Histoire de la magie

Chapter 37

Chapter 373,437 wordsPublic domain

--Il ne faut pas donner, dit-il, le nom de majesté à la légère; majesté vient de mage, parce que les mages, étant pontifes et rois, étaient les majestés premières. Pécher mortellement, c'est offenser Dieu dans sa majesté, c'est-à-dire le blesser comme père [458] en jetant la mort dans les sources de la vie. La source du Père est lumière et vie, la source du Fils est sang et eau, la lumière du Saint-Esprit est feu et or. On pèche contre le Père par le mensonge, contre le Fils par la haine, et contre le Saint-Esprit par la débauche qui est oeuvre de mort et de destruction. Le bon Lavater recevait ces communications comme des oracles, et lorsqu'il demandait à l'esprit quelques éclaircissements nouveaux: «Le grand initiateur viendra, répondait Gablidone, il naîtra avec le siècle prochain: alors la religion des patriarches sera connue sur notre globe. Il expliquera au monde le trigramme d'Agion, Hélion, Tetragrammaton et le Seigneur dont le corps est ceint d'un triangle apparaîtra sur la quatrième marche de l'autel; l'angle suprême sera rouge et la devise mystérieuse du triangle sera: _Venite ad patres osphal_.--Que veut dire le mot osphal? demanda un des assistants à l'esprit. Le médium écrivit ces trois mots: _Alphos, M: Aphon, Eliphismatis_, sans donner d'autres explications; quelques interprètes en conclurent que le mage promis au XIXe siècle se nommerait _Maphon_ fils d'Éliphisma: c'était une explication peut-être un peu risquée.

Rien n'est plus dangereux que le mysticisme, parce qu'il produit la folie qui déjoue toutes les combinaisons de la sagesse humaine. Ce sont toujours des fous qui bouleversent le monde, et ce que les grands politiques ne prévoient jamais, ce sont les coups de tête et les coups de main des insensés. L'architecte du temple de Diane à Éphèse, en se promettant une gloire éternelle, avait compté sans Érostrate.

Les girondins n'avaient pas prévu _Marat_. Que fallait-il pour [459] changer l'équilibre du monde? dit Pascal à propos de Cromwell: un grain de sable formé par hasard dans les entrailles d'un homme. Que de grandes choses s'accomplissent par des causes qui ne sont rien! Quand le temple de la civilisation s'écroule, c'est toujours un aveugle comme Samson, qui en a secoué les colonnes. Un misérable de la lie du peuple a des insomnies et se croit appelé à délivrer le monde de l'Antéchrist. Cet homme poignarde Henri IV, et apprend à la France consternée le nom de _Ravaillac._ Les thaumaturges allemands voient dans _Napoléon_ l'Apollyon de _l'Apocalypse,_ et il se trouve un enfant, un jeune homme illuminé, nommé _Stabs_, pour tuer cet Atlas militaire qui, en ce moment, portait sur ses épaules le monde arraché au chaos de l'anarchie; mais cette influence magnétique que l'empereur appelait son _étoile_, était plus puissante alors que le mouvement fanatique des cercles allemands: Stabs ne put ou n'osa frapper. Napoléon voulut l'interroger lui-même, et admira sa résolution et son audace; toutefois, comme il se connaissait en grandeur, il ne voulut pas amoindrir le nouveau Scevola en lui faisant grâce, il l'estima assez pour le prendre au sérieux et pour le laisser fusiller.

_Carl Sand_ qui tua _Kotzebue,_ était aussi un malheureux enfant perdu de mysticisme, égaré par les sociétés secrètes où l'on jurait la vengeance sur des poignards. Kotzebue méritait peut-être des soufflets, le couteau de Sand le réhabilita et en fit un martyr: il est beau, en effet, de mourir l'ennemi et la victime de ceux qui se vengent par le guet-apens et par l'assassinat! Les sociétés secrètes de l'Allemagne avaient des [460] cérémonies et des rites qui se rapportaient plus ou moins à ceux de l'ancienne magie; dans la société des mopses, par exemple, on renouvelait avec des formes adoucies et presque plaisantes la célébration des mystères du sabbat et de la réception secrète des templiers. Le bouc baphométique était remplacé par un chien, c'était Hermanubis au lieu de Pau; la science à la place de la nature, substitution équivalente, puisqu'on ne connaît la nature que par la science. Les deux sexes étaient admis chez les mopses comme au sabbat; la réception était accompagnée d'aboiements et de grimaces, et, comme chez les templiers, on proposait au récipiendaire de baiser à son choix le derrière du diable, celui du grand maître ou celui du mopse; le mopse était, comme nous venons de le dire, une petite figure de carton recouverte de soie, représentant un chien, nommé _mops_ en allemand. On devait en effet, avant d'être reçu, baiser le derrière du mopse, comme on baisait celui du bouc Mendès, dans les initiations du sabbat. Les mopses ne s'engageaient pas les uns aux autres par des serments, ils donnaient simplement leur parole d'honneur, ce qui est le serment le plus sacré des honnêtes gens; leurs réunions se passaient comme celles du sabbat, en danses et en festins, seulement, les dames restaient vêtues, ne pendaient pas de chats vivants à leurs ceintures et ne mangeaient pas de petits enfants: c'était un sabbat civilisé.

Le sabbat eut en Allemagne son grand poëte et la magie son épopée: cette épopée, c'est le drame gigantesque de Faust, cette Babel achevée du génie humain. _Goethe_ était initié à tous les mystères de la magie philosophique, il avait même pratiqué dans [461] sa jeunesse la magie cérémonielle, et le résultat de ces tentatives audacieuses avait été pour lui d'abord un profond dégoût de la vie et une violente envie de mourir. Il accomplit en effet son suicide, non pas dans un acte, mais dans un livre: il fit le roman de _Verther_, ce fatal ouvrage qui prêche la mort et qui a fait tant de prosélytes; puis, victorieux enfin du découragement et du dégoût, arrivé aux régions sereines de la vérité et de la paix, il écrivit _Faust_. Faust est le magnifique commentaire d'une des plus belles pages de l'Évangile, la parabole de l'enfant prodigue. C'est l'initiation au péché par la science insoumise, à la douleur par le péché; à l'expiation et à la science harmonieuse par la douleur. Le génie humain, représenté par Faust, prend pour valet l'esprit du mal, qui aspire à devenir son maître, il épuise vite tout ce que l'imagination met de joie dans les amours illégitimes, il traverse les orgies de la folie, puis, attiré par le charme de la souveraine beauté, il se relève du fond de ses désenchantements pour monter sur les hauteurs de l'abstraction et de l'idéal impérissable, là, Méphistophélès n'est plus à l'aise, le rieur implacable devient triste, Voltaire fait place à Chateaubriand; à mesure que la lumière se fait, l'ange des ténèbres se tord sur lui-même et se tourmente, les anges l'enchaînent, il les admire malgré lui, il aime, il pleure, il est vaincu.

Dans la première partie du drame, nous avions vu Faust séparé violemment de Marguerite, et des voix du ciel avaient crié: Elle est sauvée, pendant qu'on la menait au supplice; mais Faust peut-il être perdu, puisqu'il est toujours aimé de Marguerite, son coeur n'est-il pas déjà fiancé au ciel! Le grand oeuvre de la [462] rédemption par la solidarité s'accomplit. La victime serait-elle jamais consolée de ses tortures, si elle ne convertissait son bourreau? Le pardon n'est-il pas la vengeance des enfants du ciel? L'amour qui était arrivé au ciel le premier, attire à lui la science par sympathie; le christianisme se révèle dans son admirable synthèse. La nouvelle Ève a lavé avec le sang d'Abel la tache du front de Caïn, et elle pleure de joie sur ses deux enfants qui se tiennent embrassés.

L'enfer, désormais inutile, est fermé pour cause d'agrandissement du ciel. Le problème du mal a reçu sa dernière solution et le bien seul nécessaire et triomphant va régner dans l'éternité.

Tel est le beau rêve du plus grand de tous les poëtes, mais malheureusement ici le philosophe oublie toutes les lois de l'équilibre, il veut absorber la lumière dans une splendeur sans ombre et le mouvement dans un repos absolu qui serait la cessation de la vie. Tant qu'il y aura une lumière visible, il y aura une ombre proportionnelle à cette lumière. Le repos ne sera jamais le bonheur, s'il n'est équilibré par un mouvement analogue et contraire; tant qu'il y aura une bénédiction libre, le blasphème sera possible; tant qu'il y aura un ciel, il y aura un enfer. C'est la loi immuable de la nature, c'est la volonté éternelle de la justice qui est Dieu!

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CHAPITRE VII.

EMPIRE ET RESTAURATION.

SOMMAIRE.--Le côté merveilleux da règne de Napoléon.--Prédictions qui l'avaient annoncé.--Prophéties _du Liber mirabilis_, de Nostradamus et d'Olivarius.--Rôle joué sous l'empire par mademoiselle Le Normand.--La sainte-alliance et l'empereur Alexandre.--Madame Bouche et madame de Krudener.--Les visions de Martin (de Gallardon).

Napoléon remplissait le monde de merveilles et il était lui-même la plus grande merveille du monde; sa femme, l'_impératrice Joséphine_, curieuse et crédule comme une créole, passait d'enchantements en enchantements. Cette gloire lui avait été prédite, assure-t-on, par une vieille bohémienne, et le peuple des campagnes croit encore que Joséphine était, elle-même, le bon génie de l'empereur; c'était en effet une douce et modeste conseillère, qui l'eût écarté de bien des écueils, s'il eût toujours écouté sa voix, mais la fatalité ou plutôt la Providence le poussait en avant, et ce qu'il avait à devenir était écrit.

Dans une prophétie attribuée à saint Césaire, mais qui est signée Jean de Vatiguerro, et qui se trouve dans le _Liber mirabilis_, recueil de prédictions imprimé en 1524, on lit ces paroles étonnantes:

«Les églises seront souillées et profanées, le culte public cessera...

«L'aigle volera par le monde et se soumettra plusieurs nations...

«Le prince le plus grand et le plus auguste souverain de tout l'Occident, sera mis en fuite après une défaite surnaturelle...

[464] «Le très noble prince sera mis en captivité par ses ennemis et s'affligera en pensant à ceux qui étaient attachés à lui...

«Avant que la paix se rétablisse en France, les mêmes événements recommenceront et se produiront plusieurs fois...

«L'aigle sera couronné de trois diadèmes, et il rentrera victorieux dans son aire d'où il ne sortira plus que pour s'élever vers le ciel...»

_Nostradamus_, après avoir prédit la spoliation des églises et le meurtre des prêtres, annonce qu'un empereur naîtra près de l'Italie, que sa souveraineté coûtera bien du sang à la France, et que les siens le trahiront et l'accuseront du sang versé.

Un empereur naîtra près d'Italie, Qui, à l'empire, sera vendu bien cher; Mais il doit voir à quels gens il s'allie, Qui le diront moins prince que boucher.

De soldat simple parviendra à l'empire, De robe courte parviendra à la longue; Vaillant aux armes, en l'Eglise au plus pire, Traiter les prêtres comme l'eau fait l'éponge.

C'est-à-dire qu'au moment des plus grandes calamités de l'Église, il comblera les prêtres de biens.

Dans un _Recueil de prophéties_, publié en 1820, dont nous possédons un exemplaire, on trouve, après une prédiction qui concerne Napoléon Ier, cette phrase:

«Et fera le neveu ce que l'oncle n'avait pu faire.»

La célèbre mademoiselle _Lenormand_ avait dans sa bibliothèque un volume cartonné, à dos de parchemin, contenant le _Traité [465] d'Olivarius sur les prophéties_, suivi de dix pages manuscrites où le règne de Napoléon et sa chute étaient formellement annoncés. La devineresse communiqua ce livre à l'impératrice Joséphine. Puisque nous venons de nommer mademoiselle Lenormand, il faut dire quelques mots de cette singulière femme: c'était une grosse demoiselle fort laide, emphatique dans ses discours, amphigourique dans son style, mais somnambule éveillée et d'une lucidité toute particulière; elle fut sous le premier empire et sous la restauration la devineresse à la mode. Rien n'est plus fastidieux que la lecture de ses ouvrages, mais elle tirait les cartes avec le plus grand succès.

La cartomancie retrouvée en France par Éteilla n'est autre chose que la consultation du sort au moyen de signes convenus d'avance; ces signes combinés avec les nombres, inspirent des oracles au médium qui se magnétise en les regardant. On tire ces signes au hasard après les avoir lentement mêlés, on les dispose par nombre kabbalistiques, et ils répondent toujours à la pensée de celui qui les interroge sérieusement et de bonne foi, car nous portons en nous tout un monde de pressentiments auxquels il ne faut qu'un prétexte pour nous apparaître. Les natures impressionnables et sensitives reçoivent de nous le choc magnétique qui leur communique l'empreinte de notre état nerveux. Le médium peut alors lire nos craintes et nos espérances dans les rides de l'eau, dans la configuration des nuages, dans les points jetés au hasard sur la terre, dans les dessins laissés sur une assiette par du marc de café, dans les chances d'un jeu de cartes ou d'un tarot. Le tarot surtout, ce livre kabbalistique et savant, dont [466] toutes les combinaisons sont une révélation des harmonies préexistantes entre les signes, les lettres et les nombres, le tarot est alors d'un usage vraiment merveilleux. Mais nous ne pouvons impunément nous arracher ainsi à nous-mêmes les secrets de notre communication intime avec la lumière universelle. La consultation des cartes et des tarots est une véritable évocation qui ne peut se faire sans danger et sans crime. Dans les évocations, nous forçons notre corps astral à nous apparaître, dans la divination nous le contraignons à nous parler; nous donnons ainsi un corps à nos chimères et nous faisons une réalité prochaine de cet avenir qui sera véritablement le nôtre, quand nous l'aurons évoqué par le Verbe et adopté par la foi. Contracter l'habitude de la divination et des consultations magnétiques, c'est faire un pacte avec le vertige: or, nous avons déjà établi que le vertige c'est l'enfer.

Mademoiselle Lenormand était folle d'infatuation de son art et d'elle-même; le monde ne roulait pas sans elle, et elle se croyait nécessaire à l'équilibre européen. Lors du congrès d'Aix-la-Chapelle, la devineresse partit suivie de tout son mobilier, se fit des affaires à toutes les douanes, et tourmenta toutes les autorités pour qu'on fût en quelque sorte forcé de s'occuper d'elle: c'était la vraie mouche du coche, et quelle mouche! A son retour, elle publia ses impressions et mit en tête de son livre une vignette où elle se représente entourée de toutes les puissances qui la consultent et qui tremblent devant elle.

Les grands événements qui venaient de s'accomplir dans le monde avaient tourné à cette époque les âmes vers le mysticisme, une [467] réaction religieuse était commencée, et les souverains qui formèrent la sainte alliance sentaient le besoin de rattacher à la croix leurs sceptres unis en faisceaux. L'empereur _Alexandre_, surtout, croyait que l'heure était venue pour la sainte Russie de convertir le monde à l'orthodoxie universelle.

La secte des _sauveurs de Louis_ XVII, secte intrigante et remuante, voulut profiter de cette disposition pour fonder un nouveau sacerdoce et parvint à introduire près de l'empereur de Russie une de ses illuminées. Cette nouvelle Catherine Théot, que les sectaires appelaient soeur Salomé, se nommait _madame Bouche_; elle passa dix-huit mois à la cour de l'empereur, ayant souvent avec lui des entretiens secrets; mais Alexandre avait plus d'imagination dévote que de véritable enthousiasme, il se plaisait au merveilleux, et prétendait qu'on l'amusât. Ses confidents mystiques lui présentèrent une prophétesse nouvelle qui lui fit oublier la soeur Salomé, c'était, la fameuse madame de _Krudener_, cette aimable coquette de piété et de vertus, qui fit et ne fut pas Valérie. Son ambition était pourtant qu'on la crût l'héroïne de son livre, et comme une de ses intimes amies la pressait de lui en nommer le héros, elle désigna un homme éminent de ce temps-là.--Mais alors, dit l'amie, le dénoûment de votre livre n'est pas conforme à la vérité de l'anecdote, car ce monsieur n'est pas mort.--Oh! ma chère, s'écria madame de Krudener, je vous assure qu'il n'en vaut guère mieux. Cette réponse fit fortune. Madame de Krudener exerça sur l'esprit un peu faible d'Alexandre une influence assez grande pour alarmer ses conseillers, il s'enfermait souvent avec elle pour prier, mais elle se perdit par excès de zèle. Un jour, comme l'empereur [468] allait la quitter, elle se jette au-devant de lui et le conjure de ne pas sortir. Dieu me révèle, dit-elle, que vous courez un grand danger: on en veut à votre vie; un assassin est caché dans le palais. L'empereur s'alarme, il sonne, il se fait entourer de gardes, on fait des perquisitions et l'on finit par trouver un pauvre diable muni d'un poignard. Cet homme, interrogé, se trouble et finit par avouer qu'il a été introduit par madame Krudener elle-même. Était-ce vrai, et cette dame avait-elle joué dans cette affaire le rôle de Latude près de madame Pompadour? Était-ce faux, et cet homme, aposté par les ennemis de l'empereur, avait-il pour mission secrète, si le meurtre ne réussissait pas, de perdre madame Krudener? De toutes façons, la pauvre prophétesse fut perdue. L'empereur, honteux d'avoir été pris pour dupe, la congédia sans l'entendre, et elle dut s'estimer heureuse encore d'en être quitte à si bon marché.

La petite église de Louis XVII ne se tint pas pour battue par la disgrâce de madame Bouche, et vit dans celle de madame de Krudener un véritable châtiment divin, ils continuèrent leurs prophéties, et firent au besoin des miracles. Sous le règne de Louis XVIII, ils mirent en avant un paysan de la Beauce, nommé _Martin_, qui soutenait avoir vu un ange. Cet ange, dont il décrivait le costume et la figure, avait toute l'apparence d'un laquais de bonne maison: il avait une redingote très longue et très serrée à la taille, d'une couleur jaunâtre ou blonde, il était pâle et mince et portait sur sa tête un chapeau probablement galonné et verni. Ce qu'il y a d'étrange, et ce qui prouve une fois de plus combien il y a de ressources dans la [469] persistance et dans l'audace, c'est que cet homme se fit prendre au sérieux, et parvint à s'introduire auprès du roi. On assure qu'il l'étonna par des révélations de sa vie intime, révélations qui n'ont rien d'impossible ni même d'extraordinaire, maintenant que les phénomènes du magnétisme sont mieux constatés et mieux connus.

Louis XVIII, d'ailleurs, était assez sceptique pour être crédule. Le doute en présence de l'être et de ses harmonies, le scepticisme en face des mathématiques éternelles et des lois immuables de la vie qui rendent la divinité présente et visible partout, n'est-ce pas la plus sotte des superstitions et la plus inexcusable comme la plus dangereuse de toutes les crédulités?

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LIVRE VII.

LA MAGIE AU XIXe SIÈCLE.

[Hébreu], Zaîn.

CHAPITRE PREMIER.

LES MAGNÉTISEURS MYSTIQUES ET LES MATÉRIALISTES.

SOMMAIRE.--Une évocation dans l'église de Notre-Dame.--Les faux prophètes et les faux dieux.

La négation du dogme fondamental de la religion catholique, si poétiquement formulée dans le poème de Faust, avait porté ses fruits dans le monde. La morale privée de sa sanction éternelle devenait douteuse et chancelante. Un mystique matérialiste retourna le système de Swedenborg pour créer sur la terre le paradis des attractions proportionnelles aux destinées. Par les attractions, Fourier entendait les passions sensuelles, auxquelles il promettait une expansion intégrale et absolue. Dieu, qui est la suprême raison, marqua d'un sceau terrible ces doctrines réprouvées: les disciples de Fourier avaient commencé par l'absurdité, ils finirent par la folie.

Ils crurent sérieusement au changement prochain de l'Océan en un vaste bol de limonade, à la création future des antilions et des antiserpents, à la correspondance épistolaire des planètes les [471] unes avec les autres. Nous ne parlons pas de la fameuse queue de trente-deux pieds dont ils voulaient, dit-on, gratifier l'espèce humaine, parce qu'ils ont eu eux-mêmes la générosité de renoncer à cette queue et d'en considérer l'avènement, possible, suivant le maître, comme purement hypothétique.

C'est à de pareilles absurdités que devait conduire la négation de l'équilibre, et il y a au fond de toutes ces folies plus de logique qu'on ne pense. La même raison qui nécessite la douleur dans l'humanité, rend indispensable l'amertume des eaux de la mer; supposez bonne l'expansion intégrale des instincts, et vous ne pourrez plus admettre l'existence des animaux féroces; donnez à l'homme pour toute moralité l'aptitude à satisfaire ses appétits, il aura toujours quelque chose à envier aux orangs-outangs et aux singes. Nier l'enfer, c'est nier le ciel, puisque, suivant la plus haute interprétation du dogme unique d'Hermès, l'enfer est la raison équilibrante du ciel, parce que l'harmonie résulte de l'analogie des contraires. _Quod superius, sicut quod inferius_, la supériorité existe en raison de l'infériorité; c'est la profondeur qui déterminé la hauteur, et si vous comblez les vallées vous ferez disparaître les montagnes; de même, si vous effacez les ombres, vous anéantirez la lumière qui n'est visible que par le contraste gradué de l'ombre et du jour, et vous produirez l'obscurité universelle par un immense éblouissement; les couleurs même n'existent dans la lumière que par la présence de l'ombre, c'est la triple alliance du jour et de la nuit, c'est l'image lumineuse du dogme, c'est la lumière faite ombre, comme le Sauveur est le Verbe fait homme, et tout cela repose sur la même loi, la loi première de la création, la [472] loi unique et absolue de la nature, celle de la distinction et de la pondération harmonieuse des forces contraires dans l'équilibre universel.