Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)
Part 12
La seule partie de la philosophie qui plaise aux hommes de ce caractère est la morale, parce qu'ainsi qu'eux elle est toute pratique, et ne s'occupe que des actions. On n'étudiait point autre chose à Rome, et chacun sait quelle part elle a dans la philosophie anglaise: Hutcheson, Price, Ferguson, Wollaston, Adam Smith, Bentham, Reid, et tant d'autres, ont rempli le siècle dernier de dissertations et de discussions sur la règle qui fixe nos devoirs, et sur la faculté qui les découvre; et les _Essais_ de Macaulay sont un nouvel exemple de cette inclination nationale et dominante; ses biographies sont moins des portraits que des jugements. Quel est au juste le degré d'honnêteté et de malhonnêteté du personnage, voilà pour lui la question importante; il y rapporte toutes les autres; il ne s'attache partout qu'à justifier, excuser, accuser ou condamner. Qu'il parle de lord Clive, de Warren Hastings, de sir William Temple, d'Addison, de Milton, ou de tout autre, il s'applique avant tout à mesurer exactement le nombre et la grandeur de leurs défauts ou de leurs vertus; il s'interrompt au milieu d'une narration pour examiner si l'action qu'il raconte est juste ou injuste; il la considère en légiste et en moraliste, d'après la loi positive et d'après la loi naturelle; il tient compte au prévenu de l'état de l'opinion publique, des exemples qui l'entouraient, des principes qu'il professait, de l'éducation qu'il avait reçue; il appuie son opinion sur des analogies qu'il tire de la vie ordinaire, de l'histoire de tous les peuples, de la législation de tous les pays; il apporte tant de preuves, des faits si certains, des raisonnements si concluants, que le meilleur avocat pourrait trouver en lui un modèle, et quand enfin il prononce la sentence, on croit entendre le résumé d'un président de cour d'assises. S'il analyse une littérature, par exemple celle de la Restauration, il institue devant le lecteur une sorte de jury pour la juger. Il la fait comparaître, et lit l'acte d'accusation; il présente ensuite le plaidoyer des défenseurs, qui essayent d'excuser ses légèretés et ses indécences; enfin, il prend la parole à son tour, et prouve que les raisonnements exposés ne s'appliquent pas au cas en question, que les écrivains inculpés ont travaillé avec effet et préméditation à corrompre les moeurs, que non-seulement ils ont employé des mots inconvenants, mais qu'ils ont à dessein et de propos délibéré représenté des choses inconvenantes; qu'ils ont pris soin partout d'effacer l'odieux du vice, de rendre la vertu ridicule, de ranger l'adultère parmi les belles façons et les exploits obligés d'un homme de goût, que cette intention est d'autant plus manifeste qu'elle était dans l'esprit du temps, et qu'ils flattaient un travers de leur siècle. Si j'osais employer, comme Macaulay, des comparaisons religieuses, je dirais que sa critique ressemble au jugement dernier, où la diversité des talents, des caractères, des rangs, des emplois, disparaîtra devant la considération de la vertu et du vice, et où il n'y aura plus d'artistes, mais un juge entre des justes et des pécheurs.
La critique en France a des allures plus libres; elle est moins asservie à la morale, et ressemble plus à l'art. Quand nous essayons de raconter la vie ou de figurer le caractère d'un homme, nous le considérons assez volontiers comme un simple objet de peinture ou de science: nous ne songeons qu'à exposer les divers sentiments de son coeur, la liaison de ses idées et la nécessité de ses actions; nous ne le jugeons pas, nous ne voulons que le représenter aux yeux et le faire comprendre à la raison. Nous sommes des curieux et rien de plus. Que Pierre ou Paul soit un coquin, peu nous importe, c'était l'affaire des contemporains; ils souffraient de ses vices, et ne devaient penser qu'à le mépriser et à le condamner. Aujourd'hui nous sommes hors de ses prises, et la haine a disparu avec le danger. À cette distance et dans la perspective historique, je ne vois plus en lui qu'une machine spirituelle, munie de ressorts donnés, lancée par une impulsion première, heurtée par diverses circonstances: je calcule le jeu de ses moteurs, je ressens avec elle les coups des obstacles, je vois d'avance la courbe que son mouvement va décrire; je n'éprouve pour elle ni aversion ni dégoût; j'ai laissé ces sentiments à la porte de l'histoire, et je goûte le plaisir très-profond et très-pur de voir agir une âme selon une loi définie, dans un milieu fixé, avec toute la variété des passions humaines, avec la suite et l'enchaînement que la construction intérieure de l'homme impose au développement extérieur de ses passions.
Dans un pays où l'on s'occupe tant de morale et si peu de philosophie, il y a beaucoup de religion. Faute d'une théologie naturelle, on s'en tient à la théologie positive, et l'on demande à la Bible la métaphysique que ne donne pas la raison[33]. Macaulay est protestant, et quoique d'un esprit fort ouvert et fort libéral, il garde parfois les préjugés anglais contre la religion catholique[34]. Le papisme passe toujours en Angleterre pour une idolâtrie impie, et pour une servitude dégradante. Depuis les deux révolutions, le protestantisme, allié à la liberté, a paru la religion de la liberté, et le catholicisme, allié au despotisme, a paru la religion du despotisme; les deux doctrines ont pris, toutes les deux, le nom de la cause qu'elles avaient soutenue. On a reporté sur la première l'amour et la vénération qu'on avait pour les droits qu'elle défendait; on a versé sur la seconde le mépris et la haine qu'on ressentait pour la servitude qu'elle voulait introduire; les passions politiques ont enflammé les croyances religieuses; le protestantisme s'est confondu avec la patrie victorieuse, le catholicisme avec l'ennemi vaincu; le préjugé a subsisté quand la lutte cessait, et aujourd'hui encore les protestants d'Angleterre n'ont point pour les doctrines des catholiques la bienveillance ou même l'impartialité que les catholiques de France ont pour les doctrines des protestants.
Mais ces opinions anglaises sont tempérées dans Macaulay par l'amour ardent de la justice. Il est libéral dans le plus large et le plus beau sens du mot. Il demande que tous les citoyens soient égaux devant la loi, que les hommes de toutes les sectes soient déclarés capables de toutes les fonctions publiques, que les catholiques et les juifs puissent, comme les luthériens, les anglicans et les calvinistes, s'asseoir au parlement. Il réfute M. Gladstone et les partisans des religions d'État avec une ardeur d'éloquence, une abondance de preuves, une force de raisonnement incomparables; il démontre jusqu'à l'évidence que l'État n'est qu'une association laïque, que son but est tout temporel, que son seul objet est de protéger la vie, la liberté et la propriété des citoyens; qu'en lui confiant la défense des intérêts spirituels, on renverse l'ordre des choses, et que lui attribuer une croyance religieuse, c'est ressembler à un homme qui, non content de marcher avec ses pieds, confierait encore à ses pieds le soin d'entendre et de voir. On a bien des fois traité cette question en France; on la traite encore aujourd'hui; mais personne n'y a porté plus de bon sens, des raisons plus pratiques, des arguments plus palpables. Macaulay tire la discussion de la région métaphysique; il la ramène sur terre; il la rend accessible à tous les esprits; il prend ses preuves et ses exemples dans les faits les plus connus de la vie ordinaire; il s'adresse au marchand, au bourgeois, à l'artiste, au savant, à tout le monde; il attache la vérité qu'il démontre aux vérités familières et intimes que personne ne peut s'empêcher d'admettre, et qu'on croit avec toute la force de l'expérience et de l'habitude; il emporte et maîtrise la croyance par des raisons si solides que ses adversaires lui sauront bon gré de les avoir convaincus; et si par hasard quelques personnes, chez nous, avaient besoin d'une leçon de tolérance, c'est dans cet _Essai_ qu'elles devraient la chercher.
Cet amour de la justice devient une passion quand il s'agit de la liberté politique; c'est là le point sensible, et quand on la touche, on touche l'écrivain au coeur. Macaulay l'aime par intérêt, parce qu'elle est la seule garantie des biens, du bonheur et de la vie des particuliers; il l'aime par orgueil, parce qu'elle est l'honneur de l'homme; il l'aime par patriotisme, parce qu'elle est un héritage légué par les générations précédentes, parce que, depuis deux cents ans, une succession d'hommes honnêtes et de grands hommes l'ont défendue contre toutes les attaques et sauvée de tous les dangers, parce qu'elle fait la force et la gloire de l'Angleterre, parce qu'en enseignant aux citoyens à vouloir et à juger par eux-mêmes, elle accroît leur dignité et leur intelligence, parce qu'en assurant la paix intérieure et le progrès continu, elle garantit le pays des révolutions sanglantes et de la décadence tranquille. Tous ces biens sont perpétuellement présents à ses yeux; et quiconque attaque la liberté qui les fonde devient à l'instant son ennemi. Il ne peut voir paisiblement l'oppression de l'homme; tout attentat à la volonté humaine le blesse comme un outrage personnel. À chaque pas, les mots amers lui échappent, et les plates adulations des courtisans qu'il rencontre amènent sur ses lèvres des sarcasmes d'autant plus violents qu'ils sont plus mérités. Pitt, dit-il, fit au collége des vers latins sur la mort de George Ier. «Dans cette pièce, les Muses sont priées de venir pleurer sur l'urne de César; car César, dit le poëte, aimait les Muses, César qui n'était pas capable de lire un vers de Pope, et qui n'aimait rien que le punch et les femmes grasses.»--Ailleurs, dans la biographie de miss Burney, il raconte comment la pauvre jeune fille, devenue célèbre par ses deux premiers romans, reçut en récompense, et par grande faveur, une place de femme de chambre chez la reine Charlotte; comment, épuisée de veilles, malade, presque mourante, elle demanda en grâce la permission de s'en aller; comment «la douce reine» s'indigna de cette impertinence, ne pouvant comprendre qu'on refusât de mourir à son service et pour son service, ou qu'une femme de lettres préférât la santé, la vie et la gloire, à l'honneur de plier les robes de Sa Majesté. Mais c'est lorsque M. Macaulay arrive à l'histoire de la révolution qu'il tire justice et vengeance de ceux qui ont violé les droits du public, qui ont haï ou trahi la cause nationale, qui ont attenté à la liberté. Il ne parle pas en historien, mais en contemporain; il semble que sa vie et son honneur sont en jeu, qu'il plaide pour lui-même, qu'il est membre du Long Parlement, qu'il entend à la porte les mousquets et les épées des gardes envoyés pour arrêter Pym et Hampden. M. Guizot a raconté la même histoire; mais vous reconnaissez dans son livre le jugement calme et l'émotion impartiale d'un philosophe. Il ne condamne point les actions de Strafford ou de Charles; il les explique; il montre dans Strafford le naturel impérieux, le génie dominateur qui se sent né pour commander et briser les résistances, qu'un penchant invincible révolte contre la loi ou le droit qui l'enchaîne, qui opprime par une sorte de nécessité intérieure, et qui est fait pour gouverner comme une épée pour frapper. Il montre dans Charles le respect inné de la royauté, la croyance au droit divin, la conviction enracinée que toute remontrance ou réclamation est une insulte à sa couronne, un attentat à sa propriété, une sédition impie et criminelle: dès lors, vous ne voyez plus dans la lutte du roi et du parlement que la lutte de deux doctrines; vous cessez de prendre intérêt à une ou à l'autre pour prendre intérêt à toutes les deux; vous êtes les spectateurs d'un drame; vous n'êtes plus les juges d'un procès. C'est un procès que Macaulay instruit devant nous; il y prend parti; son récit est un réquisitoire, le plus entraînant, le plus âpre, le mieux raisonné qu'on ait écrit. Il approuve la condamnation de Strafford; il honore et admire Cromwell; il exalte le caractère des puritains; il loue Hampden jusqu'à l'égaler à Washington; il n'a pas de paroles assez méprisantes et assez insultantes pour Laud; et ce qu'il y a de plus terrible, c'est que chacun de ses jugements est justifié par autant de citations, d'autorités, de précédents historiques, de raisonnements, de preuves concluantes, qu'en pourrait amasser la vaste érudition de Hallam ou la calme dialectique de Mackintosh. Qu'on juge de cette passion emportée et de cette logique accablante par un seul passage:
Pendant plus de dix ans, le peuple avait vu les droits qui lui appartenaient à double titre, par héritage immémorial et par achat récent, brisés par le roi perfide qui les avait reconnus. À la fin, les circonstances forçaient Charles de convoquer un nouveau parlement; une chance nouvelle s'offrait à nos pères: devaient-ils la rejeter comme ils avaient rejeté la première? devaient-ils encore une fois se laisser duper par un _le roi le veut?_ devaient-ils encore une fois avancer leur argent sur des promesses violées, et puis violées encore? devaient-ils aller déposer une seconde pétition des droits au pied du trône, prodiguer une seconde fois des subsides en échange d'une seconde cérémonie vaine, ensuite prendre leur congé, jusqu'à ce que, après dix autres années de fraude et d'oppression, leur prince demandât un nouveau subside et le payât d'un nouveau parjure? Ils étaient forcés de choisir entre deux partis: se fier à un tyran ou l'abattre. Nous pensons qu'ils choisirent sagement et noblement.
Les avocats de Charles, comme les avocats d'autres malfaiteurs, contre lesquels on produit des preuves accablantes, évitent ordinairement toute discussion sur les faits, et se contentent d'en appeler aux témoignages portés sur son caractère. Il avait tant de vertus privées! Est-ce que Jacques II n'avait pas de vertus privées? Et quelles sont, après tout, ces vertus attribuées à Charles? un zèle religieux qui n'était pas plus sincère que celui de son fils, et qui était tout aussi étroit et tout aussi puéril, et un petit nombre de ces qualités ordinaires de ménage et de bienséance, que la moitié des pierres tumulaires réclament chez nous pour les morts qu'elles recouvrent! Bon père! Bon mari! Grande apologie sans doute pour quinze ans de persécution, de tyrannie et de mensonge!
Nous lui imputons d'avoir violé son voeu de couronnement, et on nous répond qu'il a gardé son voeu de mariage! Nous l'accusons d'avoir livré son peuple aux sévérités impitoyables des prélats les plus fanatiques et les plus durs, et son excuse est qu'il prit son petit garçon sur ses genoux pour l'embrasser! Nous lui reprochons d'avoir violé les articles de la Pétition des droits, après avoir, moyennant bonnes et solides compensations, promis de les respecter, et on nous apprend qu'il avait coutume d'aller écouter des prières dès six heures du matin! C'est à des considérations de ce genre, et aussi à son habit par Van Dick, à sa belle figure, à sa barbe en pointe, qu'il doit, nous le croyons fermement, la popularité dont il jouit auprès de notre génération.
Quant à nous, nous ne comprenons pas cette phrase banale: homme de bien, mais mauvais roi. Nous concevrions aussi aisément qu'on dît: homme de bien, et père dénaturé; homme de bien, et ami déloyal. Nous ne pouvons, en appréciant le caractère d'un individu, faire abstraction, dans l'examen de sa conduite, de l'office le plus important de l'homme; et si, dans cet office, nous le trouvons égoïste, cruel et trompeur, nous prendrons la liberté de l'appeler méchant homme; en dépit de toute sa tempérance à table et de toute sa régularité à la chapelle[35].
Voilà pour le père; voici pour le fils. Le lecteur sentira, à la fureur de l'invective, quel excès de rancune le gouvernement des Stuarts a laissé dans le coeur d'un patriote, d'un whig, d'un protestant et d'un Anglais:
Alors vinrent ces jours dont on ne se souviendra jamais sans rougir, jours de servitude sans fidélité, de sensualité sans amour, de talents imperceptibles et de vices gigantesques, le paradis des coeurs froids et des esprits étroits, l'âge d'or des lâches, des bigots et des esclaves. Le roi rampa devant son rival pour obtenir les moyens de fouler aux pieds son peuple, descendit jusqu'à être un vice-roi de France, et empocha, avec une infamie complaisante, ses insultes dégradantes et son or plus dégradant encore. Les caresses des prostituées et les plaisanteries des bouffons réglèrent la politique de l'État; le gouvernement eut juste assez d'habileté pour tromper, et juste assez de religion pour persécuter; les principes de la liberté furent la dérision de tout arlequin de cour et l'anathème de tout valet d'église. Dans tous les hauts lieux, on rendit culte et hommage à Charles et à Jacques, à Bélial et à Moloch; et l'Angleterre apaisa ces obscènes et cruelles idoles avec le sang des meilleurs et des plus braves de ses enfants. Le crime succéda au crime, la honte à la honte, jusqu'à ce que la race maudite de Dieu et des hommes fût une seconde fois chassée pour errer sur la face de la terre, pour servir de proverbe aux peuples et pour être montrée au doigt par les nations[36].
Je n'ai pu traduire toutes les métaphores bibliques de ce morceau, qui a gardé quelque chose de l'accent de Milton et des prophètes puritains; il suffit cependant pour montrer vers quelle issue se portent les diverses tendances de ce grand esprit, quelle est sa pente, comment l'esprit pratique, la science et le talent historique, la présence incessante des idées morales et religieuses, l'amour de la patrie et de la justice, concourent à faire de lui l'historien de la liberté.
[Note 32: We have sometimes thought that an amusing fiction might be written, in which a disciple of Epictetus and a disciple of Bacon should be introduced as fellow travellers. They come to a village where the small-pox has just begun to rage, and find houses shut up, intercourse suspended, the sick abandoned, mothers weeping in terror over their children. The Stoic assures the dismayed population that there is nothing bad in the small-pox, and that to a wise man disease, deformity, death, the loss of friends are not evils. The Baconian takes out a lancet and begins to vaccinate. They find a body of miners in great dismay. An explosion of noisome vapours has just killed many of these who were at work; and the survivors are afraid to venture into the cavern. The Stoic assures them that such an accident is nothing but a mere [Grec: apoproêgmenon]. The Baconian, who has no such fine word at his command, contents himself with devising a safety-lamp. They find a shipwrecked merchant wringing his hands on the shore. His vessel with an inestimable cargo has just gone down, and he is reduced in a moment from opulence to beggary. The Stoic exhorts him not to seek happiness in things which lie without himself, and repeats the whole chapter of Epictetus [Grec: Pros tous tên aporian dediokotas]. The Baconian constructs a diving-bell, goes down in it, and returns with the most precious effects from the wreck. It would by easy to multiply illustrations of the difference between the philosophy of words and the philosophy of works.
(_Critical and Historical Essays_, t. III, p. 118. Éd. Tauschnitz.)]
[Note 33: T. IV, p. 102.]
[Note 34: Charles himself and his creature Laud, while they abjured the innocent badges of Popery, retained all his worst vices, a complete subjection of reason to authority, a weak preference of form to substance, a childish passion for mummeries, an idolatrous veneration for the priestly character, and above all a merciless intolerance. (T. I, p. 31. Éd. Tauschnitz.)
It is difficult to relate without a pitying smile, that, in the sacrifice of the mass, Loyola saw transubstantiation take place, and that, as he stood praying on the steps of St. Dominic, he saw the Trinity in Unity and wept aloud with joy and wonder. (T. IV, p. 116.)]
[Note 35: For more than ten years the people had seen the rights which were theirs by a double claim, by immemorial inheritance and by recent purchase, infringed by the perfidious king who had recognised them. At length circumstances compelled Charles to summon another parliament: another chance was given to our fathers, were they to throw it away as they had thrown away the former? Were they again to be cozened by _le Roi le veut?_ Were they again to advance their money on pledges which had been forfeited over and over again? Were they to lay a second Petition of Right at the foot of the throne, to grant another lavish aid in exchange for another unmeaning ceremony, and then to take their departure, till, after ten years more of fraud and oppression, their prince should again require a supply, and again repay it with a perjury? They were compelled to choose whether they would trust a tyrant or conquer him. We think that they chose wisely and nobly.
The advocates of Charles, like the advocates of other malefactors against whom overwhelming evidence is produced, generally decline all controversy about the facts, and content themselves with calling testimony to character. He had so many private virtues! And had James the Second no private virtues? Was Oliver Cromwell, his bitterest enemies themselves being judges, destitute of private virtues? And what, after all, are the virtues ascribed to Charles? A religious zeal, not more sincere than that of his son, and fully as weak and narrow-minded, and a few of the ordinary household decencies which half the tombstones in England claim for those who lie beneath them. A good father! A good husband! Ample apologies indeed for fifteen years of persecution, tyranny, and falsehood!
We charge him with having broken his coronation oath; and we are told that he kept his marriage vow! We accuse him of having given up his people to the merciless inflictions of the most hot-headed and hard-hearted of prelates; and the defence is, that he took his little son on his knee and kissed him! We censure him for having violated the articles of the Petition of Right, after having, for good and valuable consideration, promised to observe them; and we are informed that he was accustomed to hear prayers at six o'clock, in the morning! It is to such considerations as these, together with his Vandyke-dress, his handsome face, and his peaked beard, that he owes, we verily believe, most of his popularity with the present generation.
For ourselves, we own that we do not understand the common phrase, a good man, but a bad king. We can as easily conceive a good man and an unnatural father, or a good man and a treacherous friend. We cannot, in estimating the character of an individual, leave out of our consideration his conduct in the most important of all human relations; and if in that relation we find him to have been selfish, cruel, and deceitful, we shall take the liberty to call him a bad man, in spite of all his temperance at table, and all his regularity at chapel.
(_Critical and Historical Essays_, t. I, p. 36.)]