Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Part 19

Chapter 193,747 wordsPublic domain

Cette disposition d'esprit produit l'_humour_, mot intraduisible, car la chose nous manque. L'_humour_ est le genre de talent qui peut amuser des Germains, des hommes du Nord; il convient à leur esprit comme la bière et l'eau-de-vie à leur palais. Pour les gens d'une autre race, il est désagréable; nos nerfs le trouvent trop âpre et trop amer. Entre autres choses, ce talent contient le goût des contrastes. Swift plaisante avec la mine sérieuse d'un ecclésiastique qui officie, et développe en homme convaincu, les absurdités les plus grotesques. Hamlet, secoué de terreur et désespéré, pétille de bouffonneries. Heine se moque de ses émotions au moment où il s'y livre. Ils aiment les travestissements, mettent une robe solennelle aux idées comiques, une casaque d'arlequin aux idées graves.--Un autre trait de l'_humour_ est l'oubli du public. L'auteur nous déclare qu'il ne se soucie pas de nous, qu'il n'a pas besoin d'être compris ni approuvé, qu'il pense et s'amuse tout seul, et que si son goût et ses idées nous déplaisent, nous n'avons qu'à décamper. Il veut être raffiné et original tout à son aise; il est chez lui dans son livre et portes closes; il se met en pantoufles, en robe de chambre, bien souvent les pieds en l'air, parfois sans chemise. Carlyle a son style propre, et note son idée à sa façon; c'est à nous de la comprendre. Il fait allusion à un mot de Goethe, de Shakspeare, à une anecdote qui en ce moment le frappe; tant pis pour nous si nous ne le savons pas. Il crie quand l'envie lui en prend; tant pis pour nous si nos oreilles ne s'y accommodent pas. Il écrit selon les caprices de l'imagination, avec tous les soubresauts de l'invention; tant pis pour nous si notre esprit va d'un autre pas. Il note au vol toutes les nuances, toutes les bizarreries de sa conception; tant pis pour nous si la nôtre n'y atteint pas.--Un dernier trait de l'_humour_ est l'irruption d'une jovialité violente, enfouie sous un monceau de tristesses. L'indécence saugrenue apparaît brusquement. La nature physique, cachée et opprimée sous des habitudes de réflexion mélancolique, se met à nu pour un instant. Vous voyez une grimace, un geste de polisson, puis tout rentre dans la solennité habituelle.--Ajoutez enfin les éclats d'imagination imprévus. L'humoriste renferme un poëte; tout d'un coup, dans la brume monotone de la prose, au bout d'un raisonnement, un paysage étincelle: beau ou laid, il n'importe; il suffit qu'il frappe. Ces inégalités peignent bien le Germain solitaire, énergique, imaginatif, amateur de contrastes violents, fondé sur la réflexion personnelle et triste, avec des retours imprévus de l'instinct physique, si différent des races latines et classiques, races d'orateurs ou d'artistes, où l'on n'écrit qu'en vue du public, où l'on ne goûte que des idées suivies, où l'on n'est heureux que par le spectacle des formes harmonieuses, où l'imagination est réglée, où la volupté semble naturelle. Carlyle est profondément germain, plus voisin de la souche primitive qu'aucun de ses contemporains, étrange et énorme dans ses fantaisies et dans ses plaisanteries; il s'appelle lui-même «un taureau sauvage embourbé dans les forêts de la Germanie[70].» Par exemple, son premier livre, _Sartor resartus_, qui est une philosophie du costume, contient, à propos des tabliers et des culottes, une métaphysique, une politique, une psychologie. L'homme, d'après lui, est un animal habillé. La société a pour fondement le drap. «Car, comment sans habits pourrions-nous posséder la faculté maîtresse, le siége de l'âme, la vraie glande pinéale du corps social, je veux dire une _bourse_?» D'ailleurs, aux yeux de la pure raison, qu'est-ce que l'homme? «Un esprit, une apparition divine, un moi mystérieux, qui, sous ses guenilles de laine, porte un vêtement de chair tissu dans les métiers du ciel, par lequel il est révélé à ses semblables, par lequel il voit et se fabrique pour lui-même un univers avec des espaces azurés pleins d'étoiles et de longs milliers de siècles[71].» Le paradoxe continue, à la fois baroque et mystique, cachant des théories sous des folies, mêlant ensemble les ironies féroces, les pastorales tendres, les récits d'amour, les explosions de fureur, et des tableaux de carnaval. Il démontre fort bien que «le plus remarquable événement de l'histoire moderne n'est pas la diète de Worms, ni la bataille d'Austerlitz ou de Wagram, ou toute autre bataille, mais bien l'idée qui vint à Fox le quaker de se faire un habillement de cuir[72];» car ainsi vêtu pour toute sa vie, logeant dans un arbre et mangeant des baies sauvages, il pouvait rester oisif et inventer à son aise le puritanisme, c'est-à-dire le culte de la conscience. Voilà de quelle façon Carlyle traite les idées qui lui sont les plus chères. Il ricane à propos de la doctrine qui va employer sa vie et occuper tout son coeur.

Veut-on avoir l'abrégé de sa politique et son opinion sur sa patrie? Il prouve que dans la transformation moderne des religions, deux sectes principales se sont élevées, surtout en Angleterre, l'une, celle des porte-guenilles, l'autre, celle des dandies. «La première est composée de personnes ayant fait voeu de pauvreté et d'obéissance, et qu'on pourrait prendre pour des adorateurs d'Hertha, la Terre; car ils fouillent avec zèle et travaillent continuellement dans son sein, ou bien renfermés dans des oratoires particuliers, ils méditent et manipulent les substances qu'ils ont extraites de ses entrailles. D'autre part, comme les druides, ils vivent dans des demeures sombres, souvent même ils cassent les vitres de leurs fenêtres et les bourrent de pièces d'étoffes ou d'autres substances opaques, jusqu'à ce que l'obscurité convenable soit rétablie. Ils sont tous rhizophages ou mangeurs de racines. Quelques-uns sont ichthyophages et usent des harengs salés, s'abstenant de toute autre nourriture animale, hormis des animaux morts de mort naturelle, ce qui indique peut-être un sentiment brahminique étrangement perverti. Leur moyen universel de subsistance est la racine nommée pomme de terre, qu'ils cuisent avec le feu. Dans toutes les cérémonies religieuses, le fluide appelé whisky est, dit-on, chose requise, et il s'y en fait une large consommation[73].--«L'autre secte, celle des dandies, affecte une grande pureté et le séparatisme, se distinguant par un costume particulier, et autant que possible par une langue particulière, ayant pour but principal de garder une vraie tenue nazaréenne, et de se préserver des souillures du monde.» Du reste, ils professent plusieurs articles de foi dont les principaux sont: «que les pantalons doivent être très-collants aux hanches; qu'il est permis à l'humanité, sous certaines restrictions, de porter des gilets blancs;--que nulle licence de la mode ne peut autoriser un homme de goût délicat à adopter le luxe additionnel postérieur des Hottentots.»--«Une certaine nuance de manichéisme peut être discernée en cette secte, et aussi une ressemblance assez grande avec la superstition des moines du mont Athos, qui, à force de regarder de toute leur attention leur nombril, finissaient par y discerner la vraie Apocalypse de la nature et le ciel révélé. Selon mes propres conjectures, cette secte n'est qu'une modification appropriée à notre temps de la superstition primitive, appelée culte de soi-même[74].» Cela posé, il tire les conséquences. «J'appellerais volontiers ces deux sectes deux machines électriques immenses et vraiment sans modèle (tournées par la grande roue sociale), avec des batteries de qualité opposée; celle des porte-guenilles étant la négative, et celle du dandysme étant la positive; l'une attirant à soi et absorbant heure par heure l'électricité positive de la nation (à savoir, l'argent); l'autre, également occupée à s'approprier la négative (à savoir, la faim, aussi puissante que l'autre). Jusqu'ici vous n'avez vu que des pétillements et des étincelles partielles et passagères. Mais attendez un peu jusqu'à ce que toute la nation soit dans un état électrique, c'est-à-dire jusqu'à ce que toute votre électricité vitale, non plus neutre comme à l'état sain, soit distribuée en deux portions isolées, l'une négative, l'autre positive (à savoir, la faim et l'argent), et enfermées en deux bouteilles de Leyde grandes comme le monde! Le frôlement du doigt d'un enfant les met en contact et[75]....» Il s'arrête brusquement et vous laisse à vos conjectures. Cette amère gaieté est celle d'un homme furieux ou désespéré qui, de parti pris, et justement à cause de la violence de sa passion, la contiendrait et s'obligerait à rire, mais qu'un tressaillement soudain révélerait à la fin tout entier. Il dit quelque part[76] qu'il y a au fond du naturel anglais, sous toutes les habitudes de calcul et de sang-froid, une fournaise inextinguible, un foyer de rage extraordinaire, la rage des dévoués Scandinaves[77], qui, une fois lancés au fort de la bataille, ne sentaient plus les blessures et vivaient et combattaient, et tuaient, percés de coups dont le moindre, pour un homme ordinaire, eût été mortel. C'est cette frénésie destructive, ce soulèvement de puissances intérieures, inconnues, ce déchaînement d'une férocité, d'un enthousiasme et d'une imagination désordonnés et irréfrénables, qui a paru chez eux à la Renaissance et à la Réforme, et dont un reste subsiste aujourd'hui dans Carlyle. En voici un vestige dans un morceau presque digne de Swift, et qui est l'abrégé de ses émotions habituelles en même temps que sa conclusion sur l'âge où nous voici[78]:

«Supposons, dit-il, que des cochons (j'entends des cochons à quatre pieds), doués de sensibilité et d'une aptitude logique supérieure, ayant atteint quelque culture, puissent, après examen et réflexion, coucher sur le papier, pour notre usage, leur idée de l'univers, de leurs intérêts et de leurs devoirs; ces idées pourraient intéresser un public plein de discernement comme le nôtre, et leurs propositions en gros seraient celles qui suivent:

«1º L'univers, autant qu'une saine conjecture peut le définir, est une immense auge à porcs, consistant en solides et en liquides, et autres variétés ou contrastes, mais spécialement en relavures qu'on peut atteindre et en relavures qu'on ne peut pas atteindre, ces dernières étant en quantité infiniment plus grande pour la majorité des cochons.

«2º Le mal moral est l'impossibilité d'atteindre les relavures. Le bien moral, la possibilité d'atteindre lesdites relavures.

«3º La poésie des cochons consiste à reconnaître universellement l'excellence des relavures et de l'orge moulue, ainsi que la félicité des cochons dont l'auge est en bon ordre, et qui ont le ventre plein. Grun!

«4º Le cochon connaît le temps. Il doit mettre le nez au vent pour regarder quelle sorte de temps va venir.

«5º Qui a fait le cochon? Inconnu. Peut-être le boucher.

«6º Définissez le devoir complet des cochons.--La mission de la cochonnerie universelle et le devoir de tous les cochons en tous les temps, est de diminuer la quantité des relavures qu'on ne peut atteindre, et d'augmenter la quantité de celles qu'on peut atteindre. Toute connaissance, toute industrie, tout effort doit être dirigé vers ce terme et vers ce terme seul: La science des cochons, l'enthousiasme des cochons, le dévouement des cochons, n'ont pas d'autre but. C'est le devoir complet des cochons[79].»

Voilà la fange où il plonge la vie moderne, et par-dessous toutes les autres la vie anglaise, noyant du même coup et dans la même bourbe l'esprit positif, le goût du confortable, la science industrielle, l'Église, l'État, la philosophie et la loi. Ce catéchisme cynique, jeté au milieu de déclamations furibondes, donne, je crois, la note dominante de cet esprit étrange: c'est cette tension forcenée qui fait son talent; c'est elle qui produit et explique ses images et ses disparates, son rire et ses fureurs. Il y a un mot anglais intraduisible qui peint cet état et montre toute la constitution physique de la race: _His blood is up._ En effet, le tempérament flegmatique et froid recouvre la surface; mais quand le sang soulevé a tourbillonné dans les veines, l'animal enfiévré ne s'assouvit que par des ravages et ne se contente que par des excès.

[Note 70: Such a bemired auerochs or uras of the German woods...: the poor wood-ox so bemired in the forests.

(_Life of Stirling_, p. 147.)]

[Note 71: "To the eye of vulgar logic," says he, "what is man? An omnivorous biped that wears breeches. To the eye of pure reason what is he? A soul, a spirit, and divine apparition. Round his mysterious ME, there lies, under all those wool-rags, a garment of flesh (or of senses), contextured in the loom of heaven; whereby he is revealed to his like, and dwells with them in UNION and DIVISION; and sees and fashions for himself a universe with azure starry spaces and long thousands of years. Deep hidden is he under that strange garment; amid sounds and colours and forms, as it were, swathed in and inextricably overshrouded: yet it is skywoven and worthy of a God."]

[Note 72: Perhaps the most remarkable incident in modern history is not the diet of Worms, still less the battle of Austerlitz, Wagram, Waterloo, or any other battle, but an incident passed carelessly over by most historians, and treated with some degree of ridicule by others, namely George Fox's making to himself a suit of leather.]

[Note 73: Something monastic there appears to be in their constitution; we find them bound by the two monastic vows of poverty and obedience: which vows, especially the former, it is said, they observe with great strictness; nay, as I have understood it, they are pledged, and be it by any solemn Nazarene ordination or not, irrevocably enough consecrated thereto, even _before_ birth. That the third monastic vow, of chastity, is rigidly enforced among them, I find no ground to conjecture.

Furthermore, they appear to imitate the Dandiacal sect in their grand principle of wearing a peculiar costume.

Their raiment consists of innumerable skirts, lappets, and irregular wings, of all colours; through the labyrinthic intricacies of which their bodies are introduced by some unknown process. It is fastened together by a multiplex combination of buttons, thrums and skewers, to which frequently is added a girdle of leather, of hempen or even of straw rope, round the loins. To straw rope, indeed, they seem partial and often wear it by way of sandals.

One might fancy them worshippers of Hertha, or the Earth: for they dig and affectionately work continually in her bosom; or else, shut up in private oratories, meditate and manipulate the substances derived from her; seldom looking up towards the heavenly luminaries, and then with comparative indifference. Like the druids, on the other hand, they live in dark dwellings; often even breaking their glass-windows, where they find such, and stuffing them up with pieces of raiment or other opaque substances, till the fit obscurity is restored.

In respect of diet, they have also their observances. All poor slaves are rhizophagous (or root-eaters); a few are ichthyophagous, and use salted herrings: other animal food they abstain from, except indeed, with perhaps some strange inverted fragment of a brahminical feeling, such animals as die a natural death. Their universal sustenance is the root named potato, cooked by fire alone.... In all their religious solemnities Potheen is said to be an indispensable requisite and largely consumed.]

[Note 74: A certain touch of manicheism, not indeed in the gnostic shape, is discernible enough: also (for human error walks in a cycle, and reappears at intervals) a not inconsiderable resemblance to that superstition of the Athos monks, who by fasting from all nourishment, and looking intensely for a length of time into their own navels, came to discern therein the true Apocalypse of Nature, and Heaven unveiled. To my own surmise, it appears as if the Dandiacal sect were but a new modification, adapted to the new time, of that primeval superstition, _self-worship_.

They affect great purity and separatism; distinguish themselves by a particular costume (whereof some notices were given in the earlier part of this volume); likewise, so far as possible, by a particular speech (apparently some broken _lingua franca_, or English-French); and on the whole, strive to maintain a true Nazarene deportment, and keep themselves unspotted from the world.

They have their temples, whereof the chief, as the Jewish Temple did, stands in their metropolis; and is named _Almack's_, a word of uncertain etymology. They worship principally by night; and have their highpriests and highpriestesses, who, however, do not continue for life. The rites, by some supposed to be of the Menadic sort, or perhaps with an Eleusinian or Cabiric character, are held strictly secret. Nor are sacred books wanting to the sect; these they call _fashionable Novels_: however, the Canon is not completed, and some are canonical and others not....

1º Coats should have nothing of the triangle about them; at the same time, wrinkles behind should be carefully avoided.

2º The collar is a very important point: it should be low behind, and slightly rolled.

3º No licence of fashion can allow a man of delicate taste to adopt the posterial luxuriance of a Hottentot.

4º There is safety in a swallow-tail.

5º The good sense of a gentleman is nowhere more finely developed than in his rings.

6º It is permitted to mankind, under certain restrictions, to wear white waistcoats.

7º The trowsers must be exceedingly tight across the hips.

All which proposition I, for the present, content myself with modestly but peremptorily and irrevocably denying.]

[Note 75: I might call them two boundless and indeed unexampled electric machines (turned by the «machinery of society») with batteries of opposite quality, Drudgism the negative, Dandyism the positive; one attracts hourly toward it and appropriates all the positive electricity of the nation (namely the money thereof); the other is equally busy with the negative (that is to say the hunger), which is equally potent. Hitherto you see only partial transient sparkles and sputters; but wait a little, till the entire nation is in an electric state; till your whole vital electricity, no longer healthfully neutral, is cut into two isolated portions of positive and negative (of money and of hunger), and stands there bottled up in two world-batteries. The stirring of a child's finger brings the two together, and then....]

[Note 76: Deep hidden it lies, far down in the centre, like genial central fire, with stratum after stratum of arrangement, traditionary method, composed productiveness, all built above it, vivified and rendered fertile by it: justice, clearness, silence, perseverance unhasting, unresting diligence, hatred of disorder, hatred of injustice, which is the worst disorder, characterise this people: the inward fire we say, as all such fires would be, is hidden in the centre. Deep hidden, but awakenable, but immeasurable; let no man awaken it.]

[Note 77: Berserkir.]

[Note 78: _Latter day Pamphlets, jesuitism_, p. 28.]

[Note 79: Supposing swine (I mean fourfooted swine), of sensibility and superior logical parts, had attained such culture; and could, after survey and reflection, set down for us their notion of the Universe, and of their interests and duties there, might it not well interest a discerning public, perhaps in unexpected ways, and give a stimulus to the languishing book trade? The votes of all creatures, it is understood at present, ought to be had, that you may "legislate" for them with better insight. "How can you govern a thing," say many, "without first asking its vote?" Unless, indeed, you already chance to know its vote,--and even something more, namely, what you are to think of its vote: what _it_ wants by its vote; and, still more important, what Nature wants,--which latter, at the end of the account, is the only thing that will be got!--Pig propositions, in a rough form, are somewhat as follows:

1º The universe, so far as sane conjecture can go, is an immeasurable swine's-trough, consisting of solid and liquid, and of other contrasts and kinds;--especially consisting of attainable and unattainable, the latter in immensely greater quantities for most pigs.

2º Moral evil is unattainability of pig's-wash; moral good, attainability of ditto.

3º What is paradise, or the state of innocence? Paradise, called also state of innocence, age of gold, and other names, _was_ (according to pigs of weak judgment) unlimited attainability of pig's-wash; perfect fulfilment of one's wishes, so that the pig imagination could not outrun reality: a fable, an impossibility, as pigs of sense now see.

4º "Define the whole duty of pigs." It is the mission of universal pighood, and the duty of all pigs, in all times, to diminish the quantity of unattainable and increase that of attainable. All knowledge and device and effort ought to be directed thither and thither only; pig science, pig enthusiasm and devotion have this one aim. It is the whole duty of pigs.

5º Pig poetry ought to consist of universal recognition of the excellence of pig's-wash and ground barley, and the felicity of pigs whose trough is in order, and who have had enough: Hrumph!

6º The pig knows the weather; he ought to look out what kind of weather it will be.

7º "Who made the pig?" Unknown;--perhaps the pork-butcher?

8º "Have you law and justice in pigdom?" Pigs of observation have discerned that there is, or was once supposed to be, a thing called justice. Undeniably at least there is a sentiment in pig-nature called indignation, revenge, etc., which, if one pig provoke another, comes out in a more or less destructive manner: hence laws are necessary, amazing quantities of laws. For quarrelling is attended with loss of blood, of life, at any rate with frightful effusion of the general stock of hog's-wash, and ruin (temporary ruin) to large sections of the universal swine's trough: wherefore let justice be observed, that so quarrelling be avoided.

9º "What is justice?" Your own share of the general swine's-trough, not any portion of my share.

10º "But what is my share?" Ah! there in fact lies the grand difficulty; upon which pig science, meditating this long while, can settle absolutely nothing. My share--hrumph!--my share is, on the whole, whatever I can contrive to get without being hanged or sent to the hulks.]

III

Il semble qu'une âme si violente, si enthousiaste et si sauvage, si abandonnée aux folies de l'imagination, si dépourvue de goût, d'ordre et de mesure, ne soit capable que de divaguer et de s'user en hallucinations pleines de douleur et de danger. En effet, beaucoup de ceux qui ont eu ce tempérament, et qui sont véritablement ses ancêtres, les pirates norses, les poëtes du seizième siècle, les puritains du dix-septième, ont été des insensés, pernicieux aux autres et à eux-mêmes, occupés à ravager les choses et les idées, dévastateurs de la sécurité publique et de leur propre coeur. Deux barrières tout anglaises ont contenu et dirigé celui-ci: le sentiment du réel, qui est l'esprit positif, et le sentiment du sublime, qui fait l'esprit religieux; l'un l'a appliqué aux choses réelles, l'autre lui a fourni l'interprétation des choses réelles; au lieu d'être malade et visionnaire, il s'est trouvé philosophe et historien.

IV