Part 20
Nous ne fermerons point ce livre sans dire aussi quelques mots de celui qui est notre maître à tous, le public. Depuis quelques années, il est hésitant et troublé: l'art ancien l'ennuie, l'art nouveau l'effraye et le déconcerte; de là vient qu'il se montre souvent difficile à contenter; mais chaque jour se perfectionne chez lui cette éducation de l'oreille, qui permet de mieux apprécier la musique, et par conséquent de jouir davantage de ses beautés. Il est juste de citer ici deux institutions qui, bien différentes cependant l'une de l'autre, n'ont pas été sans influence sur cette sorte d'éducation de tous. L'une est l'enseignement mutuel de la musique et le chant en commun, établi avec une courageuse persévérance par Bocquillon Wilhem (1781 † 1842), en 1833. L'autre est l'ouverture des concerts populaires, qui ont commencé leurs premières séances en 1863. M. Pasdeloup, leur créateur, a trouvé depuis plusieurs imitateurs. Mais il faut faire une petite place dans une histoire de la musique au premier qui a osé offrir au grand public les œuvres classiques d'Haydn, de Mozart, de Beethoven, et lui a permis ainsi de s'initier aux hardiesses de la musique moderne. Plus d'un célèbre procès musical a été revu en appel par ce public nouveau, plus impressionnable et meilleur musicien. On sait si Berlioz, dont on a tant ri autrefois, est sorti victorieux de cette nouvelle épreuve.
Telle est, en résumé, l'histoire de la musique. Pendant cette longue suite de siècles, nous avons tenté de tracer très rapidement, et en quelques traits à peine, ses transformations successives depuis l'antiquité. Nous avons montré de notre mieux quelle large place tient la musique dans le développement de l'esprit humain; nous avons cherché quelle part elle avait prise dans toutes les évolutions littéraires du moyen âge et des temps modernes. Chaque période, chaque homme, presque chaque œuvre, a marqué un progrès en avant. Aujourd'hui la musique est dans une période d'évolution nouvelle, analogue à celle qui s'opéra vers la fin du XVIe siècle. N'écoutons donc pas ceux qui trouvent leur plaisir à pleurer sur un art qu'ils croient mort. Cet art, au contraire, est plus vivant, mieux aimé, plus répandu que jamais; répétons plutôt pour finir, ce que nous avons dit au commencement de ce livre: «En musique, il n'y a pas de décadence; il n'y a que des transformations.»
Elwart. _Histoire des concerts populaires_, in-8º, 1864.
Fétis. _Exposition universelle de 1855. Rapport sur la fabrication des instruments de musique._ In-4º, 1855.
Glasenapp. _Richard Wagner's Leben und Wirken._ 3 vol. in-8º, 1876 à 1882.
Lavoix. _Histoire de l'Instrumentation._
Schuré. _Le drame musical._ 2 vol. in-8º, 1875.
Tappert. _Richard Wagner, sein Leben und seine Werke._ In-8º, 1883.
Wagner (Richard). _Gesammelte Schriften und Dichtungen._ In-8º, 1871-1873.
Ernst (Alfred). _Richard Wagner et le drame contemporain._ 1 vol. in-12, 1887.
Jullien (Ad.). _Richard Wagner, sa vie et ses œuvres._ In-4º, 1886.
TABLE DES MATIÈRES Pages.
INTRODUCTION 5
LIVRE PREMIER.—L'ANTIQUITÉ
CHAPITRE I.—L'ancien Orient 13 —— II.—Les Grecs 29 —— III.—Rome et les premiers chants de l'Église 58
LIVRE II.—LE MOYEN AGE
CHAPITRE I.—Du VIIe au XIIe siècle 75 —— II.—Les XIIe et XIIIe siècles 93 —— III.—Du XIVe au XVIe siècle 117
LIVRE III.—LES PRÉCURSEURS
CHAPITRE I.—La Musique italienne aux XVIIe et XVIIIe siècles 159 —— II.—La Musique en Allemagne aux XVIIe et XVIIIe siècles 185 —— III.—L'Opéra et l'Opéra-Comique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles 214
LIVRE IV.—LES MODERNES
CHAPITRE I.—Le siècle de Beethoven 267 —— II.—L'École italienne, de Rossini à Verdi (1813-1850) 289 —— III.—La Musique française pendant la première moitié du XIXe siècle 302
CONCLUSION.—La musique contemporaine 332
Paris.—MAY & MOTTEROZ, L.-Imp. réunies, 7, rue Saint-Benoît.