Histoire de Marie Stuart

Part 37

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Nous croyons notre comparaison exacte, parce que Marie Stuart n'est pas seulement une grande figure historique, mais encore un problème. Ce problème, M. Dargaud aura puissamment contribué à le résoudre. Il a posé hardiment toutes les questions controversées sur l'innocence ou la criminalité de la rivale d'Élisabeth. Il les a toutes éclairées du jour vrai, disant le bien et le mal sans haine et sans amour, mais non sans attendrissement et sans pitié. Bien loin de lui en faire un reproche, nous l'en louons, car nous l'aurions peut-être poussée plus loin que lui encore. La pitié est souvent la justice de l'histoire.

AMÉDÉE PICHOT.

(_Revue britannique_, février 1851, nº 2.)

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Son livre a réussi.

Il y a toujours, après tout, quelque raison bonne ou mauvaise au succès d'un livre. M. Dargaud est un écrivain vif et animé, très-entraîné et très-ému, mêlant du reste tous les genres, et peu soucieux de contradictions.

M. Dargaud parfois touche au vrai; il a du nerf, de l'entrain et plus d'un rayon de solide éclat. Il peint bien; peut-être a-t-il trop de propension à peindre. Entre-t-il dans un château à la suite de quelque personnage de son histoire, il fait ce que Boileau reprochait déjà aux _descriptifs_ de son temps.

Il a répandu dans son livre toutes les perles de son écrin de voyage; il rassemble autour de Marie Stuart tous les trésors de son archéologie chèrement payée; il prodigue pour elle tous les produits de ses fouilles savantes dans cette terre où elle a régné, sous ces ruines qu'elle a faites, et jusque dans ces tombeaux que sa passion a creusés. Le livre de M. Dargaud pourra bien n'être pas absolument indispensable à ceux qui voudront retrouver un jour quelques vestiges de la physionomie morale de la reine d'Écosse; mais il ne sera pas possible d'avoir une idée complète de sa cour et de sa maison, de son chenil et de sa cuisine, de sa toilette, de ses atours, de ses promenades, de sa vie domestique et extérieure, sans avoir recours à M. Dargaud. Jardinier, architecte, joaillier, sommelier, chroniqueur curieux de chevaux, de chiens et de vénerie, M. Dargaud est tout ce qu'on veut dans son histoire, excepté pourtant historien.

CUVILLIER-FLEURY.

(_Journal des Débats_, 30 novembre 1851.)

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Il y a deux manières distinctes d'écrire l'histoire, toutes deux illustrées par de grandes œuvres dans ces derniers temps. Celui qui raconte et juge les faits accomplis peut se placer en dehors de leur mouvement, disséquer tranquillement ce qui en reste, classer le tout d'après des règles fixes, et présenter ainsi les actions du passé étiquetées à leur rang dans la sévère nudité de la science; ou bien, emporté par le flot historique, il peut écrire au milieu même de ses oscillations et de son bruit, en ressaisir toutes les formes, en refléter toutes les nuances, se plonger enfin dans le siècle qu'il veut peindre, et y vivre assez longtemps pour en ressortir avec quelque chose de ses idées, de son accent, de ses attitudes.

En entreprenant l'_Histoire de Marie Stuart_, M. Dargaud avait à choisir entre les deux méthodes; il a préféré la seconde, ce dont nous nous sommes réjoui pour lui et pour ceux qui le lisent. Car si cette méthode n'a pas les rigides vertus de sa rivale (ni surtout les graves apparences qui en tiennent lieu!), elle a cette grâce de la vie qui supplée au reste et que rien ne peut remplacer.

Il y a deux Marie Stuart, celle de la légende et celle de l'histoire. La première, doux et charmant martyr que ses douleurs couronnent comme une auréole; la seconde, séduisante mais dangereuse beauté instruite dans cette cour des Médicis où le crime absolvait du vice.

Le difficile pour l'historien de nos jours était de faire prévaloir la dernière, d'enlever à l'héroïne des ballades sa pureté mensongère en évitant de la faire descendre trop bas, d'éteindre enfin la lampe autour du piédestal sans renverser la statue. M. Dargaud y a réussi en nous ouvrant le XVIe siècle lui-même, et en nous faisant voir comment Marie Stuart en refléta tous les charmes et toutes les corruptions.

Il suit la vierge folle de la papauté à travers ses mille aventures de politique et d'amour qui la jettent des bras du musicien Riccio dans ceux de Darnley, puis de Bothwell. A mesure que le récit avance, on voit se grossir l'orage. Les nuées accourent du côté de l'Angleterre, secrètement poussées par la main hypocrite d'Élisabeth. Marie Stuart cherche en vain un abri dans le catholicisme ébranlé de toutes parts; elle appelle en vain à son secours la France et l'Espagne; l'esprit nouveau s'avance comme une marée montante, inonde les palais, renverse les citadelles, et ne laisse à la descendante de Robert Bruce qu'une prison pour abri.

Tout le monde connaît la longue agonie infligée par la reine vierge _à sa chère sœur d'Écosse_. M. Dargaud a trouvé, dans les documents historiques récemment publiés, des détails pleins d'intérêt sur cette odieuse captivité. Il analyse, avec une sagacité singulière, toutes les révoltes et tous les abattements de la prisonnière cherchant tour à tour la délivrance par la conspiration ou les présents, l'insulte ou l'humilité, et enfin, quand l'heure douloureuse est venue, il trouve une véritable éloquence pour raconter le suprême dénoûment.

Toute cette dernière partie du livre de M. Dargaud a une ampleur et une onction qui élèvent le cœur dans l'attendrissement. Du reste, à part quelques regards trop complaisants jetés sur le XVIe siècle, quelques ornements littéraires qui détournent du récit, l'ouvrage entier révèle les fortes études et la vive perception qui font les historiens. On y sent circuler ce grand souffle philosophique et religieux à la fois qui est la gloire de notre époque, et lui donne, quoi que puissent dire ses détracteurs, un caractère si profondément _humain_.

M. Dargaud n'a pas seulement consulté les documents écrits relatifs à son histoire, il s'est informé sur les lieux de la tradition populaire. Il a religieusement visité le théâtre des terribles scènes. Il s'est impressionné des peintures du temps, des livres feuilletés par ses héros, des habitations et jusque des meubles dont l'usage leur avait été familier. Il a compris que la révélation des caractères n'était point uniquement dans les actes, mais dans les détails de la vie domestique, et que ces foyers déserts gardaient l'empreinte des âmes qui s'y étaient autrefois arrêtées, comme la chrysalide celle du papillon qui s'est envolé.

Cette méthode est au reste celle des plus grands historiens de l'antiquité, c'est la méthode d'Hérodote et de Salluste. C'est de nos jours celle d'Augustin Thierry. Pour eux, comme pour M. Dargaud, l'histoire n'est pas une thèse qui développe des idées sur une époque, ou un bulletin qui en fait connaître les événements, mais une chambre obscure dans laquelle le siècle se décalque tout entier, avec ses œuvres d'art, ses costumes, ses allures et ses paysages. Le pittoresque n'exclut point pourtant l'appréciation générale.

L'historien de Marie Stuart n'est pas un simple chroniqueur, écrivant, ainsi que le veut Quintilien, _pour raconter, non pour prouver_; il tire ses conclusions, mais il les fait jaillir du drame lui-même. Debout sur les hauteurs de son sujet, comme le vieillard d'Homère sur les tours d'Ilion, il montre de loin au lecteur cette grande armée du XVIe siècle qui se déroule à ses pieds; il en fait le dénombrement. On reconnaît chaque nation à l'aspect, chaque chef à sa parole ou à son armure. Cette mêlée passe sous nos yeux dans l'élan de la vie, mais sans confusion, et tout en décrivant les évolutions de la bataille, l'historien montre les fautes et donne les enseignements.

ÉMILE SOUVESTRE.

(_Le Siècle_, 7 janvier 1851.)

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L'historien digne de ce nom ne doit pas seulement le récit facile, élégant et correct à ceux qui le lisent; il leur doit aussi la lumière qui est le rayon de la vérité éternelle dans les événements accidentels et mobiles; il leur doit la passion qui est la vie réelle et palpitante dans l'action qui revit et dans l'homme qui renaît; il leur doit la couleur qui est le reflet des temps écoulés sur les peintures dans lesquelles ces temps se reproduisent. En un mot, l'historien est tout à la fois un annaliste qui raconte, un peintre qui colore, un statuaire qui sculpte, un philosophe qui pense, un moraliste qui juge, un poëte qui s'émeut.

C'est ainsi que l'histoire a été comprise par M. Dargaud. Il ne se contente pas d'explorer le terrain, il le fouille. Il cherche dans les mœurs, dans les civilisations, dans les traditions, dans la nature surtout, le secret des choses qu'il retrace. Il met une clarté dans chaque date, un enseignement dans chaque fait, une vérité dans chaque conclusion; il note tous les mouvements de l'esprit humain, et de toutes ces impressions, de tous ces attendrissements, de tous ces fanatismes, de tous ces héroïsmes, il compose la vie dans son expression la plus fidèle, mais la vie en face du temps qui la dépasse et de Dieu qui la juge.

M. Dargaud a voyagé en Écosse, s'est pénétré de l'impression des lieux, s'est penché sur les ruines qui sont les témoins du passé, a vu et touché le sol, a étudié les figures dans les vieux portraits suspendus aux murailles des abbayes et des musées, a senti son sujet, en un mot, avant de le traiter. Il a taillé ainsi une statue vraie de Marie Stuart, une statue qui est l'image d'une époque, d'une civilisation, des religions aux prises, des ambitions en lutte, d'une femme qui fut une reine, et d'une reine qui fut une martyre; une statue, pour tout dire, vivante et parlante comme l'humanité.

A. DE LA GUERRONNIÈRE.

(_Le Pays_, 5 octobre 1851.)

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Voici un livre dont la publication est toute récente, et qui pourtant a déjà été l'objet des controverses les plus passionnées. Attaqué sans mesure comme sans équité, et ardemment défendu, le livre de M. Dargaud a eu cette bonne fortune d'émousser aux yeux du public ces dénigrements et de justifier ces sympathies, deux mérites à notre sens et deux succès pour un!

Nous nous rendons facilement compte du sentiment qui a poussé M. Dargaud à prendre pour sujet cette saisissante figure de Marie Stuart, et à la faire revivre sous nos yeux dans le cadre splendide du XVIe siècle.

La fatalité, qui devait présider à la destinée de Marie, la prend au berceau.

Arrachée aux périls qui la menaçaient en Écosse, et conduite en France, sa présence est un éblouissement pour la cour des Valois, habituée cependant à tant d'élégances et à tant de merveilles.

Mais bientôt la scène change. Marie retourne en Écosse.

Il faut lire dans le livre de M. Dargaud les amours tragiques de la reine d'Écosse, et le long martyre de ses prisons.

Une éternelle espérance d'évasion éternellement déçue, la captivité toujours plus étroite, toujours plus sinistre, la trahison même d'un fils dénaturé, les dégradations infligées à la reine, les outrages à la femme; puis, à mesure que les dix-huit ans lentement épuisés minute à minute, angoisse à angoisse, la rapprochent du terme fatal, la suprême agonie de toute espérance, les dernières palpitations de la vie qui protestent contre le dénoûment terrible; enfin, la morne attente du coup de hache d'Élisabeth; les attendrissements des adieux, le courage des apprêts, la mort si ferme, si noble, qui vient clore et racheter cette destinée, tout cela est décrit avec une force, une simplicité, une émotion, une vérité saisissantes, et forme un tableau qui est pour nous comme l'événement même.

En tournant ces dernières et pathétiques pages du livre de M. Dargaud, nous comprenions bien la pitié qui s'attache au souvenir de Marie Stuart. Il y a dans sa fin une majesté touchante qui appelle à la fois l'admiration et les larmes. Elle est morte avec grandeur, avec calme, avec héroïsme, nous dirions presque avec innocence, si on peut se laver dans son propre sang du sang qu'on a répandu. Le cœur seul parle en présence de si longues souffrances et d'une telle mort, et on oublie les fautes pour ne se souvenir que du courage et de la grandeur de l'expiation.

Le livre de M. Dargaud explique et juge Marie Stuart. Cette mémoire, qui avait jusqu'à présent échappé à l'appréciation historique, est désormais fixée. Mais Marie Stuart n'est pas la seule héroïne de l'œuvre de M. Dargaud. Il y a dans cette œuvre un autre héros, c'est le XVIe siècle, le XVIe siècle avec tous ses orages de religion et ses audaces de philosophie, avec le cortége de ses hommes d'État, de ses poëtes, avec la renaissance des lettres, avec la splendide efflorescence de l'art. La vie de Marie Stuart eût été incomplète séparée de la vie générale de son temps, de toutes les influences qui agirent si puissamment sur elle, de tous les intérêts de politique et de religion auxquels elle fut mêlée, en un mot de ce XVIe siècle dont elle fut une des plus brillantes expressions. M. Dargaud l'a compris. Il a su élargir une biographie aux proportions mêmes de l'histoire.

ALEXANDRE REY.

(_Le National_, 21 avril 1851.)

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L'_Histoire de Marie Stuart_, par M. Dargaud, est affichée sur tous les murs de Paris. De grandes lettres blanches détachées sur fond rouge recommandent cet ouvrage aux passants. Cette fantaisie d'auteur ne suffisait pas à attirer l'attention; mais les journaux se sont montrés plus complaisants que les murailles à l'égard de l'écrivain. Ils n'étalent pas seulement le titre de son livre: _le Siècle_, _la Presse_ et _le National_ ne lui marchandent pas leurs louanges longuement motivées. Les recommandations de ces divers publicistes n'étaient point, il est vrai, pour éveiller nos sympathies; au moins pouvaient-elles nous faire supposer qu'elles s'adressaient à un ouvrage sérieux, digne d'être contrôlé, et dont _l'Univers_ devait examiner les conclusions.

Nous y avons été complétement trompés, et nous nous en plaignons.

Le livre de M. Dargaud, comme valeur historique et littéraire, est de ceux sur lesquels les amis sont trop heureux de se taire. Quand ils ne peuvent garder tout à fait un sage et prudent silence, au moins devraient-ils ne pas se lancer dans des éloges qui deviennent grotesques lorsqu'on les rapproche du sujet qui les excite. Nous ne devinons pas ce qui a pu valoir à l'historien de Marie Stuart une bienveillance aussi outrée. Il ne cesse de tomber dans des contradictions flagrantes.

Il ne faut pas chercher à discuter les interprétations d'un pareil écrivain. Évidemment, sa visée est ailleurs. Il serait superflu de lui rappeler que de Thou, malgré sa gravité magistrale et sa belle latinité, n'est pas un historien; c'est un pamphlétaire effronté, violent, haineux, menteur, accueillant toujours avec joie toute injure et toute atteinte portées à l'Église; et il a beau être escorté de Hume, il ne constitue pas une autorité suffisante pour faire accepter les atrocités que le nouvel écrivain attribue à Marie Stuart.

Les histoires, les confidences, la manie de parler de soi, les exagérations dans les portraits, le perpétuel souci de la philosophie, de la liberté, l'amour de la révolution, dont les flammes servent _de régénération plutôt que de destruction_, tout cela montre à quelle école appartient M. Dargaud. Il eût peut-être mérité de rencontrer de meilleurs maîtres.

LÉON AUBINEAU.

(_L'Univers religieux_, 28 et 29 janvier 1851.)

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Nous sommes heureux d'avoir à saluer, dès le seuil de cette revue littéraire, un de ces grands et beaux livres qui sont les apparitions de la science et de la pensée contemporaines: l'_Histoire de Marie Stuart_ par M. Dargaud.

De cette pathétique destinée, M. Dargaud a fait un chef-d'œuvre d'intérêt et d'émotion. La vie surabonde dans son livre, une vie de chaleur et de lumière qui éclaire les visages, rallume les passions, colore les mœurs, illumine les caractères, pénètre les consciences et réalise l'idéal de l'histoire, la résurrection: la résurrection d'une grande époque ranimée par une inspiration puissante, expliquée par la science, devinée par l'intuition, réchauffée par le cœur, vivifiée par les magies mouvantes de la forme et du style. C'est dans les portraits surtout que brille ce prestige de vie qui est le don par excellence de M. Dargaud. Marie Stuart, Élisabeth, Bothwell, Morton, Knox, Burleigh, revivent en traits ardents sous cette plume d'artiste, à la fois ondoyante et précise, pinceau d'Holbein trempé dans la palette de Van Dyck, qui dessine dans le mouvement et burine dans la couleur.

L'_Histoire de Marie Stuart_ est plus large qu'une monographie; elle enveloppe l'époque tout entière. M. Dargaud a encadré la reine d'Écosse dans une éblouissante perspective de la Renaissance. Il a groupé sur les seconds plans et dans les demi-jours de son œuvre, Philippe II, Calvin, Henri III, Catherine de Médicis, Giordano Bruno, le duc de Guise, les grandeurs, les passions et les fanatismes de ce XVIe siècle, dont Marie fut la charmante et tragique incarnation.

Mais le génie de ce livre, ce n'est pas seulement son talent et son éloquence, c'est sa vertu: c'est la conscience qui l'inspire, c'est le cœur qui l'attendrit; un cœur qui se partage et se multiplie entre toutes les douleurs et tous les martyres qu'il raconte; une conscience qui scrute et qui juge avec la pureté lumineuse de son instinct. La voix intime de l'historien ne se perd jamais dans les mille bruits de son récit; elle condamne, elle pardonne, elle prédit, elle enseigne, et à son accent religieux et sévère, on croirait entendre le chœur d'une tragédie grecque élever son chant d'expérience, de prophétie et de sagesse dans la mêlée d'un drame de Shakspeare.

Les âmes, suivant les livres sacrés de l'Inde, parcourent après leur mort un cercle de métempsycoses avant de rentrer dans la vérité de leur être. Les âmes de l'histoire ont, elles aussi, leurs transmigrations. Elles errent de siècle en siècle à travers toutes les ombres du rêve, de l'illusion et de la chimère, avant d'arriver à la forme solide et durable qui les consacre pour l'avenir. Le livre de M. Dargaud est pour Marie Stuart cette consécration; son nom restera attaché à cette mémoire de deuil et de splendeur, comme celui des grands artistes du XVIe siècle à la frange de pourpre du manteau des reines dont ils éternisaient la beauté dans leurs chefs-d'œuvre.

PAUL DE SAINT-VICTOR.

(_Les Foyers du peuple_, janvier 1851, nº 1.)

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Marie Stuart, cette sirène du XVIe siècle, qui eut tous les dons cruels ou enivrants de la vie, la Beauté, la Royauté, le Génie, la Passion, l'Infortune, le Crime, et la fin héroïque et sanglante: cette Marie-Madeleine de la royauté, qui versa tout son sang sur les pieds du crucifix d'ivoire qu'elle embrassait en mourant, comme la courtisane de Jérusalem, moins durement éprouvée, répandit son vase de parfums sur les pieds vivants du Sauveur; cette femme, enfin, énigme de vice et de vertu, qui fut tout un cœur orageux, toute une politique, toute une destinée, a rencontré, non pas seulement un peintre de plus, elle en avait assez d'ailleurs, une telle femme en fit toujours naître, mais un historien qui l'a regardée, étudiée longtemps, sans que le spectre charmant de la tentatrice, couchée dans sa tombe, l'ait rendu amoureux ou fou, et qui, les yeux froids, la tête ferme et saine, a tracé sa vie et dit sa mort avec l'expression inspirée et parfois attendrie d'un poëte et la science patiente et détaillée d'un chroniqueur.

Pour l'expression d'un poëte, ce n'était pas miracle: M. Dargaud, l'auteur de la nouvelle _Histoire de Marie Stuart_, en est un. Il a fait ses preuves de poésie et de style. Mais pour la curiosité passionnée du renseignement, pour la recherche infatigable et minutieuse qui regarde par les deux côtés de la lorgnette afin d'y voir mieux, pour ce culte du détail sur lequel passent d'ordinaire d'un vol insouciant tous ces esprits qui ont des ailes, voilà ce qu'on ne savait pas de M. Dargaud, et ce que son histoire nous a appris. Entrée de plain-pied dans la légende, dans le drame, dans le roman, Marie Stuart avait autour d'elle une perspective dans laquelle elle se perdait trop, là diminuée, ici grandie, plus souvent grandie que diminuée! Elle avait une auréole, un nimbe éclatant, coupé de temps en temps par une nuée, à travers laquelle on eût dit qu'il étincelait mieux. Mais elle n'avait point de cadre précis et net, s'ajustant à elle, la prenant toute.

Des points lumineux indiquaient son action ou sa présence dans le clair-obscur des événements de son histoire, et cette ombre, éclairée à demi, était un charme de plus pour la contemplation attirée; mais la lumière ne tournait pas, d'une égale clarté, autour de son personnage, de manière à en détacher toutes les parties et à en faire saillir tous les gestes. C'est cette lumière que M. Dargaud a voulu répandre: c'est cette vérité complète, tout à la fois vaste et microscopique, qu'il a tenté de dégager. Pour cela, rien ne lui a coûté. Il a vécu plusieurs années dans une relation intime et profonde avec son sujet. Homme heureux, il a pu s'entourer du plus beau siècle qui fût jamais pour la passion, pour la conviction, pour le mouvement de la gloire et l'antagonisme de toutes les grandeurs, et vivre ainsi comme dans un buisson ardent, oubliant la chétive époque où nous sommes, goutte épuisée du sang de nos pères, qui n'avons pas même la force des tristes passions qui nous restent! Livres, manuscrits, monuments, antiquités, voyages d'Angleterre et d'Écosse, relations sociales, lettres inédites, M. Dargaud a mis tout en œuvre; il a tout interrogé, tout consulté, dans l'intérêt de son histoire, jusqu'aux portraits et aux statues, ces souvenirs taillés dans le marbre, avec lesquels on peut reconstruire l'être qui vécut et en donner une plus forte idée. Sans doute, le fait arraché à ce qui l'enveloppait et le cachait, la vérité, une fois trouvée, passe à travers l'esprit qui l'a découverte, et cet esprit très-poétique, je l'ai dit, en M. Dargaud, jette sur elle les prismatiques reflets de ses impressions et les résonnances de ses sentiments personnels. Mais le moyen de n'avoir pas son âme en écrivant l'histoire? Pour ma part, j'ai toujours un peu souri des songe-creux d'impartialité; car, à une certaine profondeur, un tel mot n'a plus rien d'humain et ne cache plus que l'impossible. Mais, à part cette inévitable condition de tout historien d'aborder l'histoire avec sa propre personnalité et de colorer involontairement de certaines teintes du _moi_ individuel la vérité des faits, sans manquer pourtant à la probité de l'exactitude, comme une liqueur, dans une coupe de cristal, n'altère pas, tout en la teignant, la pureté de sa transparence, le livre de M. Dargaud, malgré des erreurs philosophiques, est, à le bien prendre, une des études les plus loyales et qui attestent le plus l'amour de la vérité _pour elle-même_ que nous ayons vues dans ce temps.

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