Part 4
Nous possédons un document bien curieux et bien étrange sur l’état de la Prostitution vers la fin du seizième siècle. C’est un ouvrage intitulé _le Cabinet du roy de France, dans lequel il y a trois perles précieuses d’inestimable valeur, par le moyen desquelles Sa Majesté s’en va le premier monarque du monde et ses sujets du tout soulagez_. Cet ouvrage rare, dont il n’existe qu’une seule édition, forme un volume in-8º de 647 pages, avec 8 feuillets préliminaires et 5 de table non chiffrés; il ne porte pas de nom de lieu ni de nom de libraire; il est daté de 1581, sur le titre, et l’épître dédicatoire à Henri III, dans laquelle l’auteur se cache, sous les initiales de N. D. C., se termine par la date du premier novembre 1581. Les bibliographes n’ont fait que citer ce livre, sans daigner s’occuper de ce qu’il contient, et nous ne connaissons que le recueil des _Mélanges tirés d’une grande bibliothèque_ (t. XVII, p. 362 et suiv.) où l’on trouve une espèce d’analyse très-succincte et très-imparfaite de cette singulière publication, sortie de l’officine secrète des réformés. Il suffit d’examiner ce volume et d’en comparer les caractères et le mode d’impression, avec les livres imprimés vers la même époque à la Rochelle, pour être certain qu’il a été fabriqué dans un des ateliers typographiques de cette ville qui était alors la capitale de la _huguenoterie_. Quant à l’auteur du _Cabinet du roy de France_, le savant la Monnoye, dans ses remarques sur les _Auteurs déguisés_ de Baillet, veut que ce soit Nicolas Barnaud, auquel il attribue également le _Miroir des François, contenant l’estat et le maniement des affaires de France_, publié sous le pseudonyme de Nicolas de Montand; mais rien n’autorise ni ne justifie cette attribution, que la Monnoye ne s’est pas donné la peine d’appuyer de quelques preuves ou de quelques raisons plausibles. L’opinion mise en avant par le commentateur de Baillet n’en est pas moins restée comme un fait acquis à la bibliographie. On a même cru expliquer les initiales de l’auteur inconnu, en les traduisant par _Nicolas de Crest_ et en fondant cette bizarre conjecture sur ce que Nicolas Barnaud était né à Crest en Dauphiné!
Mais le nom de l’auteur ne nous importe guère, et nous n’entrerons pas dans de plus longs détails pour démontrer que Nicolas Barnaud, médecin, théologien _sociniste_ et surtout chercheur infatigable de la pierre philosophale, n’aurait jamais pu rassembler les immenses matériaux statistiques, qui ont servi à composer le _Cabinet du roy de France_. Il suffit de constater, d’après une lettre de ce Barnaud, écrite à Leyde en 1599, qu’il avait voyagé en Espagne pendant plus de quarante ans, avant d’aller se fixer en Hollande (voy. cette lettre, en tête de son recueil d’alchimie, intitulé: _Quadriga aurifera, nunc primum a Nicolao Bernaudo_ (sic), _Delphinate, in lucem edita_. Lugd. Batav., ap. Christ. Raphelengium, 1599, in-8º). Nous ne serions pas éloignés d’attribuer plutôt le _Cabinet_ à Nicolas Froumenteau, dont le nom figurait en toutes lettres sur le titre d’un ouvrage du même genre, publié la même année: _le Secret des finances de France, descouvert et departi en trois livres et maintenant publié pour ouvrir les moyens légitimes et nécessaires de purger les dettes du roy, descharger les subjets des subsides imposés depuis trente-un ans et recouvrer tous les deniers pris à Sa Majesté_. Une première édition, beaucoup moins complète que celle-ci, qui forme trois tomes in-8º, avait déjà paru, avec le millésime de 1581, sous ce titre différent: _Le Secret des thresors de la France, descouvert et departy en deux livres_. L’imprimeur, dans un avis qui est au revers du frontispice, dit que cet ouvrage était attendu avec une si vive impatience, qu’on s’arrachait les feuilles encore humides au sortir de la presse. Cette circonstance indique suffisamment que l’impression avait lieu dans une ville protestante, où elle ne se faisait pas en cachette. Le _Secret des finances_, en effet, paraît avoir été imprimé, comme le _Cabinet du roy de France_, à la Rochelle, et il est très-probable que ce dernier ouvrage anonyme, publié après le premier qui est dédié également à Henri III et daté de Paris, le 1er janvier 1581, a pour auteur ce même Nicolas Froumenteau dont le nom ne se retrouve sur aucun autre livre. Il resterait à rechercher si _Froumenteau_ n’est pas un pseudonyme, sous lequel s’est caché un des plus terribles champions de ce temps-là, soit Agrippa d’Aubigné, soit du Plessis-Mornay, soit Lancelot-Voesin de la Popelinière, soit enfin le fougueux ministre réformé, Guillaume Reboul, qui a fait plusieurs livres aussi violents et non moins excentriques. Mais nous n’avons pas à nous occuper ici du _Secret des finances_, quoiqu’il pût fournir beaucoup de faits curieux pour l’histoire de la Prostitution, comme, par exemple, le «nombre des filles et femmes violées» pendant les guerres civiles. Le _Cabinet du roy de France_ est assez rempli de choses et de renseignements, pour que nous n’en cherchions pas ailleurs sur le même sujet et sur la même époque.
Voici d’abord l’analyse sommaire du livre. Les trois perles précieuses, que l’auteur se propose d’examiner, sont la Parole de Dieu, la Noblesse et le Tiers-état, qu’il nous montre renfermées dans un _étui_ ou un écrin qui n’est autre que le royaume de France. Il fait d’abord le dénombrement des biens et des revenus du clergé; il veut que le roi s’en empare et les réunisse à son domaine, afin de pouvoir, à l’aide de ces ressources nouvelles, entretenir des armées, secourir les pauvres, faire prospérer l’agriculture et mettre fin aux désordres qui déshonorent l’Église catholique. Il signale ensuite les vices et les déportements de la noblesse; il indique les réformes qui peuvent la rétablir dans son ancienne splendeur. Enfin il parle du tiers état, avec une prédilection toute particulière; suivant le plan de finances qu’il a rêvé, le tiers état se rendra fermier des terres ecclésiastiques et nobiliaires, puis se chargera de payer les dettes de la république, de remplir les coffres du roi et de fournir des dots convenables pour marier tous les prêtres et tous les moines. D’après ce simple exposé des idées principales de l’auteur, qui était évidemment un huguenot intraitable, on se demandera peut-être quel rapport peut avoir un pareil ouvrage avec l’histoire de la Prostitution? Mais il suffit d’ouvrir ce _Cabinet du roy de France_, pour juger ce qu’il contient de documents intéressants à ce sujet, quoiqu’il ne faille pas prendre à la lettre toutes les accusations que l’auteur y a entassées contre les mœurs du clergé et de la noblesse de son temps. Il paraîtrait, toutefois, que cet auteur avait réuni, sous le titre de _Traité de la Polygamie sacrée_, une immense quantité de notes et de matériaux statistiques pour établir par des chiffres le véritable état de la démoralisation de l’Église catholique; ce traité ne remplissait pas moins de trois mille rôles, et il aurait formé plus de trois volumes in-folio, s’il eût été livré à l’impression; mais on peut présumer qu’il n’a jamais été imprimé, bien que plusieurs bibliographes, notamment le Duchat dans ses remarques sur la _Confession de Sancy_, l’aient cité comme un ouvrage qui avait vu le jour. C’est de cet ouvrage, que l’auteur du _Cabinet du roy de France_ a tiré ce qu’il dit de la polygamie et de la Prostitution sous le règne de Henri III.
Malgré l’exagération des calculs, malgré la brutalité des réflexions qui les accompagnent, si monstrueuse que soit la donnée de son livre, on est forcé de reconnaître que le statistiqueur huguenot n’a pas seulement fait œuvre d’imagination et qu’il a pris le soin de recueillir des indications précises. Il affecte un air de bonne foi et de conviction, dans la manière dont il dresse ses inventaires et dont il déduit ses systèmes; il est pénétré d’une sainte horreur pour la polygamie ou la Prostitution, à ce compte qu’il voudrait voir non-seulement tous les moines mariés, mais encore tous les maris et toutes les femmes fidèles! C’est ce beau zèle pour le mariage, qui l’inspire sans cesse et qui le rend implacable contre les célibataires, les adultères et les polygames. «Je soutien, dit-il dans sa dédicace au roi, que plus de quatre fois sept cens mil femmes polygamient et concubinent avec ces magiciens et enchanteurs qui ont tenu si longtemps cachées ces Perles dans vostre Cabinet.» Les magiciens et les enchanteurs sont les mauvais prêtres, les faux nobles et les débauchés de toute espèce. L’auteur ne déclare pas autrement, qu’il est huguenot et que, sous prétexte de remettre en ordre les finances de France, il veut remplacer l’_Église papale_ par la Réformation de Calvin, qu’il nomme la _vraie parole de Dieu_. Mais les détails qu’il prétend avoir puisés aux meilleures sources sur l’état moral du clergé, n’en sont pas moins précieux, même en faisant la part de ce qu’ils ont de calomnieux et d’exagéré. On sait, par le témoignage même des écrivains catholiques, que le clergé, à cette époque de désordre général, ne menait pas une vie plus édifiante que les laïques.
L’auteur du _Cabinet du roy de France_, après avoir posé en fait que le revenu total du clergé s’élève à deux cents millions d’écus, qui, au taux actuel de l’argent, représenteraient près de deux milliards, essaye de démontrer que cet énorme revenu est dévoré par la Prostitution; car, selon lui, il y a près de cinq millions de personnes «qui, sous le voile de l’Église gallicane, vivent aux despens du crucifix.» Il croit pouvoir constater l’exactitude de ses calculs, en choisissant comme critérium un des archevêchés de France, celui de Lyon, et en faisant l’énumération de tout ce qui compose, dans cet archevêché, le personnel de la Polygamie sacrée. Sans entrer dans tous les détails de cette effrayante statistique, avant d’en présenter le tableau à l’instar de ceux que Parent-Duchatelet a laborieusement dressés dans son ouvrage _De la Prostitution_, nous pensons que quelques traits suffiront pour caractériser le procédé de statistique, imaginé par l’auteur.
«Il se treuve, dit-il (page 19), par les diocèses d’icelle Archevesché (de Lyon), plus de 45 femmes mariées à d’honorables hommes de toutes qualitez, abusées et qui paillardent épiscopalement avec iceux prelats. Nonobstant tels adultères, iceux prelats ont tenu et tiennent de belles garces et filles, qui leur ont produit de beaux enfans, aucuns desquels engendrent et font tous les jours d’autres enfans; mais icy nous ne cherchons que les bastards yssus de ceste Primauté et évesques, durant l’année de cest Estat, qui sont en nombre vingt sept. Bien se treuve-t-il, en la liste, quarante-deux filles desbauchées.» L’auteur annonce, que les _épaves épiscopales_ ne sont pas mentionnées dans cette liste; il entend par là «les filles, desquelles on a accoustumé de rafraischir messieurs les prelats, lorsqu’ils font leurs chevauchées, c’est-à-dire la visitation de leurs diocèces.» Quant aux serviteurs et domestiques des prélats, ils n’ont garde de ne pas suivre l’exemple de leurs maîtres: «Dans la liste qui nous a esté sur ce présentée, dit l’auteur avec le calme d’un mathématicien, sont particularisées 65 femmes mariées à de notables bourgeois, paillardans avec les dessusdits. Nonobstant lesquelles paillardises, sodomies et adultères, ont empli les ventres de 160 filles, quatre-vingts desquelles ont eu chascune un bastard durant l’année du present Estat.» Or, ces domestiques étaient au nombre de cinquante! Viennent ensuite les secrétaires et chapelains, comprenant 242 personnes, parmi lesquels l’auteur comprenait les argentiers, les joueurs d’instruments, les sommeliers, les veneurs, etc., mais non les pages et laquais: «De ce nombre dessusdit, la liste represente 53 sodomites, sans y comprendre les pages et laquais, qui sont comme contraints d’acquiescer à ces monstres. 300 femmes mariées, et toutes denommées en la liste, se treuvent avoir paillardé avec ces domestiques, qui, outre icelles, entretiennent 500 garces, trois cens desquelles ont fait chascune un bastard durant l’an du présent Estat. Selon qu’il est escrit au Traité de la Polygamie, on n’a peu descouvrir que 48 maquerelles; les autres sont si secrettes, qu’on ne les peut cognoistre ni moins avoir leurs noms et surnoms.» Ce passage nous apprend que le recensement des agents de la polygamie avait été fait par noms et surnoms de personnes.
Les suffragants, vicaires officiaux et autres, formaient un personnel de 245 personnes: la liste de la _Polygamie sacrée_ leur donne 58 bourgeoises mariées et issues d’honorables familles, 19 sodomites, 14 bardaches, 39 vieilles chambrières valétudinaires, 17 maquerelles et 20 filles chambrières et autres, «cent vingt et une desquelles ont eu bastards en l’an de ce present Estat.» Les chanoines, au nombre de 478, ne sont pas, à en croire le faiseur de statistique, plus réservés dans leur conduite. Il s’excuse de n’avoir pu découvrir que 600 femmes mariées «paillardantes canonialement;» mais il signale, d’après la terrible liste, un chanoine «qui, en un an, a débauché et eu à faire à neuf femmes bourgeoises, à sçavoir deux femmes d’avocats, un procureur, trois drapières, une femme d’un changeur, une courtière et une mercière.» Il met en ligne de compte, dans le chapitre des chanoines, 68 sodomites, 38 bardaches, 846 garces et chambrières, _tenues à pot et à feu_, dont «la pluspart ont fait perdre le fruict qu’elles portoient,» et 62 maquerelles désignées par leurs noms et surnoms. «Outre les chanoines dessusdits, ajoute l’inflexible calculateur, vous en avez 96, la tierce partie desquels sont tous verolez et gouteux, les autres sont sexagenaires, qui ont des chambrières, toutes les dents desquelles crouslent en la bouche, tant à cause de la verole que de vieillesse, et ne font plus d’enfans.» Les chanoines ayant à leur service 900 valets, ces valets, qui sont _frais, gras et replets_, entretiennent 1,400 filles et paillardent avec 150 femmes mariées. Les chapelains, au nombre de 300, «multiplient grandement en bastards,» et la liste de la Polygamie leur attribue à chacun deux ou trois _paillardes_ mariées ou non; les _sociétaires_ sont plus débauchés encore: on en cite un «qui a paillardé, en un an, avec vingt-huict femmes.» Leurs valets l’emportent sur eux en continence, car, bien qu’ils soient au nombre de 215, leur polygamie ne comprend que 168 filles, qui avaient produit 118 bâtards dans l’année du recensement. Les clercs ou _coriaux_ (il y en avait alors 317 dans l’archevêché de Lyon), tous jeunes et gaillards, recherchent moins les filles que les femmes mariées: 200 de ces dernières ont été enregistrées comme participant aux débauches de ces _garçonnets_; mais on présume qu’on ne les connaît pas toutes.
Arrêtons-nous dans cette prodigieuse nomenclature; laissons de côté tout ce que l’implacable ennemi de la Prostitution avance sur les déportements des moines et des _nonains_. Il suffit d’avoir, par des citations textuelles, spécifié le genre de statistique qui avait été si audacieusement relevé dans la _Polygamie sacrée_. Nous allons maintenant présenter, dans un Tableau synoptique que l’auteur a pris soin de tracer lui-même, l’état numérique et complet des désordres inouïs, qui existaient en 1581 dans l’archevêché de Lyon, choisi entre tous les autres comme un spécimen scandaleux de la dépravation du clergé.
_État détaillé de la Polygamie sacrée, dans l’archevêché ou primauté de Lyon, en 1581, d’après les recherches et les calculs de l’auteur du_ CABINET DU ROY DE FRANCE.
1 Nombre des archevesques, évesques, abbez et prieurs 480
2 Leurs gentils hommes et serviteurs 1,782
3 Officiers abbaciaux 957
4 Leurs valets et serviteurs 1,250
5 Chanoines 478
6 Leurs valets et serviteurs 900
7 Curez ou pasteurs 13,200
8 Leurs valets 6,700
9 Vicaires d’iceux curez 13,200
10 Leurs valets 4,200
11 Societaires 849
12 Leurs valets 225
13 Compagnons d’ordre et officiers claustraux 800
14 Leurs valets 420
15 Moynes 4,200
16 Leurs valets et convers 800
17 Chartreux 150
18 Leurs valets 169
19 Cordeliers 700
20 Jacopins 600
21 Leurs valets 166
22 Carmes 452
23 Leurs valets 180
24 Leurs convers et valets 160
25 Jambonistes ou Anthoniens 315
26 Minimes, Celestins, etc. 500
27 Jesuistes et leurs serviteurs 62
28 Chevaliers, commandeurs (de Malte) 692
29 Leurs serviteurs 1,800
30 Nonnains et religieuses 2,345
31 Leurs valets et peres gardiens 600
32 Novices et enfans de cueur, tant épiscopaux que abbaciaux 2,800
33 Clercs ou coriaux estalons 317
FEMMES ADULTÈRES. { épiscopales 468 { canoniales 750 { des chappelains 160 { des sociétaires 600 { des curez, etc. 17,000 { des vicaires, etc. 24,700 { monacales 12,100 { maltoises (de l’ordre de Malte) 12,120 { francisquines 400 { jacopines 200 { carminées (des Carmes) 200 { augustiniennes 130 { chartreuses 40 { jesuistes 5
GARCES (OU FILLES NON MARIÉES). { épiscopales 900 { canoniales 2,200 { des chappelains 800 { des societaires 600 { pastorales ou des curez 20,000 { de leurs vicaires 30,000 { monacales ou abbaciales 22,000 { des bastards des bastards 5,000 { Ierosolomytes, c’est-à-dire Maltoises 2,009 { francisquines ou cordeliennes. 400 { jacopines 1,278 { carminées 410 { augustiniennes 378 { chartreuses 166 { anthoniennes 800 { celestines, minimes, etc. 600 { jesuistes 7 { des peres gardiens 600 { des clercs ou coriaux 187
MAQUERELLES OU MAQUEREAUX. { épiscopales 484 { canoniales 62 { des chappelains 45 { des societaires 411 { des curez 2,000 { de leurs vicaires 3,000 { monachales et abbaciales 2,400 { maltoises 200 { francisquines 75 { jacopines 180 { des Carmes 130 { des Augustins 96 { chartreuses 40 { jesuistes 3 { celestines, etc. 24 { des peres gardiens 38 { des clercs ou coriaux 59 { des nonains 300
SODOMITES. { épiscopaux 124 { chanoines 68 { chappelains 40 { societaires prestres 112 { curez 200 { vicaires néant. { abbez et prieurs, etc. 411 { moynes 1,100 { francisquins 160 { jacopins 108 { augustins 60 { chartreux 50 { minimes et celestins 9 { jesuistes 49
NOTA. Nous croyons inutile de faire figurer dans ce tableau le dénombrement des _Bastards_, des _Bastards des bastards_, des _Chevaux_, de la _Venerie_ et de la _Fauconnerie_.
L’auteur de ces étranges calculs, empruntés au _Traité de la Polygamie sacrée_ (liv. V, ch. 9 et 10), ne nous révèle pas de quelle manière s’est fait le recensement mystérieux, qu’il assure avoir existé, non-seulement pour toute l’Église gallicane, mais encore pour toute la chrétienté; il va pourtant à la rencontre de l’objection qui s’offrira d’abord à l’esprit de ses lecteurs: «Qui est-ce, lui diront-ils, qui peut avoir compté et descouvert qu’en une telle primauté ou archevesché y ait tant et tant d’ecclesiastiques, tant de putains, tant de maquerelles et tant et tant d’autres personnes qualifiées au sommaire de l’Estat et denombrement ci-dessus designé?» La réponse n’est pas très-concluante, si elle est spécieuse. L’auteur dit qu’il n’a pas été plus difficile de dresser l’état de la Polygamie sacrée, que de faire le catalogue des étoiles et l’_inventaire de la monarchie diabolique_, laquelle comprend 72 princes et 7,405,926 diables, sans compter les petits. Nous avouerons que cette statistique-là était moins aisée à faire que l’autre, «veu, comme le dit l’auteur de celle-ci, que nous fréquentons, beuvons, mangeons ordinairement avec les complices de la Polygamie sacrée.» Après avoir défendu de la sorte l’authenticité de son enquête et de son inventaire, le contrôleur général de la Polygamie sacrée fait un _recueil_, par diocèses, des «prélats et bénéficiers, leurs domestiques et autres personnes masles ou femelles qui vivent aux despens du crucifix.» Ce recueil, auquel nous sommes loin d’accorder une entière créance, mérite cependant d’être conservé, à défaut de renseignements plus sérieux et moins entachés de partialité calviniste. Nous avons dressé ainsi un Tableau, à la manière de Parent-Duchâtelet, pour établir le bilan de la Prostitution dans chaque diocèse, avec la recette et la dépense des polygames de l’Église gallicane. (_Voir ce Tableau à la page suivante._)
_Etat général de la Polygamie sacrée, par diocèses, en 1581, avec la recette et la dépense, d’après les recherches et les calculs de l’auteur du_ CABINET DU ROY DE FRANCE.