Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Part 14

Chapter 143,344 wordsPublic domain

Il avait au plus haut degré la magnifique faculté par laquelle l'homme est capable de vivre dans le passé et dans l'avenir, dans les choses éloignées, et dans les choses imaginaires. L'Inde et ses habitants n'étaient point pour lui comme pour la plupart des Anglais de simples noms, des abstractions, mais un pays réel et des hommes réels. Le soleil brûlant, l'étrange végétation de cocotiers et de palmiers, le champ de riz, le réservoir d'eau, les arbres énormes, plus vieux que l'empire Mogol, sous lesquels s'assemblent les foules villageoises, le toit de chaume de la hutte du paysan, les riches arabesques de la mosquée où l'iman prie la face tournée vers la Mecque, les tambours et les bannières, les idoles parées, le pénitent balancé dans l'air, la gracieuse jeune fille, avec sa cruche sur la tête, descendant les marches de la rivière, les figures noires, les longues barbes, les bandes jaunes des sectaires, les turbans et les robes flottantes, les lances et les masses d'armes, les éléphants avec leurs pavillons de parade, le splendide palanquin du prince, la litière fermée de la noble dame; toutes ces choses étaient pour lui comme les objets parmi lesquels sa vie s'était passée, comme les objets qui sont sur la route entre Beaconsfield et Saint-James Street. L'Inde entière était présente devant les yeux de son esprit, depuis les salles où les suppliants déposent l'or et les parfums aux pieds des monarques, jusqu'au marais sauvage où le camp des Bohémiens est dressé, depuis les bazars qui bourdonnent comme des ruches d'abeilles avec la foule des vendeurs et des acheteurs, jusqu'à la jungle où le courrier solitaire secoue son paquet d'anneaux de fer pour écarter les hyènes. Il avait une idée précisément aussi vive de l'insurrection de Bénarès que de l'émeute de lord George Gordon, et de l'exécution de Nuncomar que de l'exécution du docteur Dodd. L'oppression au Bengale était la même chose pour lui que l'oppression dans les rues de Londres[40].

D'autres parties de ce talent sont plus particulièrement anglaises. Macaulay a la main rude; quand il frappe, il assomme. Chez nous, disait Béranger,

Chez nous point Point de ces coups de poing Qui font tant d'honneur à l'Angleterre.

Et le lecteur français s'étonnerait s'il entendait un grand historien traiter un illustre poëte de la façon que voici:

Dans tous les ouvrages où M. Southey a complétement abandonné la narration, et essayé de traiter des questions morales et politiques, sa chute a été complète et ignominieuse. En ces occasions, ses écrits n'ont été protégés contre l'extrême mépris et l'extrême dérision que par la beauté et la pureté du style. Nous trouvons, nous l'avouons, un si grand charme dans son anglais, que même lorsqu'il écrit des absurdités, nous le lisons généralement avec plaisir, excepté lorsqu'il essaye d'être plaisant. Un plus intolérable bouffon n'a jamais existé. Il s'efforce très-souvent d'être comique, et pourtant nous ne nous rappelons pas une seule occasion où il ait réussi à être autre chose que bizarrement et étourdiment insipide. Un homme sensé pourrait dire des sottises pareilles au coin de son feu; mais qu'un être humain, après avoir fait de tels jeux de mots, les écrive, les recopie, les transmette à l'imprimeur, en corrige les épreuves et les lance dans le monde, c'en est assez pour nous faire rougir de notre espèce[41].

On devine bien qu'il n'est pas plus doux pour les morts que pour les vivants. Par exemple, s'il s'agit de l'archevêque Laud:

Le plus sévère châtiment que les deux chambres eussent pu lui infliger, était de le mettre en liberté et de l'envoyer à Oxford. Là il serait demeuré, torturé par son humeur diabolique, affamé de mettre au pilori et de mutiler les protestants, tourmentant les cavaliers, faute d'autres, par sa sottise et son aigreur, s'acquittant dans la cathédrale de ses génuflexions et de ses grimaces, continuant cet incomparable journal que nous ne regardons jamais sans que l'imbécillité de son intelligence nous fasse oublier les vices de son coeur, notant minutieusement ses rêves, comptant les gouttes de sang qui coulaient de son nez, surveillant de quel côté tombait le sel et écoutant les cris de la chouette. Le mépris et la pitié étaient la seule vengeance que le parlement aurait dû prendre d'un si ridicule vieux bigot[42].

Quand il plaisante, il reste grave, ainsi que font presque tous les écrivains de son pays. L'_humour_ consiste à dire d'un ton solennel des choses extrêmement comiques, et à garder le style noble et la phrase ample, au moment même où l'on fait rire tous ses auditeurs. Tel est le commencement d'un article sur un nouvel historien de Burleigh:

L'ouvrage du docteur Nares, dit-il, nous a rempli d'un étonnement semblable à celui qu'éprouva le capitaine Lemuel Gulliver, lorsqu'il aborda pour la première fois à Brobdingnag, et vit des tiges de blé aussi hautes que des chênes, des dés aussi grands que des seaux, et des roitelets aussi gros que des dindons. L'ouvrage et toutes ses parties sont composés sur une échelle gigantesque; le titre est aussi long qu'une préface ordinaire, la préface remplirait un livre ordinaire, et le livre contient autant de matière qu'une bibliothèque. Nous ne pouvons mieux résumer les mérites de cette prodigieuse masse de papier qu'en disant qu'elle consiste en deux mille pages in-4º environ d'impression serrée, qu'elle occupe en volume quinze cents pouces cubes, et qu'elle pèse soixante livres bien comptées. Un tel livre, avant le déluge, eût été considéré comme une lecture aisée par Hilpa et Shalum; mais malheureusement la vie de l'homme n'est aujourd'hui que de soixante-dix ans, et nous ne pouvons nous empêcher de dire au docteur Nares que ce n'est pas bien à lui de nous demander une grande portion d'une si courte existence[43].

Cette comparaison, empruntée à Swift, est une moquerie dans le goût de Swift. Les mathématiques deviennent, entre les mains des Anglais, un excellent moyen de raillerie, et l'on se rappelle comment le spirituel doyen, comparant par des chiffres la générosité romaine et la générosité anglaise, accablait Marlborough sous une addition. L'_humour_ emploie contre les gens des faits positifs, des arguments de commerçant, des contrastes bizarres tirés de la vie vulgaire. Cela surprend et déroute tout d'un coup le lecteur; on tombe brusquement sous quelque détail familier et grotesque; le choc est violent; on éclate de rire sans beaucoup de gaieté; la détente part si soudainement et si durement qu'elle est comme un coup d'assommoir. En voici un exemple: Macaulay réfute ceux qui ne veulent pas qu'on imprime les auteurs classiques indécents:

Nous avons peine à croire, dit-il, que dans un monde aussi plein de tentations que celui-ci, un homme, qui aurait été vertueux s'il n'avait pas lu Aristophane et Juvénal, devienne vicieux parce qu'il les a lus. Celui qui, exposé à toutes les influences d'un état de société semblable au nôtre, craint de s'exposer aux influences de quelques vers grecs et latins, agit selon nous, comme le voleur qui demandait aux shérifs de lui faire tenir un parapluie au-dessus de la tête, depuis la porte de Newgate jusqu'à la potence, parce que la matinée était pluvieuse et qu'il craignait de prendre froid[44].

L'ironie, le sarcasme, les genres de plaisanterie les plus amers sont habituels aux Anglais: ils déchirent lorsqu'ils égratignent. Si l'on veut s'en convaincre, on peut comparer la médisance française telle que Molière l'a représentée dans le _Misanthrope_, et la médisance anglaise telle que Shéridan l'a représentée en imitant Molière et le _Misanthrope_. Célimène pique, mais ne blesse pas; les amis de lady Sneerwell blessent et laissent dans toutes les réputations qu'ils touchent des marques sanglantes; la raillerie que je vais traduire est une des plus douces de Macaulay.

Les ministres donnèrent, dit-il, le commandement à lord Galway, vétéran expérimenté, qui était dans la guerre ce que les docteurs de Molière étaient en médecine, qui trouvait beaucoup plus honorable d'échouer en suivant les règles que de réussir par des innovations, et qui aurait été très-honteux de lui-même s'il avait pris Montjouy par les moyens singuliers que Peterborough employa. Ce grand commandant conduisit la campagne de 1707 de la manière la plus scientifique. Il rencontra l'armée des Bourbons dans la plaine d'Almanza. Il rangea ses troupes d'après les méthodes prescrites par les meilleurs écrivains, et en peu d'heures perdit dix-huit mille hommes, cent vingt étendards, tout son bagage et toute son artillerie[45].

Ces rudesses sont d'autant plus fortes, que le ton ordinaire est plus noble et plus sérieux.

On n'a vu jusqu'ici que le raisonneur, le savant, l'orateur et l'homme d'esprit; il y a encore dans Macaulay un poëte; et, quand on n'aurait pas lu ses _Chants de l'ancienne Rome_, il suffirait, pour le deviner, de lire quelques-unes de ses phrases où l'imagination, longtemps contenue par la sévérité de la démonstration, déborde tout d'un coup par des métaphores magnifiques, et se répand en comparaisons splendides, dignes par leur ampleur d'être reçues dans une épopée.

L'Arioste, dit-il, nous raconte l'histoire d'une fée, qui par une loi mystérieuse de sa nature, était condamnée à paraître en certaines saisons sous la forme d'un hideux et venimeux serpent. Ceux qui la maltraitaient pendant la période de son déguisement étaient à jamais exclus des bienfaits qu'elle prodiguait aux hommes. Mais pour ceux qui, en dépit de son aspect repoussant, avaient pitié d'elle et la protégeaient, elle se révélait plus tard à leurs yeux sous la belle et céleste forme qui lui était naturelle, accompagnait leurs pas, exauçait tous leurs désirs, remplissait leur maison de richesses, les rendait heureux dans l'amour et victorieux dans la guerre. Telle est cette déesse qu'on nomme la Liberté. Parfois elle prend la forme d'un odieux reptile; elle rampe, elle siffle, elle mord. Mais malheur à ceux qui, saisis de dégoût, essayeront de l'écraser! Et heureux les hommes, qui, ayant osé la recevoir sous sa forme effrayante et dégradée, seront enfin récompensés par elle au temps de sa beauté et de sa gloire[46]!

Ces généreuses paroles partent du coeur; la source est pleine, elle a beau couler, elle ne tarit pas; dès que l'écrivain parle de la cause qu'il aime, dès qu'il voit se lever devant lui la Liberté, l'Humanité et la Justice, la Poésie naît d'elle-même dans son âme, et vient poser sa couronne sur le front de ses nobles soeurs.

La Réforme, dit-il ailleurs, est un événement depuis longtemps accompli; ce volcan a épuisé sa rage; les vastes ravages causés par son irruption sont oubliés. Les bornes qu'il avait emportées ont été replacées; les édifices ruinés ont été réparés. La lave a couvert d'une croûte féconde les champs que jadis elle avait dévastés, et après avoir changé un riche et beau jardin en un désert, elle a changé de nouveau le désert en un jardin plus riche et plus beau. La seconde irruption n'est pas encore terminée. Les marques de son ravage sont toujours autour de nous; les cendres sont encore chaudes sous nos pieds. Dans quelques directions, ce déluge de feu continue encore à s'étendre. Cependant l'expérience nous autorise à croire avec certitude que cette explosion, comme celle qui l'a précédée, fertilisera le sol qu'elle a dévasté. Déjà, dans les parties qui ont souffert le plus cruellement, d'opulentes cultures et de paisibles habitations commencent à s'élever au milieu de la solitude. Plus nous lirons l'histoire des âges passés, plus nous observerons les signes de notre époque, plus nous sentirons nos coeurs se remplir et se soulever d'espérance à la pensée des futures destinées du genre humain[47].

Je devrais peut-être, en achevant cette analyse, indiquer quelles imperfections sont l'effet de ces grandes qualités; comment l'aisance, la grâce, la verve aimable, la variété, la simplicité, l'enjouement, manquent à cette mâle éloquence, à cette solide raison, à cette ardente dialectique; pourquoi l'art d'écrire et la pureté classique ne se rencontrent point toujours dans cet homme de parti, combattant de tribune; bref, pourquoi un Anglais n'est ni un Français ni un Athénien. J'aime mieux traduire encore un passage, dont la solennité et la magnificence donneront quelque idée des sérieux et riches ornements qu'il jette sur son récit, sorte de végétation puissante, fleurs de pourpre éclatante, pareilles à celles qui s'épanouissent à chaque page du _Paradis perdu_ et de _Childe Harold_. Warren Hasting arrivait de l'Inde et venait d'être décrété d'accusation.

Le 13 février 1788, les séances de la cour commencèrent. On a vu des spectacles plus éblouissants pour l'oeil, plus resplendissants de pierreries et de drap d'or, plus attrayants pour des hommes enfants; mais peut-être il n'y en eut jamais de mieux calculé pour frapper un esprit réfléchi et une imagination cultivée. Tous les genres divers d'intérêt qui appartiennent au passé et au présent, aux objets voisins et aux objets éloignés, étaient rassemblés dans un même lieu, et dans une même heure. Tous les talents et toutes les facultés qui sont développés par la liberté et par la civilisation étaient en ce moment déployés avec tous les avantages qu'ils pouvaient emprunter à leur alliance et à leur contraste. Chaque pas du procès reportait à l'esprit, soit en arrière, à travers tant de siècles troublés, jusqu'aux jours où les fondements de notre constitution furent posés; soit bien loin dans l'espace, par-dessus des mers et des déserts sans bornes, jusque parmi des nations bronzées, qui habitent sous des étoiles inconnues, qui adorent des dieux inconnus, et qui écrivent en caractères étranges de droite à gauche. La grande cour du parlement allait siéger, selon les formes transmises depuis les jours des Plantagenets, et juger un Anglais accusé d'avoir exercé la tyrannie sur le souverain de la sainte cité de Bénarès, et sur les dames de la maison princière d'Oude.

L'endroit était digne d'un tel jugement. C'était la grande salle de Guillaume le Roux, la salle qui avait retenti d'acclamations à l'inauguration de trente rois, la salle qui avait vu la juste condamnation de Bacon, et le juste acquittement de Somers, la salle où l'éloquence de Strafford avait pour un moment confondu et touché un parti victorieux enflammé d'un juste ressentiment, la salle où Charles avait fait face à la haute cour de justice avec ce tranquille courage qui a racheté à demi sa réputation. Ni la pompe militaire, ni la pompe civile ne manquaient à ce spectacle. Les avenues étaient bordées d'une ligne de grenadiers; des postes de cavalerie maintenaient les rues libres. Les pairs, en robe d'or et d'hermine, étaient conduits à leurs places par des hérauts sous l'ordre de Jarretière, le roi d'armes; les juges, dans leurs vêtements d'office, étaient là pour donner leur avis sur les points de loi. Près de cent soixante-dix lords, les trois quarts de la chambre haute, marchaient en ordre solennel de leur lieu ordinaire d'assemblée au tribunal; le plus jeune des barons conduisait le cortége, Georges Elliot, lord Heathfield, récemment anobli pour sa mémorable défense de Gibraltar contre les flottes et les armées de France et d'Espagne. La longue procession était fermée par le duc de Norfolk, comte maréchal du royaume, par les grands dignitaires, par les frères et fils du roi; le prince de Galles venait le dernier, remarquable par la beauté de sa personne et par sa noble attitude. Les vieux murs gris étaient tendus d'écarlate; les longues galeries étaient couvertes d'un auditoire tel qu'il s'en trouva rarement de semblable pour exciter les craintes ou l'émulation des orateurs. Là étaient rassemblés, de toutes les parties d'un empire vaste, libre, éclairé et prospère, la grâce et l'amabilité féminines, l'esprit et la science, les représentants de toute science et de tout art. Là étaient assis autour de la reine les jeunes princesses de la maison de Brunswick avec leurs blonds cheveux; là, les ambassadeurs de grands rois et de grandes républiques contemplaient avec admiration un spectacle que nulle autre contrée ne pouvait leur présenter. Là, Siddons, dans toute la fleur de sa majestueuse beauté, regardait avec émotion une scène qui surpassait toutes les imitations du théâtre. Là, l'historien de l'empire romain pensait aux jours où Cicéron plaidait la cause de la Sicile contre Verrès, où, devant un sénat qui retenait encore quelque apparence de liberté, Tacite tonnait contre l'oppresseur de l'Afrique. Là, on voyait assis l'un à côté de l'autre, le plus grand peintre et le plus grand érudit de l'époque. Ce spectacle avait fait quitter à Reynold le chevalet qui nous a conservé les fronts pensifs de tant d'écrivains et d'hommes d'État, et les doux sourires de tant de nobles dames. Il avait engagé Parr à suspendre les travaux qu'il poursuivait dans la sombre et profonde mine d'où il avait tiré un si vaste trésor d'érudition, trésor trop souvent enseveli dans la terre, trop souvent étalé avec ostentation, sans jugement et sans goût, mais cependant précieux, massif et splendide. Là, se montraient les charmes voluptueux de celle à qui l'héritier du trône avait en secret engagé sa foi; là aussi était cette beauté, mère d'une race si belle, la sainte Cécile dont les traits délicats, illuminés par l'amour et la musique, ont été dérobés par l'art à la destruction commune; là étaient les membres de cette brillante société qui citait, critiquait et échangeait des reparties sous les riches tentures en plumes de paon qui ornaient la maison de mistress Montague; là enfin, ces dames dont les lèvres, plus persuasives que celles de Fox lui-même, avaient emporté l'élection de Westminster en dépit de la cour et de la trésorerie, brillaient autour de Georgiana, duchesse de Devonshire[48].

Cette évocation de l'histoire, de la gloire et de la constitution nationale forme un tableau d'un genre unique. L'espèce de patriotisme et de poésie qu'elle révèle est le résumé du talent de Macaulay; et le talent, comme le tableau, est tout anglais.

[Note 37: He asked Addison's advice. Addison said that the poem as it stood was a delicious little thing, and entreated Pope not to run the risk of marring what was so excellent in trying to mend it. Pope afterwards declared that this insidious counsel first opened his eyes to the baseness of him who gave it.

Now there can be no doubt that Pope's plan was most ingenious, and that he afterwards executed it with great skill and success. But does it necessarily follow that Addison's advice was bad? And if Addison's advice was bad, does it necessarily follow that it was given from bad motives? If a friend were to ask us whether we would advise him to risk his all in a lottery of which the chances were ten to one against him, we should do our best to dissuade him from running such a risk. Even if he were so lucky as to get the thirty thousand pound prize, we should not admit that we had counselled him ill; and we should certainly think it the height of injustice in him to accuse us of having been actuated by malice. We think Addison's advice a good advice. It rested on a sound principle, the result of long and wide experience. The general rule undoubtedly is that, when a successful work of imagination has been produced, it should not be recast. We cannot at this moment call to mind a single instance in which this rule has been transgressed with happy effect, except the instance of the Rape of the Lock. Tasso recast his Jerusalem, Akenside recast his Pleasures of the Imagination, and his Epistle to Curio. Pope himself, emboldened no doubt by the success with which he had expanded and remodeled the Rape of the Lock, made the same experiment on the Dunciad. All these attempts failed. Who was to foresee that Pope would, once in his life, be able to do what he could not himself do twice, and what nobody else has ever done?

Addison's advice was good. But had it been bad, why should we pronounce it dishonest? Scott tells us that one of his best friends predicted the failure of Waverley. Herder adjured Goethe not to take so unpromising a subject as Faust. Hume tried to dissuade Robertson from writing the History of Charles the Fifth. Nay, Pope himself was one of those who prophesied that Cato would never succeed on the stage, and advised Addison to print out without risking a representation. But Scott, Goethe, Robertson, Addison, had the good sense and generosity to give their advisers credit for the best intentions. Pope's heart was not of the same kind with theirs.

(_Critical and Historical Essays_, t. V, p. 144.)]

[Note 38: Essai sur Addison, remarques sur _the Campaign_.]