Histoire de la magie

Chapter 40

Chapter 403,184 wordsPublic domain

[499] Henri Delaage est aussi un fascinateur habile. Une dame du monde qui venait de lire un de ses livres, déclarait qu'elle ne connaissait rien au monde de plus beau et de mieux écrit, mais ce n'est pas seulement à ses livres que Delaage communique le don de beauté. Un jour nous venions de lire un feuilleton signé Fiorentino, où l'on disait que les charmes physiques du jeune magicien égalaient ou même surpassaient ceux des anges. Nous rencontrons Delaage et nous le questionnons avec curiosité sur cette révélation singulière. Delaage alors met la main dans son gilet, se tourne de trois quarts et lève en souriant les yeux vers le ciel... Heureusement nous avions sur nous l'_Enchiridion_ de Léon III, qui est, comme on sait, un préservatif contre les enchantements, et la beauté angélique du fascinateur resta invisible à nos yeux.

Nous donnerons à Henri Delaage des éloges plus sérieux que ceux des admirateurs de sa beauté, il se déclare sincèrement catholique, et proclame hautement son respect et son amour pour la religion; or la religion pourra faire de lui un saint, ce qui est un titre plus estimable et plus glorieux que celui de sorcier.

C'est à cause de sa qualité de publiciste que nous avons nommé ce jeune homme le premier parmi les fantaisistes de la magie. Ce rang sous tous les autres rapports appartenait à M. _le comte d'Ourches_, homme vénérable par son âge qui consacre sa vie et sa fortune aux expériences magnétiques. Chez lui les meubles et les dames somnambules se livrent à des danses effrénées, les meubles se fatiguent et se brisent, mais les dames, à ce qu'on assure, ne s'en portent que mieux.

[500] Pendant longtemps M. le comte d'Ourches a été dominé par une idée fixe: la crainte d'être enterré vivant, et il a fait plusieurs mémoires sur la nécessité de constater les décès d'une manière plus certaine qu'on ne le fait habituellement. M. d'Ourches avait d'autant plus raison de craindre, que son tempérament est pléthorique, et que son extrême susceptibilité nerveuse, journellement surexcitée par ses expériences avec les jolies somnambules, l'expose peut-être à des attaques d'apoplexie.

M. le comte d'Ourches est en magnétisme l'élève de l'abbé Faria, et en nécromancie il appartient à l'école du baron de Guldenstubbé.

Le _baron de Guldenstubbé_ a publié un livre intitulé: _Pneumatologie positive et expérimentale; la réalité des esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe_.

Voici comment il raconte lui-même sa découverte:

«Ce fut déjà dans le courant de l'année 1850, _environ trois ans avant l'invasion de l'épidémie des tables tournantes_, que l'auteur a voulu introduire en France les cercles du _spiritualisme d'Amérique, les coups mystérieux de Rochester et récriture purement machinale des médiums_. Il a rencontré malheureusement beaucoup d'obstacles de la part des autres magnétiseurs. Les _fluidistes_, et même ceux qui s'intitulèrent _magnétiseurs spiritualistes_, mais qui n'étaient en vérité que _des somnambuliseurs de bas étage_, traitèrent les coups mystérieux du spiritualisme américain de folies et de songes creux. Aussi ce n'est qu'au bout de plus de six mois, que l'auteur a pu former le premier cercle selon le mode des Américains, grâce au concours zélé que lui a prêté M. Roustan, [501] ancien membre de la _société des magnétiseurs spiritualistes_, homme simple, mais plein d'enthousiasme pour la sainte cause du spiritualisme. Plusieurs autres personnes sont venues se joindre à nous, parmi lesquelles il faut citer feu _l'abbé Châtel_, le fondateur de l'Église française, qui, malgré ses tendances rationalistes, a fini par admettre la réalité d'une révélation objective et surnaturelle, condition indispensable du spiritualisme et de toutes les religions positives. _On sait que les cercles américains sont basés_ (abstraction faite de certaines conditions morales, également requises) _sur la distinction des principes magnétiques ou positifs et électriques ou négatifs_.

»Ces cercles se composent _de douze personnes_, dont _six_ représentent les _éléments positifs_, et les six autres, les éléments _négatifs_ ou _sensitifs_. La distinction des éléments ne doit pas être faite d'après le sexe des personnes, bien que généralement les femmes aient des attributs _négatifs et sensitifs_, et que les hommes soient doués de _qualités positives et magnétiques_. Il faut donc bien étudier la constitution morale et physique de chacun, avant de former les cercles, car il y a des femmes délicates qui ont des qualités masculines, comme quelques hommes vigoureux ne sont que des femmes au moral. On place une table dans un endroit spacieux et aéré. Le _médium_ (ou les milieux) doit s'asseoir au bout de la table et être entièrement isolé; il sert de conducteur à l'électricité par son calme et sa quiétude contemplative. Un bon _somnambule_ est en général un excellent MÉDIUM. On place les _six natures électriques_ ou _négatives_ qu'on reconnaît généralement aux qualités affectueuses du coeur et à leur sensibilité, _à droite du médium_, en mettant immédiatement auprès du médium la personne [502] _la plus sensitive_ ou _négative_ du cercle. Il en est de même quant _aux natures positives_ que l'on _place à gauche_ du médium, parmi lesquelles la personne la plus positive, la plus intelligente doit se mettre également auprès du médium. Pour former _la chaîne_, il faut que les douze personnes posent la _main droite_ sur la table, et qu'elles mettent la _main gauche du voisin dessus_, en faisant ainsi le tour de la table de la même façon. Quant au médium ou aux milieux, s'il y en a plusieurs, ils restent entièrement isolés des douze personnes qui forment la chaîne.

»Nous avons obtenu au bout de plusieurs séances certains phénomènes remarquables, tels que des secousses simultanées, ressenties par tous les membres du cercle au moment de l'_évocation_ mentale des personnes les plus intelligentes. Il en est de même des coups mystérieux et des sons étranges; plusieurs _personnes même très insensibles_ ont eu des visions simultanées, bien qu'elles fussent restées à l'état ordinaire de veille. Quant aux sujets sensibles, ils ont acquis l'_admirable faculté des médiums, d'écrire machinalement grâce à une attraction invisible_, laquelle se sert d'un bras sans intelligence pour exprimer ses idées. Au surplus, les individus insensibles ressentaient cette influence mystérieuse d'un souffle externe, mais l'effet n'était pas assez fort pour mettre en mouvement leurs membres. Du reste, tous ces phénomènes obtenus selon le mode du spiritualisme américain, ont le défaut d'être encore plus ou moins _indirects, parce qu'on ne peut pas se passer dans ces expériences de l'intermédiaire d'un être humain, d'un médium_. Il [503] en est _de même des tables tournantes et parlantes_ qui n'ont envahi l'Europe qu'au commencement de l'année 1853.

»L'auteur a fait beaucoup d'expériences de tables avec son honorable ami, M. le comte d'Ourches, l'un des hommes les plus versés dans la magie et dans les sciences occultes. Nous sommes parvenus peu à peu à mettre les tables _en mouvement sans attouchement quelconque_; M. le comte d'Ourches _les a fait soulever même sans attouchement_. L'auteur a fait courir les tables avec une grande vitesse également sans attouchement et sans le concours d'un cercle magnétique. Il en est de même des vibrations des cordes d'un piano, phénomène obtenu déjà le 20 janvier 1856 en présence des comtes de _Szapary_ et _d'Ourches_. Tous ces phénomènes révèlent bien la réalité de certaines forces occultes, _mais ces faits ne démontrent pas suffisamment l'existence réelle et substantielle des intelligences invisibles_, indépendantes de notre volonté et de notre imagination, dont on agrandit, il est vrai, démesurément, de nos jours le pouvoir. De là le reproche que l'on adresse aux spiritualistes américains de n'avoir que des communications insignifiantes et vagues avec le monde des esprits, qui ne se manifestent que par certains coups mystérieux, et par la vibration de quelques sons. En effet il n'y a qu'un phénomène _direct, intelligent et matériel à la fois, indépendant de notre volonté et de notre imagination, tel que l'écriture directe des esprits_, qu'on n'a pas même évoqués ni invoqués, _qui puisse servir de preuve irréfragable de la réalité du monde surnaturel_.

»L'auteur, étant toujours à la recherche d'une preuve intelligente et palpable en même temps, de la réalité [504] substantielle du monde surnaturel, afin de démontrer par des faits irréfragables, l'immortalité de l'âme, n'a jamais cessé d'adresser des prières ferventes à l'Éternel de vouloir bien indiquer aux hommes un moyen infaillible pour raffermir la foi en l'immortalité de l'âme, cette base éternelle de la religion. L'Éternel, dont la miséricorde est infinie, a amplement exaucé cette faible prière. Un beau jour, c'était le premier août 1856, l'idée vint à l'auteur d'essayer si les esprits pouvaient écrire _directement_, sans l'_intermédiaire d'un médium_. Connaissant l'écriture directe et merveilleuse du Décalogue selon Moïse, et l'écriture également directe et mystérieuse durant le festin du roi Baltazar suivant Daniel, ayant en outre entendu parler des mystères modernes de _Strattford_ en Amérique, où l'on avait trouvé certains caractères illisibles et étranges, tracés sur des morceaux de papier, et qui ne paraissaient pas provenir des _médiums_, l'auteur a voulu constater la réalité d'un phénomène dont la portée serait immense, s'il existait réellement.

»Il mit donc un papier blanc à lettres et un crayon taillé dans une petite boite fermée à clef, en portant cette clef toujours sur lui-même et sans faire part de cette expérience _à personne_. Il attendit durant douze jours en vain, sans remarquer la moindre trace d'un crayon sur le papier, mais quel fut son étonnement, lorsqu'il remarqua le 13 août 1856 certains caractères mystérieux, tracés sur le papier; à peine les eut-il remarqués qu'il répéta _dix fois_ pendant cette journée, à jamais mémorable, la même expérience, en mettant toujours au bout d'une [505] demi-heure, une nouvelle feuille de papier blanc dans la même boîte. L'expérience fut couronnée chaque fois d'un succès complet.

»Le lendemain, 14 août, l'auteur fit de nouveau une vingtaine d'expériences, en laissant la boîte ouverte et en ne la perdant pas de vue; c'est alors que l'auteur voyait que des caractères et des mots dans la langue esthonienne se formèrent ou furent gravés sur le papier, sans que le crayon bougea. Depuis ce moment, l'auteur, voyant l'inutilité du crayon, a cessé de le mettre sur le papier; il place simplement un papier blanc sur une table chez lui, ou sur le piédestal des statues antiques, sur les sarcophages, sur les urnes, etc., au _Louvre_, à _Saint-Denis,_ à l'_église Saint-Étienne-du-Mont_, etc. Il en est de même des expériences faites dans les différents cimetières de Paris. Du reste, l'auteur n'aime guère les cimetières, la plupart des esprits préférant les lieux où ils ont vécu durant leur carrière terrestre, aux endroits où repose leur dépouille mortelle.»

Nous sommes loin de révoquer en doute les phénomènes singuliers observés par M. le baron, mais nous lui ferons observer que la découverte avait été faite avant lui par Lavater et qu'il y a encore loin de quelques lignes obtenues par M. de Guldenstubbé au portrait peint à l'aquarelle par le kabbaliste Gablidone.

Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires:

Monsieur le baron, les écritures que vous obtenez ne viennent pas de l'autre monde; et c'est vous-même qui les tracez à votre insu.

[506] Vous avez par vos expériences multipliées à l'excès et par l'excessive tension de votre volonté détruit l'équilibre de votre corps fluidique et astral, vous le forcez à réaliser vos rêves et il trace en caractères empruntés à vos souvenirs le reflet de vos imaginations et de vos pensées.

Si vous étiez plongé dans un sommeil magnétique parfaitement lucide, vous verriez le mirage lumineux de votre main s'allonger comme une ombre au soleil couchant, et tracer sur le papier préparé par vous ou vos amis les caractères qui vous étonnent.

Cette lumière corporelle qui émane de la terre et de vous est contenue par une enveloppe fluidique d'une extrême élasticité, et cette enveloppe se forme de la quintessence de vos esprits vitaux et de votre sang.

Cette quintessence emprunte à la lumière une couleur déterminée par votre volonté secrète, elle se fait ce que vous rêvez qu'elle est; alors les caractères s'impriment sur le papier comme les signes sur le corps des enfants qui ne sont pas encore nés sous l'influence des imaginations de leurs mères.

Cette encre que vous voyez apparaître sur le papier, c'est votre sang noirci et transfiguré. Vous vous épuisez à mesure que les écritures se multiplient. Si vous continuez vos expériences, votre cerveau s'affaiblira graduellement, votre mémoire se perdra; vous ressentirez dans les articulations des membres et des doigts d'inexprimables douleurs et vous mourrez enfin, soit foudroyé subitement, soit dans une longue agonie accompagnée d'hallucinations et de démence. Voici pour M. le baron de Guldenstubbé.

[507] Maintenant nous dirons à M. le comte d'Ourches: Vous ne serez pas enterré vivant, mais vous risquez de mourir par les précautions mêmes que vous prendrez pour ne pas l'être.

Les personnes enterrées vivantes ne peuvent d'ailleurs avoir sous terre que des réveils rapides et de peu de durée, elles peuvent toutefois y vivre longtemps conservées par la lumière astrale dans un état complet de somnambulisme lucide.

Leurs âmes alors sont sur la terre encore enchaînées au corps endormi par une chaîne invisible, alors si ce sont des âmes avides et criminelles, elles peuvent aspirer la quintessence du sang des personnes endormies du sommeil naturel, et transmettre cette séve à leur corps enterré pour le conserver plus longtemps dans l'espérance vague qu'il sera enfin rendu à la vie. C'est cet effrayant phénomène qu'on appelle le vampirisme, phénomène dont la réalité a été constatée par des expériences nombreuses aussi bien attestées que tout ce qu'il y a de plus solennel dans l'histoire.

Si vous doutez de la possibilité de cette vie magnétique du corps humain dans la terre, lisez ce récit d'un officier anglais nommé _Osborne_, récit dont la fidélité a été attestée à M. le baron Du Potet par le général _Ventura_.

«Le 6 juin (1838), dit M. Osborne, la monotonie de notre vie de camp fut heureusement interrompue par l'arrivée d'un individu célèbre dans le Pendjab. Il jouit parmi les Sikhs d'une grande vénération à cause de la faculté qu'il a de rester enseveli sous terre aussi longtemps qu'il lui plaît. On rapportait dans le pays des faits si extraordinaires sur cet homme, et tant de personnes [508] respectables en garantissaient l'authenticité, que nous étions extrêmement désireux de le voir. Il nous raconta lui-même qu'il exerçait ce qu'il appelle son _métier_ (celui de se faire enterrer) depuis plusieurs années; on l'a vu en effet répéter cette étrange expérience sur divers points de l'Inde. Parmi les hommes graves et dignes de foi qui en rendent témoignage, je dois citer le capitaine Wade, agent politique à Lodhiana. Cet officier m'a affirmé très sérieusement avoir assisté lui-même à la _résurrection_ de ce fakir après un enterrement qui avait eu lieu quelques mois auparavant, en présence du général Ventura, du maharadja et des principaux chefs sikhs. Voici les détails qu'on lui avait donnés sur l'enterrement, et ceux qu'il ajoutait, d'après sa propre autorité, sur l'exhumation.

»A la suite de quelques préparatifs qui avaient duré quelques jours et qu'il répugnerait d'énumérer, le fakir déclara être prêt à subir l'épreuve. Le maharadja, les chefs sikhs et le général Ventura se réunirent près d'une tombe en maçonnerie construite exprès pour le recevoir. Sous leurs yeux, le fakir ferma avec de la cire, à l'exception de la bouche, toutes les ouvertures de son corps qui pouvaient donner entrée à l'air; puis il se dépouilla des vêtements qu'il portait: on l'enveloppa alors d'un sac de toile, et, suivant son désir, on lui retourna la langue en arrière de manière à lui boucher l'entrée du gosier; aussitôt après cette opération le fakir tomba dans une sorte de léthargie. Le sac qui le contenait fut fermé, et un cachet y fut apposé par le maharadja. On plaça ensuite ce sac dans une caisse de bois [509] cadenassée et scellée qui fut descendue dans la tombe: on jeta une grande quantité de terre dessus, on foula longtemps cette terre et on y sema de l'orge; enfin des sentinelles furent placées tout alentour avec l'ordre de veiller jour et nuit.

»Malgré toutes ces précautions, le maharadja conservait des doutes; il vint deux fois dans l'espace de dix mois, temps pendant lequel le fakir resta enterré, et il fit ouvrir devant lui la tombe; le fakir était dans le sac tel qu'on l'y avait mis, froid et inanimé. Les dix mois expirés, on procéda à l'exhumation définitive du fakir. Le général Ventura et le capitaine Wade virent ouvrir les cadenas, briser les scellés et élever la caisse hors de la tombe. On retira le fakir: nulle pulsation soit au coeur, soit au pouls, n'indiquait la présence de la vie. Comme première mesure destinée à le ranimer, une personne lui introduisit très doucement le doigt dans la bouche et replaça sa langue dans la position naturelle. Le sommet de la tête était seul demeuré le siège d'une chaleur sensible. En versant lentement de l'eau chaude sur le corps on obtint peu à peu quelques signes de vie: après deux heures de soins, le fakir se releva et se mit à marcher en souriant.

»Cet homme vraiment extraordinaire raconte que, durant son ensevelissement il a des rêves délicieux, mais que le moment du réveil lui est toujours très pénible; avant de revenir à la conscience de sa propre existence, il éprouve des vertiges.

»Il est âgé d'environ trente ans; sa figure est désagréable et a une certaine expression de ruse.

»Nous causâmes longtemps avec lui, et il nous offrit de se faire [510] enterrer en notre présence. Nous le prîmes au mot, et nous lui donnâmes rendez-vous à Lahore en lui promettant de le faire rester sous terre tout le temps que durerait notre séjour dans cette ville.»

»Tel est le récit de M. Osborne. Cette fois encore le fakir se laissa-t-il enterrer? La nouvelle expérience pouvait être décisive. Voici ce qui arriva.

»Quinze jours après la visite du fakir à leur camp, les officiers anglais arrivèrent à Lahore; ils y choisirent un endroit qui leur parut favorable, firent construire une tombe en maçonnerie avec une caisse en bois bien solide, et demandèrent le fakir. Celui-ci les vint trouver le lendemain en leur témoignant le désir ardent de prouver qu'il n'était pas un imposteur. Il avait déjà, disait-il, subi les préparatifs nécessaires à l'expérience; son maintien trahissait cependant l'inquiétude et l'abattement. Il voulut d'abord savoir quelle serait sa récompense: on lui promit une somme de quinze cents roupies, et un revenu de deux mille roupies par an que l'on se chargerait d'obtenir du roi. Satisfait sur ce point, il voulut savoir quelles précautions on comptait prendre; les officiers lui firent voir l'appareil de cadenas et de clefs, et l'avertirent que des sentinelles choisies parmi les soldats anglais veilleraient alentour pendant une semaine. Le fakir se récria et exhala force injures contre les _Frenghis_, contre les incrédules qui voulaient lui ravir sa réputation; il exprima le soupçon que l'on voulût attenter à sa vie, il refusa de s'abandonner ainsi complètement à la surveillance des Européens, il demanda que les doubles clefs de chaque cadenas fussent remises à quelqu'un de ses coreligionnaires, et il insista surtout pour que les factionnaires ne fussent pas des [511] ennemis de sa religion. Les officiers ne voulurent point accéder à ces conditions. Différentes entrevues eurent lieu sans résultat; enfin le fakir fit savoir par un des chefs sikhs que le maharadja l'ayant menacé de sa colère s'il ne remplissait pas son engagement avec les Anglais, il voulait se soumettre à l'épreuve, bien qu'entièrement convaincu que le seul but des officiers était de lui ôter la vie, et qu'il ne sortirait jamais vivant de sa tombe; les officiers déclarèrent que comme sur ce dernier point ils partageaient complètement sa conviction, et qu'ils ne voulaient pas avoir sa mort à se reprocher, ils le tenaient quitte de sa promesse.