Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Part 2

Chapter 23,964 wordsPublic domain

La différence entre un fou et un homme de génie n'est pas fort grande. Napoléon, qui s'y connaissait, le disait à Esquirol. La même faculté nous porte à la gloire ou nous jette dans un cabanon. C'est l'imagination visionnaire qui forge les fantômes du fou et qui crée les personnages de l'artiste, et les classifications qui servent à l'un peuvent servir à l'autre. L'imagination de Dickens ressemble à celle des monomanes. S'enfoncer dans une idée, s'y absorber, ne plus voir qu'elle, la répéter sous cent formes, la grossir, la porter, ainsi agrandie, jusque dans l'oeil du spectateur, l'en éblouir, l'en accabler, l'imprimer en lui si tenace et si pénétrante, qu'il ne puisse plus l'arracher de son souvenir, ce sont là les grands traits de cette imagination et de ce style. En cela, _David Copperfield_ est un chef-d'oeuvre. Jamais objets ne sont restés plus visibles et plus présents dans la mémoire du lecteur que ceux qu'il décrit. La vieille maison, le parloir, la cuisine, le bateau de Peggotty, et surtout la cour de l'école, sont des tableaux d'intérieur dont rien n'égale le relief, l'énergie et la précision. Dickens a la passion et la patience des peintres de sa nation: il compte un à un les détails, il note les couleurs différentes des vieux troncs d'arbres; il voit le tonneau fendu, les dalles verdies et cassées, les crevasses des murs humides; il distingue les singulières odeurs qui en sortent; il marque la grosseur des taches de mousse, il lit les noms d'écoliers inscrits sur la porte et s'appesantit sur la forme des lettres. Et cette minutieuse description n'a rien de froid; si elle est si détaillée, c'est que la contemplation était intense; elle prouve sa passion par son exactitude. On sentait cette passion sans s'en rendre compte; on la distingue tout d'un coup au bout de la page; les témérités du style la rendent visible, et la violence de la phrase atteste la violence de l'impression. Des métaphores excessives font passer devant l'esprit des rêves grotesques. On se sent assiégé de visions extravagantes. M. Mell prend sa flûte, et y souffle, dit Copperfield, «au point que je finissais par penser qu'il ferait entrer tout son être dans le grand trou d'en haut pour le faire sortir par les clefs d'en bas.» Tom Pinch, désabusé, découvre que son maître Pecksniff est un coquin hypocrite. «Il avait été si longtemps accoutumé à tremper dans son thé le Pecksniff de son imagination, à l'étendre sur son pain, à le savourer avec sa bière, qu'il fit un assez pauvre déjeuner le lendemain de son expulsion.» On pense aux fantaisies d'Hoffmann; on est pris d'une idée fixe et l'on a mal à la tête. Ces excentricités sont le style de la maladie plutôt que de la santé.

Aussi Dickens est-il admirable dans la peinture des hallucinations. On voit qu'il éprouve celles de ses personnages, qu'il est obsédé de leurs idées, qu'il entre dans leur folie. En sa qualité d'Anglais et de moraliste, il a décrit nombre de fois le remords. Peut-être dira-t-on qu'il en fait un épouvantail, et qu'un artiste a tort de se transformer en auxiliaire du gendarme et du prédicateur. Il n'importe; le portrait de Jonas Chuzzlewit est si terrible, qu'on peut lui pardonner d'être utile. Jonas, sorti en cachette de sa chambre, a tué en trahison son ennemi, et croit dorénavant respirer en paix; mais le souvenir du meurtre, comme un poison, désorganise insensiblement son esprit. Il n'est plus maître de ses idées; elles l'emportent avec la fougue d'un cheval effaré. Il pense incessamment et en frissonnant à la chambre où on le croit endormi. Il voit cette chambre, il en compte les carreaux, il imagine les longs plis des rideaux sombres, les creux du lit qu'il a défait, la porte à laquelle on peut frapper. À mesure qu'il veut se détacher de cette vision, il s'y enfonce; c'est un gouffre ardent où il roule en se débattant avec des cris et des sueurs d'angoisse. Il se suppose couché dans ce lit, comme il devrait y être, et au bout d'un instant il s'y voit. Il a peur de cet autre lui-même. Le rêve est si fort, qu'il n'est pas bien sûr de n'être pas là-bas à Londres. «Il devient ainsi son propre spectre et son propre fantôme.» Et cet être imaginaire, comme un miroir, ne fait que redoubler devant sa conscience l'image de l'assassinat et du châtiment. Il revient, et se glisse en pâlissant jusqu'à la porte de sa chambre. Lui, homme d'affaires, calculateur, machine brutale des raisonnements positifs, le voilà devenu aussi chimérique qu'une femme nerveuse. Il avance sur la pointe du pied, comme s'il avait peur de réveiller l'homme imaginaire qu'il se figure couché dans le lit. Au moment où il tourne la clef dans la serrure, une terreur monstrueuse le saisit: si l'homme assassiné allait se lever là, devant lui! Il entre enfin, et s'enfonce dans son lit, brûlé par la fièvre. Il relève les draps sur ses yeux, pour essayer de ne plus voir la chambre maudite; il la voit mieux encore. Le froissement des couvertures, le bruissement d'un insecte, les battements de son coeur, tout lui crie: Assassin! L'esprit fixé avec une frénésie d'attention sur la porte, il finit par croire qu'on l'ouvre, il l'entend grincer. Ses sensations sont perverties; il n'ose s'en défier, il n'ose plus y croire, et dans ce cauchemar, où la raison engloutie ne laisse surnager qu'un chaos de formes hideuses, il ne trouve plus rien de réel que l'oppression incessante de son désespoir convulsif. Dorénavant toutes ses pensées, tous ses dangers, le monde entier disparaît pour lui dans une seule question: quand trouveront-ils le cadavre dans le bois?--Il s'efforce d'en arracher sa pensée; elle y reste imprimée et collée; elle l'y attache comme par une chaîne de fer. Il se figure toujours qu'il va dans le bois, qu'il s'y glisse sans bruit à pas furtifs, en écartant les branches, qu'il approche, puis approche encore, et qu'il chasse «les mouches répandues sur la chair par files épaisses, comme des monceaux de groseilles séchées.» Et toujours il aboutit à l'idée de la découverte; il en attend la nouvelle, écoutant passionnément les cris et les rumeurs de la rue, écoutant lorsqu'on sort ou lorsqu'on entre, écoutant ceux qui descendent et ceux qui montent. En même temps, il a toujours sous les yeux ce cadavre abandonné dans le bois; il le montre mentalement à tous ceux qu'il aperçoit, comme pour leur dire: «Regardez! connaissez-vous cela? Me soupçonnez-vous?» Le supplice de prendre le corps dans ses bras, et de le poser, pour le faire reconnaître, aux pieds de tous les passants, ne serait point plus lugubre que l'idée fixe à laquelle sa conscience l'a condamné.»

Jonas est sur le bord de la folie. D'autres y sont tout à fait. Dickens a fait trois ou quatre portraits de fous, très-plaisants au premier coup d'oeil, mais si vrais, qu'au fond ils sont horribles. Il fallait une imagination comme la sienne, déréglée, excessive, capable d'idées fixes, pour mettre en scène les maladies de la raison. Il y en a deux surtout qui font rire et qui font frémir: Augustus, le maniaque triste, qui est sur le point d'épouser miss Pecksniff, et le pauvre M. Dick, demi-idiot, demi-monomane, qui vit avec miss Trotwood. Comprendre ces exaltations soudaines, ces tristesses imprévues, ces incroyables soubresauts de la sensibilité pervertie; reproduire ces arrêts de pensée, ces interruptions de raisonnement, cette intervention d'un mot, toujours le même, qui brise la phrase commencée et renverse la raison renaissante; voir le sourire stupide, le regard vide, la physionomie niaise et inquiète de ces vieux enfants hagards qui tâtonnent douloureusement d'idées en idées, et se heurtent à chaque pas au seuil de la vérité qu'ils ne peuvent franchir, c'est là une faculté qu'Hoffmann seul eut au même degré que Dickens. Le jeu de ces raisons délabrées ressemble au grincement d'une porte disloquée: il fait mal à entendre. On y trouve, si l'on veut, un éclat de rire discordant; mais on y découvre mieux encore un gémissement et une plainte, et l'on s'effraye en mesurant la lucidité, l'étrangeté, l'exaltation, la violence de l'imagination qui a enfanté de telles créatures, qui les a portées et soutenues jusqu'au bout sans fléchir, et qui s'est trouvée dans son vrai monde en imitant et en produisant leur déraison.

À quoi peut s'appliquer cette force? Les imaginations diffèrent, non-seulement par leur nature, mais encore par leur objet; après avoir mesuré leur énergie, il faut circonscrire leur domaine; dans le large monde, l'artiste se fait un monde; involontairement il choisit une classe d'objets qu'il préfère; les autres le laissent froid, et il ne les aperçoit pas. Dickens n'aperçoit pas les choses grandes: ceci est le second trait de son imagination. L'enthousiasme le prend à propos de tout, particulièrement à propos des objets vulgaires, d'une boutique de bric-à-brac, d'une enseigne, d'un crieur public. Il a la vigueur, il n'atteint pas à la beauté. Son instrument rend des sons vibrants, il n'a point de sons harmonieux. S'il décrit une maison, il la dessinera avec une netteté de géomètre; il en mettra toutes les couleurs en relief, il découvrira une physionomie et une pensée dans les contrevents et dans les gouttières, il fera de la maison une sorte d'être humain, grimaçant et énergique, qui saisira le regard et qu'on n'oubliera plus; mais il ne verra pas la noblesse des longues lignes monumentales, la calme majesté des grandes ombres largement découpées par les crépis blancs, la joie de la lumière qui les couvre, et devient palpable dans les noirs enfoncements où elle plonge, comme pour se reposer et s'endormir. S'il peint un paysage, il apercevra les cenelles qui parsèment de leurs grains rouges les haies dépouillées, la petite vapeur qui s'exhale d'un ruisseau lointain, les mouvements d'un insecte dans l'herbe; mais la grande poésie qu'eût saisie l'auteur de _Valentine_ et d'_André_ lui échappera. Il se perdra, comme les peintres de son pays, dans l'observation minutieuse et passionnée des petites choses; il n'aura point l'amour des belles formes et des belles couleurs. Il ne sentira pas que le bleu et le rouge, la ligne droite et la ligne courbe, suffisent pour composer des concerts immenses qui, parmi tant d'expressions diverses, gardent une sérénité grandiose, et ouvrent au plus profond de l'âme une source de santé et de bonheur. C'est le bonheur qui lui manque; son inspiration est une verve fiévreuse qui ne choisit pas ses objets, qui ranime au hasard les laideurs, les vulgarités, les sottises, et qui, en communiquant à ses créations je ne sais quelle vie saccadée et violente, leur ôte le bien-être et l'harmonie qu'en d'autres mains elles auraient pu garder. Miss Ruth est une fort gentille ménagère; elle met son tablier: quel trésor que ce tablier! Dickens le tourne et le retourne, comme un commis de nouveautés qui voudrait le vendre. Elle le tient dans sa main, puis elle l'attache autour de sa taille, elle lie les cordons, elle l'étale, elle le froisse pour qu'il tombe bien. Que ne fait-elle pas de son tablier! Et quel est l'enchantement de Dickens pendant ces opérations innocentes! Il pousse de petits cris d'espièglerie joyeuse: «Oh! bon Dieu, quel méchant petit corsage!» Il apostrophe la bague, il gambade autour de Ruth, il frappe dans ses mains de plaisir. C'est bien pis lorsqu'elle fabrique le pudding; il y a là une scène entière, dramatique et lyrique, avec exclamations, protase, péripéties, aussi complète qu'une tragédie grecque. Ces gentillesses de cuisine et ces mièvreries d'imagination font penser (par contraste) aux tableaux d'intérieur de George Sand. Vous rappelez-vous la chambre de la fleuriste Geneviève? Elle fabrique, comme Ruth, un objet utile, très-utile, puisque demain elle vendra dix sous; mais cet objet est une rose épanouie, dont les frêles pétales s'enroulent sous ses doigts comme sous les doigts d'une fée, dont la fraîche corolle s'empourpre d'un vermillon aussi tendre que celui de ses joues, frêle chef-d'oeuvre éclos un soir d'émotion poétique, pendant que de sa fenêtre elle contemple au ciel les yeux perçants et divins des étoiles, et qu'au fond de son coeur vierge murmure le premier souffle de l'amour. Pour s'exalter, Dickens n'a pas besoin d'un pareil spectacle: une diligence le jette dans le dithyrambe; les roues, les éclaboussures, les sifflements du fouet, le tintamarre des chevaux, des harnais et de la machine, en voilà assez pour le mettre hors de lui. Il ressent par sympathie le mouvement de la voiture; elle l'emporte avec elle; il entend le galop des chevaux dans sa cervelle, et part en lançant cette ode, qui semble sortir de la trompette du conducteur:

En avant sous l'obscurité qui s'épaissit! Nous ne pensons pas aux noires ombres des arbres; nous franchissons du même galop clartés, ténèbres, comme si la lumière de Londres à cinquante milles d'ici suffisait, et au delà, pour illuminer la route! En avant par delà la prairie du village, où s'attardent les joueurs de paume, où chaque petite marque laissée sur le frais gazon par les raquettes, les balles ou les pieds des joueurs, répand son parfum dans la nuit! En avant, avec quatre chevaux frais, par delà l'auberge du _Cerf-sans-Cornes_, où les buveurs s'assemblent à la porte avec admiration, pendant que l'attelage quitté, les traits pendants, s'en va à l'aventure du côté de la mare, poursuivi par la clameur d'une douzaine de gosiers et par les petits enfants qui courent en volontaires pour le ramener sur la route! À présent, c'est le vieux pont de pierre qui résonne sous le sabot des chevaux, parmi les étincelles qui jaillissent. Puis nous voilà encore sur la route ombragée, puis au delà de la barrière ouverte, plus loin, bien loin au delà, dans la campagne. Hurrah!

Holà ho! là-bas, derrière, arrête cette trompette un instant; viens ici, conducteur, accroche-toi à la bâche, grimpe sur la banquette. On a besoin de toi pour tâter ce panier. Nous ne ralentirons point pour cela le pas de nos bêtes; n'ayez crainte. Nous leur mettrons plutôt le feu au ventre pour la glus grande gloire du festin. Ah! il y a longtemps que cette bouteille de vieux vin n'a senti le contact du souffle tiède de la nuit, comptez-y. Et la liqueur est merveilleusement bonne pour humecter le gosier d'un donneur de cor. Essaye-la; n'aie pas peur, Bill, de lever le coude. Maintenant reprends haleine et essaye mon cor, Bill. Voilà de la musique! voilà un air! «Là-bas, là-bas, bien loin derrière les collines.» Ma foi, oui! hurrah! la jument ombrageuse est toute gaie cette nuit. Hurrah! hurrah!

Voyez là-haut, la lune! Toute haute d'abord, avant que nous l'ayons aperçue. Sous sa lumière, la terre réfléchit les objets comme l'eau. Les haies, les arbres, les toits bas des chaumières, les clochers d'églises, les vieux troncs flétris, les jeunes pousses florissantes, sont devenus vaniteux tout d'un coup et ont envie de contempler leurs belles images jusqu'au matin. Là-bas, les peupliers bruissent, pour que leurs feuilles tremblotantes puissent se voir sur le sol; le chêne, point; il ne lui convient pas de trembler. Campé dans sa vieille solidité massive, il veille sur lui-même, sans remuer un rameau. La porte moussue, mal assise sur ses gonds grinçants, boiteuse et décrépite, se balance devant son mirage, comme une douairière fantastique, pendant que notre propre fantôme voyage avec nous. Hurrah! hurrah! à travers fossés et broussailles, sur la terre unie et sur le champ labouré, sur le flanc roide de la colline, sur le flanc plus roide encore de la muraille, comme si c'était un spectre chasseur!

Des nuages aussi! Et sur la vallée un brouillard! non pas un lourd brouillard qui la cache, mais une vapeur légère, aérienne, pareille à un voile de gaze, qui, pour nos yeux d'admirateurs modestes, ajoute un charme aux beautés devant lesquelles il est étendu, ainsi qu'ont toujours fait les voiles de vraie gaze, ainsi qu'ils feront toujours, oui, ne vous déplaise, quand nous serions le pape en personne. Hurrah! Eh bien! voilà que nous voyageons comme la lune elle-même. Cachés dans un bouquet d'arbres, la minute d'après dans une tache de vapeur, puis reparaissant en pleine lumière, parfois effacés, mais avançant toujours, notre course répète la sienne. Hurrah! Une joute contre la lune! Holà ho! hurrah!

La beauté de la nuit a été sentie à peine, quand déjà le jour arrive bondissant. Hurrah! Deux relais, et les routes de la campagne se changent presque en une rue continue. Hurrah! par là des jardins de maraîchers, des files de maisons, des villas, des terrasses, des places, des équipages, des chariots, des charrettes, des ouvriers matineux, des vagabonds attardés, des ivrognes, des porteurs à jeun; par delà toutes les formes de la brique et du mortier, puis sur le pavé bruyant, qui force les gens juchés sur la banquette à se bien tenir. Hurrah! à travers des tours et détours sans fin, dans le labyrinthe des rues sans nombre, jusqu'à ce qu'on atteigne une vieille cour d'hôtellerie, et que Tom Pinch descendu, tout assourdi et tout étourdi, se trouve à Londres[6]!

Tout cela pour dire que Tom Pinch arrive à Londres! Cet accès de lyrisme où les folies les plus poétiques naissent des banalités les plus vulgaires, semblables à des fleurs maladives qui pousseraient dans un vieux pot cassé, expose dans ses contrastes naturels et bizarres toutes les parties de l'imagination de Dickens. On aura son portrait en se figurant un homme qui, une casserole dans une main et un fouet de postillon dans l'autre, se mettrait à prophétiser.

[Note 1: The eye, partaking of the quickness of the flashing light, saw in its every gleam a multitude of objects which it could not see at steady noon in fifty times that period. Bells in steeples, with the rope and wheel that moved them; ragged nests of birds in cornices and nooks; faces full of consternation in the tilted waggons that came tearing past, their frightened teams ringing out a warning which the thunder drowned; harrows and ploughs left out in fields; miles upon miles of hedge-divided country, with the distant fringe of trees as obvious as the scarecrow in the beanfield close at hand; in a trembling, vivid, flickering instant, everything was clear and plain; then came a flush of red into the yellow light; a change to blue; a brightness so intense that there was nothing else but light; and then the deepest and profoundest darkness.

(_Martin Chuzzlewit_, t. II, p. 245. Ed. Tauschnitz.)]

[Note 2: It was small tyranny for a respectable wind to go wreaking its vengeance on such poor creatures as the fallen leaves; but this wind happening to come up with a great heap of them just after venting its humour on the insulted Dragon, did so disperse and scatter them that they fled away, pell-mell, some here, some there, rolling over each other, whirling round and round upon their thin edges, taking frantic flights into the air, and playing all manner of extraordinary gambols in the extremity of their distress. Nor was this enough for its malicious fury: for not content with driving them abroad, it charged small parties of them and hunted them into the wheel-wright's saw-pit, and below the planks and timbers in the yard, and, scattering the sawdust in the air, it looked for them underneath, and when it did meet with any, whew! how it drove them on and followed at their heels!

The scared leaves only flew the faster for all this; and a giddy chase it was; for they got into unfrequented places, where there was no outlet, and where their pursuer kept them eddying round and round at his pleasure; and they crept under the eaves of houses, and clung tightly to the sides of hay-ricks, like bats; and tore in at open chamber windows, and cowered close to hedges; and, in short, went anywhere for safety.

(_Martin Chuzzlewit_, t. I, p. 10.)]

[Note 3: For the night-wind has a dismal trick of wandering round and round a building of that sort, and moaning as it goes; and of trying, with its unseen hand, the windows and the doors; and seeking out some crevices by which to enter. And when it has got in; as one not finding what he seeks, whatever that may be; it wails and howls to issue forth again: and not content with stalking through the aisles, and gliding round and round the pillars, and tempting the deep organ, soars up to the roof, and strives to rend the rafters; then flings itself despairingly upon the stones below, and passes, muttering, into the vaults. Anon, it comes up stealthily, and creeps along the walls; seeming to read, in whispers, the Inscriptions sacred to the Dead. At some of these, it breaks out shrilly, as with laughter; and at others, moans and cries as if it were lamenting. It has a ghostly sound too, lingering within the altar; where it seems to chaunt, in its wild way, of Wrong and Murder done, and false Gods worshipped; in defiance of the Tables of the Law, which look so fair and smooth, but are so flawed and broken. Ugh! Heaven preserve us, sitting snugly round the fire! It has an awful voice, that wind at Midnight, singing in a church!

But high up in the steeple! There the foul blast roars and whistles! High up in the steeple, where it is free to come and go through many an airy arch and loophole, and to twist and twine itself about the giddy stair, and twirl the groaning weathercock, and make the very tower shake and shiver! High up in the steeple, where the belfry is; and iron rails are ragged with rust; and sheets of lead and copper, shrivelled by the changing weather, crackle and heave beneath the unaccustomed tread; and birds stuff shabby nests into corners of old oaken joists and beams; and dust grows old and grey; and speckled spiders, indolent and fat with long security, swing idly to and fro in the vibration of the bells, and never loose their hold upon their thread-spun castles in the air, or climb up sailor-like in quick alarm, or drop upon the ground and ply a score of nimble legs to save a life! High up in the steeple of an old church, far above the light and murmur of the town and far below the flying clouds that shadow it, is the wild and dreary place at night: and high up in the steeple of an old church, dwelt the Chimes I tell of. (_Chimes_, p. 5.)]

[Note 4: Whether there was life enough left in the slow vegetation of Fountain Court for the smoky shrubs to have any consciousness of the brightest and purest-hearted little woman in the world, is a question for gardeners, and those who are learned in the loves of plants. But, that it was a good thing for that same paved yard to have such a delicate little figure flitting through it; that it passed like a smile from the grimy old houses, and the worn flag-stones, and left them duller, darker, sterner than before; there is no sort of doubt. The Temple fountain might have leaped up twenty feet to greet the spring of hopeful maidenhood, that in her person stole on, sparkling, through the dry and dusty channels of the Law; the chirping sparrows, bred in Temple chinks and crannies, might have held their peace to listen to imaginary sky-larks, as so fresh a little creature passed; the dingy boughs, unused to droop, otherwise than in their puny growth, might have bent down in a kindred gracefulness, to shed their benediction on her graceful head; old love letters, shut up in iron boxes in the neighbouring offices, and made of no account among the heaps of family papers into which they had strayed, and of which, in their degeneracy, they formed a part, might have stirred and fluttered with a moment's recollection of their ancient tenderness, as she went lightly by. Anything might have happened that did not happen, and never will, for the love of Ruth. (_Martin Chuzzlewit_, t. II, p. 289.)]