Histoire de la vie et de l'administration de Colbert
Chapter 48
[45] «_M'a dit avoir sur M. de Bellebrune, gouverneur de Hesdin._» Mots effacés et remplacés par ceux qui suivent.
[46] Par écrit. Toujours le même système pour s'assurer les gens!
[47] «_Tant de sa compagnie que de celles de ses amis_.» Mots effacés.
[48] Il y avait d'abord: «_est de savoir s'il n'est pas meilleur que M. de Gourville ne tesmoigne pas trop estre dans mes intèrests, au contraire, à l'extèrieur assez d'indiffèrence quelques jours, afin qu'il se conserve en estat d'exécuter quelque entreprise considérable s'il en estoit besoin._»
[49] Il y avait primitivement: «_Lequel à mon advis se trouvera lors à ta teste des vaisseaux, au convoy de Bordeaux, qui sont à moi, acheptez de mes deniers, sous son nom_.»
[50] Il y avait à la suite de ces mots: «_ou au Havre, mais ce dernier seroit le meilleur_.» Effacés.
[51] L'Évêque d'Agde était un frère de Fouquet.
[52] Hénault était un littérateur contemporain, connu seulement aujourd'hui par un sonnet plein de fiel qu'il fit contre Colbert à l'occasion du procès de Fouquet. Ce sonnet débute ainsi: «_Ministre avare et lâche_.» J'en citerai seulement les derniers vers:
«Sa chute quelque jour te peut être commune; Crains ton poste, ton rang, la cour et la fortune: Nul ne tombe innocent d'où l'on te voit monté. Cesse donc d'animer ton prince à son supplice, Et, près d'avoir besoin de toute sa bonté, Ne le fais pas user de toute sa justice.»
[53] Biblioth. roy., Mss. 3 vol. in-fol. déjà cités.
[54] Biblioth. roy., Mss. _Journal de M. d'Ormesson_. 1 vol. in-Fol. nº 216. A la fin du volume il y a quelques autres pièces relatives au procès de Fouquet, et une lettre écrite par lui à sa femme plusieurs années après sa translation à Pignerol. M. de Lamoignon avait aussi laissé, sur les opérations de la Chambre de justice, un journal dont l'auteur de sa vie a eu connaissance. Ce journal n'est pas à la Bibliothèque royale; peut-être appartient-il à quelque collection particulière. Les fragments qu'on en trouve dans la _vie de M. de Lamoignon_ permettent d'affirmer que la publication de ce journal, si toutefois il existe encore, offrirait un vif intérêt. Voir les _Arrêtés du président de Lamoignon_; édition de 1785, 2. vol. in-4o. T. I. _Vie de M. de Lamoignon_.--La 1re édition n'a qu'un volume et ne renferme pas la vie de M. de Lamoignon.
[55] Lettre du 17 décembre 1664.
[56] On publia en 1675 un _Recueil de recettes choisies_, attribué à la mère de Fouquet. Ce recueil eut cinq éditions.
[57] _Arrêtés du président de Lamoignon_ et _vie de M. de Lamoignon_.
[58] Biblioth. roy., Mss. _Lettres adressées à Colbert_.
[59] Biblioth. roy., Mss. _Journal d'Ormesson_.
[60] _Ibidem_.
[61] _Ibidem_.
[62] La pièce originale existe aux archives du royaume, _section historique, carton K, nº 127_. Voir l'_Histoire de la détention des philosophes, des gens de lettres, etc., etc._ Par M. Delort, t. 1, p. 22.
[63] Voici un fragment d'une de ces publications dont se plaignait Fouquet. Si l'on n'était suffisamment averti par ce qui précède, le ton même de cette lettre prouverait jusqu'à l'évidence qu'elle est l'oeuvre d'un pamphlétaire de l'époque. C'est madame du Plessis-Bellière qui écrivait au surintendant. «Je ne sais plus ce que je dis ni ce que je fais lorsqu'on résiste à vos intentions. Je ne puis sortir de colère lorsque je songe que cette demoiselle de la Vallière a fait la capable avec moy. Pour captiver sa bienveillance, je l'ay encensée par sa beauté, qui n'est pourtant pas grande; et puis, luy ayant fait connoistre que vous empescheriez qu'il ne luy manquast jamais de rien, et que vous aviez vingt mille pistolles pour elle, elle se gendarma contre moy, disant que vingt-cinq mille n'étoient pas capables de luy faire faire un faux pas; et elle le répéta avec tant de fierté que, quoique je n'aye rien oublié pour la radoucir avant de me séparer d'elle, je crains fort qu'elle n'en parle au Roy, de sorte qu'il faudra prendre le devant. Pour cela ne trouvez-vous pas à propos de dire, pour la prévenir, qu'elle vous a demandé de l'argent, et que vous luy en avez refusé?» (_La Bastille dévoilée_, t. I.) La publication de ce livre eut lieu dans les premières années de la Révolution. La plupart des pièces qu'il contient, sont évidemment apocryphes. (Cité dans l'_Histoire de la détention des philosophes_, etc.)
[64] _Lettre de madame de Sevigné, à M. de Pomponne_, du 9 décembre 1664.--Le _Journal d'Ormesson_ raconte le même incident en termes presque identiques.
[65] _Lettre à M. de Pomponne_, du 26 novembre 1664.
[66] Le 27 septembre 1661, un sieur Lazare Belin, capitaine d'un des navires appartenant à Fouquet, écrivait d'Amsterdam à Colbert pour lui rendre compte des achats qu'il était chargé de faire quand son navire fut saisi, et proposait «_de lui envoyer des mémoires qu'il avait fournis à M. le surintendant pour pouvoir former, en peu de temps, une flotte considérable en France sans qu'il en coûtât rien à S. M_.» (Biblioth. roy., Mss. _Lettres adressées à Colbert_). On trouve dans la même collection, à la date du 8 juin 1663, une lettre de Bordeaux, dans laquelle il est dit que le jour de l'arrestation de Fouquet un navire lui appartenant, bien que n'étant pas sous son nom, et qu'on n'avait pu visiter à cause de cela, avait été expédié à la Martinique où le surintendant possédait des habitations, et l'on croyait que ce navire renfermait plus de dix millions. «_La quantité fait peur_, ajoutait la lettre, _mais l'apparence est véritable_.» Ecrivait-on cela pour flatter les passions du jour? Cela n'aurait rien d'étonnant.
[67] _Défenses_, etc., t. II, p. 335 et suivantes.
[68] _Défenses_, etc., t. II, p. 95.
[69] _OEuvres choisies de Pélisson_; notice par Desessarts.
[70] _OEuvres choisies de Pélisson_, etc., péroraison du _premier discours au roi_.
[71] _Lettre du 5 décembre_.
[72] Biblioth. roy., Mss. _Registres de la Chambre de justice, Procès Fouquet_. T. III, pages 168 et 169.
[73] Biblioth. roy., Mss. _Journal d'Ormesson_.
[74] Voici le portrait que M. de Lamoignon fait de ce conseiller, «C'était assurément un homme de beaucoup d'intégrité et de capacité, mais si féroce, d'un naturel si peu sociable, si emporté dans ses préventions, et si éloigné de l'honnêteté et de la déférence qu'on doit avoir dans une compagnie, et d'ailleurs si prévenu de son bon sens et si persuadé qu'il n'y avait que lui seul qui eût bonne intention, qu'il était toujours prêt à perdre le respect dû à la compagnie et à la place que j'y tenais» (_Arrêtés du pr. de Lamoignon_, etc. t. I. _Vie de M. de Lamoignan_). J'ai dit que M. de Lamoignon avait tenu aussi un journal sur les opérations de la Chambre de justice. L'auteur de sa vie, (sans doute M. de Malesherbes), avait ce journal en sa possession, car il en donne plusieurs extraits. M. de Lamoignon y raconte, en outre, que dans les dernières années de son ministère, Fouquet avait voulu l'obliger à lui céder _d'avance_ la place de chancelier, si le roi la lui offrait. M. de Lamoignon s'y refusa, trouvant, dit-il, qu'il y aurait eu du ridicule à disposer ainsi d'une place à laquelle il lui convenait encore moins de renoncer. Ces prétentions de Fouquet, amenèrent entre eux une rupture presque ouverte, et depuis, le surintendant avait cherché tous les moyens de lui nuire. M. de Lamoignon appelle Fouquet _le plus vigoureux acteur qui fût à la cour_.
[75] D'après une loi de Henry IV, les fonctionnaires pouvaient se réserver le droit de disposer de leurs charges ou de les léguer à leurs héritiers, en payant tous les ans au Trésor la _soixantième partie_ de leur traitement. C'est ce qu'on appelait le _droit annuel_.
[76] Les chansonniers du temps ne laissèrent pas échapper cette occasion de donner carrière à leur verve. Dans une espèce de complainte _en vingt-deux couplets_, un d'eux loua ou critiqua chacun des vingt-deux juges, suivant qu'il avait voté pour ou contre Fouquet. Voici deux de ces couplets; ils suffiront pour donner une idée des autres:
Monsieur Pussort Haranguai fort, Mais par malheur il prit l'essor, Et sa sotte harangue Fit bien voir au barreau Qu'il a beaucoup de langue Et fort peu de cerveau.
Ne finissons Cette chanson Sans bien exalter d'Ormesson, Et que Dieu le bénisse, Avecque tous les gens de bien Qui rendent la justice Et qui ne craignent rien.
[77] Voir, à la fin du volume, la pièce justificative intitulée _le Cid_ enragé; pièce nº 2.
[78] La pièce originale, signée Louis et contre-signée le Tellier, existe aux archives du royaume; carton K, 129.
[79] Cette correspondance des plus curieuses a été recueillie aux archives du royaume, section historique, carton K, 129. M. Delort l'a publiée le premier dans son ouvrage intitulé: _Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres, précédée de celle de Fouquet, de Pélisson et de Lauzun_. Postérieurement à cette publication, le bibliophile Jacob a cru pouvoir soutenir que le masque de fer n'était autre que Fouquet. Il y a pourtant, dans le volume de M.Delort, vingt lettres qui prouvent positivement, catégoriquement, le contraire; celle, entre autres, où Louvois parle de la permission accordée à madame Fouquet et à ses enfants de demeurer avec le prisonnier, celle où le même ministre répond à l'avis que Saint-Mars lui a donné de la mort de l'ancien surintendant, une autre enfin où il autorise la famille à emporter le corps partout où bon lui semblera. Les originaux de ces lettres existent, et tout le monde peut les voir aux archives du royaume. L'objection que la date _a pu_ en être falsifiée dans le but de mieux masquer le redoublement de cruauté de Louis XIV à l'égard de son malheureux ministre n'est pas admissible, car il faudrait prouver cette altération. Je ne parle pas d'un extrait des registres mortuaires de l'église du couvent des _Dames de Sainte Marie,_ grande rue Saint-Antoine, à Paris, extrait conçu en ces termes: «Le 20 mars 1681 fut inhumé dans notre église, en la chapelle de Saint-François de Sales, messire Nicolas Fouquet, qui fut élevé à tous les degrés d'honneur de la magistrature, conseiller du Parlement, maître des requêtes, procureur général, surintendant des finances et ministre d'État.» D'ailleurs, les recherches faites aussi par M. Delort, et les pièces qu'il a publiées à l'appui, ne laissent plus aucun doute sur la qualité du mystérieux personnage qui, depuis Voltaire, a tant préoccupé les esprits sous le nom de l'homme au masque de fer. Ce prisonnier était une espèce de diplomate piémontais, nommé Marchiali, que le gouvernement français fit enlever par surprise pour le punir d'avoir ébruité une négociation importante qu'il avait provoquée (il s'agissait d'une place de guerre qu'il proposait de livrer à la France), négociation dans laquelle le nom du roi se trouvait compromis.
[80] Arch. du roy. _Lettre de Louvois du 24 avril 1675_.--Voir l'_Histoire de la détention des philosophes, etc.,_ t. I.
[81] Arch. du roy. _Lettre de Le Tellier du 26 octobre 1666_.
[82] _Lettre de Guy Patin du 16 mars 1666_.
[83] Arch. du roy. _Lettre de Louvois du 8 avril 1680_.
[84] La bibliothèque royale possède une pièce extrêmement curieuse, c'est le 118º psaume de David, traduit par Fouquet dans sa prison, _et écrit en entier de sa main_, avec des notes relatives à sa position. On le trouvera à la fin de ce volume; pièce justificative, n. 3.
[85] _Collection des anciennes lois françaises_, par MM. Isambert, Taillandier et Decrusy.--De 1599 à 1641 il avait déjà été publié plusieurs édits concernant le dessèchement des marais.
[86] Mémoires du marquis de Villette, page lii. 1 vol in-8. Ce volume renferme en outre un intéressant mémoire sur la marine, de M. de Valincourt, secrétaire général de la marine en 1715, et un autre mémoire des plus curieux sur l'état de la marine française au commencement du XVIIIe siècle, par le comte de Toulouse, grand-maître de la marine.
[87] Biblioth. roy. Mss. _Lettres adressées à Colbert_, année 1661.
[88] Biblioth. roy., _Journal des bienfaits du Roy_, suppl. français, p. 576.--C'est un journal tenu par Dangeau de toutes les nominations et gratifications faites par le roi dans le cercle de la cour. Ce journal qu'il ne faut pas confondre avec les _Mémoires de Dangeau_, n'a pas été publié; malheureusement les registres de 1670 à 1691 manquent.
[89] Archives de la marine. _Registre des despesches concernant le commerce_, année 1671.
[90] Dans son _Histoire de la marine française_, M. Eugène Sue, s'appuyant sur une _Instruction de Colbert à son fils_, dont il va être question, avait adopté, relativement à la naissance de Colbert, l'opinion des contemporains et celle que Colbert paraissait en avoir lui-même. A ce sujet, la famille de Colbert a adressé à M. Eugène Sue une note de laquelle il résulte qu'elle possède les trois pièces suivante: 1º l'acte de naissance de Colbert, du 29 août 1619; 2º les preuves de noblesse pour l'ordre de Malte de Gabriel Colbert de Saint-Pouange, du 18 Septembre 1647, antérieurement au crédit de Colbert; 3º les preuves pour le même ordre du propre fils de Colbert, du 1er août 1667.--Voir la note dont il s'agit, aux pièces justificatives, pièce nº 4.
[91] _Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV_, par l'abbé de Choisy, de l'Académie française. Liv. II.
[92] Biblioth. du Roi, Mss. _Instruction pour mon fils pour bien faire la première commission de ma charge_. C'est une pièce de douze pages d'écriture. Elle ne porte pas de date, mais, selon toutes les apparences, elle est de 1671, époque à laquelle le marquis de Seigneley revint d'Italie et où le roi lui accorda la survivance de la charge de secrétaire d'État de la marine, en l'autorisant à travailler, dès ce moment, avec son père.--Voir aux pièces justificatives, pièce n. 12.
[93] Epitaphe faite à la mort de Colbert. Elle commence ainsi:
J'ai vu Colbert sur son lit de parade....
L'auteur de l'épitaphe est surpris de voir tant de _draps_ entourer ce lit; alors, un _Badaud_ lui dit:
Cesse de t'étonner; ce fameux politique Était le fils d'un courtaut de boutique.
(_Vie de Jean-Baptiste Colbert_, etc. Voir la note suivante).
[94] _Vie de Jean-Baptiste Colbert, ministre d'État sous Louis XIV, roy de France_. Cologne, 1695. L'exemplaire de la Bibliothèque du Roi porte en note, à la main: _Cette vie est un libelle plein d'injures et de faussetés_, etc. Cet exemplaire est curieux par deux gravures, à peu près semblables du reste, représentant Colbert occupé à compter de l'argent dont il remplit un coffre. La gravure est intitulée: _la Surprise de la mort_. Au-dessus de Colbert, une espèce d'ange déploie cette inscription sur deux lignes: _Memorare novissima et in æternum non peccabis_, et au-dessous: _Pense, plustost qu'à compter tes thrésors, qu'il faict entrer dans le nombre des morts_. Derrière Colbert, un squelette debout tient un sablier ailé autour duquel on lit ces mots: _Les heures s'envollent sans qu'on y pense_. Au-dessous de Colbert sont quatre autres inscriptions, dont deux en latin et deux en français. Voici les dernières: _Le fil de ma vie a esté coupé comme la trame d'une toile, lorsque je commençois à faire ma fortune_. Puis, tout au bas, ce mauvais quatrain:
Eh! que vous serviront, avare insatiable, Ces grands biens amassez avec tant de sueurs? Car une prompte mort, par les ruses du diable, Vous plonge en un instant dans un gouffre de pleurs.
J'oubliais de mentionner un diable cornu qui, placé derrière le bureau de Colbert, tranche la trame de sa vie et le précipite dans le GOUFFRE D'ENFER.
Telles étaient les caricatures politiques du temps, plus brutales que spirituelles. Il faut ajouter qu'on lit dans la marge de la gravure ces mots écrits à la main: _L'on fit cette estampe à la mort de M. Colbert, dont cette figure a quelque air. On la deffendit aussitost et l'on en saisit les exemplaires_. Cette vie de J.-B. Colbert, attribuée dans quelques catalogues au marquis D... est du plus fécond pamphlétaire de l'époque, Gatien de Courtilz, sieur de Sandras, plus communément désigné sous le nom de Sandras de Courtilz. «Né à Paris en 1644, de Courtilz passa en Hollande en 1683, y publia un grand nombre d'ouvrages remplis de mensonges et d'impostures, revint en France en 1702, fut enfermé à la Bastille pendant neuf ans, en sortit en 1711 et mourut le 6 mai 1712» (Gabriel Peignet, _Choix de testaments remarquables_, t. II, p. 297). Sandras de Courtilz est aussi l'auteur du _Testament politique de J.-B. Colbert, où l'on voit ce qui s'est passé sous le règne de Louis le Grand jusqu'en 1683_. La Haye, 1694, et 1711, in-12. Ce livre est évidemment apocryphe, et il est à regretter que plusieurs écrivains sérieux aient pris les élucubrations de l'auteur pour les propres vues de Colbert. On lui attribue également le _Testament politique du marquis de Louvois_, les _Mémoires de d'Artagnan_, et près de quarante autres ouvrages ou pamphlets dont la _Biographie universelle_ donne les titres. Sandras de Courtilz aurait fait les _Testaments politiques de Romulus_ ou de _Gengis-Kan_, si les libraires de la Hollande les lui eussent commandés. Il est inutile de dire que je n'ai consulté la _Vie de Colbert_ dont il s'agit qu'avec la plus grande circonspection. Cependant, il faut se garder de croire qu'elle soit systématiquement hostile à ce ministre, qui s'y trouve franchement loué en plusieurs endroits. De plus, ayant été écrite peu après sa mort, elle contient quelques faits curieux, quelques anecdotes intéressantes, et c'est le seul profit que j'en aie tiré. La _Vie de Jean-Baptiste Colbert_ a été reproduite en entier dans les _Archives curieuses de l'histoire de France_, par MM. Cimber et Danjou, IIe série.
[95] _OEuvres inédites de P.-J. Grosley, de Troyes_, 2 vol, in-8º, t. 1, p. 25 et suiv., article Colbert.--Voir aux pièces justificatives, la pièce n. 5.
[96] Un savant très-distingué, l'abbé Le Laboureur, s'est aussi rangé à l'opinion des contemporains au sujet de l'origine toute plébéienne de J.-B. Colbert, en lui appliquant ces vers de Fortunat à la louange de Covido, que son mérite avait élevé au ministère sous les rois Théodebert et Clotaire.
Mens generosa tibi pretioso lumine fulget, Quæ meritis propriis amplificavit avos. Nam si præfertur generis qui servat honorem, Quanto laus magis est nobilitare genus. A parvo existens, existis semper in altum, Perque gradus omnes culmina summa tenes.
L'abbé Le Laboureur est mort en 1675. Il fut d'abord gentilhomme, ensuite aumônier de Louis XIV, et on le voit inscrit pour 1500 livres sur la liste des pensions données aux gens de lettres par Colbert. Son opinion a donc le plus grand poids dans la question.--Enfin, voici ce qu'on lit dans les _Soupirs de la France esclave qui aspire après sa liberté_, pamphlet contemporain dont il sera question plus loin: «On n'admet au gouvernement que des gens propres à faire des esclaves, des hommes d'une naissance au-dessous de la médiocre; tel est un monsieur Louvoy, petit-fils d'un bourgeois de Paris, en son temps occupant une charge de judicature au Chastelet; tel est un monsieur Colbert, _fils d'un marchand de Reims_.»
[97] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.
[98] C'étaient les trésoriers des droits payés au roi pour obtenir un office resté ou dévolu au fisc, par quelque cause que ce soit, pour acquérir une maîtrise, ou pour être admis à exercer une profession quelconque (_Encyclopédie méthodique_, Finances).--_Vie de J.-B. Colbert_, etc.--_Mémoires de Charles Perrault_, livre IV.--Perrault raconte qu'un de ses frères avait travaillé longtemps chez ce M. Sabatier comme premier commis, _en même temps que Colbert qui était son subalterne_.
[99] _Archives curieuses_, etc., par MM. Cimber et Danjou, IIe série, t. VIII, _Portraits de la Cour_, p. 411.--_Mémoires de Gourville_, etc. l'auteur de la _Vie de J.-B. Colbert_ raconte d'une manière beaucoup plus romanesque la première rencontre de Colbert avec le cardinal Mazarin. Voici l'aventure en quelques mots. Le cardinal avait été exilé _à perpétuité_ par le Parlement. Néanmoins, de Sedan il gouvernait le royaume, tant bien que mal, il est vrai, car son autorité n'était pas grande, mais personne n'en avait autant que lui, pas même ceux qui l'avaient forcé de quitter Paris. Pendant cet exil, dit Sandras de Courtilz, Le Tellier envoya Colbert porter à Son Éminence une lettre de la reine qu'il était très-expressément chargé de rapporter quoi qu'on pût faire pour l'en empêcher. Colbert remit d'abord la lettre, puis le lendemain il se présenta au cardinal qui lui donna une dépêche en lui disant qu'il pouvait partir et que tout était dedans. Colbert se douta qu'on le trompait; mais comment s'en assurer? Il alla droit à la difficulté et rompit le cachet de la dépêche en présence du cardinal, qui le traita d'insolent et la lui reprit des mains. Colbert, sans s'émouvoir, lui répondit que, le paquet n'ayant pas été fermé par lui, son secrétaire pouvait fort bien avoir oublié d'y insérer la lettre de la reine. Mazarin le remit à quelques jours et finit par lui donner cette lettre. Peu de temps après, le cardinal, de retour à Paris, demanda un employé de confiance à Le Tellier qui lui présenta Colbert. Au lieu de nuire à celui-ci, le souvenir de la scène de Sedan le servit au contraire, et Mazarin, le reconnaissant, le prit à son service en lui disant qu'il attendait de lui le même zèle et la même fidélité dont il avait fait preuve à l'égard de son premier maître.--Telle est l'anecdote; mais, elle est tout simplement impossible, Colbert ayant été attaché au cardinal, on le verra tout à l'heure, au moins deux ans avant l'exil de celui-ci. Suivant d'autres historiens, Colbert aurait d'abord travaillé chez Lumagna depuis longtemps lié d'affaires avec sa famille et banquier du cardinal Mazarin, auquel il se serait fait un plaisir de le recommander.
[100] _Lettres du cardinal Mazarin à la reine, à la princesse Palatine, etc., etc., écrites pendant sa retraite hors de France en 1651 et 1652_, publiées par M. Ravenel, Lettre LVII, p. 514.
[101] Qui n'est pas un _sot_, un _niais_.
[102] _Histoire de Colbert_, par M. A. de Serviez; chap. III.
[103] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, Baluze, Arm. VI, p. 2, nº 1. Ce sont les lettres originales. Colbert écrivait au cardinal à mi-marge et celui-ci expliquait ses intentions en regard, tantôt les développant, tantôt se bornant à approuver par un mot; puis il renvoyait la dépêche à Colbert. Ces lettres n'ont pas encore été publiées. Celles de Colbert ne sont pas de sa main: il se bornait à écrire le mot _Monseigneur_, soit en tête, soit dans le corps de la lettre, et le protocole. Les réponses du cardinal, quelquefois assez longues, sont toutes de sa main. Colbert avait une des écritures les plus difficiles à déchiffrer qu'on puisse voir; mais il attachait une très-grande importance à s'entourer de bons copistes. Dans une de ses lettres il envoie deux modèles d'écriture au cardinal, qui lui répond brièvement, en marge, de faire là-dessus ce qu'il voudra, donnant même à entendre que cela lui était fort égal, pourvu que ses affaires se fissent bien. Les nombreux registres où sont transcrites ses lettres sont de véritables merveilles calligraphiques, et bien supérieurs, pour la nettete et la simplicité, à toutes les écritures de fantaisie d'aujourd'hui.
[104] D'après l'abbé de Choisy (_Mémoires_, liv. II), l'animosité de Colbert contre le Parlement serait venue de ce que, ayant voulu acheter une charge de président des comptes, il apprit que toute la chambre en avait murmuré et menaçait de lui faire cent difficultés à sa réception.--On peut voir par là combien il faut se méfier des jugements contemporains sur le mobile qui guide les ministres dans la plupart de leurs actes.
[105] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, etc.
[106] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, etc.
[107] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.
[108] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.