Histoire de la magie

Chapter 42

Chapter 423,536 wordsPublic domain

[525] Les phénomènes magnétiques produits par Ganneau durèrent même après sa mort. Sa veuve, femme sans instruction et d'une intelligence assez négative, fille d'un honnête Auvergnat, est restée dans le somnambulisme statique où son mari l'avait plongée. Semblable à ces enfants qui subissent la forme des imaginations de leurs mères, elle est devenue une image vivante de Marie-Antoinette prisonnière à la Conciergerie. Ses manières sont celles d'une reine à jamais veuve et désolée, parfois seulement elle laisse échapper quelques plaintes qui sont de s'écrier que son rêve la fatigue, mais elle s'indigne souverainement contre ceux qui cherchent à la réveiller; elle ne donne d'ailleurs aucun signe d'aliénation mentale; sa conduite extérieure est raisonnable, sa vie parfaitement honorable et régulière. Rien n'est plus touchant, selon nous, que cette obsession persévérante d'un être follement aimé qui se survit dans une hallucination conjugale. Si Artémise a existé, il est permis de croire que Mausole était aussi un puissant magnétiseur, et qu'il avait entraîné et fixé à jamais les affections d'une femme toute sensitive en dehors des limites du libre arbitre et de la raison.

CHAPITRE VI.

DES SCIENCES OCCULTES.

SOMMAIRE.--Coup d'oeil synthétique sur les sciences occultes.--La recherche de l'absolu.

Le secret des sciences occultes c'est celui de la nature elle-même, c'est le secret de la génération des anges et des mondes, c'est celui de la toute-puissance de Dieu!

[526] Vous serez comme les Élohims, connaissant le bien et le mal, avait dit le serpent de la Genèse, et l'arbre de la science est devenu l'arbre de la mort.

Depuis six mille ans, les martyrs de la science travaillent et meurent au pied de cet arbre pour qu'il redevienne l'arbre de vie.

L'absolu cherché par les insensés et trouvé par les sages, c'est la _vérité_, la _réalité_ et la _raison_ de l'équilibre universel!

L'équilibre, c'est l'harmonie qui résulte de l'analogie des contraires.

Jusqu'à présent l'humanité a essayé de se tenir sur un seul pied, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre.

Les civilisations se sont élevées et ont péri, soit par la démence anarchique du despotisme, soit par l'anarchie despotique de la révolte.

Tantôt les enthousiasmes superstitieux, tantôt les misérables calculs de l'instinct matérialiste ont égaré les nations, et Dieu pousse le monde enfin vers la raison croyante et les croyances raisonnables.

Nous avons eu assez de prophètes sans philosophie et de philosophes sans religion, les croyants aveugles et les sceptiques se ressemblent et ils sont aussi loin les uns que les autres du salut éternel.

Dans le chaos du doute universel et des conflits de la science et de la foi, les grands hommes et les voyants n'ont été que des artistes malades qui cherchaient la beauté idéale aux risques et périls de leur raison et de leur vie.

Aussi voyez-les tous encore, ces sublimes enfants, ils sont [527] fantasques et nerveux comme des femmes, un rien les blesse, la raison les offense, ils sont injustes les uns envers les autres, et eux qui ne vivent que pour être couronnés, ils sont les premiers à faire dans leurs fantasques humeurs ce que Pythagore défend d'une manière si touchante dans ses symboles admirables, ils déchirent et foulent aux pieds les couronnes! Ce sont les aliénés de la gloire, mais Dieu, pour les empêcher de devenir dangereux, les contient avec les chaînes de l'opinion.

Le tribunal de la médiocrité juge le génie sans appel, parce que le génie étant la lumière du monde, est regardé comme nul et comme mort, dès qu'il n'éclaire pas.

L'enthousiasme du poëte est contrôlé par le sang-froid de la prosaïque multitude. L'enthousiaste que le bon sens public n'accepte pas, n'est point un génie, c'est un fou.

Ne dites pas que les grands artistes sont les esclaves de la foule ignorante, car c'est d'elle que leur talent reçoit l'équilibre de la raison.

La lumière, c'est l'équilibre de l'ombre et de la clarté.

Le mouvement, c'est l'équilibre de l'inertie et de l'activité.

L'autorité, c'est l'équilibre de la liberté et du pouvoir.

La sagesse, c'est l'équilibre dans les pensées.

La vertu, c'est l'équilibre dans les affections; la beauté, c'est l'équilibre dans les formes.

Les belles lignes sont les lignes justes, et les magnificences de la nature sont un algèbre de grâces et de splendeurs.

[528] Tout ce qui est juste est beau: tout ce qui est beau doit être juste.

Le ciel et l'enfer sont l'équilibre de la vie morale; le bien et le mal sont l'équilibre de la liberté.

Le grand oeuvre, c'est la conquête du point central où réside la force équilibrante. Partout ailleurs, les réactions de la force équilibrée conservent la vie universelle par le mouvement perpétuel de la naissance et de la mort.

C'est pour cela que les philosophes hermétiques comparent leur or au soleil.

C'est pour cela que cet or guérit toutes les maladies de l'âme et donne l'immortalité. Les hommes arrivés à ce point central sont les véritables adeptes, ce sont les thaumaturges de la science et de la raison.

Ils sont maîtres de toutes les richesses du monde et des mondes, ils sont les confidents et les amis des princes du ciel, la nature leur obéit parce qu'ils veulent ce que veut la loi qui fait marcher la nature.

Voilà ce que le Sauveur du monde appelle le _royaume de Dieu!_ c'est le _sanctum regnum_ de la sainte kabbale. C'est la couronne et l'anneau de Salomon, c'est le sceptre de Joseph devant lequel s'inclinent les étoiles du ciel et les moissons de la terre.

Cette toute-puissance nous l'avons retrouvée, et nous ne la vendons pas, mais si Dieu nous avait chargé de la vendre, nous ne trouverions pas que ce soit assez de toute la fortune des acheteurs; nous leur demanderions encore, non pas pour nous, mais pour elle toute leur âme et toute leur vie!

[529]

CHAPITRE VII.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

SOMMAIRE.--L'énigme du Sphinx.--Les questions paradoxales.--Portée des découvertes de la science magique dans l'ordre religieux, dans l'ordre moral et dans l'ordre politique.--Objet et but de cet ouvrage.

Il nous reste maintenant à résumer et à conclure.

Résumer l'histoire d'une science, c'est résumer la science. Aussi allons-nous récapituler les grands principes de l'initiation conservés et transmis à travers tous les âges.

La science magique est la science absolue de l'équilibre.

Cette science est essentiellement religieuse, elle a présidé à la formation des dogmes de l'ancien monde, et a été ainsi la mère nourrice de toutes les civilisations.

Mère pudique et mystérieuse, qui, en allaitant de poésie et d'inspiration les générations naissantes, couvrait son visage et son sein!

Avant tout principe, elle nous dit de croire en Dieu, et de l'adorer sans chercher à le définir, parce que souvent pour notre intelligence imparfaite, un Dieu défini est en quelque sorte un Dieu fini! Mais après Dieu, elle nous montre comme souverains principes des choses, les mathématiques éternelles et les forces équilibrées.

Il est écrit dans la Bible que Dieu a tout disposé par le poids, le nombre et la mesure, voici le texte:

_Omnia in pondere et numero et mensurâ disposuit Deus._

[530] Ainsi le poids, c'est-à-dire l'équilibre, le nombre ou la quantité et la mesure, c'est-à-dire la proportion, telles sont les bases éternelles ou divines de la science de la nature.

La formule de l'équilibre est celle-ci:

«L'harmonie résulte de l'analogie des contraires.»

Le nombre est l'échelle des analogies dont la proportion est la mesure.

Toute la philosophie occulte du Sohar pourrait s'appeler la _science de l'équilibre._

La clef des nombres se trouve dans le Sepher Jézirah. La génération des nombres est analogue à la filiation des idées et à la production des formes.

En sorte que, dans leur alphabet sacré, les sages hiérophantes de la kabbale ont réuni les signes hiéroglyphiques des nombres, des idées et des formes.

Les combinaisons de cet alphabet donnent des équations d'idées, et mesurent, en les indiquant, toutes les combinaisons possibles dans les formes naturelles.

Dieu, dit la Genèse, a fait l'homme à son image: or, l'homme étant le résumé vivant de la création, il s'ensuit que la création aussi est faite à l'image de Dieu.

Il y a dans l'univers trois choses: l'_esprit_, le _médiateur plastique_ et la _matière._

Les anciens donnaient à l'esprit pour instrument immédiat, le fluide igné auquel ils prêtaient le nom générique de _soufre_; au médiateur plastique, le nom de _Mercure_ à cause du symbolisme représenté par le caducée, et à la matière le nom de _sel_, à cause du sel fixe qui reste après la combustion et qui résiste à l'action du feu.

[531] Ils comparaient le soufre au père, à cause de l'activité génératrice du feu; le mercure à la mère, pour sa puissance d'attraction et de reproduction; et le sel était pour eux l'enfant ou la substance soumise à l'éducation de la nature.

La substance créée pour eux était une, et ils la nommaient lumière.

Lumière positive ou ignée, le soufre volatil; lumière négative ou rendue visible par les vibrations du feu, le mercure fluide éthéré; et lumière neutralisée ou ombre, le mixte coagulé ou fixé sous la forme de terre ou de sel.

C'est pourquoi Hermès trismégiste s'exprime ainsi dans son symbole connu sous le nom de _Table d'émeraude:_

«Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour former les merveilles de la chose unique.»

C'est-à-dire que le mouvement universel est produit par les analogies du fixe et du volatil, le volatil tendant à se fixer, et le fixe à se volatiliser, ce qui produit un échange continuel entre les formes de la substance unique et, par cet échange, les combinaisons sans cesse renouvelées des formes universelles.

Le feu c'est Osiris ou le soleil, la lumière c'est Isis ou la lune, ils sont le père et la mère du grand Télesma, c'est-à-dire de la substance universelle, non qu'ils en soient les créateurs, mais ils en représentent les deux forces génératrices, et leur effort combiné produit le fixe ou la terre, ce qui fait dire à Hermès que leur force est parvenue à toute sa manifestation quand la terre en a été formée.

[532] Osiris n'est donc pas Dieu, même pour les grands hiérophantes du sanctuaire égyptien. Osiris n'est que l'ombre lumineuse ou ignée du principe intellectuel de la vie, et c'est pour cela qu'au moment des dernières initiations on jetait en courant dans l'oreille de l'adepte cette révélation redoutable: _Osiris est un dieu noir._

Malheur, en effet, au récipiendaire dont l'intelligence ne se serait pas élevée par la foi au-dessus des symboles purement physiques de la révélation égyptienne! Cette parole devenait pour lui une formule d'athéisme et son esprit était frappé d'aveuglement. Elle était au contraire pour le croyant d'un génie plus élevé, le gage des plus sublimes espérances. Enfant, semblait lui dire l'initiateur, tu prends une lampe pour le soleil, mais ta lampe n'est qu'une étoile de la nuit; il existe un véritable soleil; sors de la nuit et cherche le jour!

Ce que les anciens appelaient les _quatre éléments_ n'étaient pas pour eux des corps simples, mais bien les quatre formes élémentaires de la substance unique. Ces quatre formes étaient figurées sur le sphinx: l'air par les ailes, l'eau par le sein de femme, la terre par le corps de taureau, le feu par les griffes du lion.

La substance une, trois fois triple en mode d'essence, et quadruple en forme d'existence, tel est le secret des trois pyramides triangulaires d'élévation, carrées par la base et gardées par le sphinx. L'Égypte, en élevant ces monuments, avait voulu poser les colonnes d'Hercule de la science universelle.

Aussi les sables ont monté, les siècles ont passé et les pyramides toujours grandes proposent aux nations leur énigme dont [533] le mot a été perdu. Quant au sphinx, il semble avoir sombré dans la poussière des âges. Les grands empires de Daniel ont régné tour à tour sur la terre, et se sont enfoncés de tout leur poids dans le tombeau. Conquêtes de la guerre, fondations du travail, oeuvres des passions humaines, tout s'est englouti avec le corps symbolique du sphinx; maintenant la tête humaine se dresse seule au-dessus des sables du désert, comme si elle attendait l'empire universel de la pensée.

Devine ou meurs! tel était le terrible dilemme posé par le sphinx aux aspirants à la royauté de Thèbes. C'est qu'en effet les secrets de la science sont ceux de la vie; il s'agit de régner ou de servir, d'être ou de ne pas être. Les forces naturelles nous briseront, si elles ne nous servent à conquérir le monde. Roi ou victime, il n'y a pas de milieu entre cet abîme et cette sommité, à moins qu'on ne se laisse tomber dans la masse de ceux qui ne sont rien, parce qu'ils ne se demandent jamais pourquoi ils vivent ni ce qu'ils sont.

Les formes du sphinx représentent aussi par analogie hiéroglyphique les quatre propriétés de l'agent magique universel, c'est-à-dire de la lumière astrale: dissoudre, coaguler, réchauffer, refroidir. Ces quatre propriétés dirigées par la volonté de l'homme, peuvent modifier toutes les formes de la nature, et produire, suivant l'impulsion donnée, la vie ou la mort, la santé ou la maladie, l'amour ou la haine, la richesse même ou la pauvreté. Elles peuvent mettre au service de l'imagination tous les reflets de la lumière; elles sont la solution paradoxale des questions les plus téméraires qu'on puisse poser à la haute magie.

[534] Les questions paradoxales de la curiosité humaine, les voici; nous allons les poser et y répondre:

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la trouver?

3. Peut-on se faire servir par les esprits?

4. Qu'est-ce que la clavicule, l'anneau et le sceau de Salomon?

5. Peut-on prévoir l'avenir par des calculs certains?

6. Peut-on faire à son gré du bien ou du mal par influence magique?

7. Que faut-il pour être un vrai magicien?

8. En quoi consistent précisément les forces de la magie noire?

Nous appelons paradoxales ces questions qui sont en dehors de toute science, et qui semblent être d'avance résolues négativement par la foi.

Ces questions sont téméraires si elles sont faites par un profane, et leur solution complète donnée par un adepte ressemblerait à un sacrilège.

Dieu et la nature ont fermé le sanctuaire intime de la haute science, en sorte qu'au delà de certaine limite celui qui sait, parlerait inutilement, il ne se ferait plus comprendre; la révélation du grand arcane magique est donc heureusement impossible.

Les solutions que nous allons donner seront donc la dernière expression du verbe magique; nous les rendrons aussi claires qu'elles peuvent être, mais nous ne nous chargeons pas de les faire comprendre à tous nos lecteurs.

[535] QUESTIONS 1 et 2.

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la trouver?

RÉPONSES.

On peut échapper à la mort de deux manières, dans le temps et dans l'éternité.

Dans le temps, en guérissant toutes les maladies et en évitant les infirmités de la vieillesse;

Et dans l'éternité, en perpétuant par le souvenir l'identité personnelle dans les transformations de l'existence.

Posons d'abord en principes:

1° Que la vie résultant du mouvement ne peut se conserver que par la succession et le perfectionnement des formes;

2° Que la science du mouvement perpétuel est la science de la vie;

3° Que cette science a pour objet la juste pondération des influences équilibrées;

4° Que tout renouvellement s'opère par la destruction, et qu'ainsi toute génération est une mort, et toute mort une génération.

Maintenant établissons avec les anciens sages que le principe universel de la vie est un mouvement substantiel ou une substance éternellement et essentiellement mue et motrice, invisible et impalpable, à l'état volatil, et qui se manifeste matériellement en se fixant par les phénomènes de la polarisation.

[536] Cette substance est indéfectible, incorruptible, et par conséquent immortelle.

Mais ses manifestations par la forme sont éternellement changées par la perpétuité du mouvement.

Ainsi tout meurt parce que tout vit, et si l'on pouvait éterniser une forme, on arrêterait le mouvement et l'on aurait créé la seule véritable mort.

Emprisonner à jamais une âme dans un corps humain momifié, telle serait la solution horrible du paradoxe magique de l'immortalité prétendue dans le même corps et sur la même terre.

Tout se régénère par le dissolvant universel qui est la substance première.

Ce dissolvant concentre sa force dans la quintessence, c'est-à-dire au centre équilibrant d'une double polarité.

Les quatre éléments des anciens sont les quatre forces polaires de l'aimant universel représenté par une croix.

Cette croix qui tourne indéfiniment autour de son centre, en posant ainsi l'énigme de la quadrature du cercle.

Le Verbe créateur se fait entendre du milieu de la croix et il crie: Tout est consommé.

C'est dans la juste proportion des quatre formes élémentaires qu'il faut chercher la médecine universelle des corps, comme la médecine de l'âme nous est présentée par la religion en celui qui s'offre éternellement sur la croix pour le salut du monde.

L'aimentation et la polarisation des corps célestes résultent de [537] leur gravitation équilibrée autour des soleils, qui sont les réservoirs communs de leur électro-magnétisme.

La vibration de la quintessence autour des réservoirs communs se manifeste par la lumière, et la lumière révèle sa polarision par les couleurs.

Le blanc est la couleur de la quintessence. Vers son pôle négatif, cette couleur se condense en bleu et se fixe en noir; mais vers son pôle positif, elle se condense en jaune et se fixe en rouge.

La vie rayonnante va donc toujours du noir au rouge, en passant par le blanc; et la vie absorbée redescend du rouge au noir, en traversant le même milieu.

Les quatre nuances intermédiaires ou mixtes produisent avec les trois couleurs de la syllepse de l'analyse et de la synthèse lumineuse, ce qu'on appelle les sept couleurs du prisme ou du spectre solaire.

Ces sept couleurs forment sept atmosphères ou sept zones lumineuses autour de chaque soleil, et la planète dominante dans chaque zone se trouve aimentée d'une manière analogue à la couleur de son atmosphère.

Les métaux dans les entrailles de la terre se forment comme les planètes dans le ciel, par les spécialités d'une lumière latente qui se décompose en traversant divers milieux.

S'emparer du sujet dans lequel la lumière métallique est latente, avant qu'elle se soit spécialisée, et la pousser à l'extrême pôle positif, c'est-à-dire au rouge vif, par un feu emprunté à la lumière même, tel est tout le secret du grand oeuvre.

On comprend que cette lumière positive à son extrême degré de [538] condensation est la vie même devenue fixe, et peut servir de dissolvant universel et de médecine à tous les règnes de la nature.

Mais pour arracher à la marcassite, au stibium, à l'arsenic des philosophes son sperme métallique vivant et androgyne, il faut un premier dissolvant qui est un menstrue minéral salin, il faut de plus le concours du magnétisme et de l'électricité.

Le reste se fait de soi-même, dans un seul vase, dans un seul athanor, et par le feu gradué d'une seule lampe; c'est, disent les adeptes, un travail de femmes et d'enfants.

Ce que les chimistes et les physiciens modernes appellent chaleur, lumière, électricité, magnétisme, n'était pour les anciens que les manifestations phénoménales élémentaires de la substance unique appelée _aour_, od, tik _et_ ob, par les Hébreux. _Od_ est le nom de l'actif, _ob_ le nom du passif, et _aour_, dont les philosophes hermétiques ont fait leur or, est le nom du mixte androgyne et équilibré.

L'or vulgaire c'est l'_aour_ métallisé, l'or philosophique c'est l'_aour_ à l'état de pierrerie soluble.

En théorie, suivant la science transcendantale des anciens, la pierre philosophale qui guérit toutes les maladies et opère la transmutation des métaux, existe donc incontestablement. Existe-t-elle et peut-elle exister en fait? Si nous l'affirmions, on ne nous croirait pas, donnons donc cette affirmation comme une solution paradoxale aux paradoxes exprimés par les deux premières questions et passons au second chapitre.

_Remarque_.--Nous ne répondons pas à la question subsidiaire: [539] _Comment faire pour la trouver_, parce que M. de La Palisse lui-même répondrait à notre place que pour trouver il est indispensable de chercher, à moins qu'on ne trouve par hasard. Nous en avons dit assez pour diriger et faciliter les recherches.

QUESTIONS 3. ET 4.

3.--Peut-on se faire servir par les esprits?

4.--Qu'est-ce que la clavicule, le sceau et l'anneau de Salomon.

RÉPONSES.

Lorsque le Sauveur du monde eut triomphé, dans sa tentation du désert, des trois convoitises qui asservissent l'âme humaine:

La convoitise des appétits, la convoitise des ambitions et celle des cupidités.

Il est écrit que les anges s'approchèrent de lui et le servirent.

Car les esprits sont au service de l'esprit souverain, et l'esprit souverain est celui qui enchaîne les turbulences déréglées et les entraînements injustes de la chair.

Remarquons bien toutefois qu'il est contre l'ordre de la Providence d'intervertir la série naturelle des communications entre les êtres.

Nous ne voyons pas que le Sauveur et les apôtres aient évoqué les âmes des morts.

L'immortalité de l'âme étant un des dogmes les plus consolants de la religion, doit-être réservée aux aspirations de la foi, et ne sera par conséquent jamais prouvée par des faits accessibles à la critique de la science.

Aussi l'ébranlement ou la perte de la raison est-elle et [540] sera-t-elle toujours le châtiment de ceux qui auront la témérité de regarder, dans l'autre vie, avec les yeux de celle-ci.

Aussi les traditions magiques font-elles toujours apparaître les morts évoqués, avec des visages tristes et colères.

Ils se plaignent d'avoir été troublés dans leur repos et ne profèrent que des reproches et des menaces.