Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)
Part 6
Je vis plusieurs animaux dans un champ, et un ou deux de la même espèce perchés sur des arbres. Leur corps était singulier et difforme, leurs têtes et leurs poitrines étaient couvertes d'un poil épais, quelquefois frisé, d'autres fois plat; ils avaient des barbes comme les chèvres et une longue bande de poil tout le long de leurs dos et sur le devant de leurs pieds et de leurs jambes; mais le reste du corps était nu[70],... de sorte que je pus voir leur peau, qui était d'un brun tanné; ils grimpaient au haut des arbres aussi agilement que des écureuils, car ils avaient aux pieds de devant et de derrière de fortes griffes étendues, terminées en pointes aiguës et crochues. Les femelles avaient de longs cheveux plats sur la tête, mais non sur la figure, ni rien sur tout le reste du corps qu'une sorte de duvet. Leurs mamelles pendaient entre leurs pieds de devant, et souvent, lorsqu'elles marchaient, touchaient presque à terre. En somme, dans tous mes voyages, je n'avais jamais vu d'animal si repoussant, ou contre qui j'eusse conçu naturellement une si forte antipathie[71].
Selon Swift, tels sont nos frères. Il trouve en eux tous nos instincts. Ils se haïssent les uns les autres, et se déchirent de leurs griffes avec des contorsions et des hurlements hideux; voilà la source de nos querelles. S'ils rencontrent une vache morte, quoiqu'ils ne soient que cinq, et qu'il y en ait pour cinquante, ils s'étranglent ou s'ensanglantent; voilà l'image de notre avidité et de nos guerres. Ils déterrent des pierres brillantes qu'ils cachent dans leurs chenils, qu'ils couvent des yeux, dépérissant et hurlant, si on les leur ôte; voilà l'origine de notre amour de l'or. Ils dévorent tout indistinctement, herbes, baies, racines, chair pourrie, et de préférence celle qu'ils ont volée, s'en gorgeant jusqu'à vomir ou crever; voilà le portrait de notre gloutonnerie et de notre improbité. Ils ont une sorte de racine juteuse et malsaine dont ils s'abreuvent jusqu'à hurler et grincer des dents, s'embrassant ou s'égratignant, puis roulant pêle-mêle avec des hoquets, vautrés dans la boue; voilà le tableau de notre ivrognerie. Ils ont un chef par troupeau, le plus méchant et le plus difforme de tous, servi par un favori «dont l'emploi est de lécher ses pieds et son derrière, ou de mener les yahous femelles à son chenil, ayant de temps en temps pour récompense un morceau de chair d'âne, à la fin chassé quand le maître trouve une brute pire, si exécré qu'à ce moment son successeur et toute la bande viennent en corps décharger sur lui leurs excréments de la tête aux pieds[72];» voilà l'abrégé de notre gouvernement. Encore donne-t-il la préférence aux yahous sur les hommes, disant que notre misérable raison a empiré et multiplié ces vices, et concluant avec le roi de Brodingnag que notre espèce «est la plus pernicieuse race d'odieuse petite vermine que la nature ait jamais laissé ramper sur la surface de la terre[73].»
Cinq ans après ce traité de l'homme, il écrivait en faveur de la malheureuse Irlande un pamphlet qui est comme le suprême effort de son désespoir et de son génie[74]. Je le traduis presque tout entier; il le mérite. En aucune littérature je ne connais rien de pareil.
C'est un triste spectacle pour ceux qui se promènent dans cette grande ville, ou voyagent dans la campagne, que de voir les rues, les routes et les portes des cabanes couvertes de mendiantes, suivies de trois, quatre ou six enfants, tous en guenilles, et importunant chaque voyageur pour avoir l'aumône.... Tous les partis conviennent, je pense, que ce nombre prodigieux d'enfants est aujourd'hui dans le déplorable état de ce royaume un très-grand fardeau de plus; c'est pourquoi celui qui pourrait découvrir un moyen honorable, aisé, peu coûteux de transformer ces enfants en membres utiles de la communauté, rendrait un si grand service au public, qu'il mériterait une statue comme sauveur de la nation. Je vais donc humblement proposer mon idée, qui, je l'espère, ne saurait rencontrer la moindre objection[75].
Quand on connaît Swift, de pareils débuts font peur.
Il m'a été assuré par un Américain de ma connaissance à Londres, homme très-capable, qu'un jeune enfant bien portant, bien nourri, est à l'âge d'un an une nourriture tout à fait délicieuse, substantielle et saine, rôti ou bouilli, à l'étuvée ou au four, et je ne doute pas qu'il ne puisse servir également en fricassée ou en ragoût.
Je prie donc humblement le public de considérer que des cent vingt mille enfants on en pourrait réserver vingt mille pour la reproduction de l'espèce, desquels un quart serait des mâles, et que les cent mille autres pourraient, à l'âge d'un an, être offerts en vente aux personnes de qualité et de fortune dans tout le royaume, la mère étant toujours avertie de les faire téter abondamment le dernier mois, de façon à les rendre charnus et gras pour les bonnes tables. Un enfant ferait deux plats dans un repas d'amis; quand la famille dîne seule, le train de devant ou de derrière ferait un plat très-raisonnable; assaisonné avec un peu de poivre ou de sel, il serait très-bon, bouilli, le quatrième jour, particulièrement en hiver.
J'ai compté qu'en moyenne un enfant pesant douze livres à sa naissance peut en un an, s'il est passablement nourri, atteindre vingt-huit livres.
J'ai calculé que les frais de nourriture pour un enfant de mendiant (et dans cette liste je mets tous les _cottagers_, journaliers, et les quatre cinquièmes des fermiers) sont d'environ 2 shillings par an, guenilles comprises, et je crois que nul _gentleman_ ne se plaindra de donner 10 shillings pour le corps d'un bon enfant gras qui lui fournira au moins quatre plats d'excellente viande nutritive.
Ceux qui sont plus économes (et j'avoue que les temps le demandent) pourront écorcher l'enfant, et la peau convenablement préparée fera des gants admirables pour les dames et des bottes d'été pour les _gentlemen_ élégants.
Quant à notre cité de Dublin, on pourra y disposer des abattoirs dans les endroits les plus convenables; pour les bouchers, nous pouvons être certains qu'il n'en manquera pas; cependant je recommanderai plutôt d'acheter les enfants vivants, et d'en dresser la viande toute chaude au sortir du couteau, comme nous faisons pour les cochons à rôtir.
Je pense que les avantages de ce projet sont nombreux et visibles aussi bien que de la plus haute importance.--Premièrement, cela diminuera beaucoup le nombre de papistes, dont nous sommes tous les ans surchargés, puisqu'ils sont les principaux producteurs de la nation.--Secondement, comme l'entretien de cent mille enfants de deux ans et au-dessus ne peut être évalué à moins de 10 shillings par tête chaque année, la richesse de la nation s'accroîtrait par là de 50,000 guinées par an, outre le profit d'un nouveau plat introduit sur les tables de tous les _gentlemen_ de fortune qui ont quelque délicatesse dans le goût. Et l'argent circulerait entre nous, ce produit étant uniquement de notre crû et de nos manufactures.--Troisièmement, ce serait un grand encouragement au mariage, que toutes les nations sages ont encouragé par des récompenses ou garanti par des lois et pénalités. Cela augmenterait le soin et la tendresse des mères pour leurs enfants, quand elles seraient sûres d'un établissement à vie pour les pauvres petits, institué ainsi en quelque sorte par le public lui-même.--On pourrait énumérer beaucoup d'autres avantages, par exemple l'addition de quelques milliers de pièces pour notre exportation de boeuf en baril, l'expédition plus abondante de chair de porc, et des perfectionnements dans l'art de faire de bons jambons; mais j'omets tout cela et beaucoup d'autres choses par amour de la brièveté.
Quelques personnes d'esprit abattu s'inquiètent en outre de ce grand nombre de pauvres gens qui sont vieux, malades ou estropiés, et l'on m'a demandé d'employer mes réflexions pour trouver un moyen de débarrasser la nation d'un fardeau aussi pénible; mais là-dessus je n'ai pas le moindre souci, parce qu'on sait fort bien que tous les jours ils meurent et pourrissent de froid, de faim, de saleté et de vermine, aussi vite qu'on peut raisonnablement y compter. Et quant aux jeunes journaliers, leur état donne des espérances pareilles: ils ne peuvent trouver d'ouvrage, et par conséquent languissent par défaut de nourriture, tellement que si en quelques occasions on les loue par hasard comme manoeuvres, ils n'ont pas la force d'achever leur travail. De cette façon, le pays et eux-mêmes se trouvent heureusement délivrés de tous les maux à venir[76].
Et il finit par cette ironie de cannibale:
Je déclare dans la sincérité de mon coeur que je n'ai pas le moindre intérêt personnel à l'accomplissement de cette oeuvre salutaire, n'ayant d'autre motif que le bien public de mon pays. Je n'ai pas d'enfants dont, par cet expédient, je puisse espérer tirer un sou, mon plus jeune ayant neuf ans et ma femme ayant passé l'âge de devenir grosse[77].
On a parlé beaucoup des grands hommes malheureux, de Pascal par exemple. Je trouve que ses cris et ses angoisses sont doux auprès de cette tranquille dissertation.
Tel est ce grand et malheureux génie, le plus grand de l'âge classique, le plus malheureux de l'histoire, Anglais dans toutes ses parties, et que l'excès de ses qualités anglaises a inspiré et dévoré, ayant cette profondeur de désirs qui est le fond de la race, cette énormité d'orgueil que l'habitude de la liberté, du commandement et du succès a imprimée dans la nation, cette solidité d'esprit positif que la pratique des affaires a établie dans le pays; relégué hors du pouvoir et de l'action par ses passions déchaînées et sa superbe intraitable; exclu de la poésie et de la philosophie par la clairvoyance et l'étroitesse de son bon sens; privé des consolations qu'offre la vie contemplative et de l'occupation que fournit la vie pratique; trop supérieur pour embrasser de coeur une secte religieuse ou un parti politique, trop limité pour se reposer dans les hautes doctrines qui concilient toutes les croyances ou dans les larges sympathies qui enveloppent tous les partis; condamné par sa nature et ses alentours à combattre sans aimer une cause, à écrire sans s'éprendre de l'art, à penser sans atteindre un dogme, _condottiere_ contre les partis, misanthrope contre l'homme, sceptique contre la beauté et la vérité. Mais ces mêmes alentours et cette même nature, qui le chassaient hors du bonheur, de l'amour, du pouvoir et de la science, l'ont élevé, dans cet âge d'imitation française et de modération classique, à une hauteur extraordinaire, où, par l'originalité et la puissance de son invention, il se trouve l'égal de Byron, de Milton et de Shakspeare, et manifeste en haut relief le caractère et l'esprit de sa nation. La sensibilité, l'esprit positif et l'orgueil lui ont forgé un style unique, d'une véhémence terrible, d'un sang-froid accablant, d'une efficacité pratique, trempé de mépris, de vérité et de haine, poignard de vengeance et de guerre qui a fait crier et mourir ses ennemis sous sa pointe et sous son poison. Pamphlétaire contre l'opposition et le gouvernement, il a déchiré ou écrasé ses adversaires par son ironie ou ses sentences, avec un ton de juge, de souverain et de bourreau. Homme du monde et poëte, il a inventé la plaisanterie atroce, le rire funèbre, la gaieté convulsive des contrastes amers, et, tout en traînant comme une guenille obligée le harnais mythologique, il s'est fait une poésie personnelle par la peinture des détails crus de la vie triviale, par l'énergie du grotesque douloureux, par la révélation implacable des ordures que nous cachons. Philosophe contre toute philosophie, il a créé l'épopée réaliste, parodie grave, déduite comme une géométrie, absurde comme un rêve, croyable comme un procès-verbal, attrayante comme un conte, avilissante comme un torchon posé en guise de couronne sur la tête d'un dieu. Ce sont là ses misères et ses forces; on sort d'un tel spectacle le coeur serré, mais rempli d'admiration, et l'on se dit qu'un palais est beau, même lorsqu'il brûle; des artistes ajouteront: «Surtout lorsqu'il brûle.»
[Note 58: La vérité chrétienne.]
[Note 59: Persécutions et combats de l'Église primitive.]
[Note 60: They held the universe to be a large suit of clothes, which invests every thing: that the earth is invested by the air; the air is invested by the stars, and the stars are invested by the primum mobile.... What is that which some call land, but a fine coat laced with green? Or the sea but a waistcoat of water-tabby?... You will find how curious journeyman nature has been to trim up vegetable beans. Observe how sparkish a periwig adorns the head of the beech, and what a fine doublet of white satin is worn by the birch.... Is not religion a cloak, honesty a pair of shoes worn out in the dirt, self-love a surtout, vanity a shirt, and conscience a pair of breeches, which, though a cover for lewdness as well as nastiness, is easily slipt down for the service of both?... If certain ermines and furs be placed in a certain position, we style them a judge; and so an apt conjunction of lawn and black satin, we entitle a bishop.]
[Note 61: In this unhappy case they went immediately to consult their father's will, read it over and over, but not a word of a Shoulder-Knot.... After much thought, one of the brothers who happened to be more book-learned than the other two, said he had found an expedient. «It is true, said he, there is nothing in this will, _totidem verbis_, making mention of Shoulder-Knot; but I dare conjecture we may find them inclusive, or _totidem syllabis_.--This distinction was immediately approved by all; and so they fell again to examine; but their evil star had so directed the matter that the first syllable was not to be found in the whole writings. Upon which disappointment, he, who found the former evasion, took heart and said: Brothers, there is yet hopes, for though we cannot find them _totidem verbis_, nor _totidem syllabis_, I dare engage we shall make them out _tertio modo_, or _totidem litteris_. This discovery was also highly commended; upon which they fell once more to the scrutiny, and picked out SHOULDER; when the same planet, enemy to their repose, had wonderfully contrived that a K was not to be found. Here was a weighty difficulty; but the distinguishing brother, now his hand was in, proved by a very good argument that K was a modern illegitimate letter; unknown to the learned ages, nor any where to be found in ancient manuscripts.... Upon which all difficulty vanished; shoulder-knots were made clearly out to be _jure paterno_, and our three gentlemen swaggered with as large and flaunting ones as the best.]
[Note 62: Next winter a player hired for the purpose by the corporation of fringe-makers, acted his part in a new comedy all covered with silver fringe, and according to the laudable custom gave rise to that fashion. Upon which the brothers consulting their father's will, to their great astonishment found these words. «Item, I charge and command my said three sons to wear no sort of silver fringe upon or about their said coat.» However, after some pause the brother so often mentioned for his erudition, who was well skilled in criticisms, had found in a certain author, which he said would be nameless, that the same word which in the will is called _fringe_ does also signify a _broomstick_ and doubtless ought to have the same interpretation in this paragraph. This another of the brothers disliked, because of that epithet _silver_ which could not, he humbly conceived, in propriety of speech, be reasonably applied to a broom-stick; but it was replied upon him that this epithet was understood in a mythological and allegorical sense. However, he objected again why their father should forbid them to wear a broom-stick on their coats, a caution that seemed unnatural and impertinent; upon which, he was taken up short, as one that spoke irreverently of a mystery, which doubtless was very useful and significant, but ought not to be over-curiously pried into, or nicely reasoned upon.]
[Note 63: Allusions aux assemblées des puritains, à leur prononciation nasale, etc.
First, it is generally affirmed or confessed that learning puffeth men up; and secondly they proved it by the following syllogism: words are but wind; and learning is nothing but words; ergo learning is nothing but wind.--.... This, when blown up to its perfection, ought not to be covetously hoarded up, stifled, or hid under a bushel, but freely communicated to mankind. Upon these reasons and others of equal weight, the wise æolists affirm the gift of _belching_ to be the noblest act of a rational.... creature.... At certain seasons of the year you might behold the priests among them in vast number.... linked together in a circular chain, with every man a pair of bellows applied to his neighbour's breech, by which they blew each other to the shape and size of a tun; and for that reason with great propriety of speech did usually call their bodies their vessels.... and to render these yet more compleat, because the breath of man's life is in his nostrils, therefore the choicest, most edifying, and most enlivening belches were very wisely conveyed through that vehicle, to give them a tincture as they passed.]
[Note 64: Petit livre à l'usage des enfants, ainsi que _Whittington et son chat_, nommé plus loin.]
[Note 65: The types are so apposite and the applications so necessary and natural, that it is not easy to conceive how any reader of a modern age or taste, could overlook them.... For first: Pausanias is of an opinion that the perfection of writing correct was entirely owing to the institution of criticks; and that he can possibly mean no other than the true critick is, I think, manifest from the following description. He says they were a race of men, who delighted to nibble at the superfluities and excrescencies of books, which the learned at length observing took warning, of their own accord, to lop the luxuriant, the rotten, the dead, the sapless, and the overgrown branches from their works. But now all this he cunningly shades under the following allegory: that the Nauplians in Argos learned the art of pruning their vines, by observing that when an _ass_ had browsed upon one of them, it thrived the better and bore fairer fruits.]
[Note 66: Herodotus holding the same hieroglyph speaks much plainer and almost _in terminis_; he has been so bold as to tax the true criticks of ignorance and malice, telling us openly (for I think nothing can be plainer), that in the western part of Libya there were _asses_ with horns.]
[Note 67: Les descriptions qui suivent sont telles que je n'ose les traduire.]
[Note 68: Is any student tearing his straw in piece-meal, swearing and blaspheming, biting his grate, foaming at the mouth, and emptying his piss-pot in the spectator's faces? Let the right worshipfull commissioners of inspection give him a regiment of dragoons, and send him into Flanders among the rest.... You will find a third taking gravely the dimensions of his kennel; a person of foresight and insight, though kept quite in the dark.... He walks duly in one pace.... talks much of hard times and taxes and the whore of Babylon, bars up the wooden window of his cell constantly at eight o'clock, dreams of fire.... Now what a figure would all those acquirements make if the owner were sent into the city among his brethren!... Accost the hole of another kennel (first stopping your nose), you will behold a surly, gloomy, nasty, slovenly mortal, raking in his own dung, and dabbling in his urine; the best parts of his diet is the reversion of his own ordure, which, expiring into steams, whirls perpetually about, and at last reinfunds. His complexion is of a dirty yellow, with a thin scattered beard, exactly agreeable to that of his diet upon its first declination; like other insects who having their birth and education in a excrement, from thence borrow their colour and their smell.... Now is it not amazing the society of Warwick-lane should have no more concern for the recovery of so useful a member?... I shall not descend so minutely, as to insist upon the vast number of _beaux_, _fiddlers_, _poets_, and _politicians_, that the world might recover by such a reformation.... Even I myself, the author of these momentous truths, am a person whose imaginations are hard-mouthed, and exceedingly disposed to run away with his reason, which I have observed from long experience to be a very light rider, and easily shaken off; upon which account my friends will never trust me alone, without a solemn promise to vent my speculations in this or the like manner, for the universal benefit of mankind.]
[Note 69: When the king has a mind to put any of his nobles to death in a gentle, indulgent manner, he commands the floor to be strewed with a certain brown powder of a deadly composition, which being licked up, infallibly kills him in twenty-four hours. But in justice to this prince's great clemency and the care he has of his subjects' lives (wherein it were much to be wished that the monarchs of Europe would imitate him) it must be mentioned for his honour that strict orders are given to have the infected parts of the floor well washed after every such execution.... I myself heard him give directions that one of his pages should be whipped, whose turn it was to give notice about washing the floor after an execution, but who maliciously had omitted it; by which neglect, a young lord of great hopes coming to an audience, was unfortunately poisoned, although the prince at that time had no design against his life. But this good prince was so gracious as to forgive the poor page his whipping, upon promise that he would do so no more, without special orders.]
[Note 70: Je suis forcé de supprimer plusieurs traits.]
[Note 71: At last I beheld several animals in a field, and one or two of the same kind sitting in trees. Their shape was very singular and deformed.... Their heads and breasts were covered with a thick hair, some frizzled, and others lank. They had beards like goats, and a long ridge of hair behind their back, and the forepart of their legs and feet. But the rest of the body was bare so that I might see their skins, which were of a brown buff colour. They had no tails, nor any hair at all on their buttocks, except about the anus.... They climbed high trees as nimbly as a squirrel, for they had strong extended claws before and behind, terminated in sharp points and hooked.... The females had long lank hair on their head but none on their faces, nor any thing more than a sort of down on the rest of their bodies, except about the anus and pudenda. The dugs hung between their forefeet, and often reached almost to the ground as they walked.... Upon the whole I never beheld in all my travels so disagreeable an animal, or one against which I naturally conceived so great an antipathy.]