Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Part 28

Chapter 283,599 wordsPublic domain

Et cependant la vérité surnage. Non, cet homme n'est point un arrangeur d'effets ou un faiseur de phrases. Il a vécu parmi les spectacles qu'il décrit; il a éprouvé les émotions qu'il raconte. Il est allé dans la tente d'Ali-Pacha, il a goûté l'âpre saveur des aventures maritimes et des moeurs sauvages. Il a senti vingt fois le voisinage de la mort: en Morée, dans les angoisses de la solitude et de la fièvre; à Suli, dans un naufrage; à Malte, en Angleterre et en Italie, dans des menaces de duel, dans des projets d'insurrection, dans des commencements de coups de main, en mer, armé, ou à cheval, ayant vu à sa porte, et plus d'une fois, l'assassinat, les plaies, l'agonie. «Je vis ici, écrivait-il, exposé tous les jours à être assassiné[332], car je me suis fait un ennemi d'un homme puissant qui n'a pas de conscience. Cela ne me fait pas dormir plus mal, ni ne m'empêche d'aller à cheval dans les endroits solitaires, parce que la précaution est inutile. On pense à cela comme à une maladie qui peut ou non vous frapper[333].» Il disait vrai: nul devant le danger ne s'est tenu plus droit et plus ferme. Un jour, près du golfe de San-Fiorenzo[334], son _yacht_ fut jeté à la côte; la mer était horrible et les écueils en vue; les passagers baisaient leur rosaire ou s'évanouissaient d'horreur, et les deux capitaines, consultés, déclarèrent le naufrage infaillible. «Bien, dit lord Byron, nous sommes tous nés pour mourir. Je m'en irai avec regret, mais certainement sans crainte.» Et il ôta ses habits, engageant les autres à en faire autant, non qu'on pût se sauver parmi de telles vagues: «mais, disait-il, comme les enfants qui se laissent aller d'eux-mêmes au sommeil une fois qu'ils se sont fatigués à force de crier, nous mourrons plus tranquillement quand nous nous serons épuisés à nager[335].» Là-dessus il s'assit, croisant ses bras, fort calme; même il plaisanta le capitaine, qui mettait ses dollars dans les poches de son gilet. Cependant les longues lames pesantes déferlaient sur les rocs avec le craquement d'une forêt de chênes fracassés par un tourbillon,» le navire arrivait sur l'écueil; on ne vit point pendant tout ce temps Byron changer de visage.--Un homme ainsi éprouvé et trempé pouvait peindre les situations et les sentiments extrêmes. Après tout, on ne les peint jamais que comme lui, par expérience[336]. Les plus inventifs, Dante et Shakspeare, quoique tout autres, ne font pas autrement. Leur génie a beau monter haut, il a toujours les pieds plongés dans l'observation, et leurs plus folles comme leurs plus magnifiques peintures n'arrivent jamais qu'à offrir au monde l'image de leur siècle ou de leur propre coeur. Tout au plus ils _déduisent_, c'est-à-dire qu'ayant deviné, sur deux ou trois traits, le fond de l'homme qui est en eux et des hommes qui sont autour d'eux, ils en tirent, par un raisonnement subit dont ils n'ont point conscience, l'écheveau nuancé des actions et des sentiments. Ils ont beau être artistes, ils sont observateurs. Ils ont beau inventer, ils décrivent. Leur gloire ne consiste point dans l'étalage d'une fantasmagorie, mais dans la découverte d'une vérité. Ils entrent les premiers dans quelque province inexplorée de la nature humaine, qui devient leur domaine, et désormais, comme un apanage, soutient leur nom. Byron a trouvé la sienne, qui est celle des sentiments tendres et tristes; c'est une lande, et pleine de ruines, mais il est chez lui, et il est seul.

Quel séjour! Et c'est sur cette désolation qu'il s'appesantit. Il la médite. Regardez passer les frères de Childe Harold, les personnages qui la peuplent. Celui-ci est dans un cachot, enchaîné avec les deux frères qui lui restent. Trois autres et leur père ont péri en combattant ou ont été brûlés pour leur foi. Un à un, sous les yeux de l'aîné, les deux derniers languissent et défaillent: agonie silencieuse et lente dans l'obscurité humide où perce à travers une crevasse un rayon de lumière malade. Le premier meurt, et les survivants demandent qu'on l'enterre du moins à l'endroit où vient cette pauvre clarté. Les geôliers rient et lui font la fosse à la place où il est mort, «dans la terre plate et sans gazon,» laissant pendre au-dessus «sa chaîne vide.» Jour par jour alors, le plus jeune se flétrit «comme une fleur sur sa tige,» sans se plaindre, au contraire encourageant son frère qui se tait, désespéré et morne[337]. Les piliers sont trop loin, il ne peut approcher du jeune homme mourant; il prête l'oreille, et entend ses soupirs qui se ralentissent; il crie à l'aide, et nul ne vient. Il rompt sa chaîne d'un grand bond; tout est fini. Il prend cette main froide, et là, devant le corps demeuré inerte, ses sens se bouchent, sa pensée s'arrête, il est comme un homme qui se noie, qui, après avoir traversé l'angoisse, se laisse enfoncer aussi fixe qu'une pierre, et qui ne sent plus son être que par un roidissement universel d'horreur.--En voici un autre, lié nu et lancé à travers le steppe sur un cheval sauvage. Il se tord, et ses membres enflés, coupés par les cordes, saignent. Un jour entier il court, et derrière lui les loups hurlent. Toute la nuit il entend leur long galop monotone, et à la fin sa force s'abat: «la terre s'enfonçait, le ciel roulait;--il me sembla que je tombais à terre:--je me trompais, j'étais trop bien lié!--Mon coeur devint malade, mon cerveau douloureux;--il palpita un temps, puis ne battit plus.--Le ciel tournoyait comme une grande roue.--Je vis les arbres chanceler comme des hommes ivres.--Un éclair faible passa devant mes yeux,--qui ne virent plus. Celui qui meurt--ne peut pas mourir davantage.--Je sentais les ténèbres venir et s'en aller,--et je luttais pour m'éveiller; mais je ne pouvais m'accrocher et gravir jusqu'à la vie.--Je me sentais comme un naufragé à la mer sur une planche,--quand toutes les vagues qui fondent sur lui--le soulèvent en même temps et l'engloutissent[338].» Les nommerai-je tous? Hugo, Parisina, les Foscari, le Giaour, le Corsaire. Toujours son héros est l'homme aux prises avec la pire angoisse, en face du naufrage, de la torture, de la mort, de sa propre mort douloureuse et prolongée, de la mort amère de ses plus chers bien-aimés, avec le remords pour compagnon, parmi les lugubres perspectives de l'éternité menaçante, sans autre soutien que l'énergie native et l'orgueil endurci. Ils ont trop désiré, trop impétueusement, d'un élan insensé, comme un cheval sans bouche, et désormais leur destin intérieur les pousse dans le gouffre qu'ils voient et ne veulent plus éviter. Quelle nuit que celle d'Alp devant Corinthe! Il est renégat et vient avec des musulmans assiéger des chrétiens, d'anciens amis, Minotti, le père de la jeune fille qu'il aime. Demain il va donner l'assaut, et il pense à sa propre mort qu'il pressent, au carnage des siens qu'il prépare. Nul appui intérieur, sinon le ressentiment enraciné et la fixité de la volonté roidie. Les musulmans le méprisent, les chrétiens l'exècrent, et sa gloire ne fait que publier sa trahison. Oppressé et fiévreux, il sort à travers le camp endormi, et va errer sur le rivage. «Il est minuit; sur les montagnes brunes,--la froide lune ronde luit descendue;--la mer bleue roule, le ciel bleu--s'étend comme un océan suspendu dans les hauteurs,--parsemé d'îles de lumière.--Les vagues sur les deux rivages reposaient,--calmes, transparentes, aussi azurées que l'air.--À peine si leur écume ébranlait les cailloux du bord,--et leur murmure était aussi doux que celui d'un ruisseau.» «--Les vents étaient endormis sur les vagues,--les étendards laissaient retomber leurs plis le long de leurs hampes,--et ce profond silence n'était point interrompu,--sauf quand la sentinelle criait son signal,--sauf quand un cheval poussait son hennissement vibrant et aigu,--sauf quand le vaste bourdonnement de cette multitude sauvage--allait bruissant comme font les feuilles, d'une côté à l'autre côte[339].» Comme le coeur se sent malade en face de pareils spectacles! Quel contraste entre son agonie et la paix de l'immortelle nature! Comme les bras se tendent alors vers la beauté idéale, et comme ils retombent impuissants au contact de notre fange et de notre immortalité! Alp avance sur la grève, jusqu'au pied du bastion, sous le feu des sentinelles: il n'y songe guère. «Il regardait les chiens maigres sous le mur,--qui faisaient leur carnaval sur les morts,--se gorgeant et grondant sur les carcasses et les membres.--Ils étaient trop affairés pour aboyer contre lui.--Ils avaient arraché la chair du crâne d'un Tartare,--comme on pèle une figue quand le fruit est frais,--et les crocs blancs grinçaient sur le crâne encore plus blanc,--quand il glissait à travers leurs mâchoires émoussées.--Eux, paresseusement, allaient mâchonnant les os des morts,--et pouvant à peine se traîner hors de l'endroit où ils s'étaient emplis,--tant ils avaient bien rompu leur long jeûne,--sur ceux qui étaient tombés pour leur repas de la nuit.--Alp reconnut, aux turbans, qui avaient roulé sur le sable,--les premiers entre les plus braves de sa troupe;--rouges et verts étaient les châles qui ceignaient leurs têtes,--et chaque crâne avait une longue touffe de cheveux;--tout le reste était rasé et nu.--Leurs crânes étaient dans la gueule du chien sauvage,--et leur chevelure entortillée autour de sa mâchoire.--Tout auprès, sur le rivage, au bord du golfe,--un vautour s'était posé, battant des ailes, pour chasser un loup--qui était descendu furtivement des collines, mais se tenait à l'écart,--effarouché par les chiens, loin de la proie humaine.--Pourtant il attrappa sa part d'un cheval qui gisait,--rongé par les oiseaux sur les sables de la baie[340].» Voilà l'issue de l'homme; la chaude frénésie de la vie aboutit là; enseveli ou non, peu importe: vautours ou chacals, ses fossoyeurs se valent. La tempête de ses colères et de ses efforts n'a servi qu'à le leur jeter en pâture, et il n'arrive sous leurs becs ou sous leurs mâchoires qu'avec le sentiment de ses espérances frustrées et de ses désirs inassouvis. Quelqu'un de nous a-t-il pu oublier la mort de Lara après l'avoir lue? Quelqu'un a-t-il vu ailleurs, sauf dans Shakspeare, une plus lugubre peinture de la destinée de l'homme en vain cabré contre son frein? Quoique généreux comme Macbeth, il a tout osé, comme Macbeth, contre la loi et contre la conscience, même contre la pitié et le plus vulgaire honneur; les crimes commis l'ont acculé à d'autres crimes, et le sang versé l'a fait glisser dans une mare de sang. Corsaire, il a tué; coupe-jarret, il assassine, et les meurtres anciens qui peuplent ses rêves viennent avec leurs ailes de chauves-souris heurter aux portes de son cerveau. On ne les chasse point, ces noires visiteuses; la bouche a beau rester muette, le front pâli et l'étrange sourire témoignent de leur venue. Et pourtant c'est un noble spectacle que de voir l'homme debout, la contenance calme jusque sous leur attouchement. Le dernier jour est venu, et six pouces de fer ont eu raison de toute cette force et de toute cette furie. Il est couché sous un tilleul, et sa plaie ruisselle. À chaque convulsion, le flot jaillit plus noir, puis s'arrête; le sang ne tombe plus que goutte à goutte, et déjà son front est humide, son oeil terne. Les vainqueurs arrivent, il ne daigne pas leur répondre; le prêtre approche la croix bénite, il l'écarte avec mépris. Ce qui lui reste de vie est pour ce pauvre page, seul être qui l'ait aimé, qui l'a suivi jusqu'au bout, qui maintenant essaye d'étancher le sang de sa blessure. «Lara peut à peine parler, mais fait signe que c'est en vain;»--il lui prend la main, le remercie d'un sourire, et, lui parlant sa langue, une langue inconnue, lui montre du doigt le côté du ciel où en ce moment le soleil se lève, et la patrie perdue où il veut le renvoyer. Des assistants nul souci; sur lui-même aucun retour; son visage reste «immobile et sombre, sans repentir,» comme dans sa vie. «Cependant son souffle haletant soulève péniblement sa poitrine,--et le nuage s'épaissit sur ses yeux troubles,--ses membres s'étendent en tremblotant, et sa tête retombe[341].» Tout est fini, et de ce hautain esprit il ne reste plus qu'une pauvre argile. Après tout, pour de tels coeurs c'est là le sort désirable; ils ont mal pris la vie, et ne reposent bien que dans le tombeau.

Étrange poésie toute septentrionale, qui a sa racine dans l'_Edda_ et sa fleur dans Shakspeare, née jadis d'un ciel inclément, au bord d'une mer tempétueuse, oeuvre d'une race trop volontaire, trop forte et trop sombre, et qui, après avoir prodigué les images de la désolation et de l'héroïsme, finit par étendre comme un voile noir sur toute la nature vivante le rêve de l'universelle destruction. Ce rêve est ici comme dans l'_Edda_, presque aussi grandiose. «J'eus un songe qui n'était pas tout entier un songe.--Le clair soleil était éteint, et les étoiles--erraient dans les ténèbres de l'éternel espace,--sans rayons, ne voyant plus leur route, et la terre froide--se balançait aveugle et noircissante dans l'air sans lune.--Le matin venait, s'en allait et venait encore, mais n'apportait point de jour....--Les hommes mirent le feu aux forêts pour s'éclairer; mais heure par heure--elles tombaient et se consumaient; les troncs pétillants--s'éteignaient avec un craquement, puis tout était noir.--Ils vivaient près de ces feux nocturnes, et les trônes,--les palais des rois couronnés, les cabanes, les habitations de tous les êtres qui vivent sous un toit--flambèrent en guise de torches. Les cités furent incendiées,--et les hommes se tenaient assemblés autour de leurs maisons brûlantes--pour se regarder encore une fois la face les uns des autres. Leurs fronts sous cette lumière désespérée avaient un aspect infernal, lorsque par saccades--les éclairs arrivaient sur eux. Quelques-uns gisaient à terre,--et cachaient leurs yeux et pleuraient.--D'autres, souriant,--appuyaient leur menton sur les mains crispées.--D'autres couraient çà et là et nourrissaient--avec du bois leurs bûchers funéraires, et levaient les yeux--avec une anxiété folle vers le ciel morne,--linceul d'un monde mort; puis de nouveau,--avec des malédictions, ils se jetaient sur la poussière,--grinçaient des dents et hurlaient. Les oiseaux sauvages criaient,--et dans leur épouvante venaient tomber à terre--et battaient l'air de leurs ailes inutiles. Les brutes les plus farouches--arrivaient apprivoisées et craintives, et les vipères rampaient--et s'entrelaçaient parmi la multitude--avec des sifflements, mais sans morsure. On les tua pour s'en nourrir.--La Guerre, qui pour un moment s'était apaisée,--s'assouvit de nouveau: ils achetèrent un repas--avec du sang, et chacun, morne, s'assit à part,--se gorgeant dans l'ombre. Plus d'amour;--la terre n'avait plus qu'une pensée, celle de la mort,--de la mort présente et sans gloire, et la dent--de la famine mordait toutes les entrailles. Les hommes--mouraient, et leurs os étaient sans tombe comme leur chair.--Les maigres étaient dévorés par les maigres.--Même les chiens assaillirent leurs maîtres, tous sauf un;--et celui-ci fut fidèle au cadavre, écartant--les oiseaux, et les bêtes, et les hommes affamés, par ses hurlements,--jusqu'à ce que la faim leur eût serré la gorge, ou que les morts qui tombaient--eussent alléché leurs mâchoires maigres.--Lui-même n'alla point chercher de nourriture,--mais d'un piteux et perpétuel gémissement,--avec des cris pressés et désolés, léchant la main--qui ne lui répondait point par une caresse, il mourut.--La foule périt de faim par degrés; mais deux hommes--dans une énorme cité survécurent,--et ils étaient ennemis. Ils se rencontrèrent--auprès des brandons mourants d'un autel--où un amas de choses saintes avaient été empilées--pour un usage profane. Ils les ramassèrent,--et, grelottant, de leurs froides mains de squelettes--ils grattèrent--les faibles cendres, et leur faible souffle--tâcha d'y souffler une petite vie, et fit une flamme--qui était une dérision. Puis, comme elle devenait plus claire,--ils levèrent leurs yeux et regardèrent--chacun la face de l'autre; ils se virent, crièrent et moururent.--Ils moururent d'épouvante par l'horreur de leur propre aspect[342].»

[Note 329: Par exemple:

As weeping Beauty's cheek at Sorrow's tale.]

[Note 330: Voici des vers dignes de Pope, très-beaux et très-faux:

And havoc loathes so much the waste of time, She scarce had left an uncommitted crime. One hour beheld him since the tide he stemm'd, Disguised, discover'd, conquering, ta'en, condemn'd, A chief on land, an outlaw on the deep, Destroying, saving, prison'd, and asleep!]

[Note 331:

Who thundering comes on blackest steed, With slacken'd bit and hoof of speed? .... Approach, thou craven crouching slave: Say, is not this Thermopylæ?]

[Note 332: Moore's _Life of lord Byron_, III, 438; 1820.]

[Note 333: I am living here exposed to it (assassination) daily, for I have happened to make a powerful and unprincipled man my enemy, and I never sleep the worse for it, or ride in less solitary places, because precaution is useless and one thinks of it as of a disease which may or may not strike.]

[Note 334: Galt's _Life of lord Byron_, 113.]

[Note 335: «Well, we are all born to die--I shall go with regret, but certainly not with fear.--It is every man's duty to endeavour to preserve the life God has given him; so I advise you all to strip: swimming, indeed, can be of little use in these billows--but as children, when tired with crying, sink placidly to repose--we, when exhausted with struggling, shall die the easier....»]

[Note 336: «Qu'aurais-je connu et écrit si j'avais été un paisible politique mercantile ou un lord d'antichambre? Un homme doit voyager et se jeter dans le tourbillon, sinon ce n'est pas vivre.» Moore, III, 429.]

[Note 337:

They coldly laughed,--and laid him there: The flat and turfless earth above The being we so much did love; His empty chain above it leant.... .... He faded............ .......... with all the while a cheek whose bloom Was as mockery of the tomb, Whose tints as gently sunk away As a departing rainbow's ray.....]

[Note 338:

.... The Earth gave way, the skies roll'd round, I seem'd to sink upon the ground; But err'd, for I was fastly bound, My heart turn'd sick, my brain grew sore, And throbb'd awhile, then beat no more: The skies span like a mighty wheel; I saw the trees like drunkards reel, And a slight flash sprang o'er my eyes, Which saw no farther: he who dies Can die no more than then I died. .... I felt the blackness come and go And strove to wake; but could not make My senses climb up from below: I felt as on a plank at sea, When all the waves that dash o'er thee, At the same time upheave and whelm, And hurl thee towards a desert realm.]

[Note 339:

'Tis midnight: on the mountains brown The cold, round moon shines deeply down; Blue roll the waters, blue the sky Spreads like an Ocean hung on high, Bespangled with those isles of light... ...................... The waves on either shore lay there Calm, clear, and azure as the air; And scarce their foam the pebbles shook, But murmur'd meekly as the brook. The winds were pillow'd on the waves; The banners droop'd along their staves, And that deep silence was unbroke, Save where the watch his signal spoke, Save where the steed neigh'd oft and shrill, And the wide hum of that wild host Rustled like leaves from coast to coast....]

[Note 340:

.... And he saw the lean dogs beneath the wall Hold o'er the dead their carnival, Gorging and growling o'er carcass and limb; They were too busy to bark at him. From a Tartar's skull they had stripp'd the flesh, As ye peel the fig when its fruit is fresh; And their white tusks crunch'd o'er the whiter skull, As it slipp'd through their jaws when their edge grew dull, As they lazily mumbled the bones of the dead, When they scarce could rise from the spot where they fed; So well had they broken a lingering fast With those who had fallen for that night's repast. And Alp knew, by the turbans that roll'd on the sand, The foremost of these were the best of his band: Crimson and green were the shawls of their wear, And each scalp had a single long tuft of hair, All the rest was shaven and bare. The scalps were in the wild dog's maw, The hair was tangled round his jaw. But close by the shore, on the edge of the gulf, There sat a vulture flapping a wolf, Who had stolen from the hills, but kept away, Scared by the dogs, from the human prey; But he seized on his share of a steed that lay, Pick'd by the birds, on the sands of the bay.]

[Note 341:

He scarce can speak, but motions him 't is vain, He clasps the hand that pang which would assuage. And sadly smiles his thanks to that dark page. .... His dying tones are in that other tongue, To which some strange remembrance wildly clung.... .... And once, as Kaled's answering accents ceased, Rose Lara's hand, and pointed to the East: Whether (as then the breaking sun from high Roll'd back the clouds), the morrow caught his eye, Or that it was chance, or some remember'd scene, That raised his arm to point where such had been, Scarce Kaled seem'd to know, but turn'd away, As if his heart abhorr'd that coming day, And shrunk his glance before that morning light, To look on Lara's brow,--where all grew night. .... But from his visage little could we guess, So unrepentant, dark, and passionless.... .... But gasping heaved the breath that Lara drew, And dull the film along his dim eye grew; His limbs stretch'd fluttering, and his head droop'd o'er.]

[Note 342: