Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Part 33

Chapter 334,062 wordsPublic domain

Ils sont partis avec la princesse et son cortége, tous à cheval, et s'arrêtent dans une gorge auprès d'un taillis, «pendant que le soleil s'élargit aux approches de sa mort, et qu'au-dessus des prairies se détachent les hauteurs roses.» Cyril, échauffé par le vin, commence une chanson de cabaret, et se découvre. Ida, indignée, veut partir; son pied glisse, elle tombe dans la rivière; le prince la sauve et veut fuir. Mais il est saisi par les gardiennes et amené devant le trône où la hautaine jeune fille se tient debout prête à prononcer la sentence. À ce moment un grand tumulte s'élève, et l'on aperçoit dans la cour un spectacle étrange. «De la salle illuminée partaient de longs ruissellements de splendeur oblique--qui tombaient sur une presse--d'épaules de neige serrées comme des brebis en troupeau,--sur un arc-en-ciel de robes, sur des diamants, sur des yeux de diamant,--sur l'or des habits, sur des cheveux d'or. Çà et là,--elles ondoyaient ainsi que des fleurs sous l'orage, les unes rouges, d'autres pâles,--toutes la bouche ouverte, toutes les yeux vers la lumière,--quelques-unes criant qu'il y avait une armée dans le pays,--d'autres qu'il y avait des hommes jusque dans les murs;--et d'autres qu'elles ne s'en souciaient point, jusqu'à ce que leur clameur monta,--comme celle d'une nouvelle Babel.... Au-dessus d'elles se dressaient debout--les sereines Muses de marbre, la paix dans leurs grands yeux[199].» C'est que le père du prince est venu avec son armée pour le délivrer et a saisi le roi Gama comme otage. La voilà obligée de relâcher le jeune homme; elle vient sur lui les narines gonflées, les cheveux flottants, la tempête dans le coeur, et le remercie avec une ironie amère: «Vous vous êtes bien conduit et comme un gentilhomme, et comme un prince. Et vous avez bon air aussi dans vos habits de femme.» Elle est toute palpitante d'orgueil blessé; elle balbutie, elle veut, puis elle ne veut plus; elle tâche de se contraindre pour mieux insulter, et tout d'un coup elle éclate: «Vous qui avez osé forcer nos barrières et duper nos gardiennes, et nous froisser, et nous mentir, et nous outrager!--Moi, t'épouser! moi votre fiancée, votre esclave! Non, quand tout l'or qui gît dans les veines de la terre serait entassé pour faire votre couronne, et quand toute langue parlante vous appellerait seigneur.--«Seigneur! votre fausseté et votre visage nous sont en dégoût. Je marche sur vos offres et sur vous. Partez. Qu'on le pousse hors des portes[200]!» Comment amollir ce coeur farouche enfiévré de colère féminine, aigri par le désappointement et l'offense, exalté par de longs rêves de puissance et de primauté et que sa virginité rend plus sauvage! Mais comme la colère lui sied, et qu'elle est belle! Et comme cette fougue de sentiment, cette altière déclaration d'indépendance, cette chimérique ambition de réformer l'avenir révèlent la générosité et la hauteur d'un coeur jeune et épris du beau! On convient que la querelle sera décidée par un combat de cinquante contre cinquante. Le prince est vaincu, et Ida le voit sanglant sur le sable. Lentement, par degrés, en dépit d'elle-même, elle cède aux prières, recueille les blessés dans son palais et vient au lit du mourant. Devant sa langueur et son délire, la pitié éclot, puis la tendresse, puis l'amour, «comme une campanule des Alpes, humide de larmes matinales, auprès de quelque froid glacier, fragile d'abord et faible, mais qui de jour en jour prend de l'éclat[201].» Un soir, il revient à lui, épuisé, les yeux encore troublés de visions funèbres; il la voit flotter devant lui comme un rêve, ouvre péniblement ses lèvres pâles, et lui dit tout bas: «Si vous êtes cette Ida que j'ai connue,--je ne vous demande rien; mais si vous êtes un songe,--doux songe, achevez-vous. Je mourrai cette nuit;--baissez-vous, et faites semblant de m'embrasser avant que je meure[202].--Elle se retourna; elle s'arrêta;--elle se baissa; et avec un grand tremblement de coeur,--nos lèvres se rencontrèrent. Du fond de ma langueur jaillit un cri,--l'Amour couronné s'élançant des bords de la mort,--et tout le long des veines frémissantes l'âme monta,--et se colla dans un baiser de feu sur la bouche d'Ida. Je retombai en arrière, et de mes bras elle se leva,--toute rougissante d'une noble honte.--Toute la fausse enveloppe avait glissé à ses pieds comme une robe,--et la laissait femme, plus aimable que l'autre,--l'Immortelle, lorsqu'elle sortit de l'abîme stérile pour conquérir tout par l'amour, et que le long de son corps le cristal ruisselant coulait,--et qu'elle volait au loin le long des îles empourprées,--nue comme une double lumière dans l'air et dans la vague[203].» Voilà l'accent de la Renaissance, tel qu'il est sorti du coeur de Spenser et de Shakspeare; ils ont eu cette adoration voluptueuse de la forme et de l'âme, et ce divin sentiment de la beauté.

[Note 196:

They sat along the forms, like morning doves That sun their milky bosoms on the thatch.

A rosy blonde and in a college gown That clad her like an april daffodilly (Her mother's colour) with her lips apart, And all her thoughts as fair within her eyes, As bottom agates seem to wave and float, In crystal currents of clear morning seas.]

[Note 197:

And leaning there on those balusters, high Above the empurpled champaign, drank the gale That blown about the foliage underneath, And sated with the innumerable rose, Beat balm upon our eyelids.]

[Note 198:

Tears, idle tears, I know not what they mean, Tears from the depth of some divine despair Rise in the heart, and gather to the eyes, In looking on the happy autumn-fields, And thinking of the days that are no more.

Dear as remember'd kisses after death, And sweet as those by hopeless fancy feign'd On lips that are for others; deep as love, Deep as first love, and wild with all regret; O death in life, the days that are no more.]

[Note 199:

A hubbub in the court of half the maids Gather'd together; from the illumin'd hall Long lanes of splendour slanted o'er a press Of snowy shoulders, thick as herded ewes, And rainbow robes, and gems and gemlike eyes, And gold and golden heads; they to and fro Fluctuated, as flowers in storm, some red, some pale, All open-mouth'd, all gazing to the light, Some crying there was an army in the land, And some that men were in the very walls, And some they cared not; till a clamour grew As of a new-world Babel, woman-built And worse-confounded: high above them stood The placid marble Muses, looking peace.]

[Note 200:

«You have done well and like a gentleman, And like a prince: you have our thanks for all: And you look well too in your woman's dress: Well have you done and like a gentleman. You have saved our life: we owe you bitter thanks: Better have died and spilt our bones in the flood-- Then men had said--but now--what hinder me To take such bloody vengeance on you both?-- Yet since our father--Wasps in the solemn hive, You would-be quenchers of the light to be, Barbarians, grosser than your native bears-- O would I had his sceptre for one hour! You that have dared to break our bound, and gull'd Our tutors, wrong'd and lied and thwarted us-- I wed with thee! I bound by precontract Your bride, your bondslave! not tho' all the gold That veins the world were pack'd to make your crown, And every spoken tongue should lord you. Sir, Your falsehood and your face are loathsome to us: I trample on your offers and on you: Begone! we will not look upon you more. Here, push them out at gates.»]

[Note 201:

From all a closer interest flourish'd up Tenderness touch by touch, and last, to these, Love, like an Alpine harebell hung with tears By some cold morning glacier; frail at first And feeble, all unconscious of itself, But such as gather'd colour day by day.]

[Note 202:

«If you be, what I think you, some sweet dream, I would but ask you to fulfil yourself: But if you be that Ida whom I know, I ask you nothing: only, if a dream, Sweet dream, be perfect. I shall die to-night. Stoop down and seem to kiss me ere I die.»]

[Note 203:

. . . . . . She turn'd; she paused; She stoop'd; and with a great shock of the heart Our mouths met: out of languor leapt a cry, Crown'd Passion from the brinks of death, and up Along the shuddering senses struck the soul, And closed on fire with Ida's at the lips; Till back I fell, and from mine arms she rose Glowing all over noble shame; and all Her falser self slipt from her like a robe, And left her woman, lovelier in her mood Than in her mould that other, when she come From barren deeps to conquer all with love, And down the streaming crystal dropt, and she Far-fleeted by the purple island-sides, Naked, a double light in air and wave....]

V

Il y a une autre chevalerie qui ouvre le moyen âge comme celle-ci le ferme, chantée par des enfants comme celle-ci par des jeunes gens, et retrouvée dans _les Idylles du roi_ comme celle-ci dans _la Princesse_. C'est la légende d'Arthur, de Merlin et des chevaliers de la Table-Ronde. Avec un art admirable, Tennyson en a renouvelé les sentiments et le langage; cette âme flexible prend tous les tons pour se donner tous les plaisirs. Cette fois il s'est fait épique, antique et naïf, comme Homère et comme les vieux trouvères des chansons de Geste. Il est doux de sortir de notre civilisation savante, de remonter vers l'âge et les moeurs primitives, d'écouter le paisible discours qui coule abondamment et lentement comme un fleuve sur une pente unie. Le propre de l'ancienne épopée est la clarté et le calme. Les idées viennent de naître; l'homme est heureux et encore enfant. Il n'a pas eu le temps de raffiner, de ciseler et d'enluminer sa pensée; il la montre toute nue. Il n'est point encore aiguillonné par des convoitises multipliées; il pense à loisir. Toute idée l'intéresse; il la développe curieusement; il l'explique. Son discours ne bondit jamais; il va pas à pas d'un objet à l'autre, et tout objet lui semble beau; il s'arrête, il regarde et se complaît à regarder. Cette simplicité et cette paix sont étranges et charmantes; on se laisse aller, on est bien, on ne désire pas aller plus vite; il semble que volontiers on resterait toujours ainsi. Car la pensée primitive est la pensée saine; nous n'avons fait que l'altérer par les greffes et la culture; nous y revenons comme dans notre fonds le plus intime pour y trouver le contentement et le repos.

Mais entre toutes les épopées, ce qui distingue celle de la Table-Ronde, c'est la pureté. Arthur, «le roi irréprochable,» a assemblé «cette glorieuse compagnie, la fleur des hommes, pour servir de modèle au vaste monde, et pour être le beau commencement d'un âge. Il leur a fait mettre leurs mains dans les siennes, jurer de respecter leur roi comme s'il était leur conscience, et leur conscience comme si elle était leur roi; de ne point dire de calomnie et de n'en point écouter; de passer leur douce vie dans la plus pure chasteté; de n'aimer qu'une jeune fille, de s'attacher à elle; de lui offrir pour culte des années de nobles actions.» Il y a une sorte de plaisir raffiné à manier un pareil monde; car il n'y en a point où puissent naître de plus pures et de plus touchantes fleurs. Je n'en montrerai qu'une, Elaine, «le lis d'Astolat,» qui, ayant vu Lancelot une seule fois, l'aime à présent qu'il est parti, et pour toute sa vie. Elle garde dans la tourelle le bouclier qu'il a laissé, et tous les jours elle y monte pour le contempler, comptant les marques des coups de lance et vivant de ses rêves. Il est blessé, elle va le soigner et le guérit. Et cependant elle murmurait: «En vain; en vain; cela ne peut pas être. Il ne m'aimera pas. Quoi donc, faut-il que je meure?»--«Puis, comme un pauvre petit oiseau innocent--qui n'a qu'un simple chant de quelques notes,--répète son simple chant et le répète toujours, pendant toute une matinée d'avril, jusqu'à ce que l'oreille--se lasse de l'entendre, ainsi l'innocente enfant--allait la moitié de la nuit répétant: «Faut-il que je meure[204]?» Elle se déclare enfin, avec quelle pudeur et de quel élan! Mais il ne peut l'épouser, il est lié à une autre. Elle languit et s'affaisse; on veut la consoler, elle ne le veut pas; on lui dit que Lancelot est coupable avec la reine; elle ne le croit pas. Elle dit à ses frères: «Chers frères, vous aviez coutume, quand j'étais une petite fille, de me prendre avec vous dans le bateau du batelier, et de remonter avec la marée la grande rivière. Seulement vous ne vouliez pas passer au delà du cap où est le peuplier. Et je pleurais parce que vous ne vouliez pas aller au delà, et remonter bien loin la rivière luisante, jusqu'à ce que nous eussions trouvé le palais du roi. À présent, j'irai[205].» Elle meurt, et, selon sa dernière prière, ils l'emportent «comme une ombre à travers les champs qui brillent dans leur pleine fleur d'été,» et la posent sur la barque toute tendue de velours noir. La barque remonte poussée par la marée, «et la morte avec elle, dans sa main droite un lis, dans sa main gauche--une lettre qu'elle avait dictée, toute sa chevelure blonde ruisselant autour d'elle.--Et tout le linceul était de drap d'or--ramené jusqu'à la ceinture; elle-même tout en blanc,--excepté son visage, et ce visage aux traits si purs--était aimable, car elle ne semblait point morte,--mais profondement endormie, et reposait en souriant[206].» Elle arrive ainsi dans un grand silence, et le roi Arthur lit la lettre devant tous les chevaliers et toutes les dames qui pleurent: «Très-noble seigneur, sir Lancelot du Lac,--moi qu'on appelait quelquefois la vierge d'Astolat,--je viens ici, car vous m'avez quittée sans prendre congé de moi;--je viens ici afin de prendre pour la dernière fois congé de vous.--Je vous aimais, et mon amour n'a point eu de retour.--C'est pourquoi mon fidèle amour a été ma mort.--C'est pourquoi, devant notre dame Ginèvre--et devant toutes les autres dames, je fais ma plainte.--Priez pour mon âme et accordez-moi la sépulture.--Prie pour mon âme, toi aussi, sir Lancelot,--car tu es un chevalier sans égal[207].» Rien de plus; elle finit sur ce dernier mot, plein d'un regret si triste et d'une admiration si tendre: on aurait peine à trouver quelque chose de plus simple et de plus délicat.

Il semble qu'un archéologue puisse refaire tous les styles, excepté le grand, et celui-ci a tout refait, jusqu'au grand style. C'est le soir de la dernière bataille; tout le jour le tumulte de la grande mêlée «a roulé le long des montagnes près de la mer d'hiver;» un à un les chevaliers d'Arthur sont tombés; il est tombé lui-même, le crâne fendu à travers le casque, et sire Bedivere, son dernier chevalier, l'a porté tout près de là, «dans une chapelle brisée avec une croix brisée, debout sur une noire bande de terre stérile. D'un côté était l'Océan, de l'autre une grande eau; et la lune était pleine[208].» Arthur, sentant qu'il va mourir, lui dit de prendre son épée Excalibur; car il l'a reçue des fées de la mer, et il ne faut pas qu'après lui homme mortel mette la main sur elle. Deux fois sire Bedivere part pour faire la volonté du roi: deux fois il s'arrête et revient dire faussement au roi qu'il a jeté l'épée; car ses yeux sont éblouis par la merveilleuse broderie de diamants qui fleuronnent et luisent autour de la poignée. La troisième fois enfin il la lance: «La grande épée jeta des éclairs sous la splendeur de la lune,--et fit dans l'air une arche de clarté,--comme le rayonnement d'aube boréale--qui jaillit lorsque les îles mouvantes de l'hiver s'entrechoquent--la nuit, parmi les bruits de la mer du Nord.--Mais avant que l'épée eût touché la surface,--un bras s'éleva, vêtu de velours blanc, mystique, merveilleux,--et la saisit par la poignée, et la brandit trois fois;--puis s'enfonça avec elle dans la mer[209].» Alors Arthur, se soulevant douloureusement et respirant avec peine, ordonne à sire Bedivere de le charger sur ses épaules et de le porter jusqu'au rivage. «Hâte-toi, hâte-toi, car je crains qu'il ne soit trop tard, et je crois que je vais mourir.» Ils arrivent ainsi, le long des cavernes glacées et des roches retentissantes, jusqu'au bord du lac où «s'étalent les longues gloires de la lune d'hiver.»--«Là s'était arrêtée une barque sombre,--noire comme une écharpe funèbre de la proue à la poupe;--tout le pont était couvert de formes majestueuses,--avec des robes noires et des capuchons noirs, comme en songe; auprès d'elles,--trois reines avec des couronnes d'or; de leurs lèvres partit--un cri qui monta en frémissant jusqu'aux étoiles palpitantes.--Et comme si ce n'était qu'une voix, il y eut un grand éclat de lamentations, pareil à un vent qui crie--toute la nuit dans une terre déserte, où personne ne vient--et n'est venu depuis le commencement du monde[210]. Alors Arthur murmura: Place-moi dans la barque.--Ils vinrent à la barque; là les trois reines--étendirent leurs mains et prirent le roi et pleurèrent.--Mais celle qui était la plus grande entre elles toutes,--et la plus belle, mit la tête du roi dans son giron--et défit le casque brisé, et l'appela par son nom en pleurant tout haut[211].» La barque se détache, et Arthur, élevant sa voix lente, console sire Bedivere qui s'afflige sur le rivage, et prononçant ces paroles d'adieu, héroïques et solennelles: «Le vieil ordre change, cédant la place au nouveau;--et Dieu s'accomplit lui-même en plusieurs façons,--de peur qu'une bonne coutume étant seule ne corrompe le monde.--Si tu ne dois plus voir ma face, prie pour moi; plus de choses sont accomplies par la prière que ce monde ne l'imagine.--Car par elle la terre, ronde tout entière en toutes ses parties,--est liée comme par des chaînes d'or aux pieds de Dieu. Mais à présent adieu; je m'en vais pour un long voyage--avec ceux-là que tu vois, si en effet je m'en vais--(car toute mon âme est obscurcie de doutes) vers l'île et la vallée d'Avilion,--où ne tombe point de pluie, ni de grêle, ni de neige,--et où même le vent ne souffle jamais rudement; mais elle repose--enveloppée de profondes prairies, heureuse, belle avec des pelouses sous des vergers,--et des creux pleins d'arbres couronnés par une mer d'été--où je me guérirai de ma douloureuse blessure[212].» Je crois que depuis Goethe on n'a rien vu de plus calme et de plus imposant.

Comment rassembler en quelques mots tous les traits de ce talent si multiple? Il est né poëte, c'est-à-dire constructeur de palais aériens et de châteaux imaginaires. Mais la passion personnelle et les préoccupations absorbantes qui ordinairement maîtrisent la main de ses pareils lui ont manqué; il n'a point trouvé en lui-même le plan d'un édifice nouveau; il a bâti d'après tous les autres; il a simplement choisi parmi les formes les plus élégantes, les mieux ornées, les plus exquises. Il n'a pris que la fleur dans leurs beautés. C'est tout au plus si, par occasion, il s'est amusé çà et là à arranger quelque cottage vraiment anglais et moderne. Si, dans ce choix d'architectures retrouvées ou renouvelées, on cherche sa trace, on la devinera çà et là dans quelque frise plus finement sculptée, dans quelque rosace plus délicate et plus gracieuse; mais on ne la trouvera marquée et sensible que dans la pureté et dans l'élévation de l'émotion morale qu'on emportera en sortant de son musée.

[Note 204:

She murmur'd «Vain, in vain: it cannot be. He will not love me: how then? must I die?» Then as a little helpless innocent bird, That has but one plain passage of fine notes, Will sing the simple passage o'er and o'er For all an april morning, till the ear Wearies to hear it, so the simple maid Went half the night repeating, «must I die?»]

[Note 205:

At last she said «Sweet brothers, yester night I seem'd a curious little maid again, As happy as when we dwelt among the woods, And when you used to take me with the flood Up the great river in the boatman's boat. Only you would not pass beyond the Cape That has the poplar on it: there you fixt Your limit, oft returning with the tide. And yet I cried because you would not pass Beyond it, and far up the shining flood Until we found the palace of the king. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Now shall I have my will.»]

[Note 206:

But when the next sun brake from underground, Then, those two brethren slowly with bent brows Accompanying, the sad chariot-bier Past like a shadow thro' the field, that shone Full-summer, to that stream whereon the barge, Pall'd all its length in blackest samite, lay. There sat the life-long creature of the house, Loyal, the dumb old servitor, on deck, Winking his eyes, and twisted all his face. So those two brethren from the chariot took And on the black decks laid her in her bed, Set in her hand a lily, o'er her hung The silken case with braided blazonings And kiss'd her quiet brows, and saying to her: «Sister, farewell for ever,» and again «Farewell, sweet sister,» parted all in tears. Then rose the dumb old servitor, and the dead Steer'd by the dumb went upward with the flood-- In her right hand the lily, in her left The letter--all her bright hair streaming down-- And all the coverlid was cloth of gold Drawn to her waist, and she herself in white All but her face, and that clear-featured face Was lovely, for she did not seem as dead But fast asleep, and lay as tho' she smiled.]

[Note 207:

"Most noble lord, sir Lancelot of the Lake, I, sometime call'd the maid of Astolat, Come, for you left me taking no farewell, Hither, to take my last farewell of you. I loved you, and my love had no return, And therefore my true love has been my death. And therefore to our lady Guinevere, And to all other ladies, I make moan. Pray for my soul, and yield me burial. Pray for my soul thou too, sir Lancelot, As thou art a knight peerless."]

[Note 208:

A chapel nigh the field, A broken chancel with a broken cross, That stood on a dark strait of barren land. On one side lay the ocean, and on one Lay a great water, and the moon was full.]

[Note 209:

The great brand Made lightnings in the splendour of the moon, And flashing round and round, and whirled in an arch, Shot like streamer of the northern morn, Seen where the moving isles of winter shock By night, with noises of the northern sea. So flash'd and fell the brand Excalibur: But ere he dipt the surface, rose an arm Clothed in white samite, mystic, wonderful, And caught him by the hilt, and brandish'd him Three times, and drew him under in the meer.]

[Note 210:

They saw then how there hove a dusky barge Dark as a funeral scarf from stern to stern, Beneath them; and descending they were ware That all the decks were dense with stately forms Black-stoled, black-hooded, like a dream--by these Three queens with crowns of gold. And from them rose A cry that shiver'd to the tingling stars, And, as it were one voice, an agony Of lamentation like a wind, that shrills All night in a waste land, where no one comes, Or hath come, since the making of the world.]

[Note 211:

Then murmur'd Arthur: "Place me in the barge," And to the barge they came. There those three queens Put forth their hands, and took the king and wept. But she that rose the tallest of them all And fairest, laid his head in her lap, And loosed the shatter'd casque, and chafed his hands And call'd him by his name, complaining loud....]

[Note 212: