Histoire de la vie et de l'administration de Colbert
Chapter 51
[262] Boileau a dit de lui, dans sa onzième satire:
Si je veux d'un galant dépeindre la figure, Ma plume pour rimer trouve l'abbé de Pure.
Sans être ni propre ni galant, dit Brossette, l'abbé de Pure affectait un air de propreté et de galanterie. Suivant ce commentateur, l'abbé de Pure distribuait une _espèce de parodie où Boileau était convaincu par Colbert d'avoir fait des libelles contre le gouvernement_. C'est ce qui lui valut les vers qu'on vient de lire.
[263] On se rappelle les vers de Boileau contre les abbés Cottin et Cassagne dans la satire du _Repas_:
Moi qui compte pour rien ni le vin ni la chère, Si l'on n'est plus au large assis en un festin Qu'aux sermons de Cassagne et de l'abbé Cottin.
Les abbés Cassagne et Cottin étaient tous deux de l'Académie Française. L'abbé Cassagne, dit Brossette dans ses notes sur Boileau, était d'une humeur très-mélancolique. Nommé pour prêcher à la cour, la crainte du ridicule l'empêcha de s'y produire. Alors il redoubla d'ardeur pour le travail; mais sa raison y succomba, et il fallut le faire renfermer à Saint-Lazare.
[264] C'est le même dont il a été question dans la partie de cette histoire relative à la naissance de Colbert, et qui lui a appliqué l'épitaphe: _A parvo existens_, etc.
[265] Racine n'avait alors que vingt-quatre ans, et il n'avait encore composé que l'ode _la Nymphe de la Seine_, à l'occasion du mariage du roi. C'est cette ode qui lui valut la pension de 600 livres pour laquelle il figure sur cette première liste. Plus tard, elle fut portée à 2,000 livres, sans compter les autres faveurs et la gratification comme historiographe.
[266] _Abrégé chronologique du président Hénault_, année 1663.
[267] _Mes voyages aux environs de Paris_, par J. Delort. 2 vol, in-8º. t. II, p. 193 et suiv.--Cité par M. Peignot.
[268] _Le Spectateur_, t. III, p. 87 et suiv., article de M. Depping.--Voir, au sujet de ce projet de Louis XIV, des pièces justificatives très-curieuses publiées dans la première édition de l'_Histoire de la Marine_, par M. Eugène Sue.--Hermann Conring est désigné sous le nom de Conringius dans une lettre circulaire adressée par Colbert, le 20 février 1671, à MM. le comte Graziani, Carledati et Viviani à Florence, Heinsius à Stockholm, Conringius à Helinstad, Gronovius à Leyde, Ottavio Ferrari à Padoue, et Hevelius à Dantzig. La lettre est ainsi conçue: «Monsieur, l'application que vous continuez de donner aux belles-lettres, et les advantages que le public recevra de vos veilles, conviant le Roy de vous continuer ses grâces, Sa Majesté m'a ordonne de vous faire tenir la gratification qu'elle a accoustumé de vous donner tous les ans; c'est de quoy je m'acquitte, vous assurant que je suis toujours, etc., etc.» (Arch. de la mar., _Registre des despesches_, année 1671.)
[269] _Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine_, par M. Walckenaer, liv. IV.
[270] _Collection des anciennes lois françaises_, etc.--L'Académie de Peinture et de Sculpture de Paris avait été fondée en 1648; celle de Rome fut fondée par Colbert en 1665; cependant les médailles pour les deux académies portent la date de 1667.
[271] Voici ce que Louis XIV lui-même dit de cette devise dans ses _Instructions pour le Dauphin_, année 1662: «Ceux qui me voyoient gouverner avec assez de facilité et sans être embarrassé de rien, dans ce nombre de soins que la royauté exige, me persuadèrent d'ajouter le globe de la terre, et pour âme _nec pluribus impar_; par où ils entendoient, ce qui flattoit agréablement l'ambition d'un jeune roi, que, suffisant seul à tant de choses, il suffiroit sans doute à gouverner d'autres empires, comme le soleil à éclairer d'autres mondes, s'ils étoient également exposés à ses rayons. Je sais qu'on a trouvé quelque obscurité à ces paroles, et je ne douta pas que l'Académie n'en eût pu fournir de meilleures; mais celles-là étant déjà employées dans les bâtiments à une infinité d'autres choses, je n'ai pas cru à propos de les changer.» _OEuvres de Louis XIV_, t. II. Il est certain que cette devise était non-seulement très-ambitieuse, mais très-obscure, et qu'elle ne signifiait nullement ce qu'elle avait la prétention d'exprimer. C'est l'opinion de Voltaire, _Siècle de Louis XIV_, chap. XXV.
[272] _Documents authentiques_, etc., p. 133, en _note_.--Les premiers membres de l'Académie des Sciences furent MM. Carcavi, Roberval, Huyghens, Frenicle, Picard, Duclos, Bourdelin, de La Chambre, Cl. Perrault, Auzout, Pecquet, Buot, Gayant, Mariotte et Marchand. Peu de temps après, Cassini fut appelé de Bologne où il était professeur, et il en fit aussi partie.--(_Mémoires de Charles Perrault_, liv. Ier.)
[273] _Gazette de France_ de l'année 1667, nº 52, citée dans la notice sur Colbert, par Lemontey.
[274] _Mémoires de Charles Perrault_, livre III.
[275] Biblioth. roy. Mss. _Journal des bienfaits du roy_. Suppl. français. 579.
[276] _Neuvième lettre à mes commettants_, par Mirabeau.
[277] _Leçons d'histoire prononcées à l'École normale en l'an III_ (1795), p. 141. Paris, 1799, in-8º.--L'erreur de Volney vint, en partie sans doute, d'avoir calculé le prix du marc d'argent, sous Louis XIV, à 16 livres, tandis qu'il valut 26 livres 10 sous de 1641 à 1679; 29 livres 6 sous de 1679 à 1690, et 30 livres de 1670 à 1675. Le marc d'argent (8 onces) vaut aujourd'hui 54 francs.
[278] Voir pour les détails: 1º _Documents authentiques sur les dépenses de Louis XIV_, par M. Peignot; 2º l'ouvrage intitulé: _États au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV à Versailles, Marly et dépendances; au Louvre, Tuileries, canal du Languedoc, secours aux manufactures, pensions aux gens de lettres, depuis 1661 jusqu'en 1710_, par M, Eckard; Versailles, 1836. L'ouvrage de M. Eckard, postérieur de quelques années à celui de M. Peignot, éclaircit complètement cette intéressante question. Il y a, entre les calculs de ces deux écrivains, une différence de 10 millions; j'ai adopté ceux de M. Eckard, qui paraissent plus complets.
[279] _Mémoires de Charles Perrault_, livre II.
[280] _Documents authentiques sur les dépenses de Louis XIV_, par Gabriel Peignot.--_Essais sur Paris_, par Sainte-Foix.--_Mémoires de Charles Perrault_; livre II: voici le portrait que fait Perrault du cavalier Bernin. «Il avait une taille un peu au-dessous de la médiocre, bonne mine, un air hardi; son âge avancé et sa grande réputation lui donnaient encore beaucoup de confiance. Il avait l'esprit vif et brillant et un grand talent pour se faire valoir; beau parleur, tout plein de sentences, de paraboles, d'historiettes et de bons mots dont il assaisonnait la plupart de ses récits.»
[281] M. Montyon, dans ses _Particularités sur les ministres des finances_, et M. Dupont, dans son introduction aux _Fastes de la Révolution française_, donnent quelques extraits de ce mémoire, mais sans en indiquer l'origine. Bien que je n'en aie pas trouvé de trace dans mes recherches, je n'ai pas cru devoir négliger ce document très-important en raison des remontrances qu'il contient et qui font le plus grand honneur à Colbert. D'après M. Montyon, ce mémoire commence ainsi: «Voici, Sire, un métier fort difficile que je vais entreprendre; il y a près de six mois que je balance à dire à Votre Majesté les choses fortes que je lui dis hier et celles que je vais encore lui dire. Je fais, auprès de Votre Majesté, le métier sans comparaison le plus difficile de tous; il faut, de nécessité, que je me charge des choses les plus difficiles et de quelque nature qu'elles soient. Je me confie en la bonté de Votre Majesté, en sa haute vertu, en l'ordre qu'elle nous a souvent donné et réitéré de l'avertir au cas qu'elle allât trop vite, et en la liberté qu'elle m'a souvent donnée de lui dire mes sentiments...» M. Dupont paraît avoir réuni deux mémoires en un seul; le dernier serait d'une date postérieure et se rapporterait plutôt à l'année 1670.
[282] Ces revues donnaient lieu à des caricatures et à des libelles qu'on affichait dans Paris. Un de ces derniers portait pour titre, au sujet d'une revue qui devait avoir lieu à Moret, près de Fontainebleau: «_Louis XIV donnera les marionnettes dans les plaines de Moret._» Colbert ne craint pas d'en parler au roi dans son mémoire. Un autre libelle, distribué dans les maisons, portait ces mots: _Parallèle des sièges de La Rochelle et de Moret, faits par les rois Louis XIII et Louis XIV_. «Je sais bien, dit Colbert à ce sujet, que ces sortes d'écrits ne doivent entrer pour rien dans les résolutions des grands princes; mais _je crois qu'ils doivent être considérés dans les actions indifférentes qui requièrent l'approbation publique._» Que de raison dans ce peu de mots!
[283] Louvois, secrétaire d'État de la guerre.
[284] _États au vrai_, par M. Eckard, d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale, intitulé: _Comptes des bastiments du Roy_: Fonds Saint-Martin, 92, in-4º de 54 feuilles. Le livre de M. Eckard donne séparément la dépense de la maçonnerie, plomberie, menuiserie, etc., etc.
[285] Avec son exagération habituelle, le duc de Saint-Simon estime que, _pour Marly seul, en y ajoutant la dépense des voyages, on ne dira point trop en parlant par milliards_. (_Mémoires_, etc., t. XII, ch. iv.) A ce compte, Volney aurait pu porter le total de la dépense pour bâtiments à 30 ou 40 milliards.
[286] Ce monument était situé à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, sur la place dite depuis du Trône, parce qu'on y dressa un trône magnifique pour Louis XIV et Marie-Thérèse, lorsqu'ils firent leur entrée dans la capitale, le 20 août 1660. Dix ans après, la ville de Paris résolut d'y faire élever un arc de triomphe. Perrault en donna les dessins. Construit en pierre jusqu'à la hauteur des piédestaux des colonnes, l'arc fut achevé en plâtre pour former un modèle de ce qu'il devait être. Comme il menaçait ruine, on le démolit en 1716. Il n'en reste plus que la gravure de Sébastien Leclerc. (_Note de M. Eckard_.)
[287] On me saura gré de reproduire à ce sujet une note très-judicieuse de M. Montyon. «L'Hôtel des Invalides devait-il être un palais? Était-il plus convenable qu'il ne fût qu'un hospice bien approvisionné? Tous les invalides devaient-ils être rassemblés? N'aurait-il pas été plus utile qu'ils fussent dispersés dans les provinces, où ils auraient pu être de quelque utilité, où leur entretien eût été moins dispendieux, où la dépense de leur entretien eût versé des fonds dans des cantons qui en manquaient? C'est M. de Louvois qui a dû peser ces questions, puisque c'est lui qui a fondé cet établissement; il n'est pas sans vraisemblance qu'il a sacrifié à une vanité que trop souvent Louis XIV prit pour de la grandeur» (_Particularités sur les ministres des finances_).
[288] Ce chiffre est approximatif. Les _États au vrai_, publiés par M. Eckard, ne donnent pas le chiffre exact de la dépense faite au Val-de-Grâce; seulement M. Eckard la porte à 3 millions, d'après d'autres documents.
[289] Le canal du Languedoc, qui a 54 lieues de longueur, coûta 17 millions (voir au chap. suiv). Aujourd'hui, une lieue de canal coûte environ 600,000 francs. D'après cela, il suffirait de doubler la somme dépensée par Louis XIV pour avoir sa représentation actuelle. Au surplus, une évaluation exacte, mathématique, me paraît impossible, et je ne prétends donner, à ce sujet, que des indications. L'essentiel était de rétablir le chiffre de la dépense effective, _en monnaie du temps_.
[290] _Mémoires pour servir à l'histoire du Languedoc_, par feu M. de Basville, intendant de cette province. Amsterdam (_Marseille_), 1734. M. de Basville-Lamoignon a été intendant du Languedoc de 1685 à 1710.
[291] _Histoire du canal de Languedoc_, par les descendants de Pierre-Paul Riquet de Bonrepos, I vol. in-8. Il existe une autre histoire du canal de Languedoc, par le général Andréossy qui attribue à un géomètre de ce nom, l'honneur d'avoir fait les études du canal; mais cette assertion est positivement contraire à toutes les pièces officielles, au témoignage de Vauban et à la correspondance de Colbert. Répondant sans doute à quelques prétentions contemporaines, M. de Basville dit aussi très-formellement à ce sujet que Riquet fut l'_inventeur_, l'_entrepreneur_ et le _seul directeur_ du canal des deux mers.
[292] _Histoire du canal de Languedoc._ Archives du canal.
[293] _Ibidem._
[294] _Recherches sur les finances_, etc., État des dépenses de l'année 1670.
[295] _Lettre à M. Barillon_ (intendant de Picardie), _contenant la relation des travaux qui se font en Languedoc pour la communication des deux mers_, par M. de Froidour. Toulouse, 1672. Cette brochure, qui est très-curieuse et dont l'_Histoire du canal de Languedoc_ donne quelques extraits, se trouve à la Bibliothèque royale, Mss., dans le portefeuille Fontanieu, nos 717-718, _Commerce, canaux, manufactures_, etc. M. de Froidour, auteur de la relation dont il s'agit, était lieutenant général au bailliage de la Fère et commissaire-député en Languedoc pour la réformation générale des eaux et forêts. On trouve de nombreuses lettres de lui dans la correspondance adressée à Colbert.
[296] _Histoire du canal de Languedoc._ Archives du canal.
[297] Arch. de la mar., _Registres des despesches_, année 1672. La lettre précédente ne se trouve pas dans le _registre des despesches_, et l'_Histoire du canal de Languedoc_ ne donne pas celle de Colbert au fils de Riquet.--Pendant la plus grande partie du règne de Louis XIV, le rêve des courtisans et des ingénieurs fut d'amener de l'eau à Versailles. On ne saurait croire à combien de projets ce caprice du roi donna lieu. Riquet lui-même proposa à Colbert de détourner une partie de la Loire et de la conduire sur la montagne de Satori d'où on l'aurait dirigée à volonté. Cette entreprise ne devait coûter, disait-il, que 2,400,000 livres, et le traité allait être signé, lorsque Perrault, commis à la surintendance des bâtiments, suggéra à Colbert l'idée de faire examiner auparavant par l'Académie des Sciences si l'entreprise était praticable. Colbert suivit ce conseil, et, sur l'avis de l'Académie qui fit faire le nivellement des terrains avec beaucoup de soin, ce projet fut abandonné. (_Mémoires de Charles Perrault_, livre III.)
[298] _Mémoires pour servir à l'histoire du Languedoc_, par M. de Basville.
[299] _Histoire du canal de Languedoc_.
[300] _Collection des anciennes lois françaises_, etc. C'est par erreur que l'édit concernant ce canal y est intitulé _Édit pour la construction du canal de Loing_. Ce n'est qu'en 1720 que le duc d'Orléans fit faire le canal de Loing, parce que la rivière de ce nom était devenue impraticable de Montargis à la Seine.
[301] _Dictionnaire hydrographique de la France_, par Moithey, Paris, 1787.
[302] _Collection des anciennes lois françaises_, etc.
[303] En ce qui regarde les douanes, voici comment Colbert avait lui-même formulé son système, dans un mémoire présenté au roi: «Réduire les droits à la sortie sur les denrées et sur les manufactures du royaume; diminuer aux entrées les droits sur tout ce qui sert aux fabriques; _repousser, par l'élévation des droits, les produits des manufactures étrangères_. (_Recherches sur les Finances_, etc.)--Les deux premiers articles de ce programme sont inattaquables; on verra plus loin les funestes conséquences qu'entraîna le dernier, tel qu'il fut exécuté par Colbert.
[304] _De l'Organisation industrielle de la France avant le ministère de Colbert_, par M. L. Wolowski; mémoire lu à l'Académie des Sciences morales et politiques, le 11 mars 1843, et inséré dans la _Revue de Législation et de Jurisprudence_ de la même année.--_Apologie du Système de Colbert ou Observations juridico-politiques sur les jurandes et maîtrises d'arts et métiers_. Amsterdam, 1781 (Bibliothèque royale; F. 4480-6). Il y a à la fin du volume un _Extrait des principaux règlements intervenus sur le fait des arts et métiers, depuis 1539 jusqu'en 1767_.
[305] «Il y a eu à ce sujet vingt ou trente mille jugements, avis des chambres et bureaux de commerce.... Combien de temps perdu, combien de frais, de factums, d'animosités, de haines et de querelles pour établir la démarcation entre un habit neuf et un vieil habit!» (_Rapport sur les jurandes et maîtrises_, par Vital Roux, p. 24, cité par M. Wolowski.) Les communautés de Paris, écrivait Forbonnais vers 1750, dépensent annuellement près d'un million en procès.--Autre inconvénient. De temps en temps, l'État aux abois créait des lettres de maîtrises et les mettait _en parti_, comme fit Colbert en 1673, au début de la guerre. Les fils de maîtres ne pouvant être reçus avant que la vente de ces lettres ne fût finie, les communautés empruntaient de l'argent pour les acheter. Puis, elles levaient des droits excessifs sur les récipiendaires, et sur les marchandises, soit pour rembourser, soit pour payer les intérêts. Il est telle communauté dans Paris, ajoutait Forbonnais, qui doit quatre à cinq cent mille livres, dont la rente est une charge sur le public, sur le commerce, et une occasion de rapines. (_Recherches sur les Finances_, année 1672.)
[306] _De l'Organisation industrielle avant Colbert_, etc. M. Wolowski a, le premier, restitué son vrai sens à l'édit de 1581, édit très-libéral relativement à ceux qui l'avaient précédé de même qu'à ceux qui suivirent, et sur la portée duquel on s'était mépris depuis un siècle, à la suite de Forbonnais.
[307] _De l'Organisation industrielle avant Colbert_, etc.
[308] _Recueil des règlements généraux et particuliers concernant les manufactures et fabriques du royaume._ 4 vol. in-4º.--Imprimerie royale, 1730-1740. Ce recueil est exclusivement relatif aux états qui s'occupaient de la fabrication des étoffes. Les autres états, tels que les perruquiers, fondeurs, maçons, imprimeurs, limonadiers, menuisiers, lapidaires, etc., etc., avaient tous leurs statuts, et ces statuts différaient dans chaque ville. La Bibliothèque royale et celle de l'Arsenal en possèdent une grande partie.
[309] Il faut tout dire: Colbert ne fut pas toujours d'avis d'accorder aux commerçants une confiance sans limites; le 28 juin 1669, il priait M. de Souzy, intendant à Lille, d'observer «qu'en matière de commerce, il était bien essentiel de ne pas accueillir trop facilement les propositions des marchands, lesquels ne tendent qu'à soulager le commerce particulier sans se soucier du général» (Biblioth. roy., Mss, _Registre des despesches_, etc., nº 204).
[310] _Recueil des règlements_, etc., t. II. p. 408.--_Statuts et règlements pour la manufacture des serges d'Aumale_.
[311] _Recueil_, etc., etc., t. I, p. 1.
[312] _Recueil des règlements_, etc., _passim_. Voyez la table analytique, t. IV.--_Encyclopédie méthodique_, Finances: article _Maîtrises_. Cet article très-curieux est de Roland de la Platiere, qui était lui-même inspecteur des manufactures et qui fut ministre pendant la Révolution.
[313] _Recueil des règlements_, etc., etc., t. III, p. 215 et suiv. _Statuts et règlements pour les manufactures de drap de Carcassonne_, etc.
[314] _Recueil des règlements_, etc., t. I, p. 283.
[315] _Dictionnaire portatif du Commerce_, contenant l'origine historique de toutes les communautés d'arts et métiers, l'abrégé de leurs statuts, etc. 1 vol. Paris, 1777.--Voir aussi dans la _Collection des anciennes lois françaises_, à la date du mois de mars 1673, un _édit portant que ceux qui font profession de commerce, denrées ou arts, qui ne sont d'aucune communauté et jurande, seront établis en corps, communauté, et qu'il leur sera accordé des statuts_.
[316] _Recueil des règlements_, etc. _Instruction aux commis des manufactures_, t. 1, p. 65.
[317] _Des anciens règlements et privilèges_, par M. Renouord; _Journal des Éconimistes_, t. VI. Août 1843.--Un grand nombre de ces largesses n'eurent, au surplus, que des résultats négatifs. En Bourgogne, par exemple, vainement les États alléguèrent que «la province estant propre à la culture des terres et au vignoble, il estoit plus utile pour elle d'avoir force laboureurs et vignerons que des artisans, et que l'établissement des manufactures, pour estre de grands frais, seroit difficile et sans utilité.» Colbert exigea à plusieurs reprises des allocations de 30 à 50,000 livres pour soutenir les nouvelles manufactures. (_Une Province sous Louis XIV_, p. 192 et 193.) On établit donc, là et ailleurs, à grands frais, des fabriques de draps, de serges, etc. Mais dès qu'on les abandonna à elles-mêmes, ces fabriques tombèrent, et il n'en fut bientôt plus question.
[318] De 1661 à 1710 seulement, les manufactures des Gobelins et de la Savonnerie ont coûté au trésor 3,945,643 livres. (Eckard, _État au vrai des dépenses de Louis XIV_.) Le même document porte à 1,707,148 livres les dépenses pour manufactures établies en plusieurs villes. Les encouragements au commerce et manufactures figurent pour 500,000 livres par an sur la plupart des budgets des dépenses qui se rattachent à l'administration de Colbert. (Forbonnais, _Recherches sur les finances_.)--Au surplus, Colbert ne se dissimulait pas le mauvais coté des encouragements. Voici ce qu'il disait à ce sujet. «Il faut observer que les marchands ne s'appliquent jamais à surmonter par leur propre industrie les difficultés qu'ils rencontrent dans le commerce, tant qu'ils espèrent trouver des moyens plus faciles par l'autorité du Roy, et c'est pour cela qu'ils y ont recours, pour tirer quelque avantage de toute manière, en faisant craindre le dépérissement entier de leur manufacture.» (Arch. de la mar., _Registre des despesches_, année 1671; lettre du 2 octobre à l'intendant du Languedoc.)
[319] _OEuvres de Louis XIV_. Mémoires historiques, aunée 1666, t. II.
[320] _Histoire de l'économie politique_, par M. Blanqui, t. I, chap. XXVI.
[321] L'_estame_ est une laine tricotée à l'aiguille.
[322] _Très-humbles remontrances au Roi par les six corps des marchands de la ville de Paris sur le fait du commerce_, etc. (_Recherches sur les finances_, etc., année 1661.)
[323] Biblioth. roy., Mss. _Mémoires sur le commerce et les finances de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne; Commerce d'Angleterre_. 1 vol. in-fol. suppl. franç. 1792.
[324] _Mémoires de Jean de Witt_, t. VI, p. 182, cités par M. Blanqui, _Histoire de l'économie politique_, t. I, chap. XXVI.--En 1646, on ne fabriquait en France que des draps très-grossiers. A cette époque, le roi accorda aux sieurs Binet et Marseilles un privilége de vingt ans pour fabriquer des draps fins. Ils s'établirent à Sedan, et à l'expiration de leur privilége, ils possédaient dans cette ville ou aux environs, cinq ou six cents métiers dont les produits rivalisaient dès lors avec les plus beaux draps de l'Angleterre et de la Hollande. En 1698, au contraire, le nombre des métiers de Sedan était réduit d'environ moitié (_État de la France_, par M. de Boulainvilliers. 3 vol. in-fol.; _Généralités de Paris et de Champagne_, article _Commerce_). Cet ouvrage est le résumé de tous les Mémoires qui avaient été demandés en 1698 aux intendants par le duc de Bourgogne, sur l'organisation administrative, ecclésiastique, judiciaire, sur les ressources et la population de leur province.