hôtel-Dieu, à l’enseigne du _Croissant_. Galiot du Pré, chef d’une nombreuse famille de libraires qui se succédèrent jusqu’en 1570, ouvrit boutique, sur le nouveau pont Notre-Dame, en 1512, à l’enseigne de la _Galée_, par allusion à son prénom de Galiot, qui signifiait aussi un navire à voiles et à rames. Il avait donc fait poser son enseigne dans sa marque, avec cette devise de bon augure: _Vogue la Galée_.
Sous François Iᵉʳ, où le nombre des livres imprimés se multiplie à l’infini, la place est prise et disputée par les fils et les descendants des anciens imprimeurs et libraires; nous n’avons donc à mentionner que les nouveaux venus dans l’imprimerie et la librairie, avec de nouvelles enseignes. Commençons par les imprimeurs, qui la plupart travaillaient pour les libraires et ne publiaient plus de livres. On ne peut imaginer combien de poésies et de vieux romans de chevalerie, d’ouvrages de morale et de philosophie, furent mis au jour sous le règne de François Iᵉʳ. Guillaume Lebret imprimait, avec Jean Réal, en 1538, dans le Clos-Bruneau, à la _Corne de Cerf_, puis à la _Rose rouge_. Jean Réal se sépara de son associé en 1548, et imprima seul, rue du Mûrier, à l’_Image Sainte Geneviève_; puis, rue Traversine, au _Cheval blanc_. Pierre Gromors imprimait, à l’enseigne de la _Cuillère_, près l’église Saint-Hilaire, en 1521; au _Phénix_, près le collège de Reims, en 1538. Simon de Colines, qui était à la fois imprimeur et libraire, de 1510 à 1550, changea souvent de demeure et d’enseigne: en 1526, il avait sa boutique, près le collège de Beauvais, au _Soleil d’Or_; en 1527, sa marque de libraire nous fait supposer qu’il avait pris pour enseigne: _aux Connils_ (lapins); en 1531, son enseigne représentait le Temps, barbu et poilu, maniant sa faux, avec
cette devise: _Hanc aciem sola retundit virtus_. Jean Messier, associé d’abord avec Jean du Pré, imprimait en 1517, rue des Poirées, près le collège de Cluny, à l’_Image Saint Sébastien_; Nicolas Savetier, rue des Carmes, à l’_Homme sauvage_; Guillaume de Bozzozel, rue Saint-Jacques, près des Mathurins, au _Chapeau rouge_; Nicolas Prévost, rue Saint-Jacques, à l’_Image Saint Georges_; Pierre Leber, rue des Amandiers, à l’enseigne de la _Vérité_; Gilles Couteau, rue Grenier-Saint-Ladre, à l’enseigne du _Grand Couteau_; Pierre Regnault, rue Saint-Jacques, aux _Trois Couronnes de Cologne_; Pierre Sergent, rue Notre-Dame, à l’_Image Saint Nicolas_; Denis Janot, qui fut nommé imprimeur du roi, en 1543, rue Notre-Dame, contre l’église Sainte-Geneviève-des-Ardents, à l’_Image Saint Jean-Baptiste_. Enfin, Michel Vascosan, qui fut libraire et imprimeur, de 1530 à 1576, et qui peut être considéré comme le plus excellent imprimeur du XVIᵉ siècle, demeurait rue Saint-Jacques, à l’enseigne de la _Fontaine_, là où Jodocus Badius avait établi sa presse, à son arrivée à Paris, en 1502; aussi, Vascosan avait-il représenté dans sa marque d’imprimeur cette presse avec l’inscription: _Pressum ascensianum_.
Voici maintenant les enseignes de quelques-uns des meilleurs libraires de cette époque: Alain Lotrian, de 1518 _à_ 1539, rue Notre-Dame, à _l’Écu de France_; Regnault Chaudière, 1516-1551, rue Saint-Jacques, à l’_Homme sauvage_; Pierre Bridoux, rue de la Vieille-Pelleterie, à l’enseigne du _Croissant_; Jean Hérouf, rue Notre-Dame, à l’_Image de Saint Nicolas_; Nicolas Chrestien, près le collège de Coqueret, à l’_Image Saint Sébastien_; Jean Roigny, rue Saint-Jacques, au _Basilic_, et ensuite aux _Quatre Éléments_; Ambroise Girauld, 1526-1546, rue Saint-Jacques, au _Lion d’Argent_; même rue, au _Roi David_; même rue, au _Pélican_; Jean Macé, 1531-1582, au Mont Saint-Hilaire, à l’_Écu de Bretagne_; puis au Clos-Bruneau, à l’_Écu de Guyenne_; Vincent Sertenas, 1538-1554, rue Notre-Dame, à l’_Image Saint Jean l’Évangéliste_; puis, même rue, à la _Corne de Cerf_; Étienne Robert, dit le Faucheur, libraire et relieur du roi, sur le pont Saint-Michel, à la _Rose blanche_. Geoffroy Tory, peintre, graveur et libraire, 1512-1550, le premier qui obtint un privilège du roi pour l’impression d’un nouveau livre d’heures, demeura successivement sur le Petit-Pont, joignant l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Jacques, devant l’_Écu de Bâle_ et, même rue, devant l’église de la Madeleine, et conserva toujours sa fameuse enseigne du _Pot cassé_, qu’il avait dessinée lui-même sur sa marque de libraire, avec cette touchante devise: _Non plus_, qui rappelait sa douleur à la mort de sa fille, etc.
Je m’arrête ici, en me reprochant de m’être laissé entraîner trop loin dans cette aride et monotone énumération d’imprimeurs et de libraires, sans autres détails que leurs adresses et leurs enseignes. J’ai tenu à montrer ainsi que ces enseignes et ces adresses changeaient souvent, dans l’exercice de leur profession; que leur industrie et leur commerce étaient concentrés dans un petit nombre de rues du quartier de l’Université, et que leurs enseignes différaient souvent de leurs marques typographiques. On nous permettra[137] d’ajouter à ces renseignements un peu arides, malgré leur intérêt, une nomenclature sommaire des marques ou enseignes que certains imprimeurs et libraires de Paris ont mises sur des livres sortis de leurs presses ou de leurs boutiques, quoique ces livres ne portent pas leurs noms, ni l’indication du lieu d’impression. Ce n’étaient pas là des éditions clandestines, mais c’étaient bien des éditions anonymes, et nous avouons ne pas comprendre le but et l’intention des éditeurs, qui se cachaient ainsi sous leurs enseignes.
L’_Abel_, de l’Angelier.--L’_Abraham_, de Pacard.--L’_Amitié_, de Guillaume Julien.--Le _Basilic_ et les _Quatre Éléments_, de Roigny.--Le _Bellérophon_, de Perier.--La _Bonne Foi_, de Billaine.--Le _Caducée_, de Wechel.--Le _Cavalier_, de Pierre Cavalier.--Le _Cordon du Soleil_, de Drouart.--Le _Chêne vert_, de Nicolas Chesneau.--Les _Cigognes_, de Pâris.--Le _Saint-Claude_, d’Ambroise de la Porte.--Le _Cœur_, de Huré.--Le _Compas_, d’Adrien Perier.--La _Couronne d’Or_, de Mathurin du Puis.--L’_Éléphant_, de François Regnault.--Les _Épis mûrs_, de Du Bray.--L’_Espérance_, de Gorbin.--L’_Étoile d’Or_, de Benoît Prevost.--La _Fontaine_, de Vascosan.--Autre _Fontaine_, des Morel.--La _Galère_, de Galiot du Pré.--L’_Hercule_, de Vitré.--La _Licorne_, de Chappelet.--Autre _Licorne_, de Kerver.--Le _Loup_, de Poncet le Preux.--Le _Lys blanc_, de Gilles Beys.--Le _Lys d’Or_, d’Ouen Petit.--Le _Mercure arrêté_, de David Douceur.--Le _Mûrier_, de Morel.--Le _Grand_ _Navire_, de la Société des libraires de Paris, pour les impressions des Pères de l’Église.--_L’Occasion_, de Fouet.--L’_Olivier_, des Estienne.--Autre _Olivier_, de Chappelet.--Autre _Olivier_, de Patisson.--Autre _Olivier_, de Pierre l’Huillier.--La _Paix_, de Jean Heuqueville.--La _Palme_, de Courbé.--Le _Parnasse_, des Ballard.--Le _Pégase_, de Wechel.--Autre _Pégase_, de Denis du Val.--Le _Pélican_, de Girault.--Le _Phénix_, de Michel Joly.--La _Pique entortillée d’une branche et d’un serpent_, de Frédéric Morel.--Autre, de Jean Bien-né.--Le _Pot cassé_, de Geoffroy Tory.--La _Presse_ ou _l’Imprimerie_, de Badius Ascencius.--La _Rose dans un cœur_, de Corrozet.--La _Ruche_, de Robert Fouet.--La _Salamandre_, de Denis Moreau.--La _Samaritaine_, de Jacques du Puis.--Le _Saturne_, ou le _Temps_, de Colines.--Le _Sauvage_, de Buon.--Le _Serpent mosaïque_, de Martin le Jeune.--Le _Soleil_, de Guillard.--La _Toison d’Or_, de Camusat.--La _Trinité_, de Meturas.--La _Vérité_, de David.--La _Vertu_, de Laurent Durand.--Les _Vertus théologales_, de Savreux.--La _Vipère de saint Paul_, de Michel Sonnius.
Cette liste aurait pu être aisément doublée, mais, telle qu’elle est, elle doit suffire pour indiquer des enseignes qui étaient alors tellement bien connues, qu’elles suppléaient en quelque sorte aux noms des imprimeurs et des libraires qui les avaient adoptées et mises en honneur.
XII
ENSEIGNES DES ACADÉMIES, DES THÉÂTRES, DES LIEUX PUBLICS, DES TRIPOTS ET DES MAUVAIS LIEUX
En rassemblant les notes qui m’ont servi à préparer mon édition du _Livre commode des Adresses de Paris_, publié en 1691 et 1692 par le sieur de Blegny, sous le pseudonyme d’Abraham du Pradel, je m’étais beaucoup préoccupé de rechercher quelles étaient les enseignes des lieux publics de Paris, tels que les étuves, les théâtres, les jeux de paume, car ces enseignes devaient exister encore, du moins la plupart, à la fin du XVIIᵉ siècle; et il est certain que, dans le siècle précédent, il n’y avait pas à Paris une seule maison qui n’eût son enseigne, soit nominale, soit figurée. Ainsi les académies (nous ne parlons pas des Académies royale des sciences, des inscriptions et belles-lettres, des beaux-arts ou de sculpture et de peinture, encore moins de l’Académie française), si nombreuses depuis le règne de Louis XIII, eurent incontestablement des enseignes, et pourtant nous n’avons pas réussi à les découvrir, soit pour les académies des jeux ou des brelans publics, soit pour les académies proprement dites, instituées par des particuliers pour l’éducation de la noblesse. Ces académies n’étaient que des manèges d’équitation, des salles d’escrime, des écoles de musique, de danse, etc., et par conséquent elles s’annonçaient aux passants par des enseignes permanentes et par des écriteaux indicatifs. Notre édition du _Livre commode_[138], où les enseignes des marchands ne sont signalées qu’en très petit nombre, ne donnera donc pas les enseignes des académies, ni celles des autres lieux publics, enseignes qu’une enquête plus heureuse que la nôtre parviendra peut-être à mettre au jour.