Part 27
La nuit j'ai veillé solitaire comme le passereau sur son toit.
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Mes jours ont décliné comme l'ombre, et j'ai séché comme l'herbe du faneur.
La langue de l'impie et du fourbe s'est déchaînée contre moi.
La perfidie est sur les lèvres de mes agresseurs; ils ont rugi contre moi, ils m'ont fait une guerre d'iniquité.
Que le méchant règne sur mon ennemi! que Satan se dresse à sa droite!
Que son nom s'oublie en une seule génération!
Que les forfaits de ses pères revivent dans la mémoire du Seigneur, et que le péché de sa mère demeure ineffaçable!
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On surprend ici au vif le secret des prédilections de Marie pour les Psaumes.
Un autre livre qu'elle ouvrait chaque jour, c'est un livre d'heures aux feuillets de vélin, décoré de miniatures, et dont les prières latines et françaises sont tracées à la main. Les pages sont encadrées d'arabesques, et les marges sont ornées de vers composés par Marie Stuart dans ses prisons. Ces vers sont péniblement travaillés; le sens en est obscur, la forme tendue, et ils n'approchent pas de la prose de cette princesse à la même époque:
Voici les meilleurs du recueil:
Comme autrefois la renommée Ne vole plus par l'univers; Isy borne son cours divers La chose d'elle plus aimée.
MARIE, R.
Ce beau manuscrit est ainsi désigné par l'inventaire des effets de Marie Stuart, trouvé dans les papiers de M. de Châteauneuf:
«Heures en parchemin... couverts en velloux avec coings, platines au mylieu et fermoirs d'or garnis de pierreries.»
Ce précieux livre demeura en Angleterre jusqu'en 1615. Il était en vente à Paris au commencement de la Révolution française. Un gentilhomme russe l'acheta, et en fit présent à la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, où, bien que dépouillé de sa reliure primitive et de ses riches ornements, il excite encore l'admiration de tous les étrangers.
Marie Stuart le conserva depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa mort. Elle a mis elle-même une date qui prouve cette longue possession:
_Ce livre est à moy._ MARIE, 1554.
La reine vivait ainsi, priant, ourdissant des intrigues politiques, prodiguant des avances menteuses à son ennemie triomphante; usant le temps à lire, à écrire des vers, à prononcer des sermons, à causer, à médire, à regretter, à espérer. Mais le temps était long, et, quand toutes ces choses étaient faites, Marie ne savait plus que faire. La princesse éblouissante de Fontainebleau et de Saint-Germain, la reine adorée du Louvre et d'Holyrood respirait à l'étroit. Elle se sentait mourir à Sheffield, dans la cellule et dans les habitudes d'une religieuse; réduite par moments à deux chambres, séparée de ses principaux officiers, en communication seulement avec quelques-unes de ses femmes et ses plus indispensables serviteurs; ne se promenant plus à pied, ne montant plus à cheval, malade, brisée d'âme et de corps, abandonnée à tous les pressentiments, à toutes les craintes, en proie à l'ennui, ce vautour des prisons, qui étouffe lorsqu'il ne déchire pas. Marie fut, à plusieurs reprises, bien près de succomber: son courage toujours armé la sauva. L'affection de sa petite cour de trente personnes à Bolton, de seize à Sheffield, les soins de ses dames, l'industrie de ses domestiques lui venaient en aide. Bastien surtout, qu'elle avait toujours protégé, le même qu'elle maria en son château d'Édimbourg, et pour les noces duquel elle donna un bal la nuit où Darnley fut assassiné; Bastien, dévoué à sa maîtresse, d'une imagination inventive, accourait au moindre signe. Il lui persuadait de tenter un mets nouveau dont il lui enseignait la recette; il lui composait des ouvrages de soie et de tapisserie que la reine se décidait à remplir, et la distraction qu'elle en éprouvait la soulageait un peu. Elle, la fière Marie, elle composait lentement de délicieux travaux d'aiguille, pour qui!... pour celle qui la retenait prisonnière, pour celle qu'elle haïssait avec d'autant plus de rage qu'elle contraignait ses mains et ses lèvres à la flatter.
Aussi quel besoin d'émotions douces, d'objets inoffensifs, de créatures aimantes pour reposer ses yeux et ses pensées! Elle cédait à mille élans de tendresse, à mille instincts de bienveillance. Elle s'entourait de parfums et de chants. Elle multipliait la vie autour d'elle, et les fleurs, et les oiseaux, et les chiens, images charmantes de tout ce qui lui manquait, le luxe, la liberté, le mouvement et l'amour.
Il faut l'entendre elle-même.
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
De Sheffield, 8 novembre 1571.
«... J'avoys baillé un ordre à mon tailleur de me faire tenir quelques besoignes. Je vous prie, soubz cette couleur, essayer d'envoyer vers moy, ou à tout le moins quelque chose par les voituriers, et n'oublier le ruban. Je désireroy bien avoir de l'eau de canelle.
«MARIE, R.»
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
Septembre 1573.
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«Expédiés moy le mithridat (le contre-poison, l'antidote), dont je vous ay escript, le meilleur et le plus seurement que faire se pourra, et le reste des besoignes que doit le sieur Vassal m'achepter, spécialement la soie blanche, pour ce que j'en ai plus de haste; quant à la verte, j'en ay reconnu assés.
«Vostre bien obligée et bonne amie,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
Du château de Sheffield, 20 février 1574.
«Il fault que je vous donne la peyne de m'envoyer, le plustost que pourrés, huict aulnes de satin incarnat, de la coulleur de l'eschantillon de soye que vous recevrés, le mieux choisi que trouverés dans Londres. Je le voudrois avoir dans quinze jours, et une livre de plus deslié et double fil d'argent que ferés tramer; et, en bref, je vous rendray compte de l'ouvrage en quoy je le pense employer.
«MARIE, R.»
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
De Sheffield, le 10 mars 1574.
«J'avois demandé des confitures pour ce caresme, qui me feroient bon besoin, l'ayant commencé avec la douleur de mon costé bien aspre, qui ne m'estoit venue depuis Bourkston (Buxton); mais si vous m'en envoyés, je désirerois bien que ce feust par une main asseurée.
«Je ne vous diray aultre chose, sinon que tout mon exercisse est à lire et à travailler en ma chambre; et pour ce, je vous demande, puisque je n'ay aultre exercisse, de m'envoyer le plustost que pourrés, quatre onces, plus ou moins, de la mesme soye incarnatte que m'envoyattes il y a quelque temps, pareille au patron que je vous renvoye; le mieux est d'en faire prendre au mesme marchand qui vous fournit l'aultre. L'argent est trop gros; je vous prie m'en faire choisir de plus deslié, comme le patron est, et me l'envoyer avecque huict aulnes de taffetas incarnat de doubleure; si je ne l'ay bientost, je chomeray, de quoy je serois marrie, car ce n'est pour moy que je travaille.»
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
De Sheffield, 9 juin 1574.
«Je vous charge présenter de ma part à la royne un essay de mon ouvrage, que recevrés par le Karieur, dans une cassette scellée de mon cachet; que vous la supplierés d'accepter en bonne part, comme tesmoignage de l'honneur que je luy porte et désir que j'ay de m'employer en chose qui lui peust plaire. Vous excuserés les faultes, et en prendrés une partie pour vous, qui n'estes bon choisisseur de fil d'argent; et, pour amande de vostre part, tâcherés d'entendre en quoy je pourray travailler qui luy puisse estre plus agréable; et, m'en advertissant, je fairay mieux à l'advenir.»
MARIE STUART A LA REINE ÉLISABETH.
De Sheffield, 9 juillet 1574.
«Madame ma bonne sœur, puisque vous avés fait si bonne démonstration à M. de La Mothe, ambassadeur du roy, monsieur mon bon frère, d'avoir pour agréable la hardiesse que j'ay prise de vous faire présenter par luy ce petit essay de mon ouvrage, je ne me suis peu tenir de vous tesmoigner, par ce mot, combien je m'estimeray heureuse me mettre en debvoir, par tous moyens, de recouvrer quelque part en vostre bonne grace, à quoy j'eusse bien désiré qu'il vous eust pleu m'ayder par quelque signification de ce que vous trouverés en quoy je vous puisse obéir; ce sera quand il vous plaira que je vous fairay preuve de l'honneur et amytié que je vous porte. Je suis bien ayse que vous ayez accepté les confitures que ledit sieur de La Mothe vous a présantées, desquelles j'écris presentement à mon chancelier Du Verger de m'envoyer meilleure provision, et vous me fairés faveur de vous en servir. Et pleust à Dieu qu'en meilleure chose vous me voulussiés employer privément comme vostre; j'aurois telle promptitude pour vous complaire, qu'en bref vous auriés meilleure oppinion de moy. Cependant j'attandray en bonne dévotion quelques favorables nouvelles de vous, puisque je les requiers de si longue main. Et, pour ne vous importuner, je remettray le surplus à M. de La Mothe, m'asseurant que vous ne luy donnerés moins de crédit qu'à moi mesme; et, vous ayant baisé les mains, je prierai Dieu qu'il vous donne, Madame ma bonne sœur, en santé, longue et heureuse vie.
«Vostre bien affectionnée sœur et cousine,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 9 juillet 1574.
«Monsieur de Glasco, pour le present je ne vous diray sinon que, Dieu merssy, je me porte mieulx que d'avant mes bayns, durant lesquels je vous escrivis. Au reste, je vous prie me faire recouvrer des tourtelles et de ces poules de Barbarie, pour voir si je pourray les faire eslever en ce pays (comme vostre frère m'a dit que vous en aviez faict nourrir en cage, et des perdrix rouges chez vous), et despescher quelqu'un jusqu'à Londres pour les apporter, qui m'enverra l'instruction. Je prendrois plaisir de les nourrir en casge, comme je fays de tous les petits oiseaux que je puis trouver. Ce sont des passe-temps de prisonnière, et mesmes pour ce qu'il n'y en a pas en ce pays. Je vous ay escrit il n'y a pas longtemps; je vous prye, tenez la main que mon intention soit suivie, et je prieray Dieu vous avoir en sa garde.
«Vostre bien bonne mestresse et amie,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 18 juillet 1574.
«Si vous avez congé de m'envoyer quelqu'un avecques mes comptes, envoyez Jean de Compiegne, et qu'il m'apporte des patrons d'habits et eschantillons de draps d'or, d'argent et soye, les plus jolis et rares que l'on porte à la cour, pour là-dessus entendre ma volonté. Faytes moy faire à Poissy une couple de coiffes à couronne d'or et d'argent, telles qu'ils m'en ont aultrefoys faictes; et que Breton se souvienne de sa promesse, qu'il me fasse recouvrer d'Italie des plus nouvelles façons des coiffures et voiles et rubans avecques or et argent, et je l'en feray rembourser.
«Souvenez-vous des oiseaux dont je vous ay escrit dernièrement, et communiquez la présente à Messieurs mes oncles, et leur priez de me fayre part de quelques unes des nouveautés qui leur viendront, comme ils font à mes cousines; car bien que je n'en porte, elles seront employées en meilleur lieu. Et pour fin, je requiers Dieu qu'il vous donne, Monsieur de Glascou, bonne et longue vie.
«Vostre bien bonne amye et mestresse,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
De Sheffield, 1574.
«... Si M. le cardinal de Guise, mon oncle, est allé à Lyon, je m'asseure qu'il m'enverra une couple de beaux petits chiens, et vous m'en ascheterez autant; car, hors de lisre et de besoigner, je n'ay plésir qu'à toutes les petites bêtes que je puis avoir. Il me les fauldroit envoyer en des paniers, bien chaudement.
«Vostre bien bonne mestresse et meilleure amye,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield.
«Monsieur de Glascou, je suis satisfayte de ma montre, qui me playt tant pour ces jolies devises, qu'il fault que je vous en remercie. N'oubliés pas mes armoyries et devises dont mon segretaire Nau vous a escrit, et davantage celles de feu M. mon grand-père et Mme ma grand'mère. Au reste, j'ayme bien mes petits chiens.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 1574.
«Monsieur de Glascou, Serves de Condé, un ancien et bon serviteur, s'est plaint à moy d'avoir esté oublié sur mon estat, ces années passées. J'entends que luy et sa femme y soient remis au premier. Cependant, je lui ay signé un mandement de quoy je vous prie le faire payer.
«Vostre bien bonne amye et mestresse,
«MARIE, R.»
A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
De Sheffield, 4 août 1574.
«... Quant à l'opinion de M. le cardinal, mon oncle, de mettre mon argent en un coffre, je le trouve bon et l'en supplie humblement. Je le supplie me tenir en sa bonne grace et me faire au long entendre sa volonté, ou par son chiffre ou par le vostre. Advisez bien que personne, que vous et lui, ne sçache rien de ce que je vous escris, car un mot esventé par mesgarde m'emporteroit de la vie, quand ce ne seroit que pour la peur de mes intelligences.»
Du milieu de ces manéges diplomatiques, de ces soins touchants, de ces affections délicates auxquelles elle se retenait pour ne pas tomber dans l'abîme dont elle sentait le vertige, Marie Stuart, d'intervalle en intervalle, poussait un cri de détresse. Elle faisait appel à sa famille, au cardinal de Lorraine, son oncle, au roi de France, au pape, à Catherine de Médicis, à Élisabeth elle-même.
Écoutons-la du fond de son donjon:
A MONSIEUR LE CARDINAL DE LORRAINE.
Sheffield, 4 août 1574.
«... M. de La Mothe me conseille vous supplier que mon cousin de Guise, Mme ma grand'mère et vous, écriviez quelques lettres honnestes à Leicester, le remerciant de sa courtoisie vers moy, comme si luy faisoyt beaucoup pour moy, et par mesme moyen lui envoyer quelque présent, que cela me feroyt grand bien. Il prend plaisir à des meubles. Si lui envoyiez quelque coupe de christal en vostre nom et me la faire payer, ou quelque beau tapis de Turquie, ou semblables choses que trouverez le mieux à propos, il me sauveroyt peut-estre cet hyver, et lui feroit de honte mieux faire, ou estre soupsonné de sa maystresse, et tout m'ayderoit.»
MARIE STUART A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, août 1574.
«... Si mon oncle, monsieur le cardinal, me voulloit adresser quelque chose de joly ou bien des brasselets, ou un myroir, je le donneroys à la royne. Car on m'a advertye qu'il fault que je lui face des présents. Si vous trouvez quelque chose de nouveau, faites le moy achepter, et demandés pasport pour m'estre apporté, et peult-estre que, pour l'avoyr, la dicte royne sera contente de me le laisser venir. Il fauldroit m'escrire en lettres ouvertes que l'avez recouvert, pour, s'il me plaisoit, servir d'un token (cadeau) à la royne; mais que ne voullés qu'il soyt délivré qu'à moy, pour voir si je le trouveroys agréable. Et si mon oncle devisoit quelque devise entre elle et moy, ces petites folies là la fairoient plustost couller le temps avec moy, que nulle autre chose.»
MARIE STUART AU CARDINAL DE LORRAINE.
8 novembre 1574.
«... Mon bon oncle, si vous sçaviez les afflictions, alarmes et peurs que j'ay tous les jours, vous auriés pityé de moi, quoique je ne serois vostre chère fille et niepce.
«... S'il plaît à Dieu me délivrer par vostre moyen et de mes parens, vous et eux en aurez plus de force et de support pour nostre maison. Mon bon oncle, si je voys qu'avés soing de moy, je porteray tout paciemment, et metteray poine de me préserver, pour vous obéir le reste de ma vie.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
11 novembre 1574.
«Depuis mon chifre écrit, le frère de Du Verger a eu pasport de me venir porter quelques confitures que j'avoys mandées, dont monsieur de La Mothe a, de ma part, présenté la moytié à cette royne, qui m'avoyt par luy prié en faire venir; et bien qu'il en eut pris l'essay, quelques uns lui ont voullu mettre en teste que c'estoit pour l'empoysonner; ce que oyant l'ambassadeur, il a supplié la royne, qui les avoyt receues, qu'elle n'en goutast. Mais elle respondit que puisqu'il en avoyt fait l'essay, elle ne s'en défieroyt poinct, et en a tasté et trouvé bonne.»
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
Du château de Sheffield, 13 décembre 1574.
«... Monsieur de La Mothe-Fénelon, l'asseurance que me donnés que la royne, ma bonne sœur, recevra en bonne part les petits ouvrages que je puis faire de ma main, m'a fait travailler vollontiers à faire cet ascoutrement de reseuil (réseau) que je vous prie lui présenter, avecque ce mot de lettre que vous fermerez l'ayant leue, lui ramentevant tousjours le désir que j'ay de pouvoir faire chose qui lui soit agréable. Et le jour qu'elle me fera cette faveur de le porter, je vous prie lui baiser très humblement les mains pour moi: de quoy je vous seray obligée.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 9 janvier 1575.
«... Je vous prye, faytes moy faire ung beau miroir d'or, pour pendre à la ceinture, avec une cheine à le pendre; et qu'il soit sur le miroir le chiffre de ceste royne, et le myen, et quelque devise à propos, que le cardinal mon oncle devisera. Il y a de mes amis en ce pays qui demandent de mes peintures. Je vous prye m'en faire faire quatre enchassez en or, et me les envoyez secretement, et le plus tost que pourrez.»
MARIE STUART A HENRI III, ROI DE FRANCE.
De Sheffield, 12 juin 1575.
«... Je vous beseray humblement les meins du bien qu'il vous a pleu fayre à l'evesque de Rosse en faveur des servisses qu'il m'a faicts. Ce sont les effects de l'amitié d'un très bon frère et allié, et qui me font esperer que ceste si ensienne allience d'entre nos prédecesseurs sera encores entre nous deux renouvellée et plus estroictement confirmée.
«Vostre plus humble sœur à vous obéir,
«MARIE, R.»
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 9 mai 1578.
«... Ayez souvent audience de la royne mère (Catherine de Médicis), et mectez peine de l'informer, au mieux que vous pourrez, du respect et obéissance que je lui veux porter, afin de la rendre plus facile à l'advancement et expédition de ce qui lui sera communiqué par messieurs mes parens.»
MARIE STUART A LA REINE ÉLISABETH.
5 septembre 1579.
«Madame ma bonne sœur, je vous ai escript par diverses foys, depuis le voyage que mon secretaire a fait en Écosse; mais n'ayant eu aucune responce, craignant que toutes mes lettres ne vous ayent esté présentées, je n'ay voulu faillir de m'en descharger près de vous, et vous ramantevoir l'estat misérable de la mère et de l'enfant, vos plus proches parens, affin qu'il vous plaise, selon vostre acoustumé bon naturel, leur subvenir en une nécessité si urgente.»
«... Vous protestant, sur ma foy et conscience, que je désire autant que vivre d'acquérir et mériter vostre bonne amytié par tous les debvoirs que je pourray vous rendre comme vostre humble sœur puisnée, qui en ceste volonté vous bayse les meins.»
Marie Stuart était profondément occupée de son fils; son fils l'inquiétait sans cesse. Elle souhaitait de l'arracher au protestantisme, à Élisabeth, et de le donner, selon le vent de la politique, soit à la France, soit à l'Espagne, mais toujours au catholicisme, afin de le reconquérir, et de faire de leurs deux causes une seule cause, de leurs deux faiblesses une force. Elle s'était attachée à ce dessein obstinément; et si les ministres anglais s'avisaient de l'en soupçonner, elle le niait avec une imperturbable assurance. Sa politique sur ce point était superstitieuse, et la pauvre reine y mêlait des pratiques secrètes de dévotion. Après s'être adressée à tous les princes, à tous les diplomates, à tous les partisans des royautés papistes, à tous ses parents de Lorraine et de Guise, elle invoqua la Vierge, et elle eut recours à une neuvaine.
Elle écrivit à M. de Glasgow, son ambassadeur en France:
De Sheffield, 18 mars 1580.
«Acquittez moi d'un vœu que j'ai autrefoys fait pour mon filz; c'est à sçavoir d'envoyer sa pesanteur de cire vierge, lorsqu'il nacquit, à Notre-Dame de Clery, et y faire faire une neufvaine. Outre laquelle je désire que vous faciez chanter une messe en la dicte église, par chascun jour, un an durant, et distribuer là, par chascun jour, treize trezains à treize pauvres, les premiers qui se présenteront de jour à aultre.»
Les passions cependant et les intérêts contraires suivaient leur cours.
Leicester, à l'exemple de la reine sa maîtresse, recevait les présents de Marie, lui renvoyait des compliments, des hommages de galanterie, et ne cessait de conseiller à Élisabeth de la faire mourir _à huis clos_. Ses collègues appuyaient ce conseil barbare. Élisabeth ne le repoussait pas, elle l'ajournait. Sa résolution était prise.
Elle préluda contre Marie à l'attentat suprême par mille attentats. Elle, qui avait le culte de la royauté, sa haine envers la femme lui fit oublier les égards que ses sujets mêmes devaient à une tête qui avait porté deux couronnes, et qui avait légitimement droit à une troisième. Les sévérités, les rudesses étaient recommandées aux gardiens de Marie. Ceux qui tempéraient de quelques adoucissements ces ordres sauvages, des grands seigneurs comme lord Scrope et lord Shrewsbury, étaient vivement réprimandés de leur politesse. Leur commisération, leur respect étaient des délits aux yeux d'Élisabeth, presque des trahisons. Il fallait être le tourmenteur de la reine d'Écosse pour plaire à la reine d'Angleterre.
Malgré les tolérances qu'amène l'intimité, Marie eut beaucoup à souffrir de la tyrannie imposée à ses geôliers grands et petits. Toute complaisance pour elle était punie; toute méfiance, toute dureté, toute aggravation contre elle étaient récompensées à Greenwich.
Les châteaux qu'elle habita successivement, surtout Tutbury, furent si malsains, elle fut si exposée dans ces tristes séjours au froid, à la fumée, au vent, à l'humidité, sans parler de l'ennui qui empoisonnerait les plus charmantes résidences, qu'elle y contracta des infirmités précoces. Les ordonnances des médecins, les soins de ses serviteurs, les bains répétés de Buxton, furent impuissants à la guérir.
La parcimonie dans les dépenses de sa table et dans tout ce que payait Élisabeth était honteuse. La pauvre Marie était détournée du dégoût que lui inspirait cette avarice haineuse qui s'étendait à tout, par les inquiétudes, les soucis de sa propre sûreté. Toujours en peur d'être empoisonnée, ses maîtres d'hôtel, les Beatoun et Melvil, étaient des amis qui veillaient plus à sa vie qu'à sa maison. Et ce n'étaient pas des craintes chimériques. Plus d'une fois ce lâche crime, nous l'avons dit, avait été conseillé par Leicester. Ce ne fut pas le désir qui manqua à Élisabeth; ce fut l'audace. Elle redoutait les cours de l'Europe. Elle espérait une occasion où elle pût à la fois désaltérer son envie féroce et ne pas perdre sa réputation, ne pas compromettre son honneur. Bien différente de sa rivale, elle était prudente jusque dans l'assassinat, et elle songeait à préserver judaïquement son odieuse robe virginale de toute tache de sang.