Histoire de la vie et de l'administration de Colbert
Chapter 47
Effets produits en Hollande par l'augmentation du tarif français en 1667.--La vérité sur les médailles frappées dans ce pays.--Causes réelles de l'invasion de la Hollande en 1672.--Correspondance de Van Beuningen relativement à l'élévation des droits d'entrée mis en France sur les marchandises étrangères.--La Hollande use de représailles.--Lettres de Colbert sur ce sujet.--Invasion de la Hollande et ses suites.--Clauses principales des traités d'alliance et de commerce conclus entre la France et la Hollande, en 1678, 1697 et 1713.
CHAPITRE XVII.
Budget des dépenses de l'année 1672.--Mesures financières et affaires extraordinaires nécessitées par la guerre.--Énormes bénéfices des traitants dans ces sortes d'affaires.--Création de nouveaux offices nuisibles à l'agriculture et à l'industrie.--Colbert force tous les corps d'états à s'organiser en communautés, moyennant une taxe.--Il met pour la première fois les postes en ferme et fait adopter un nouveau tarif.--L'État s'empare du monopole du tabac.--Émission de nouvelles rentes.--Opinion de Colbert, de Louvois et de M. de Lamoignon sur les emprunts.--Création de la caisse dite _Caisse d'emprunt_.--Au retour de la paix, Colbert s'empresse de rembourser les rentes émises à un taux onéreux.--Résumé des opérations financières de son administration.--Projet qu'il avait de régler toujours les dépenses sur les recettes.
CHAPITRE XVIII.
Des Parlements et des États généraux des provinces pendant l'administration de Colbert.--Opposition du Parlement et des États de Bourgogne.--Détails sur les _dons gratuits_.--Dix membres des États de Provence sont exilés en Normandie et en Bretagne.--Le Parlement de Paris.--Colbert propose au roi de donner des gratifications à ceux de la Compagnie qui ont _bien servi_.--Réponse de Louis XIV à ce sujet.--Un président de Chambre du Parlement de Toulouse est exilé.--Lettre de Louis XIV relative à l'impôt sur le papier timbré rétabli depuis la guerre.--Révolte de Bordeaux en 1548.--Nouvelle révolte au sujet d'une marque établie sur la vaisselle d'étain.--Curieux détails fournis par un commis du receveur général de Bordeaux.--Lettre de l'intendant de Guyenne à Colbert.--L'agitation gagne les provinces limitrophes.--Une nouvelle tentative d'insurrection est sévèrement réprimée à Bordeaux.--Troubles en Bretagne.--Lettres de M. de Chaulnes, gouverneur de la province, de M. de Lavardin, lieutenant général, de Mme de Sévigné.--Opposition et exil du Parlement.--Punition et _penderie_ des révoltés.
CHAPITRE XIX.
État déplorable de la marine française à la fin du XVIe siècle.--Elle est organisée par le cardinal de Richelieu.--Son dépérissement pendant la minorité de Louis XIV.--Situation dans laquelle la trouve Colbert.--Premier essai du régime des classes.--Recensement de la population maritime du royaume à diverses époques.--Matériel de la flotte en 1661, en 1678, en 1683, etc.--Prétentions de la France à l'égard des puissances maritimes d'un ordre inférieur.--Lettre de Colbert relative au caractère de Duquesne.--_La vieille et la nouvelle marine_.--Lettre de Colbert sur un rapport de M. d'Estrades concernant la bataille navale de Solsbay en 1672.--Colbert félicite Duquesne d'un avantage signalé que celui-ci a remporté sur l'amiral hollandais Ruyter.--Ordonnance de la marine de 1681.--Par qui elle fut élaborée.--Principes de Colbert sur les principales questions de l'administration maritime.
CHAPITRE XXe ET DERNIER.
Nouveaux détails sur le caractère de Colbert.--Sa tolérance à l'égard des manufacturiers protestants.--Son despotisme dans le Conseil.--Il fait arrêter et juger deux fabricants de Lyon qui voulaient s'établir à Florence.--Lettre de Colbert relative aux _Gazettes à la main_.--Il veut faire fermer le jardin des Tuileries au public.--Il destitue un receveur général, son ancien camarade.--Étrange lettre qu'il écrit au sujet d'un procès qu'un de ses amis avait à Bordeaux.--Disgrâce de M. de Pomponne.--Il est remplacé par Colbert de Croissy, frère du ministre.--Colbert au Jardin des Plantes.--Le roi lui adresse une réprimande sévère.--Louanges prodiguées à Louis XIV par ses ministres.--Lettre de Colbert pour le féliciter de la prise de Maestricht.--Louis XIV et l'État.--Colbert est menacé de disgrâce.--Louis XIV lui reproche en termes fort durs le prix excessif de la grande grille de Versailles.--Colbert tombe malade et meurt.--Lettre de madame de Maintenon sur les circonstances de sa mort.--La haine que lui portait le peuple de Paris était telle qu'on est obligé de l'enterrer sans pompe et dans la nuit.--Vers que l'on fait contre lui après sa mort.--Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert et Turgot ont été impopulaires.--Parallèle entre Sully et Colbert, par Thomas.--Titres de Colbert à la reconnaissance publique.
PIÈCES JUSTIFICATIVES.
MÉMOIRES, INSTRUCTIONS, LETTRES ET DOCUMENTS DIVERS.
Édits, ordonnances, déclarations, arrêts, lettres patentes, concernant les finances, le commerce, la marine, la justice, etc., rendus depuis 1660 jusqu'en 1683 (_Administration de Colbert_).--Pièce nº I. 419
MÉMOIRES SUR LES AFFAIRES DES FINANCES DE FRANCE POUR SERVIR A L'HISTOIRE (_manuscrit original de Colbert_).--Pièce nº II.--_Inédite_. 427
LE CID ENRAGÉ, comédie.--Pièce nº II bis.--_Inédite_. 442
VERSION DU 118e PSEAUME DE DAVID.--(_Manuscrit original de Fouquet_).--Pièce nº III.--_Inédite_. 446
Vers latins attribués à Fouquet.--Pièce nº IV. 451
Note communiquée à M. Eugène Sue par la famille de Colbert--Pièce nº V. 454
Généalogie de la famille de Colbert.--Pièce, nº VI. 456
ÉDIT PORTANT NOMINATION D'UNE COMPAGNIE DE COMMERCE POUR LE NORD.--Pièce nº VII.--_Inédite_. 460
RÈGLEMENT CONCERNANT LES DÉTAILS DONT M. COLBERT EST CHARGÉ COMME CONTRÔLEUR GÉNÉRAL ET SECRÉTAIRE D'ETAT, _ayant le département de la marine_--Pièce nº VIII. 462
COMMERCE DE LA FRANCE AVEC L'ESPAGNE.--_Instruction pour le comte de Vauguyon, ambassadeur extraordinaire en Espagne_.--Pièce nº IX.--_Inédite_. 464
MÉMOIRE POUR MON FILS, SUR CE QU'IL DOIBT OBSERVER PENDANT LE VOYAGE QU'IL VA FAIRE A ROCHEFORT.--Pièce nº X. 468
INSTRUCTION POUR LE MARQUIS DE SEIGNELAY S'EN ALLANT EN ITALIE.--Pièce nº XI.--_Inédite_. 472
INSTRUCTION POUR BIEN FAIRE LA 1re COMMISSION DE MA CHARGE.--Pièce nº XII. 476
Lettres _Inédites_ de Colbert sur la marine, le commerce et les manufactures.--Nº XIII. 492
INVENTAIRE FAIT APRÈS LE DECEDZ DE MONSEIGNEUR COLBERT.--Pièce nº XIV.--_Inédite_. 501
Indication des manuscrits et ouvrages imprimés qui ont été consultés pour _l'Étude sur Fouquet, et l'Histoire de Colbert_.--Pièce nº XV. 503
FIN DE LA TABLE.
FOOTNOTES:
[1] Une partie de ce travail a été publiée dans un de nos recueils périodiques, le _Correspondant_. J'ai fait depuis des additions et des changements importants.
[2] Voici l'indication des ouvrages dont je veux parler:
1º _Recherches et considérations sur les finances de France, par Forbonnais_.--L'examen seul de l'administration de Colbert remplit la moitié d'un fort volume in-4º.
2º _Vies des Surintendants des finances et des Contrôleurs généraux_, 3 vol. in-12--_Particularités sur les minisires des finances célèbres_, par M. de Montyon, 1 vol. in-8º.
3º _OEuvres complètes de Lemontey_, t. V. _Notice sur Colbert_.
4º _Biographie universelle de Michaud_, article _Colbert_, par M. Villenave.
5º _Histoire financière de la France_, par M. Bailly; t. I, _Administration de Colbert_.
6º _Histoire de l'économie politique en Europe, depuis les anciens jusqu'à nos jours_ par M. Blanqui; t. I et II; chap. XXVI et XXVII; _Administration de Colbert_.
7º _Histoire de l'économie politique, ou études historiques, philosophiques et religieuses sur l'économie politique des peuples, anciens et modernes_, par M. le Vic Alban de Villeneuve-Bargemont; t, I, chap. XV. _Administration de Colbert_.
8º _Système financier de la France_, par M. d'Audiffret, t. II. _Notice historique sur la vie de Colbert_.
9º _Histoire de Colbert_. par M. A. de Serviez; 1 vol. in-18.
Il y a encore plusieurs éloges de ce ministre, entre autres celui de Necker, couronné, en 1773, par l'Académie Française; le _tableau du ministère de Colbert_, 1774, par M. Brunet; l'_Éloge politique de Colbert_, par M. de Pelissery, 1775, etc.
[3] _Catalogue raisonné des manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi_, par M. Paulin Paris; t. I, p. 7 et suiv.
[4] Bibliothèque royale, Mss. _Lettres de Mazarin_, Baluze, Arm. VI.
[5] _Colbert et Seignelay_, Mss.--1669 à 1677.--_Collection de pièces originales sur la marine émanées de Colbert et du marquis de Seignelay, de 1669 à 1677_.6 vol. in-folio.
Cette collection composée de 403 pièces est divisée en vingt-deux cotes où chaque pièce est classée selon la matière principale qu'elle traite ou l'année à laquelle elle appartient.
[6] Pièces justificatives; pièce nº XV; p. 503.--Cet ouvrage était en grande partie imprimé, lorsque M. Champollion-Figeac a eu la bonté de me communiquer un manuscrit original de Colbert, manuscrit très-considérable, d'une grande importance historique, et resté entièrement inconnu jusqu'à ce jour. Il est intitulé: _Mémoires sur les affaires des finances de France pour servir à l'histoire_. Ces mémoires renferment de curieux détails sur l'administration des finances depuis Henri IV, mais principalement à partir de 1648, époque où Colbert a été attaché à Mazarin, jusqu'en 1663. L'administration de Fouquet y est surtout jugée avec une sévérité extrême où l'on croit voir même percer de la passion. Sous ce rapport, les mémoires dont il s'agit présentent donc le plus vif intérêt. J'ai reproduit à la fin du volume, (pièce justificative nº II, p. 427) les parties les plus importantes de ce travail, où l'on trouvera l'appréciation faite par Colbert lui-même de l'administration de Fouquet, pendant que celui-ci était en prison et que la Chambre de justice instruisait son procès.
[7] Vers 1783, à l'époque des négociations auxquelles donna lieu le traité de commerce entra la France et l'Angleterre signé en 1786, le secrétaire de M. de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, M. le comte Mollien, qui a été depuis ministre du Trésor sous l'Empire, eut à sa disposition plusieurs volumes contenant la correspondance commerciale de Colbert et prit copie des lettres les plus importantes. Plus tard, après la Révolution, M. le comte Mollien chercha cette correspondance et la copie qu'il en avait faite; mais l'une et l'autre avaient été égarées. Il est probable que ces volumes étaient précisément du nombre de ceux qui manquent aujourd'hui, et voici une particularité qui paraît confirmer cette hypothèse. M. Hippolyte Passy, qui a bien voulu me donner ces détails, se rappelle avoir entendu dire à M. le comte Mollien que, dans une de ses lettres, Colbert engageait les échevins de Lyon à considérer les faveurs dont leur industrie était l'objet comme des _béquilles_ à l'aide desquelles ils devaient se mettre en mesure d'apprendre à marcher le plus tôt possible et qu'il leur retirerait ensuite. Cette restriction était, en effet, toute logique. Malheureusement, les registres de correspondance de Colbert, ses manuscrits, les dépêches qui lui ont été adressées, sont muets à ce sujet. La perte des registres dont il s'agit est donc des plus fâcheuses, et force m'a été, dans l'absence de ces précieux documents, de m'appuyer, en ce qui touche cette partie si importante de l'administration de Colbert, sur les pièces, très-nombreuses et parfaitement concordantes, du reste, qui m'ont été communiquées.
[8] Mr Eugène Sue a publié dans son _Histoire de la marine au XVIIe siècle_ (1re édition, 5 vol. in-8º), un grand nombre de pièces très curieuses sur cette époque et sur Colbert. J'ai indiqué, d'ailleurs, dans le courant de l'ouvrage, les pièces que j'ai reproduites après lui, et celles qui sont entièrement inédites.
[9] Je dois faire remarquer, au sujet de ces pièces et des nombreuses citations éparses dans l'ouvrage, que j'ai reproduit très-fidèlement l'orthographe de tous les _documents originaux_ auxquels j'ai pu remonter. Quant aux copies ou aux pièces déjà imprimées, dans l'impossibilité de recourir à tous les documents originaux, je les ai reproduites comme elles ont été copiées ou imprimées. Cela est cause, plus d'une fois, que des documents de la même époque, cités dans la même page, ont une orthographe différente. C'est, je l'avoue, une anomalie; mais il était impossible de l'éviter, et il aura suffi d'en donner l'explication.
[10] _De l'Industrie française_, par M. le comte Chaptal, t. I; _Discours préliminaire_, p. XLVII.
[11] Dans tous les manuscrits du temps et dans le plus grand nombre des pièces imprimées à l'occasion de son procès, le nom du surintendant est écrit comme il suit: _Foucquet_. J'ai cru néanmoins devoir adopter l'orthographe qui a prévalu.
[12] _Abrégé chronologique_ du président Hénault, année 1661.
[13] _Défenses de M. Fouquet sur tous les points de son procès_. 15 vol. in-18. Édition à la Sphère, 1665; t. II, p. 356.
[14] Pélisson, dans son second discours au roi pour Fouquet, et celui-ci dans ses _Défenses_, t. II: donnent à ce sujet les plus grands détails. Dans ses _Mémoires sur la vie et les écrits de madame de Sévigné_, M. le baron Walckenaer les a analysés avec beaucoup de clarté et je n'ai eu en quelque sorte qu'à résumer cette partie de son travail.
[15] _Mémoires de Gourville_ (t. LII de la collection Petitot).
[16] _Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV_, par l'abbé Choisy. «On croit, dit l'abbé de Choisy, qu'une des choses qui gâta autant Fouquet dans l'esprit du roi, fut une querelle qu'il eut dans l'antichambre du cardinal deux mois avant sa mort, avec l'abbé Fouquet, son frère. Cet abbé était fort insolent de son naturel, et prétendait que son frère lui devait sa fortune. Ils s'étaient brouillés, et se dirent publiquement tout ce que leurs ennemis pensaient dans le coeur. L'abbé, entre autres choses, reprocha à son frère, qu'il avait dépensé quinze millions à Vaux, qu'il donnait plus de pensions que le roi, et qu'il avait envoyé tantôt trois, tantôt quatre mille pistoles à des dames qu'il nomma tout haut. Le surintendant, piqué au vif, reprocha à l'abbé les dépenses excessives qu'il avait faites pour faire l'agréable auprès de madame de Châtillon, et fort inutilement» (Liv. II, p. 135 et 136). Voir aussi, au sujet des profusions de Fouquet, un document contemporain intitulé: _Portraits de la cour_ qui a été publié dans _les Archives curieuses de l'histoire de France_, par MM. Cimber et Danjou, IIe série, t. VIII, p. 415. Il y est dit entre autres choses, que, d'après Fouquet, il n'y avait aucune fidélité à l'épreuve de _cinquante mille écus_, et que _la collation de Vaux_ avait coûté, au dire de tout le monde, _quarante mille écus_.
[17] _Mémoires de Gourville_, etc.
[18] M. Hervart était intendant des finances et l'un des plus intrépides joueurs de l'époque, avec Fouquet, Gourville et le marquis de Clérambault (_Mémoires de Gourville_).
[19] Bibliothèque royale, manuscrit. _Lettres de Mazarin_. Cette lettre et la réponse de Colbert ont été publiées par M. Champollion-Figeac: _Documents inédits sur l'histoire de France_, t. II, p. 501 et suiv.--On voit par la réponse de Colbert, publiée également dans les _Documents inédits_, que la lettre du cardinal, qui ne porte point de date, était du 20 octobre 1659.
[20] On lit ce qui suit au sujet de la fortune du cardinal Mazarin dans les _Remontrances du parlement de Paris au roi et à la reine régente_, en date du 21 janvier 1649. «Quant à l'abus et à la deprédation des finances, le cardinal Mazarin oserait-il dire qu'il y ait eu quelques limites à sa convoitise?... Il suffit de dire qu'il est le maître, qu'il prend tout ce qu'il peut toucher comme s'il était sien; qu'il a conservé et augmenté le nombre des partisans et gens d'affaires, qui sont les sangsues qui lui facilitent les moyens pour avoir de l'argent comptant, et qu'on ne trouve presque plus d'or ni de bonne monnaie en France. _Jugez de là, sire, où il est_.» Le parlement ajoute que, grâce à ces concussions, le royaume est si fort épuisé qu'il y a peu de personnes à la campagne auxquelles il reste un lit pour se coucher, moins encore qui aient du pain pour se nourrir en travaillant, et qu'il n'y en a point du tout qui puissent vivre sans incommodité, (_Collection des anciennes lois françaises_, etc., par MM. Isambert, Decrusy et Taillandier, t. XVII, année 1649). Enfin, on cite un mot très-naïvement plaisant du duc de Mazarin, héritier des biens immenses du cardinal, «_Je suis bien aise_, disait-il, _qu'on me fasse des procès sur tous les biens que j'ai eus de M. le cardinal. Je les crois tous mal acquis, et du moins quand j'ai un arrêt en ma faveur, c'est un titre, et ma, conscience est en repos_» (_Mémoires_ de l'abbé de Choisy, liv. II).
[21] _Mémoires de madame de Motteville, de l'abbé de Choisy, de Gourville, de Brienne_, etc. Madame de Motteville, si calme et si circonspecte d'ordinaire, appelle Fouquet _un grand voleur_. Dans un autre passage de ses mémoires, on lit ce qui suit: «On a dit qu'on avait trouvé du poison chez lui et on a quelque soupçon qu'il avait empoisonné le cardinal.»
[22] _Défenses de M. Fouquet_, t. II, p. 98. Il est à remarquer que, dans tout le cours de ses _défences_, Fouquet parle de Colbert dans les termes les plus méprisants, l'accuse à son tour de concussion, de vol, l'appelle le _domestique de Mazarin, qui avait sa bourse et son coeur_. Il semble donc que si Colbert était perfidement intervenu auprès de Fouquet pour l'engager à vendre sa charge de procureur général, celui-ci n'eût pas manqué de le lui reprocher. Cependant, car il faut tout dire, on lit dans le _premier discours au roi_ de Pélisson en faveur de Fouquet, que Louis XIV avait insinué au surintendant _de loin, et comme en passant_, que peut-être il ne ferait pas mal de quitter sa charge de procureur général, étant obligé désormais d'employer tout son temps à autre chose. C'est alors que, suivant Pélisson, fermant l'oreille aux conseils de ses amis alarmés, Fouquet se serait défait sans hésitation de _la chose du monde qu'il avoit toujours tenue pour la plus précieuse_.
[23] _OEuvres de Louis XIV_. T. I. _Instructions au Dauphin_.
[24] _Mémoires inédits de Brienne_, publiés par M.F. Barrière; t. II, p. 186.
[25] Mémoires inédits de Brienne, t. II, p, 200.
[26] _OEuvres de Louis XIV_, t. I, p. 101. Les _Instructions au Dauphin_ ont été dictées par Louis XIV à Pélisson et rédigées par ce dernier. C'est un document historique des plus intéressants et dont l'authenticité a été établie d'une manière irréfutable par les éditeurs des _OEuvres de Louis XIV_. Comment Pélisson, qui avait publié des plaidoyers si touchants en faveur de Fouquet, eut-il le triste courage d'écrire les accusations que l'on vient de lire? C'est ce que l'on a peine à comprendre. Lors de la révocation de l'édit de Nantes, Pélisson, protestant converti, fut chargé de diriger les conversions de ses anciens coreligionnaires, et reçut, en raison des services qu'il rendit alors, des gratifications considérables (V. _Histoire de Colbert_, chap. III). C'est de lui que Voltaire a dit: «Il eut le bonheur d'être éclairé et de changer de religion dans un temps où ce changement pouvait le mener aux dignités et à la fortune» (_Siècle de Louis XIV_, chap. XXVI).
[27] _OEuvres de Louis XIV_, t. V.
[28] _Mémoires de Brienne, de Gourville_, etc. Voici un quatrain que l'on fit sur cette arrestation. On sait que Fouquet avait dans ses armoiries un écureuil et Colbert une couleuvre; Le Tellier avait trois lézards dans les siennes.
Le petit écureuil est pour longtemps en cage; Le lézard plus adroit fait mieux son personnage; Mais le plus fin des trois est un vilain serpent, Qui, s'abaissant, s'élève et s'avance en rampant.
[29] Biblioth. roy. Mss. _Discours sommaire de ce qui s'est passé, et a été inventorié à Saint-Mandé_. A la suite du _Journal d'Ormesson_. Suppl. Franç. 1096.
[30] Biblioth. roy. Mss. _Inventaire et estimation de la bibliothèque de Saint-Mandé_. 2611.
[31] Biblioth. roy. Mss. _Discours sommaire, etc._ Ce livre était intitulé: _L'École des Filles_.
[32] Biblioth. roy. Mss. R.B., n. 3,184. Ce manuscrit a été acquis récemment par la Bibliothèque royale. En voici le titre exact: «_Procez verbal de la levée du sellé apposé par MM. Payet et Dalbertas, conseillers du Roy en ses conseils sur un coffre trouvé dans la maison de Vaux, avec l'inventaire et description faicte des papiers trouvez en celui par MM. Poncet et Delafosse, commissaires à ce depputez_.» C'est, je le répète, le procès-verbal original, signé par MM. Poncet et Delafosse. L'inventaire des papiers dont il s'agit fut fait par liasses et non par ordre de dates. J'ai reproduit les fragments de lettres qu'on va lire dans l'ordre adopté par le procès-verbal.
[33] On lit dans une lettre d'Artagnan à Colbert, datée d'Angers, du 17 septembre 1661; «J'ay esté obligé de luy acheter un peu de vaisselle et je suis après luy chercher un lit, celuy où il couche n'estant pas des plus honnestes et c'est un lit qu'il a loué» (Biblioth. roy. Mss. _Lettres adressées à Colbert_).
[34] C'étaient des ordonnances que la Cour des comptes était obligée d'admettre, bien qu'elles ne fissent pas mention des motifs de la dépense. Il en sera parlé avec détail dans l'_Histoire de Colbert_; chap. III.
[35] Droit établi sur les bestiaux à pied fourché. _Encyclopédie méthodique_. Finances.
[36] Droit spécial établi à Bordeaux sur le sel et plusieurs autres marchandises. Dans l'origine, après la conquête de la Guyenne par Charles VII, le produit de ce droit fut appliqué à l'entretien de plusieurs navires dont la destination était de _convoyer_ les bâtiments marchands qui naviguaient le long des côtes, et pour les protéger contre les incursions des Anglais auxquels la Guyenne venait d'être enlevée. _Encyclopédie Méthodique_.
[37] Biblioth. roy., Mss. _Procès Fouquet_, collection des pièces, ordres, inventaires, rapports, significations, relatifs à cette affaire. 8 vol. in-fol. Il y a dans le nombre quelques pièces imprimées à l'époque du procès.
[38] Voici de curieux extraits de ces comptes. En dix mois, Vatel avait reçu, en sa qualité de maître d'hôtel, 336,212 livres; en 1660 la dépense pour les domestiques seulement s'élève à 371,407 livres; de 1653 à 1656, il est dépensé à Saint-Mandé, pour divers ouvrages, 327,607 livres; argent donné à madame Duplessis-Bellière, 204,499 livres; à la même, 31,260 livres; sommes payées à des dames, 32,506 livres; au sieur de Graves, pour _affaires secrètes et particulières_, 152,800 livres; à Jarnay, pour _idem_, 66,300 livres; à Gargot, pour _idem_, 13,500 livres, etc., etc. (_Extrait du réquisitoire de M. Talon_). Il faut ajouter que Bruant des Carrières, le principal commis de Fouquet, avait eu le temps de brûler tous ses registres.
[39] Biblioth. roy., Mss. _Procès Fouquet_.--Réquisitoire de M. Talon.
[40] Biblioth. roy., Mss. _Collection des lettres adressées à Colbert_. 11662.
[41] Biblioth. roy., Mss. _Registres de la Chambre de justice_, aux armes de Colbert. _Procès Fouquet_. 3 vol. in-fol., n. 235, 236, 237. T. I.
[42] Fouquet s'était d'abord servi de chiffres pour désigner les noms propres; plus tard, en corrigeant son projet, il fit usage de caractères ordinaires. Voici quel était primitivement le début du projet: _La foiblesse de l'esprit de 1032 (le cardinal), le pouvoir absolu qu'il a sur 2000 et sur 1500 (le roi et la reine), et par conséquent l'autorité souveraine dans 1600 (le royaume), etc., etc._
[43] Le projet portait d'abord: «_Dont le crédit seul fait subsister l'État et qui ne peut qu'il n'ait une infinité d'ennemis_»
[44] Il y avait d'abord: «_Si j'estois mis en prison et que mon frère l'abbé n'y fust pas, il faudroit suivre son avis et le laisser faire, s'il estoit en estat d'agir et qu'il conservast pour moi l'amitié qu'il est obligé et dont je ne puis doubter._»