Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Part 27

Chapter 273,854 wordsPublic domain

I have always had «_une âme_» which not only tormented itself, but every body else in contact with it, and an «_esprit violent_,» which has almost left me without any «_esprit_» at all.]

II

Il a donc été poëte, mais à sa façon, façon étrange, semblable à celle dont il a vécu. Il y avait en lui des tempêtes intérieures, des avalanches d'idées qui ne trouvaient d'issue que par l'écriture. «Me fuir moi-même, ç'a été là toujours mon vrai, mon unique, mon seul motif pour barbouiller du papier et pour publier.--Publier est la continuation du même effet par le mouvement que cela donne à l'esprit, qui, sans cela retomberait sur soi-même[314].»--Il a écrit «par trop-plein, dit-il encore, par passion, par entraînement, par beaucoup de causes, mais jamais par calcul,» et presque toujours avec une rapidité étonnante: _le Corsaire_ en dix jours, _la Fiancée d'Abydos_ en quatre jours.--Pendant l'impression, il ajoutait, corrigeait, mais sans refondre. «Je vous ai déjà dit que je ne puis jamais refondre. Je suis comme le tigre: si je manque mon premier bond, je rentre en grondant dans ma jungle; si je le fais juste, il est écrasant[315].» Sans doute il bondit, mais il a sa chaîne: jamais, dans le plus libre élan de ses pensées, il ne se détache de soi. C'est de lui-même qu'il rêve et c'est lui-même qu'il voit partout. C'est un torrent qui bouillonne, mais que des rocs endiguent. Il n'y a point d'aussi grand poëte qui ait eu l'imagination aussi étroite; il ne peut pas se métamorphoser en autrui. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses voyages, à peine transformés et arrangés, qu'il met dans ses vers. Il n'invente pas, il observe; il ne crée pas, il transcrit. Sa copie est poussée au noir, mais c'est une copie. «Je ne puis écrire sur quoi que ce soit, dit-il, sans quelque expérience personnelle et sans un fondement vrai[316].» Vous trouverez dans ses lettres et dans son livre de notes, presque trait pour trait, ses descriptions les plus frappantes. La prise d'Ismaïl, le naufrage de don Juan, suivent pas à pas deux récits en prose. S'il n'y a que des badauds capables de lui attribuer les crimes de ses héros, il n'y a que des aveugles capables de ne point voir en lui les sentiments de ses personnages; cela est si vrai, qu'en somme il n'en a fait qu'un seul. Childe Harold, Lara, le Giaour, le Corsaire, Manfred, Sardanapale, Caïn, son Tasse, son Dante et le reste sont toujours un même homme, représenté sous divers costumes, dans plusieurs paysages, avec des expressions différentes, mais comme en font les peintres, lorsque par des changements de vêtements, de décors et d'attitudes, ils tirent du même modèle cinquante portraits. Il était trop replié sur soi pour s'éprendre d'autre chose: le roidissement habituel de la volonté empêche l'esprit d'être flexible; sa force, toujours concentrée pour l'effort et tendue vers la lutte, l'enfermait dans la contemplation de lui-même, et le réduisait à ne jamais faire que l'épopée de son propre coeur.

Dans quel style allait-il écrire? Avec ces sentiments concentrés et tragiques, il avait l'esprit classique. Par le plus singulier mélange, les livres qu'il préférait étaient ou les plus violents ou les plus réguliers, la Bible d'abord: «J'en suis grand lecteur et grand admirateur, je l'avais lue et relue avant d'avoir huit ans; je veux dire l'Ancien-Testament, car le Nouveau, pour moi, était une tâche, mais l'Ancien un plaisir[317].» Remarquez ce mot; il ne goûte point le mysticisme tendre et abandonné de l'Évangile, mais la roideur atroce et les cris lyriques des vieux Hébreux. À côté de la Bible, ce qu'il aime, c'est Pope, le plus correct, le plus compassé des hommes: «Je l'ai toujours regardé comme le plus grand nom de notre poésie. Comptez là-dessus, les autres sont des barbares.... Vous pouvez appeler Shakspeare et Milton des pyramides, je préfère le temple de Thésée ou le Parthénon à des montagnes de briques brûlées[318].» Et aussitôt il écrit deux lettres avec une verve et un esprit incomparables pour défendre Pope contre les mépris des écrivains modernes. Ce sont ces écrivains, à son avis, qui ont gâté le goût public. Les seuls d'entre eux qui valent quelque chose, Crabbe, Campbell, Roger, imitent le style de Pope; quelques autres ont du talent, mais, à tout prendre, les nouveaux venus ont perverti la littérature; ils ne savent plus leur langue; leurs expressions ne sont que des à-peu-près, au-dessous ou au-dessus du ton, forcées ou plates. Lui-même il se range parmi les corrupteurs[319], et l'on voit bien vite que cette théorie n'est pas une improvisation échappée à la mauvaise humeur et à la polémique: il y revient. Dans ses deux premiers essais, _Hours of idleness_, _English Bards and Scottish Reviewers_, il a essayé de la suivre. Plus tard et presque dans toutes ses oeuvres, on en trouvera l'effet. Il recommande et pratique la règle des unités dans les tragédies. Il aime la forme oratoire, la phrase symétrique, le style condensé. Il plaide volontiers ses passions. Sheridan l'engageait à se tourner vers l'éloquence, et la vigueur, la logique perçante, la verve extraordinaire, l'argumentation serrée de sa prose, prouvent que parmi les pamphlétaires[320] il eût été au premier rang. S'il y monte parmi les poëtes, c'est en partie grâce à son système classique. Cette forme oratoire, où Pope resserre sa pensée à la façon de La Bruyère, multiplie la force et l'élan des idées véhémentes; comme un canal étroit et droit, elle les rassemble et les précipite sur leur pente; il n'y a rien alors que leur assaut n'emporte, et c'est ainsi que lord Byron, du premier coup, à travers les critiques inquiètes, par-dessus les réputations jalouses, a percé jusqu'au public[321].

Ainsi perça _Childe Harold_. Du premier coup, chacun fut troublé. C'était plus qu'un auteur qui parlait, c'était un homme. En dépit de ses désaveux, on sentait bien que l'auteur ne faisait qu'un avec le personnage; il se calomniait, mais il s'imitait. On le reconnaissait dans ce jeune noble voluptueux et dégoûté, prêt à pleurer au milieu de ses orgies, qui «seul errait perdu en de mornes rêveries, et, gorgé de plaisirs, aspirait presque à la douleur[322],» qui, fuyant sa terre natale, portait parmi les splendeurs et les gaîtés du Midi la persécutrice infatigable, «la pensée, comme un démon,» acharné après lui. On reconnaissait les paysages: ils avaient été copiés sur place. Et qu'est-ce qu'était tout ce livre, sinon son journal de voyage? Il y disait ce qu'il avait vu et ce qu'il avait senti. Quelle fiction poétique vaut la sensation vraie? Qu'y a-t-il de plus pénétrant que la confidence volontaire ou involontaire? Véritablement chaque mot ici notait une émotion des yeux ou du coeur. «Cet azur tendre de la mer unie; ces mousses des montagnes brunies par un ciel ardent[323],» ces îles «dans leurs robes de brume, rayées de bandes brunes et pourprées,» toutes ces beautés imposantes ou sereines, il en avait joui et parfois souffert, et c'est pour cela que nous les voyons à travers ses vers. Quelque objet qu'il touchât, il le faisait palpiter et vivre; c'est qu'en le regardant il avait palpité et vécu. Lui-même, un peu plus tard, laissant le masque d'Harold, reprenait son récit en son propre nom, et qui n'eût été touché d'aveux si passionnés et si entiers?

Oui, il faut que je pense moins violemment; j'ai pensé--trop longtemps et lugubrement, jusqu'à ce que mon cerveau,--bouillonnant et épuisé par son propre tourbillon,--soit devenu un gouffre tournant de rêves et de flamme.--Voilà comment, n'ayant point appris tout jeune à dompter mon coeur,--les sources de ma vie ont été empoisonnées. Il est trop tard!--Pourtant je suis changé, quoique toujours le même en force--pour endurer ce que le temps ne peut amoindrir,--et pour me nourrir de fruits amers, sans accuser la destinée....

Harold s'était bientôt reconnu le plus impropre des hommes--à vivre dans le troupeau des hommes. Il était--trop différent, incapable de plier ses pensées--à celles des autres, quoique son âme eût été foulée--dans sa jeunesse par ses propres pensées; toujours retranché dans son indépendance,--refusant de livrer le gouvernement de son esprit--à des âmes contre lesquelles la sienne se révoltait,--fier jusque dans un désespoir qui savait trouver--une vie en lui-même, et respirer en dehors de l'humanité!....

Comme le Chaldéen, il tenait ses yeux fixés sur les étoiles,--jusqu'à ce qu'il les eût peuplées d'êtres aussi brillants--que leurs propres rayons, et que la terre, et ses discordes fangeuses,--et les fragilités humaines fussent oubliées toutes.--S'il avait pu maintenir son âme dans cet essor,--il eût été heureux; mais notre argile étouffe--son étincelle divine, enviant à l'homme la lumière--vers laquelle il monte, comme pour briser sa chaîne--enchaîné loin du ciel qui là-haut nous ouvre ses plages.

Cependant, dans les demeures de l'homme, il était devenu une créature--anxieuse et harassée, sombre et déplaisante,--languissant comme un faucon sauvage dont l'aile est coupée,--pour qui l'air sans bornes serait la seule patrie.--Alors son accès lui revenait, et pour le dompter,--aussi ardemment que l'oiseau emprisonné heurte--sa poitrine et son bec contre le treillage de fer--jusqu'à ce que le sang teigne son plumage;--ainsi la chaleur de son âme captive allait dévorant le sang de son coeur[324].

Voilà les sentiments avec lesquels il parcourait la nature et l'histoire, non pour les comprendre en s'oubliant devant elles, mais pour y chercher ou y imprimer l'image de ses propres passions. Il ne laisse pas parler les objets, il les force à lui répondre. Au milieu de leur paix, il n'est occupé que de son trouble. Il les monte au ton de son âme, et les force à répéter ses propres cris. Tout est tendu ici, comme en lui-même; la vaste strophe roule emportant dans son lit comblé le flot des idées véhémentes; la déclamation s'étale, pompeuse et parfois artificielle (c'est sa première oeuvre), mais puissante, et si souvent sublime que les vieilleries de la rhétorique qu'il garde encore disparaissent sous l'afflux des magnificences dont il la charge. Wordsworth, Walter Scott, à côté de cette prodigalité de splendeurs accumulées, semblaient pauvres et ternes; on n'avait point vu depuis Eschyle une pompe aussi tragique, et on suivait avec une sorte de saisissement le cortége des figures gigantesques qu'il amenait en files lugubres du fond du passé jusque sous nos yeux.

J'étais à Venise, sur le pont des Soupirs,--un palais et une prison de chaque côté.--Je voyais, du sein de la vague, ses monuments se lever--comme à l'attouchement d'une baguette magique.--Dix siècles étendent leurs ailes brumeuses--autour de moi, et une auréole mourante rayonne--jusque sur ces temps lointains où mainte contrée sujette--tenait ses yeux fixés sur les bâtisses de marbre du lion ailé,--quand Venise, assise dans sa pompe, posait son trône sur ses cent îles.

Elle semble une Cybèle des mers sortie de l'Océan,--s'élevant avec sa tiare de tours orgueilleuses,--dans le vague lointain, d'un mouvement majestueux,--souveraine des eaux et de leurs puissances.--Elle l'était jadis; ses filles avaient leur douaire--dans les dépouilles des nations, et l'inépuisable Orient--versait dans son giron les pierreries en pluies éblouissantes.--Elle trônait dans sa pourpre, et à ses fêtes--les monarques invités croyaient leur dignité accrue[325]....

La Bataille géante[326] est debout sur la montagne;--le soleil brunit l'éclat de ses tresses sanglantes;--dans ses mains de feu, les boulets flamboient,--et ses yeux brûlent tout ce que leur éclair a touché.--Çà et là, sans repos, elle roule, un instant fixe, puis au loin,--lançant sa flamme. Devant ses pieds de fer,--le Meurtre s'est blotti pour compter les oeuvres de mort.--Car ce matin trois puissantes nations se rencontrent--pour verser devant son autel le sang qu'elle trouve le plus doux.

Par le ciel! c'est une splendide vue--pour celui qui n'a point là d'ami ni de frère--de voir leurs écharpes rivales, aux broderies bigarrées,--de voir leurs armes variées qui étincellent dans l'air!--Les vaillants dogues de la guerre se lancent hors de leur repaire,--et grincent de leurs crocs, et hurlent haut après la proie.--Tous se joignent à la chasse, mais peu auront part au triomphe;--le tombeau prendra pour soi le plus précieux du butin,--et le Massacre assouvi peut à peine, à force de joie, compter leurs files[327]....

Quel fruit retirerons-nous de notre maigre et pauvre être?--Nos sens étroits,--notre raison fragile,--la vie courte,--la vérité, une perle qui aime l'abîme,--toutes les choses pesées dans la fausse balance de la coutume;--l'opinion, souveraine toute-puissante, qui jette--sur la terre le manteau de ses obscurités, jusqu'à ce que le juste--et l'injuste semblent des accidents, et que les hommes pâlissent--de la crainte que leurs propres jugements n'éclatent au jour,--et que leurs libres pensées ne soient des crimes, et que la terre n'ait trop de lumière.

Voilà comme ils fouissent leur sillon dans leur misère inerte,--pourrissant de père en fils et d'âge en âge,--fiers de leur nature foulée. Voilà comme ils meurent,--léguant leur rage héréditaire--à une race nouvelle d'esclaves-nés, qui recommenceront la guerre--pour garder leurs chaînes, et, plutôt que d'être libres,--saigneront en gladiateurs, et toujours iront s'assaillant--dans cette même arène où ils voient--leurs compagnons tombés avant eux, comme les feuilles du même arbre[328].

Jamais style a-t-il mieux exprimé l'âme? On la voit ici qui travaille et s'épanche. Longuement et orageusement les idées y ont bouillonné comme les pièces de métal entassées dans la fournaise. Elles y ont fondu sous l'effort de la chaleur intense; elles y ont mêlé leurs laves avec des frémissements et des explosions, et voilà qu'enfin la porte s'ouvre: un lourd ruisseau de feu descend dans le canal ménagé d'avance, embrasant l'air qui frissonne, et ses teintes flamboyantes brûlent les yeux qui s'obstinent à le regarder.

[Note 314: I have written from the fulness of my mind, from passion, from impulse, from many motives, but not «for their sweet voices.»

To withdraw myself from myself has ever been my sole, my entire, my sincere motive in scribbling at all--and publishing also the continuance of the same object, by the action it affords to the mind, which else recoils upon itself.]

[Note 315: I told you before that I can never recast any thing. I am like the tiger. If I miss the first spring, I go grumbling to my jungle again. But if I do it, it is crushing.]

[Note 316: I could not write upon any thing without some personal experience and foundation.]

[Note 317: I am a great reader and admirer of those books (the Bible) and had read them through and through before I was eight years old.--That is to say the Old Testament, for the New struck me as a task, but the other as a pleasure.]

[Note 318: As to Pope, I have always regarded him as the greatest man in our poetry. Depend upon it. The rest are barbarians. He is a Greek temple, with a gothic cathedral on one hand and a turkish mosque, and all sorts of fantastic pagodas and conventicles about him. You may call Shakspeare and Milton pyramids, but I prefer the temple of Theseus or the Parthenon to a mountain of burnt brick-work.... The grand distinction of the under forms of the new school of poets is their vulgarity. By this I do not mean they are coarse, but shabby genteel.]

[Note 319: All the styles of the day are bombastic. I don't except my own, no one has done more through negligence to corrupt the language.]

[Note 320: Voyez le pamphlet qu'il fit contre les lakistes.]

[Note 321: On vendit du _Corsaire_ 13000 exemplaires en un jour.]

[Note 322:

And now Childe Harold was sore sick at heart, And from his fellow bacchanals would flee; 'Tis said, at times the sullen tear would start, But pride congeal'd the drop within his ee: Apart he stalk'd in joyless reverie, And from his native land resolved to go, And visit scorching climes beyond the sea; With pleasure drugg'd he almost long'd for woe.]

[Note 323:

The tender azure of the unruffled deep, The mountain moss by scorching skies imbrown'd.... The orange tints that gild the greenest bough....]

[Note 324:

Yet must I think less wildly:--I _have_ thought Too long and darkly, till my brain became In its own eddy boiling and o'erwrought, A whirling gulf of phantasy and flame: And thus, untaught in youth my heart to tame, My springs of life were poison'd. 'Tis too late! Yet I am changed; though still enough the same In strength to bear what time cannot abate, And feed on bitter fruits without accusing fate.

.... But soon he knew himself the most unfit Of men to herd with man, with whom he held Little in common; untaught to submit His thoughts to others, though his soul was quell'd In youth by his own thoughts; still uncompell'd, He would not yield dominion of his mind To spirits against whom his own rebell'd; Proud though in desolation, which could find, A life within itself, to breathe without mankind.

.... Like the Chaldean, he could watch the stars, Till he had peopled them with beings bright As their own beams; and hearth, and earthborn jars And human frailties, were forgotten quite: Could he have kept his spirits to that flight, He had been happy; but this clay will sink Its spark immortal, envying it the light To which it mounts, as if to break the link That keeps us from yon heaven which woos us to its brink.

But in man's dwellings he became a thing Restless and worn, and stern and wearisome, Droop'd as a wild-born falcon with clipt wing, To whom the boundless air alone were home: Then came his fit again, which to o'ercome, As eagerly the barr'd-up bird will beat His breast and beak against his wiry dome Till the blood tinge his plumage, so the heat Of his impeded soul would through his bosom eat.]

[Note 325:

I stood in Venice, on the Bridge of Sighs; A palace and a prison on each hand: I saw from out the wave her structures rise As from the stroke of the enchanter's wand: A thousand years their cloudy wing expand Around me, and a dying glory smiles O'er the far time, when many a subject land Look'd to the winged lion's marble piles, When Venice sat in state, throned on her hundred isles.

She looks a sea-Cybele fresh from Ocean, Rising with her tiara of proud towers At airy distance, with majestic motion, A ruler of the waters and their powers: And such she was;--her daughters had their dowers From spoils of nations, and the exhaustless East Pour'd in her lap all gems in sparkling showers: In purple was she robed, and of her feast Monarchs partook, and deem'd their dignity increased....]

[Note 326: Talavera.]

[Note 327:

Lo! where the giant on the mountain stands, His blood-red tresses deepening in the sun, With deathshot glowing in his fiery hands, And eye that scorcheth all it glares upon; Restless it rolls, now fix'd, and now anon Flashing afar,--and at his iron feet Destruction cowers, to mark what deeds are done; For on this morn three potent nations meet, To shed before his shrine the blood he deems most sweet.

By Heaven! It is a splendid sight to see (For one who hath no friend, no brother there) Their rival scarfs of mix'd embroidery, Their various arms that glitter in the air! What gallant war-hounds rouse them from their lair, And gnash their fangs, loud yelling for the prey! All join the chase, but few the triumph share: The grave shall bear the chiefest prize away, And Havoc scarce for joy can number their array....]

[Note 328:

.... What from this barren being do we reap? Our senses narrow, and our reason frail, Life short, and truth a gem which loves the deep, And all things weigh'd in custom's falsest scale; Opinion an omnipotence,--whose veil Mantles the earth with darkness, until right And wrong are accidents, and men grow pale Lest their own judgments should become too bright, And their free thoughts be crimes, and earth have too much light.

And thus they plod in sluggish misery, Rotting from sire to son, and age to age, Proud of their trampled nature, and so die, Bequeathing their hereditary rage To the new race of inborn slaves, who wage War for their chains, and, rather than be free, Bleed gladiator-like, and still engage Within the same arena where they see Their fellows fall before, like leaves of the same tree.]

III

Ce n'était pas assez pour lui de la description et du monologue; il avait besoin, pour exprimer son personnage idéal, d'événements et d'actions. Il n'y a que les événements qui mettent à l'épreuve la force et le ressort de l'âme; il n'y a que les actions qui manifestent et mesurent cette force et ce ressort. Parmi les événements, il a cherché les plus puissants, parmi les actions, les plus fortes, et l'on a vu paraître coup sur coup _la Fiancée d'Abydos_, _le Giaour_, _le Corsaire_, _Lara_, _Parisina_, _le Siége de Corinthe_, _Mazeppa_ et _le Prisonnier de Chillon_.

Je le sais, ces éclatants poëmes se sont ternis en quarante ans. Dans ce collier de pierreries orientales, on a découvert les verroteries, et Byron, qui ne les aimait qu'à demi, avait mieux jugé que ses juges. Encore avait-il mal jugé; les morceaux qu'il préférait sont les plus faux. Son _Corsaire_ est taché d'élégances classiques; la chanson des pirates qu'il met au commencement n'est pas plus vraie qu'un choeur de l'Opéra italien; ses chenapans y font des antithèses philosophiques aussi équilibrées que celles de Pope. Cent fois l'Ambition, la Gloire, l'Envie, le Désespoir et le reste des personnages abstraits, tels qu'on les mettait sur les pendules au temps de l'Empire, font invasion au milieu des passions vivantes[329]. Les plus nobles passages sont défigurés par des apostrophes de collége, et la prétendue diction poétique vient y étaler sa friperie usée et ses ornements convenus[330]. Bien pis, il vise à l'effet et suit la mode. Les ficelles mélodramatiques viennent tirer à propos son personnage pour obtenir la grimace qui fera frémir le public: «Écoutez!--Qui vient là sur un noir coursier?--Approche, bas esclave rampant, et réponds: ne sont-ce point là les Thermopyles[331]?» Tristes procédés, emphatiques et vulgaires, imités de Lucain et de nos Lucains modernes, mais qui font effet pendant la chaleur de la première lecture et sur la populace des auditeurs. Il y a un moyen sûr d'attirer la foule autour de soi, c'est de crier fort; avec des naufrages, des siéges, des meurtres et des combats, on l'intéressera toujours; montrez-lui des forbans, des aventuriers désespérés: ces figures contractées ou furieuses la tireront de sa vie régulière et monotone; elle ira les voir comme elle va aux théâtres du boulevard et par le même instinct qui lui fait lire les romans à quatre sous. Joignez-y, en façon de contraste, des femmes angéliques, tendres et soumises, surtout belles comme des anges. Byron n'y manque pas, et ajoute à toutes ces séductions la fantasmagorie de la scène, le décor oriental ou pittoresque; les vieux châteaux des Alpes, les vagues de la Méditerranée, les soleils couchants de la Grèce, le tout en haut relief, avec des ombres marquées et des couleurs voyantes. Nous sommes tous peuple à l'endroit des émotions, et la grande dame, comme la femme de chambre, donne d'abord ses larmes sans chicaner l'auteur sur les moyens.