Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)
Part 7
Quelle idée de l'amour ont-ils donc en ce pays? D'où vient que tout égoïsme, toute vanité, toute rancune, tout sentiment petit, personnel ou bas, disparaît à son approche? Comment se fait-il que l'âme se donne ainsi tout entière, sans hésitation, sans réserve, et ne songe plus qu'à se prosterner et s'anéantir comme en présence d'un Dieu[90]? Bianca, croyant Césario ruiné, vient s'offrir à lui comme épouse, et, apprenant qu'il n'en est rien, renonce à lui à l'instant sans une plainte. «Ne m'aimez plus; je prierai pour vous afin que vous ayez une femme vertueuse et belle, et quand je serai morte, pensez à moi quelquefois, avec un peu de pitié pour ma témérité.... J'accepte votre baiser, c'est un cadeau de noces sur une tombe de vierge[91].» La duchesse de Brachiano est trahie, insultée par son mari infidèle; pour le soustraire à la vengeance de sa famille, elle prend sur elle la faute de la rupture, joue exprès la mégère, et, le laissant libre avec sa courtisane, va mourir en embrassant son portrait.--Aréthusa se laisse blesser par Philaster, arrête les gens qui veulent retenir le bras du meurtrier, déclare qu'il n'a rien fait, que ce n'est pas lui, prie pour lui, l'aime en dépit de tout, jusqu'au bout, comme si toutes ses actions étaient sacrées, comme s'il avait droit de vie et de mort sur elle.--Ordella s'offre afin que le roi son mari puisse avoir des enfants[92]; elle s'offre au sacrifice, simplement, sans grands mots, tout entière[93]; quoi que ce soit; «pourvu que ce soit honnête, elle est prête à tout hasarder et à tout souffrir.»--Lorsqu'on la loue de son héroïsme, elle répond qu'elle fait «simplement son devoir.--Mais ce sacrifice est terrible!--Il n'en est que plus noble.--Il est plein d'ombres effrayantes!--Le sommeil aussi, seigneur, et toute chose qui est humaine et mortelle. Nous serions nés dieux, autrement. Mais toutes ces peurs, sitôt qu'elles sentent la flamme des pensées nobles, s'envolent et s'évanouissent comme des nuages.--Supposez que ce soit la mort.--Je l'ai supposé.--La mort, et la perte éternelle de tout ce que nous aimons, la jeunesse, la force, le plaisir, la compagnie, l'avenir, la raison elle-même. Car, dans le tombeau silencieux, les entretiens, la joyeuse démarche des amis, la voix des amants, les conseils affectueux d'un père, rien, on n'entend plus rien, il n'y a plus rien; tout est oubli, poussière, obscurité éternelle; et osez-vous bien, femme, souhaiter une pareille demeure?--C'est de tous les sommeils le plus doux. Les rois y reviennent, du haut de leurs grandeurs fardées, comme des brouillards qui tombent. Insensés ceux qui la craignent ou essayent de la retarder, jusqu'à ce que la vieillesse ait soufflé leur lampe.--Ainsi vous pouvez vous offrir?--Aussi volontiers que je le dis.--Martell, un miracle, une femme qui ose mourir! Pourtant, dites-moi, êtes-vous mariée?--Je le suis, seigneur.--Et vous avez des enfants?... Elle soupire et pleure.--Oh non! seigneur.--Avez-vous bien le courage, pour une pauvre stérile louange que vous n'entendrez jamais, de renoncer à ces chères espérances?--À tout, excepté au ciel.» Cela n'est-il pas énorme? Comprenez-vous qu'un être humain se détache ainsi de lui-même, qu'il s'oublie et se perde dans un autre? Elles s'y perdent comme dans un abîme. Quand elles aiment en vain et sans espérance, ni leur raison, ni leur vie n'y résistent; elles languissent, deviennent folles, et meurent comme Ophélia. Aspasia délaissée, «marche sombre, les yeux humides et attachés sur la terre[94].--Elle ne se plaît qu'aux bois solitaires, et, quand elle voit une rive,--toute pleine de fleurs, avec un soupir, elle dit à ses femmes,--quelle jolie place ce serait pour y ensevelir des amants; elle leur dit--de cueillir les fleurs et de l'en joncher comme une morte.--Partout avec elle, elle porte sa peine, qui, comme une contagion,--gagne tous les assistants. Elle chante--les plus tristes choses que jamais une oreille ait entendues,--puis soupire et chante encore. Et quand les autres jeunes dames,--dans la gaieté folâtre de leur jeune sang,--content tour à tour des contes joyeux qui remplissent la chambre de rires,--elle, avec un regard désolé, apporte l'Histoire de la mort silencieuse--de quelque jeune fille abandonnée, avec des paroles si douloureuses--qu'avant la fin elle les renvoie toutes une à une les larmes aux yeux.» Comme un spectre autour d'une tombe, elle erre incessamment autour des restes de son amour détruit, languit, pâlit, s'affaisse, et finit par s'achever elle-même.--Plus tristes encore sont celles qui, par devoir et soumission, se sont laissé conduire à un autre mariage. Elles ne se résignent pas, elles ne se relèvent pas, comme la Pauline de _Polyeucte_. Elles sont brisées. Penthéa est aussi honnête, mais non aussi forte que Pauline; c'est l'épouse anglaise, mais ce n'est point l'épouse romaine, stoïque et calme[95]. Elle est désespérée, doucement, silencieusement, et se laisse mourir. Au fond du coeur, elle se juge mariée avec celui à qui elle a engagé son âme; c'est le mariage du coeur qui, à ses yeux, est le seul véritable; l'autre n'est qu'un adultère déguisé. En épousant Bassanès, elle a péché contre Orgilus; l'infidélité morale est pire que l'infidélité légale, et, désormais, elle est déchue à ses propres yeux[96]: «Tuez-moi, mon frère, je vous en prie; dites, le voulez-vous?... Vous avez fait de moi une parjure, une prostituée salie. Pardonnez-moi, j'en suis une de fait, non de désir, les dieux m'en sont témoins. Oui, j'en suis une; car celle qui est la femme d'Orgilus, et vit en adultère public avec Bassanès, est à tout le moins une prostituée. À présent, voulez-vous me tuer?... Une servante à gages à la campagne étanche sa soif, avec ses chevreaux et ses agneaux, dans une source fraîche, et moi je n'ai que mes larmes pour apaiser la chaleur de ma poitrine....» Avec une grandeur tragique, du haut de son deuil incurable, elle jette les yeux sur la vie[97]: «Nous nous travaillons en vain pour allonger notre pauvre voyage, ou nous implorons un répit afin de respirer; notre patrie est dans le tombeau.... Ah! chère princesse, le sablier de ma vie n'a plus guère que quelques minutes à couler; le sable est épuisé; je sens les avertissements d'un messager intérieur et sûr qui m'appelle pour partir vite.... Un remède? Mon remède sera un suaire, une enveloppe de plomb, et un coin de terre où personne n'ira marcher.» Point de révolte, ni d'aigreur; elle aide affectueusement son frère qui a causé son malheur; elle tâche de lui faire obtenir la femme qu'il aime; la bonté, la douceur féminine surnagent en elle au plus fort du désespoir. L'amour ici n'est point despotique, emporté, comme dans les climats du Midi. Il n'est que profond et triste; la source de la vie est tarie, voilà tout; elle ne vit plus, parce qu'elle ne peut plus vivre; tout s'en va par degrés, la santé, la raison, puis l'âme; au dernier moment, elle délire, et on la voit venir échevelée, les yeux tout grands ouverts, avec des paroles entrecoupées. Il y a dix jours qu'elle ne dort plus et ne veut plus manger, et toujours la même fatale pensée lui serre la poitrine, parmi de vagues rêves de tendresse et de bonheur maternel frustré, qui reviennent en son esprit comme des fantômes[98]. «Nulle fausseté n'égale une promesse rompue. Il n'y a pas de cheveu planté sur ma tête qui, comme un morceau de plomb, ne m'enfonce dans ma tombe. J'aurais pu être la mère de jolis petits enfants qui auraient babillé sur mes genoux. Quand j'aurais souri, ils auraient souri, et certainement quand ils auraient pleuré, j'aurais pleuré. Bien vrai, mon père aurait dû me choisir un mari, et alors mes petits enfants n'auraient pas été bâtards; mais il est trop tard pour me marier maintenant; je suis trop vieille pour avoir des enfants; ce n'est pas ma faute.... Donne-moi ta main; crois-moi, je ne te ferai pas de mal; ne te plains pas si je la serre trop fort, je la baiserai. Oh! c'est une belle main douce!... Bon Dieu, nous aurions été heureux! trop heureux, le bonheur rend hautain, à ce qu'on dit.... Il n'y a pas de paix pour une épouse arrachée à son vrai mari, arrachée de force par un mariage infâme. Dans toute mémoire désormais, le nom de Penthéa, de la pauvre Penthéa, est sali.... Pardonnez-moi, oh! je défaille.» Elle meurt, demandant quelque douce voix qui lui chante un air plaintif, un air d'adieu, un doux chant funèbre. Je ne sais rien au théâtre de plus pur et de plus touchant.
Lorsqu'on rencontre une structure d'âme si neuve et capable d'aussi grands effets, il faut regarder le corps. Les actions extrêmes de l'homme proviennent, non de sa volonté, mais de sa nature[99]; pour comprendre les grandes tensions de toute sa machine, c'est sa machine entière qu'il faut regarder, j'entends son tempérament, la façon dont son sang coule, dont ses nerfs vibrent, et dont ses muscles se bandent; le moral traduit le physique, et les qualités humaines ont leur racine dans l'espèce animale. Considérez donc l'espèce ici, c'est-à-dire la race; car les soeurs de l'Ophélia et de la Virginia de Shakspeare, de la Claire et de la Marguerite de Goethe, de la Belvidera d'Otway, de la Paméla de Richardson, font une race à part, molles et blondes, avec des yeux bleus, d'une blancheur de lis, rougissantes, d'une délicatesse craintive, d'une douceur sérieuse, faites pour se subordonner, se plier et s'attacher. Leurs poëtes le sentent bien, quand ils les amènent sur la scène; ils mettent autour d'elles la poésie qui leur convient, le bruissement des ruisseaux, les chevelures pendantes des saules, les frêles et moites fleurs de leur pays, toutes semblables à elles[100], «la primevère, pâle comme leur visage, la jacinthe des prés, azurée comme leurs veines, la fleur de l'églantier, aussi suave que leur haleine[101].» Ils les font douces «comme le zéphyr qui de son souffle penche la tête des violettes,» abattues sous le moindre reproche, déjà courbées à demi par une mélancolie tendre et rêveuse. Philaster dit en parlant d'Euphrasie qu'il prend pour un page, et qui s'est déguisée ainsi pour obtenir d'être à son service[102]: «Je l'ai rencontré pour la première fois assis au bord d'une fontaine,--il y puisait un peu d'eau pour étancher sa soif,--et la lui rendait en larmes.--Une guirlande était auprès de lui faite par ses mains,--de maintes fleurs diverses, nourries sur la rive,--arrangées en ordre mystique, tellement que la rareté m'en charma.--Mais quand il tournait ses yeux tendres vers elles, il pleurait--comme s'il eût voulu les faire revivre.--Voyant sur son visage cette charmante innocence,--je demandai au cher pauvret toute son histoire.--Il me dit que ses parents, de bons parents étaient morts,--le laissant à la merci des champs,--qui lui donnaient des racines, des fontaines cristallines qui ne lui refusaient pas leurs eaux,--et du doux soleil qui lui accordait encore sa lumière.--Puis il prit la guirlande et me montra ce que chaque fleur, dans l'usage des gens de campagne, signifie,--et comment toutes, rangées de la sorte, exprimaient sa peine.--Je le pris, et j'ai gagné ainsi le plus fidèle,--le plus aimant, le plus gentil enfant qu'un maître ait jamais eu.» L'idylle naît d'elle-même parmi ces fleurs humaines; le drame suspend son cours pour s'attarder devant la suavité angélique de leurs tendresses et de leurs pudeurs. Parfois même l'idylle naît complète et pure, et le théâtre tout entier est occupé par une sorte d'opéra sentimental et poétique. Il y en a deux ou trois dans Shakspeare; il y en a chez le rude Jonson, chez Fletcher, le _Berger affligé_, le _Berger fidèle_[103]. Titres ridicules aujourd'hui, parce qu'ils nous rappellent les fadeurs interminables de d'Urfé ou les gentillesses maniérées de Florian; titres charmants, si l'on regarde la sincère et surabondante poésie qu'ils recouvrent. C'est dans le pays imaginaire que vit Amoret, la bergère fidèle, pays plein de dieux antiques, et pourtant anglais, pareil à ces paysages humides et verdoyants, où Rubens fait danser des nymphes[104]. «Les plaines penchées descendent, étendant leurs bras jusqu'à la mer, et les bois épais cachent des creux que n'a jamais baisés le soleil.... Là est une source sacrée, où les fées agiles forment leurs rondes, à la pâle clarté de la lune; elles y trempent les petits enfants dérobés, pour les affranchir des lois de notre chair fragile, et de notre grossière mortalité.... Là est un air aussi frais et aussi suave que lorsque le zéphyr en se jouant vient caresser la face des eaux frémissantes. Là sont des fleurs choisies, toutes celles que donne le jeune printemps, des chèvrefeuilles, des narcisses, des chrysanthèmes.»--Le soir venu, «la brume monte, les gouttes de rosée viennent baiser chaque petite fleur et se suspendre à leur tête de velours, comme une corde de grains de corail.» Ce sont là les plantes et les aspects de la campagne anglaise toujours fraîche, tantôt enveloppée d'une pâle brume diaphane, tantôt luisante sous le soleil qui l'essuie, toute regorgeante d'herbes, d'herbes si emplies de séve si délicates qu'au milieu de leur plus éclatant lustre et de leur plus florissante vie, on sent que le lendemain va les faner. Là, pendant une nuit d'été, selon l'usage du temps[105], les jeunes hommes et les jeunes filles vont cueillir des fleurs et échanger des promesses; Amoret avec Périgot, «Amoret, plus belle que la chaste aube rougissante, ou que cette belle étoile qui guide le marin errant à travers l'abîme,» pudique comme une vierge et tendre comme une épouse. «Je te crois, dit-elle à Périgot; cher ami, il me serait dur de te tenir pour infidèle, plus dur qu'à toi de me tenir pour impure.» Si fortes que soient les épreuves, ce coeur donné ne se retirera jamais. Périgot trompé, poussé au désespoir, persuadé qu'elle est une débauchée, la frappe de son épée et la jette à terre, sanglante. Les calomniateurs vont la jeter dans la profonde fontaine; mais le dieu, prenant une des perles de sa chevelure liquide, la laisse tomber sur la blessure; la chaste chair se referme au contact de l'eau divine, et la jeune fille, revenue à elle, va retrouver celui qu'elle aime encore[106]: «Parle, si tu es là, c'est ton Amoret, ta bien-aimée--qui prononce ton cher nom. C'est ton amie,--ton Amoret. Viens ici, pour mettre fin--à tous ces déchirements; regarde-moi, mon ami bien-aimé,--j'ai oublié les souffrances, les chères peines--que j'ai souffertes pour l'amour de toi; je veux bien--être encore ton amour. Pourquoi as-tu déchiré--ces cheveux bouclés où j'ai souvent attaché--des roses fraîches et des rubans, et où j'ai versé--des eaux distillées pour te parer et t'embellir, pour t'embaumer de senteurs plus douces que des bouquets un jour de noces?--Pourquoi croises-tu tes bras et courbes-tu ta tête--sur ta poitrine, laissant tomber coup sur coup de tes deux yeux,--de tes deux yeux, mon ciel,--une pluie de larmes plus précieuses, plus pures que les perles--suspendues autour du front pâle de la lune? Quitte ces désespoirs. Me voici,--la même que j'ai toujours été, aussi tendre et toute à toi comme auparavant.--Je suis capable de vous pardonner avant que vous le demandiez.--En vérité, j'en suis capable, car c'est fait.» Quelqu'un peut-il résister à ce sourire si doux et si triste?--Toujours trompé, il la blesse encore; elle tombe mourante, mais sans colère.--«Voici la fin. Adieu, et vis. Ne trompe pas celle qui t'aimera la première après moi.»--Enfin, une nymphe la guérit, et Périgot, désabusé, vient se mettre à genoux devant elle. Elle lui tend les bras; il a eu beau faire, elle n'a pas changé. «Je suis ton amour--encore et pour toujours ton amour.--Frappe encore une fois sur ma poitrine nue, et je me montrerai--encore aussi constante. Oh! que seulement tu veuilles m'aimer encore!--et comme j'oublierai vite toutes mes peines[107]!» Voilà les touchantes et poétiques figures que ces poëtes mettent dans leurs drames ou à côté de leurs drames, parmi les meurtres, les assassinats, le cliquetis des épées, et les hurlements des tueries, aux prises avec des furieux qui les adorent ou les supplicient, conduites comme eux jusqu'à l'extrémité de leur nature, emportées par leurs tendresses comme ils le sont par leurs violences; c'est ici le déploiement complet, comme l'opposition parfaite de l'instinct féminin porté jusqu'à l'effusion abandonnée, et de l'âpreté virile portée jusqu'à la roideur meurtrière. Ainsi composé et ainsi muni, ce théâtre a pu mettre au jour le plus intime fonds de l'homme, et mettre en jeu les plus puissantes émotions humaines, amener sur la scène Hamlet et Lear, Ophélie et Cordélia, la mort de Desdémone, et les meurtres de Macbeth.
[Note 83: De là le bonheur et la solidité de leur mariage. En France, il n'est qu'une association de _deux camarades_, presque semblables et presque égaux, ce qui produit les tiraillements et la tracasserie continue.]
[Note 84: Voir la peinture de ce caractère dans toute la littérature anglaise et allemande. Le plus grand des observateurs, Stendhal, tout imprégné des moeurs et des idées italiennes et françaises, est stupéfait à cette vue. Il ne comprend rien à cette espèce de dévouement, «à cette servitude, que les maris anglais, sous le nom de devoir, ont eu l'esprit d'imposer à leurs femmes.» Ce sont «des moeurs de sérail.» Voyez aussi _Corinne_.]
[Note 85:
A perfect woman already: meek and patient. Heywood.]
[Note 86: Voir par contraste toutes les femmes de Molière, si françaises, même Agnès et la petite Louison.]
[Note 87: Beaumont and Fletcher. _Philaster_, acte V, sc. V.
EUPHRASIA.
My father oft would speak Your worth and virtue; and as I did grow More and more apprehensive, I did thirst To see the man so praised; but yet all this Was but a maiden longing, to be lost As soon as found; till sitting in my window, Printing my thoughts in lawn, I saw a God, I thought (but it was you), enter our gates. My blood flew out, and back again as fast, As I had puff'd it forth and suck'd it in Like breath. Then was I call'd away in haste To entertain you. Never was a man Heaved from a sheep-cote to a sceptre, raised So high in thought as I: You left a kiss Upon these lips then, which I mean to keep From you for ever; I did hear you talk, Far above singing! After you were gone, I grew acquainted with my heart, and search'd What stirr'd it so: Alas I found it love: Yet far from lust. For could I have but lived In presence of you, I had had my end.... .... Blest be that hand! It meant me well; Again for pity's sake! .... Never, sir, will I Marry; it is a thing within my vow: But if I may have leave to serve the princess, To see the virtues of her lord and her, I shall have hope to live:
ARETHUSA
Come, live with me; Live free as I do; she that loves my lord, Curst be the wife that hates her!]
[Note 88: Rôle de Kaled dans _Lara_, de lord Byron.]
[Note 89: Chose étrange! la princesse n'est point jalouse: «Viens, vis avec moi, vis aussi librement que moi-même. Celle qui aime mon seigneur, maudite soit l'épouse qui voudrait la haïr!»]
[Note 90:
I saw a god. (_Philaster_, acte V, sc. V.)]
[Note 91:
BIANCA.
So dearly I respected both your fame And quality, that I would first have perish'd In my sick thought, than e'er have given consent To have undone your fortunes, by inviting A marriage with so mean a one as I am. I should have died sure, and no creature known The sickness that had kill'd me.... Now since I know There is no difference 'twixt your birth and mine, Not much 'twixt our estates (if any be, The advantage is on my side), I come willingly To tender you the first-fruits of my heart, And am content so accept you for my husband Now when you are at lowest.
CESARIO.
Why, Bianca, Report has cozen'd thee. I am not fallen From my expected honours or possessions, Though from the hope of birth-right.
BIANCA.
Are you not? Then I am lost again! I have a suit too; You'll grant it, if you be a good man. Pray, do not talk of aught I have said to you.... .... Pity me, But never love me more.... I will pray for you, That you may have a virtuous wife, a fair one; And when I am dead....
CESARIO.
Fy, fy!
BIANCA.
Think on me sometimes, With mercy for this trespass!
CESARIO.
Let us kiss At parting as at coming.
BIANCA.
This I have As a free dower to a virgin's grave. All goodness dwell with you! (_The fair maid of the Inn_, acte IV, sc. I.) Beaumont and Fletcher.]
[Note 92: Beaumont and Fletcher, _Thierry and Theodoret_, _The Maid's tragedy_, _Philaster_. Voyez aussi le rôle de Lucina dans _Valentinian_.]
[Note 93:
ORDELLA.
Let it be what it may be then, what it dare, I have a mind will hasard it.
THIERRY. But, hark you; What may that woman merit, makes this blessing?
ORDELLA.
Only her duty sir.
THIERRY. 'Tis terrible!
ORDELLA.
'Tis so much the more noble.
THIERRY.
'Tis full of fearful shadows!
ORDELLA. So is sleep, sir, Or anything that's merely ours and mortal. We were begotten Gods else. But those fears, Feeling but once the fires of nobler thoughts, Fly, like the shapes of the clouds we form, to nothing.
THIERRY.
Suppose it death!
ORDELLA.
I do.
THIERRY.
And endless parting With all we can call ours, with all our sweetness With youth, strength, pleasure, people, time, nay reason! For in the silent grave, no conversation, No joyful tread of friends, no voice of lovers, No careful father's counsel, nothing's heard, Nor nothing is, but all oblivion, Dust and an endless darkness: and dare you, woman, Desire this place?
ORDELLA.
'Tis of all sleeps the sweetest: Children begin it to us, strong men seek it And kings from height of all their painted glories, Fall, like spent exhalations, to this centre....
THIERRY.
Then you can suffer?
ORDELLA.
As willingly as say it.
THIERRY.
Martell, a wonder! Here's a woman that dares die.--Yet tell me, Are you a wife?
ORDELLA.
I am, sir.
THIERRY.
And have children? She sighs, and weeps.
ORDELLA.
Oh none, sir.
THIERRY.
Dare you venture, For a poor barren praise you never shall hear, To part with these sweet hopes?
ORDELLA.
With all but heaven. (_Thierry and Theodoret_, acte IV.)]
[Note 94:
This lady Walks discontented, with her watery eyes Bent on the earth. The unfrequented woods Are her delights; and when she sees a bank Stuck full of flowers, she with a sigh will tell Her servants what a pretty place it were To bury lovers in; and make her maids Pluck 'em, and strew her over like a corpse. She carries with her an infectious grief, That strikes all her beholders; she will sing The mournful'st things that ever ear hath heard, And sigh, and sing again; and when the rest Of our young ladies, in their wanton blood, Tell mirthful tales in course, that fill the room With laughter, she will, with so sad a look, Bring forth a story of the silent death Of some forsaken virgin, which her grief Will put in such a phrase, that, ere she end, She'll send them weeping, one by one, away. (_The Maid's tragedy_, acte I.)]
[Note 95:
Avant d'abandonner mon âme à mes douleurs, Il me faut essayer la force de mes pleurs; En qualité de fille ou de femme, j'espère Qu'ils vaincront un époux ou fléchiront un père: Que si sur l'un ou l'autre ils manquent de pouvoir, Je ne prendrai conseil que de mon désespoir. Apprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.
Impossible de rencontrer une femme plus raisonnable et plus raisonneuse. De même Éliante, Henriette, dans Molière.]
[Note 96:
PENTHEA.