Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)
Part 15
On n'est que mieux préparé par là pour en faire d'irréprochables. Pope s'y emploie tout entier; il est de loisir; son père lui a laissé une assez belle fortune, il a gagné une grosse somme à traduire l'_Iliade_ et l'_Odyssée_; il a huit cents livres sterling de rente. Jamais il n'a été aux gages d'un libraire; il regarde au-dessous de lui les auteurs mendiants rouler dans la bohème, et, tranquillement assis dans sa jolie maison de Twickenham, sous sa grotte ou dans le beau jardin qu'il a planté lui-même, il peut polir et limer ses écrits aussi longtemps qu'il lui convient. Il n'y manque pas. Quand il a composé un ouvrage, il le garde au moins deux ans en portefeuille. De temps en temps il le relit et le corrige; il prend conseil de ses amis, puis de ses ennemis; point d'édition qu'il n'améliore; il rature infatigablement. Son premier jet est si bien refondu et transformé, qu'on ne le reconnaît plus dans la copie définitive. Celles de ses pièces qui semblent le moins remaniées sont deux satires, et Dodsley dit que dans le manuscrit il n'y avait presque point de vers qui ne fût écrit deux fois. «Je le fis transcrire proprement sur une autre feuille, et quand il me renvoya celle-là pour l'impression, presque chaque vers avait été récrit encore une seconde fois.»--«Jamais, dit Johnson, il ne détachait son attention de la poésie. Si la conversation offrait un trait dont on pût faire profit, il le confiait au papier; si une pensée ou même une expression plus heureuse que l'ordinaire se levait dans son esprit, il avait soin de l'écrire; quand deux vers lui venaient, il les mettait de côté pour les insérer à l'occasion. On a trouvé de petits morceaux de papier qui contenaient des vers ou des portions de vers qu'il pensait achever plus tard.» Il fallait que son écritoire fût devant son lit avant son lever. Une nuit, chez lord Oxford, pendant le terrible hiver de 1740, de peur de perdre une idée, il fit lever quatre fois la femme qui le servait. Swift lui reproche de n'avoir jamais de loisir pour la conversation; la cause en est «qu'il a toujours en tête quelque projet poétique.» Ainsi rien ne lui manque pour atteindre l'expression parfaite: la pratique d'une vie entière, l'étude de tous les modèles, l'indépendance de la fortune, la compagnie des gens du monde, l'exemption des passions turbulentes, l'absence des idées maîtresses, la facilité d'un enfant prodige, l'assiduité d'un vieux lettré. Il semble qu'il ait été tout exprès muni de défauts et de qualités, enrichi d'un côté, appauvri d'un autre, à la fois écourté et développé, pour mettre en relief la forme classique par l'amoindrissement du fond classique, pour présenter au public le modèle d'un art usé et accompli, pour réduire en cristal brillant et rigide la séve coulante d'une littérature qui finissait.
[Note 157: Mr Walsh used to encourage me much, and used to tell me, that there was one way left of excelling; for though we had several great poets, we never had any one great poet that was correct; and desired me to make that my study and my aim.]
[Note 158: 1709.]
[Note 159: Tye-wig.]
[Note 160: In my politics, I think no further than how to preserve the peace of my life, in any government under which I live; nor in my religion, than to preserve the peace of my conscience in any church with which I communicate. I hope all churches and governments are so far of God as they are rightly understood and rightly administered; and where they are or may be wrong, I leave it to God alone to mend and reform them. (Lettre à Atterbury, 1717.)]
II
C'est un grand danger pour un poëte que de savoir trop bien son métier; sa poésie montre alors l'homme de métier et non le poëte. En vérité, je voudrais admirer les oeuvres d'imagination de Pope; je ne saurais. J'ai beau lire les témoignages des contemporains et même ceux des modernes, me répéter qu'en son temps il fut le prince des poëtes, que son _Épître d'Héloïse à Abeilard_ fut accueillie par un cri d'enthousiasme, qu'on n'imaginait point alors une plus belle expression de la passion vraie, qu'aujourd'hui encore on l'apprend par coeur comme le récit de Théramène, que Johnson, ce grand juge littéraire, l'a rangée parmi «les plus heureuses productions de l'esprit humain,» que lord Byron lui-même l'a préférée à l'ode célèbre de Sapho. Je la relis et je m'ennuie; cela est inconvenant; mais, en dépit de moi-même je bâille, et j'ouvre les lettres originales d'Héloïse pour chercher la cause de mon ennui.
Sans doute la pauvre Héloïse est une barbare, bien pis, une barbare lettrée; elle fait des citations savantes, des raisonnements; elle essaye d'imiter Cicéron, d'arranger des périodes; il le faut bien, elle écrit dans une langue morte, avec un style appris; vous en feriez peut-être autant si vous étiez obligé d'écrire en latin à votre maîtresse. Mais comme le sentiment vrai perce à travers la forme scolastique! «Tu es le seul qui puisses m'attrister, qui puisses me consoler, qui puisses me donner de la joie.... Je serais plus heureuse et plus orgueilleuse d'être appelée ta concubine que l'épouse de l'empereur.... Jamais, Dieu le sait, je n'ai rien souhaité en toi que toi-même. C'est toi seul que je désire, ce n'est rien de ce que tu pouvais donner; ce n'est point un mariage, une dot; je n'ai jamais songé à faire mon plaisir ou ma volonté, tu le sais bien, mais la tienne.» Puis des mots passionnés, de vrais mots d'amour[161]; puis ces mots si libres de la pénitente qui dit tout, qui ose tout, parce qu'elle veut guérir, parce qu'il faut montrer au confesseur sa plaie, même la plus honteuse, peut-être aussi parce que dans l'extrême angoisse, comme dans l'accouchement, la pudeur s'en va. Tout cela est bien cru, bien rude; Pope a plus d'esprit qu'elle; aussi comme il lui en donne! Entre ses mains elle devient une académicienne, et sa lettre est un répertoire d'effets littéraires. Peintures et descriptions: elle décrit à Abeilard le monastère et le paysage, «les dômes moussus couronnés de fines tourelles, les arches majestueuses qui changent en nuit la clarté du grand jour, les vitraux qui versent sur les dalles une clarté solennelle[162],» puis «les rivières errantes qui luisent entre les collines, les grottes dont l'écho répète le bruissement des ruisseaux, les brises mourantes qui viennent expirer sur les feuillages[163].»--Tirades et lieux communs: elle envoie à Abeilard des dissertations sur l'amour et la liberté qu'il réclame, sur le cloître et la vie paisible qu'il peut donner, sur l'écriture et les avantages de la poste aux lettres[164].--Antithèses et contrastes: elle les expédie à Abeilard par douzaines: contraste entre le monastère illuminé par sa présence et le monastère désolé par son absence, entre la tranquillité de la religieuse pure et l'anxiété de la religieuse coupable, entre le rêve du bonheur humain et le rêve du bonheur céleste.--En somme, c'est un air de bravoure, avec oppositions de forte et de piano, avec variations et changements de ton; Héloïse exploite son motif, et s'occupe à y insérer toutes les habiletés et les réussites de sa voix. Admirez les crescendo et les roulades par lesquelles elle termine ses morceaux brillants; pour enlever l'auditeur à la fin du portrait de la nonne innocente, elle ira chercher «la Grâce qui fait luire autour d'elle ses plus purs rayons, les anges qui de leurs chuchotements éveillent ses rêves dorés, les ailes des séraphins qui répandent sur elle leurs divins parfums, l'époux qui prépare l'anneau nuptial, les blanches vierges qui chantent l'hyménée[165],» bref toute la garde-robe du Paradis. Remarquez les coups de grosse caisse, j'entends les grands moyens; on appelle ainsi tout ce que dit un personnage qui veut délirer et ne délire pas; par exemple, parler aux rocs et aux murailles, prier Abeilard absent de venir, s'imaginer qu'il est présent, apostropher la Grâce, la Vertu, «la fraîche Espérance, riante fille du ciel, et la Foi, notre immortalité anticipée[166],» entendre les morts qui lui parlent, dire aux anges de «préparer leurs bosquets de roses, leurs palmes célestes et leurs fleurs qui ne se flétrissent pas[167].» C'est ici la symphonie finale avec modulation de l'orgue céleste: je suppose qu'en l'écoutant Abeilard a crié bravo.
Mais ceci n'est rien auprès de l'art qu'elle déploie dans chaque phrase prise en détail. Elle met des agréments à toutes les lignes. Imaginez un chanteur italien qui ferait un trille sur chaque mot. Les jolis sons! comme ils sont perlés ou filés agilement, rondement, et toujours exquis! Impossible de les reproduire ici, avec une langue étrangère. C'est tantôt une image heureuse qui résume une phrase entière; tantôt une série de vers où vont s'alignant les oppositions symétriques; ce sont deux mots ordinaires qu'un étrange accouplement met en relief; c'est un rhythme imitatif qui complète l'impression de l'esprit par l'émotion des sens; ce sont les comparaisons les plus élégantes, les épithètes les plus pittoresques; c'est le style le plus serré et le plus orné. Sauf la vérité, rien n'y manque. C'est pis qu'une cantatrice, c'est un auteur; on regarde au dos pour savoir si elle n'a pas écrit: «Bon à tirer, porter vite à l'imprimerie.»
Pope a donné quelque part la recette avec laquelle on peut faire un poëme épique: prendre une tempête, un songe, cinq ou six batailles, trois sacrifices, des jeux funèbres, une douzaine de dieux en deux compartiments, remuer le tout jusqu'à ce qu'on voie mousser l'écume du grand style. Vous venez de voir les recettes avec lesquelles on peut composer une épître amoureuse. Cette sorte de poésie ressemble à la cuisine; il ne faut ni coeur ni génie pour la faire, mais une main légère, un oeil attentif et un goût exercé.
[Note 161: Vale, unice.]
[Note 162:
In these lone walls (their days' eternal bound) These moss-grown domes with spiry turrets crowned, Where awful arches make a noon-day night, And the dim windows shed a solemn light.]
[Note 163:
The wand'ring streams that shine between the hills, The grots that echo to the tinkling rills, The dying gales that pant upon the trees, The lakes that quiver to the curling breeze.]
[Note 164:
Heaven first taught letters for some wretch's aid, Some banished lover, or some captive maid; They live, they speak, they breathe what love inspires, Warm from the soul, and faithful to its fires, The virgin's wish without her fears impart, Excuse the blush, and pour out all the heart, Speed the soft intercourse from soul to soul, And waft a sigh from Indus to the pole.]
[Note 165:
How happy is the blameless Vestal's lot! The world forgetting, by the world forgot. Eternal sunshine of the spotless mind, Each pray'r accepted, and each wish resign'd; Labour and rest that equal periods keep, Obedient slumbers that can wake and weep.... Desires compos'd, affections ever e'en, Tears that delight, and sighs that waft to heav'n. Grace shines around with serenest beams, And whisp'ring angels prompt her golden dreams. For her th' unfading rose of Eden blooms, And wings of seraphs shed divine perfumes; For her the spouse prepares the bridal ring, For her white virgins Hymeneals sing, To sounds of heav'nly harps she dies away, And melts in visions of eternal day.]
[Note 166:
Oh grace serene! Oh virtue heavenly fair! Divine oblivion of low-thoughted care! Fresh-blooming hope, gay daughter of the sky! And faith, our early immortality! Enter, each mild, each amicable guest: Receive, and wrap me in eternal rest!]
[Note 167:
I come, I come! Prepare your roseate bow'rs, Celestial palms and ever-blooming flow'rs.]
III
Il semble que ce genre de talent soit fait pour les vers de société. Il est factice, et les moeurs de la société sont factices. Dire des galanteries, badiner avec les dames, parler élégamment de leur chocolat ou de leur éventail, railler les sots, juger la dernière tragédie, manier la fadeur ou l'épigramme, c'est là, ce semble, l'emploi naturel d'un esprit comme celui-ci, peu passionné, très-vaniteux, passé maître en fait de style, et qui soigne ses vers comme un petit-maître soigne son habit. Pope à écrit _la Boucle de cheveux enlevée_ et _la Sottisiade_; ses contemporains s'extasièrent sur la grâce de son badinage comme sur la justesse de sa moquerie, et jugèrent qu'il avait surpassé _le Lutrin_ et _les Satires_ de Boileau.
Cela peut bien être; en tout cas, l'éloge serait médiocre. Il y a ordinairement deux sortes de vers dans Boileau, disait un homme d'esprit[168]; les plus nombreux qui semblent d'un bon élève de troisième, les moins nombreux qui semblent d'un bon élève de rhétorique. Boileau fait le second vers avant le premier; c'est pourquoi, une fois sur quatre, le premier vers chez lui ne sert qu'à boucher un trou. Sans doute Pope avait le mécanisme plus brillant et plus agile; mais cette habileté de main ne suffit pas pour faire un poëte, même un poëte de boudoir. Là comme ailleurs, il faut des passions vraies, ou du moins des goûts vrais. Quand on veut peindre les jolis riens de la conversation et du monde, il est à propos de les aimer. On ne peint bien que ce que l'on aime[169]. Est-ce qu'il n'y a pas des grâces charmantes dans le babil et la frivolité d'une jolie femme? Des peintres comme Watteau ont passé leur vie à s'en régaler. Une boucle de cheveux que l'on relève, un bras mignon qui sort d'un flot de dentelles, une taille penchée qui fait chatoyer les plis lustrés de la jupe, et le fin sourire demi-engageant, demi-moqueur de la bouche mutine, en voilà assez pour ravir un artiste. Certainement il sera sensible à la toilette, sensible autant que la dame elle-même, et ne la grondera jamais de passer trois heures à son miroir; il y a de la poésie dans l'élégance. Il en jouit comme d'un tableau; il jouit des raffinements de la vie mondaine, des grandes lignes tranquilles de ce haut salon lambrissé, du doux reflet des longues glaces et des porcelaines luisantes, de la gaieté nonchalante des petits Amours sculptés qui s'embrassent au-dessus de la cheminée, du son argentin de ces voix flûtées qui autour de la table à thé gazouillent des médisances. Pope n'en jouit pas ou n'en jouit guère; il reste satirique et Anglais au milieu de ce luxe aimable importé de France. Il a beau être le plus mondain de ces poëtes, il ne l'est pas assez; la société qui l'entoure ne l'est pas davantage. Lady Wortley Montagu, qui dans son temps fut la fleur des pois, et que l'on compare à Mme de Sévigné, a l'esprit si sérieux, le style si décidé, le jugement si précis et le sarcasme si âpre, qu'on la prendrait pour un homme. En somme, les Anglais, même lord Chesterfield et Horace Walpole, n'ont jamais attrapé le véritable ton des salons. Pope est comme eux; sa voix détonne et tout d'un coup devient mordante. À chaque instant une moquerie dure efface les gracieuses images qu'il commençait à éveiller. Prenez l'ensemble du poëme; c'est une bouffonnerie en style noble; lord Petre a coupé une boucle dans les cheveux d'une beauté à la mode, mistress Arabella Fermor; il s'agit de faire de cette bagatelle une épopée, avec les invocations, les apostrophes, l'intervention des êtres surnaturels et le reste des machines poétiques; la solennité du style contraste avec la petitesse des événements; on rit de ces tracasseries, comme d'une querelle d'insectes. Il en a toujours été ainsi dans ce pays: quand ils représentent la vie du monde, c'est avec une complaisance extérieure et officielle; au fond de leur admiration, il y a du mépris. Leurs fadeurs cachent une restriction mentale; en observant bien, vous verriez qu'ils regardent une jolie femme parée et coquette comme une poupée rose, bonne pour amuser les gens une demi-heure par son clinquant. Pope dédie son poëme à mistress Arabella Fermor avec toutes sortes de révérences; la vérité est qu'il n'est pas poli; une Française lui eût renvoyé son livre en lui conseillant d'apprendre à vivre; pour un éloge de sa beauté, elle y eût trouvé dix sarcasmes contre sa frivolité. Est-ce qu'il est bien agréable de s'entendre dire: «Vous avez les plus beaux yeux du monde, mais vous vivez de fadaises?» C'est pourtant à cela que se réduit tout son hommage[170]. Son emphase complimenteuse, sa déclaration que la boucle de cheveux est placée au ciel parmi les astres, tout son attirail de phrases n'est qu'une parade de galanterie qui laisse percer l'indélicatesse et la grossièreté. «Perdra-t-elle son coeur ou son collier au bal, fera-t-elle un accroc à son honneur ou à sa robe[171]?» Il n'y a pas un Français du dix-huitième siècle qui eût imaginé une gracieuseté semblable. Tout au plus cet ours de Rousseau, ancien laquais et Génevois moraliste, eût lancé ce coup de boutoir. En Angleterre, on ne le trouvait point trop rude. Mistress Arabella Fermor fut si contente du poëme, qu'elle en répandit des copies. Évidemment, elle n'était pas difficile; c'est qu'elle en avait entendu bien d'autres. Si vous lisez dans Swift la copie littérale d'une conversation à la mode, vous verrez qu'une femme à la mode dans ce temps-là pouvait souffrir beaucoup de choses sans se fâcher.
Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce badinage, pour nous du moins, n'est point du tout badin. La légèreté, la gaieté en sont à cent lieues. Dorat, Gresset en auraient été stupéfaits et scandalisés. Nous restons froids devant ses plus brillantes réussites. Tout au plus de temps en temps un bon coup de fouet nous réveille; mais ce n'est pas pour rire. Ces caricatures nous semblent étranges, mais ne nous amusent pas. Cet esprit n'est pas de l'esprit; tout y est calculé, combiné, artificieusement préparé; on attend un pétillement d'éclairs, et au dernier instant le coup rate. Par exemple, sir Petre, voulant se rendre les dieux propices, «bâtit un autel à l'Amour avec douze vastes romans français proprement dorés sur tranche, pose dessus trois jarretières, une demi-paire de gants, et tous les trophées de ses anciennes amours; puis, avec un tendre billet doux il allume le feu et ajoute trois soupirs amoureux pour attiser la flamme[172].» Nous demeurons désappointés, nous ne devinons pas ce que cette description a de comique. Nous continuons par conscience, et, dans la peinture de la Mélancolie et de son palais, nous trouvons des figures bien autrement étranges: «une jarre qui soupire, un pâté d'oie qui parle, des hommes qui, travaillés par l'imagination, se disent en mal d'enfant, des filles qui se croient changées en bouteilles et demandent à grands cris un bouchon[173].» Nous nous disons alors que nous sommes en Chine; qu'à une si grande distance de Paris et de Voltaire il ne faut s'étonner de rien, que ces gens ont d'autres oreilles que les nôtres, et qu'à Pékin un mandarin goûte avec délices un concert de chaudrons. Nous comprenons enfin que, même en cet âge correct et dans cette poésie artificielle, l'antique imagination subsiste; qu'elle se nourrit, comme autrefois, de bizarreries et de contrastes, que le goût, en dépit de toutes les cultures, ne réussira jamais à s'acclimater chez elle, que les disparates, au lieu de la choquer, la réjouissent, qu'elle est insensible à nos douceurs et à nos finesses; qu'elle a besoin de voir passer devant elle une suite de figures expressives, inattendues et grimaçantes, qu'elle préfère ce rude carnaval à nos insinuations délicates, que Pope est de son pays en dépit de sa politesse classique et de ses élégances voulues, et que sa fantaisie désagréable et vigoureuse est parente de celle de Swift.