Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Part 25

Chapter 253,134 wordsPublic domain

Pour les âmes ainsi faites, la grande consolation, c'est la nature. Elles sont trop finement sensibles pour trouver une distraction dans le spectacle et la peinture de passions humaines[288]. «Shelley s'en écartait instinctivement;» cette vue «rouvrait ses propres blessures.» Il se trouvait mieux dans les bois, au bord de la mer, en face des grands paysages. Les rochers, les nuages et les prairies, qui semblent inertes et insensibles aux yeux ordinaires, sont, pour les grandes sympathies, des êtres vivants et divins qui reposent de l'homme. Il n'y a point de sourire virginal aussi charmant que celui de l'aube, ni de joie plus triomphante que celle de la mer lorsque ses flots fourmillent et frissonnent à perte de vue sous la prodigue splendeur du ciel. À cet aspect, le coeur remonte involontairement vers les sentiments de l'antique légende, et le poëte aperçoit dans la floraison inépuisable des choses l'âme pacifique de la grande mère par qui tout végète et se soutient. Shelley passait la plus grande partie de sa vie en plein air, surtout en bateau, d'abord sur la Tamise, puis sur le lac de Genève, puis sur l'Arno et dans les mers d'Italie. «J'aime tous les endroits déserts, disait-il, et solitaires, ceux où nous goûtons le plaisir de croire infini ce que nous voyons, infini comme nous souhaitons que soit notre âme. Et tel était ce large océan et cette côte plus stérile que ses vagues.» Profond sentiment germanique qui, allié à des émotions païennes, a produit sa poésie, poésie panthéiste et pourtant pensive, presque grecque et pourtant anglaise, où la fantaisie joue comme une enfant folle et songeuse avec le magnifique écheveau des formes et des couleurs. Un nuage, une plante, un lever de soleil, ce sont là ses personnages; c'étaient ceux des poëtes primitifs, lorsqu'ils prenaient l'éclair pour un oiseau de flamme et les nuages pour les troupeaux du ciel. Mais quelle ardeur secrète par delà ces splendides images, et comme on sent la chaleur de la fournaise par delà les fantômes colorés qu'elle fait flotter sur l'horizon[289]! Quelqu'un, depuis Shakspeare et Spenser, a-t-il trouvé des extases aussi tendres et aussi grandioses? Quelqu'un a-t-il peint aussi magnifiquement le nuage qui veille la nuit dans le ciel, enveloppant dans son filet l'essaim d'abeilles dorées, qui sont les étoiles, et «le matin rouge avec ses yeux de météore et ses flamboyantes ailes étendues qui saute, comme un aigle, sur la croupe de la nue voguante[290]?» Lisez encore ces vers sur le jardin où rêve la sensitive. Hélas! ce sont les rêves du poëte et les bienheureuses visions qui ont flotté dans son coeur vierge jusqu'au moment où il s'est ouvert et flétri. Je m'arrêterai à temps, je n'irai pas, comme lui, au delà des souvenirs de son printemps.

La perce-neige, puis la violette,--sortaient du sol, humides de pluie tiède,--et leur haleine se mêlait aux fraîches senteurs--du gazon, comme la voix à l'instrument.

Puis les gentianes bigarrées et les hautes tulipes,--et les narcisses, les plus belles d'entre toutes les fleurs,--qui contemplent leurs yeux dans les enfoncements du fleuve,--jusqu'à ce qu'ils meurent de leur propre beauté trop aimée.

Puis la naïade de la vallée, le muguet:--la jeunesse le fait si beau, et la passion si pâle,--que l'éclat de ses clochettes tremblantes se laisse entrevoir--à travers leurs pavillons de verdure tendre.

Puis l'hyacinthe empourprée, blanche ou bleue,--qui de ses clochettes frêles jetait un carillon--de notes si délicates, si douces et si intenses,--qu'on le sentait au-dedans des sens comme un parfum.

Et la rose, comme une nymphe qui s'apprête pour le bain,--découvrant la profondeur de son sein éblouissant,--jusqu'à ce que, voile après voile, devant l'air palpitant,--l'âme de sa beauté et de son amour se fût montré nue.

Puis le grand lis dressé qui levait en l'air,--comme une Ménade, sa coupe éclairée par la lune,--jusqu'à ce que l'étoile ardente, qui est son oeil,--regardât l'azur tendre du ciel à travers la rosée transparente.

Sur le courant dont la poitrine mouvante,--scintillait entre des berceaux de branches fleuries,--des clartés d'émeraude et d'or--glissaient à travers le dôme de teintes entremêlées.

De larges nymphéas y traînaient tremblants,--et à côté d'eux les nénufars étoiles luisaient,--et tout à l'entour la molle rivière scintillait et dansait--avec des sons doux et un doux rayonnement.

Et les sentiers sinueux de gazon et de mousse--qui menaient dans le jardin en long et en travers,--quelques-uns ouverts à la fois au soleil et à la brise,--d'autres perdus parmi des berceaux d'arbres en fleur.

Étaient tous parés de pâquerettes et de jacinthes délicates--aussi belles que les fabuleuses asphodèles,--et de fleurettes qui, se baissant vers le jour qui baissait,--retombaient en pavillons blancs, empourprés et bleus,--pour abriter le ver-luisant contre la rosée du soir[291].

Tout vit ici, tout respire et désire. Ce poëme, qui est l'histoire d'une plante, est aussi l'histoire d'une âme, l'âme de Shelley, la sensitive. Est-ce qu'il n'est pas naturel de les confondre? Est-ce qu'il n'y a pas une communauté de nature entre tous les vivants de ce monde? Certes il y a une âme dans chaque chose; il y en a une dans l'univers; quel que soit l'être, brut ou pensant, défini ou vague, toujours par delà sa forme sensible luit une essence secrète et je ne sais quoi de divin que nous entrevoyons par des éclairs sublimes, sans jamais y atteindre et le pénétrer. Voilà le pressentiment et l'aspiration qui soulèvent toute la poésie moderne, tantôt en méditations chrétiennes, comme chez Campbell et Wordsworth, tantôt en visions païennes, comme chez Keats et Shelley. Ils entendent palpiter le grand coeur de la nature, ils veulent arriver jusqu'à lui, ils tentent toutes les voies spirituelles ou sensibles, celle de la Judée et celle de la Grèce, celle des dogmes consacrés et celle des doctrines proscrites. Dans cet effort magnifique et insensé, les plus grands s'épuisent et meurent. Leur poésie, qu'ils traînent avec eux sur ces routes sublimes, s'y déchire. Un seul, Byron, atteint à la cime, et de toutes ces grandes draperies poétiques qui flottaient comme des étendards et semblaient appeler les hommes à la conquête de la vérité suprême, on ne voit plus aujourd'hui que des lambeaux épars sur le chemin.

Ils ont fait leur oeuvre cependant. Sous leurs efforts multipliés et par leur concert involontaire, l'idée du beau change, et par contagion les autres idées vont changer. Les conservateurs y contribuent comme les révolutionnaires, et l'esprit nouveau transpire des poëmes qui bénissent l'État et l'Église, comme des poëmes qui maudissent l'Église et l'État. On apprend par Wordsworth et par Byron, par le protestantisme approfondi[292] et par le scepticisme institué, que, dans cet établissement sacré que le _cant_ protége, il y a matière à réforme ou à révolte; qu'on peut trouver des valeurs morales autres que celles que la loi timbre et que l'opinion reçoit; qu'en dehors des confessions officielles, il y a des vérités; qu'en dehors des conditions respectées, il y a des grandeurs; qu'en dehors des situations régulières, il y a des vertus; que la grandeur est dans le coeur et dans le génie, et que tout le reste, actions et croyances, est subalterne. On vient d'éprouver que, par delà les conventions littéraires, il y a une poésie, et par contre-coup l'on est disposé à sentir que, par delà les dogmes religieux, il peut y avoir une foi, et, par delà les institutions sociales, une justice. L'antique édifice s'ébranle, et la Révolution y entre, non par une inondation subite, comme en France, mais par des infiltrations lentes. La muraille bâtie contre elle par l'intolérance publique se fendille et s'ouvre; la guerre engagée contre le jacobinisme républicain et impérial vient de finir par la victoire, et désormais on peut contempler les idées ennemies non plus à titre d'ennemies, mais à titre d'idées. On les contemple, et en les appropriant au pays on les importe. Les catholiques sont émancipés, les bourgs-pourris sont abolis, le cens électoral est abaissé, les taxes injustes qui enchérissaient les grains sont révoquées, les dîmes ecclésiastiques sont converties en redevances, les lois terribles qui protégeaient la propriété sont adoucies, l'assiette de l'impôt est reportée de plus en plus sur les classes riches; les vieilles institutions, arrangées autrefois au profit d'une race, et dans cette race au profit d'une classe, ne se maintiennent plus qu'à la condition de servir au profit de tous; les priviléges deviennent des fonctions, et dans ce triomphe de la classe moyenne qui fait l'opinion et prend l'ascendant, l'aristocratie, passant des sinécures aux services, ne semble plus légitime qu'à titre de pépinière nationale conservée pour fournir des hommes publics. En même temps, l'étroite orthodoxie s'élargit. La zoologie, l'astronomie, la géologie, la botanique, l'anthropologie, toutes les sciences d'observation si cultivées et si populaires, y font de force pénétrer leurs découvertes dissolvantes. La critique arrive d'Allemagne, remanie la Bible, refait l'histoire du dogme, atteint le dogme lui-même. Cependant la pauvre philosophie écossaise s'est desséchée; parmi les agitations des sectes qui essayent de se transformer et de l'unitarisme qui monte, on entend aux portes de l'arche sainte bruire comme une marée la philosophie continentale. Aujourd'hui déjà elle a gagné la littérature; depuis cinquante ans, tous les grands écrivains y plongent: Sidney Smith, par ses sarcasmes contre l'engourdissement du clergé et l'oppression des catholiques; Arnold, par ses réclamations contre le monopole religieux du clergé et contre le monopole ecclésiastique des anglicans; Macaulay, par son histoire et son panégyrique de la révolution libérale; Thackeray, en attaquant la classe noble au profit de la classe moyenne; Dickens, en attaquant les dignitaires et les riches au profit des petits et des pauvres; Currer Bell et mistress Browning, en défendant l'initiative et l'indépendance des femmes; Stanley et Jowet, en introduisant l'exégèse d'outre-Rhin et en précisant la critique biblique; Carlyle, en important sous forme anglaise la métaphysique allemande; Stuart Mill, en important sous forme anglaise le positivisme français; Tennyson lui-même, en étendant sur les beautés de tous les pays et de tous les siècles la protection de son dilettantisme aimable et de ses sympathies poétiques; chacun, selon sa taille et son endroit, enfoncé à des profondeurs différentes, tous retenus à portée du rivage par leurs préoccupations pratiques, tous affermis contre les glissades par leurs préoccupations morales, tous occupés, les uns avec plus d'ardeur, les autres avec plus de défiance, à recevoir ou à faire entrer le flot croissant de la démocratie et de la philosophie modernes dans leur constitution et dans leur Église, sans dégât et avec mesure, de façon à ne rien détruire et de façon à tout féconder.

[Note 272: _Edinburgh Review_, juin 1810.]

[Note 273: Nos jansénistes, les puritains et les méthodistes sont les extrêmes de ce groupe.]

[Note 274:

To me the meanest flower that blows can give Thoughts that do often lie too deep for tears.]

[Note 275: Préface de la seconde édition des _Lyrical Ballads_.]

[Note 276: _Peter Bell_,--_the White doe_,--_the Kitten and the Falling leaves_, etc.]

[Note 277:

«This dull product of a scoffer's pen, Impure conceits discharging from a heart Harden'd by impious pride!»]

[Note 278:

On man, on nature and on human life Musing in solitude, I oft perceive Fair trains of imagery before me rise, Accompanied by feelings of delight Pure, or with no unpleasing sadness mixed; And I am conscious of affecting thoughts And dear remembrances, whose presence soothes Or elevates the mind, intent to weigh The good or evil of our mortal stake. --To these emotions, whencesoe'er they come, Whether from breath of outward circumstance, Or from the soul--an impulse to herself,-- I would give utterance in numerous verse. Of Truth, of Grandeur, Beauty, Love and Hope, And melancholy Fear subdued by Faith; Of blessed consolations in distress, Of moral strength and intellectual Power, Of joy in widest commonalty spread, Of the individual mind that keeps her own Inviolate retirement, subject there To conscience only, and the Law supreme Of that Intelligence that governs all I sing. (Wordsworth. The Excursion.)]

[Note 279:

Whate'er exists hath properties that spread Beyond itself, communicating good, A simple blessing or with evil mixed.-- Spirit that knows no insulated spot, No chasm, no solitude; from link to link It circulates, the soul of all the worlds.]

[Note 280:

Where Knowledge, ill begun in cold remarks On outward things, with formal inference ends, Or if the mind turn inward, 't is perplexed, Lost in a gloom of uninspired research.... .... Viewing all objects unremittingly In disconnexion, dead and spiritless, And still dividing and dividing still, Break down all grandeur.]

[Note 281:

The sun is fixed, And the infinite magnificence of heaven Fixed within reach of every human eye. The sleepless Ocean murmurs for all ears, The vernal field infuses fresh delight Into all hearts.... The primal duties shine aloft like stars, The charities that soothe and heal and bless Are scattered at the feet of man--like flowers.]

[Note 282:

Life, I repeat, is energy of Love Divine or human, exercised in pain, In strife, in tribulation, and ordained, If so approved and sanctified, to pass, Through shades and silent rest, to endless joy.]

[Note 283: Voir aussi les romans agressifs et socialistes de W. Godwin, surtout _Caleb Williams_.]

[Note 284: Il gagna une fois une ophthalmie à visiter des chaumières malsaines.]

[Note 285: _Fag._]

[Note 286: _Queen Mab_ et notes. À Oxford il avait publié une brochure «sur la nécessité de l'athéisme.»]

[Note 287: Quelque temps avant sa mort, à vingt-neuf ans, il disait: «Si je mourais maintenant, j'aurais vécu autant que mon père.»]

[Note 288: Tome IV, page 53, notes de mistress Shelley.--Voyez un excellent article sur Shelley dans la _National Review_, octobre 1856.]

[Note 289: Voyez surtout _the Witch of Atlas_, _the Cloud_, _the Skylark_, la fin de l'_Islam_, _Alastor_ et tout _Prométhée_.]

[Note 290:

The sanguine sunrise with his meteor eyes And his burning plumes outspread, Leaps on the back of my sailing rack, When the morning star shines dead.... The orbed maiden with white fire laden, Whom mortals call the moon, Glides glimmering o'er my fleece-like floor, By the midnight breezes strewn.]

[Note 291:

The snow-drop, and then the violet; Arose from the ground with warm rain wet, And their breath was mixed with fresh odour, sent From the turf, like the voice and the instrument.

Then the pied wind-flowers and the tulip tall, And narcissi, the fairest among them all, Who gaze on their eyes in the stream's recess, Till they die of their own dear loveliness;

And the Naiad-like lily of the vale, Whom youth makes so fair, and passion so pale, That the light of its tremulous bells is seen Through their pavilions of tender green;

And the hyacinth purple, and white, and blue, Which flung from its bells a sweet peal anew Of music so delicate, soft, and intense, It was felt like an odour within the sense;

And the rose like a nymph to the bath addrest, Which unveiled the depth of her glowing breast, Till, fold after fold, to the fainting air The soul of her beauty and love lay bare;

And the wand-like lily, which lifted up, As a Mænad, its moonlight-coloured cup, Till the fiery star, which is its eye, Gazed through clear dew on the tender sky;

And on the stream whose inconstant bosom, Was prankt under boughs of embowering blossom, With golden and green light slanting through Their heaven of many a tangled hue,

Broad water-lilies lay tremulously, And starry river-buds glimmered by, And around them the soft stream did glide and dance With a motion of sweet sound and radiance.

And the sinuous paths of lawn and of moss, Which led through the garden along and across, Some open at once to the sun and the breeze, Some lost among bowers of blossoming trees,

Were all paved with daisies and delicate bells As fair as the fabulous asphodels; And flowrets which, drooping as day drooped too, Fell into pavilions, white, purple, and blue, To roof the glow-worm from the evening dew.]

[Note 292: Wordsworth, _the Excursion_, page 328.

Our life is turned Out of her course, whenever man is made An offering, a sacrifice, a tool, Or implement, a passive thing employed As a brute mean.]

CHAPITRE II.

Lord Byron.

I. L'homme. -- Sa famille. -- Son caractère passionné. -- Ses amours précoces. -- Sa vie excessive. -- Son caractère militant. -- Sa révolte contre l'opinion. -- _English Bards and Scottish Reviewers._ -- Ses bravades et ses imprudences. -- Son mariage. -- Déchaînement de l'opinion contre lui. -- Son départ. -- Sa vie politique en Italie. -- Ses tristesses et ses violences.

II. Le poëte. -- Ses raisons pour écrire. -- Sa façon d'écrire. -- Comment sa poésie est personnelle. -- Son goût classique. -- En quoi ce goût l'a servi. -- _Childe Harold._ -- Le héros. -- Les paysages. -- Le style.

III. Ses petits poëmes. -- Ses procédés oratoires. -- Ses effets mélodramatiques. -- Vérité des paysages. -- Sincérité des sentiments. -- Peintures des émotions tristes et extrêmes. -- Idée régnante de la mort et du désespoir. -- _Mazeppa_, _le Prisonnier de Chillon_, _le Siége de Corinthe_, _le Corsaire_, _Lara_. -- Analogie de cette conception avec celles de l'Edda et de Shakspeare. -- _Les Ténèbres._

IV. _Manfred._ -- Comparaison du Manfred de Byron, et du Faust de Goethe. -- Conception de la légende et de la vie dans Goethe. -- Caractère symbolique et philosophique de son épopée. -- En quoi Byron lui est inférieur. -- En quoi Byron lui est supérieur. -- Conception du caractère et de l'action dans Byron. -- Caractère dramatique de son poëme. -- Opposition entre le poëte de l'univers et le poëte de la personne.

V. Scandale en Angleterre. -- La contrainte et l'hypocrisie des moeurs. -- Comment et selon quelle loi varient les conceptions morales. -- La vie et la morale méridionales. -- _Beppo._ -- _Don Juan._ -- Transformation du talent et du style de Byron. -- Peinture de la beauté et du bonheur sensible. -- _Haydée._ -- Comment il combat le cant britannique. -- Comment il combat l'hypocrisie humaine. -- Idée de l'homme. -- Idée de la femme. -- _Dona Julia._ -- _Le Naufrage._ -- _La prise d'Ismaël._ -- Naturel et variété de son style. -- Excès et fatigue de sa verve. -- Son théâtre. -- Son départ pour la Grèce et sa mort.

VI. Position de Byron dans son siècle. -- La maladie du siècle. -- Les diverses conceptions du bonheur et de la vie. -- La réponse des lettres. -- La réponse des sciences. -- Équilibre futur de la raison. -- Conception moderne de la nature.

I

J'ai réservé le plus grand et le plus anglais de ces artistes; il est si grand et si anglais qu'à lui seul il nous apprendra sur son pays et sur son temps plus de vérités que tous les autres ensemble. On a maudit ses idées pendant sa vie; on a tâché de dénigrer son génie après sa mort. Encore aujourd'hui, les critiques anglais, à son endroit, sont injustes. Il a combattu toute sa vie contre le monde dont il est issu, et pendant sa vie comme après sa mort, il a porté la peine des ressentiments qu'il a provoqués et des répugnances qu'il a fait naître. Un critique étranger peut être plus équitable, et louer librement la main puissante dont il n'a pas senti les coups.

Si jamais il y eut une âme violente et follement sensible, mais incapable de se déprendre d'elle-même, toujours bouleversée, mais dans une enceinte fermée, prédestinée par sa fougue native à la poésie, mais limitée par ses barrières naturelles à une seule espèce de poésie, c'est celle-là.