Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Part 34

Chapter 343,933 wordsPublic domain

Cette énergie est sublime; l'homme vaut la cause, et jamais une plus haute éloquence n'égala une plus haute vérité. Des expressions terribles viennent accabler les oppresseurs des livres, les profanateurs de la pensée, les assassins de la liberté, «le concile de Trente et l'inquisition, dont l'accouplement a engendré et parfait ces catalogues et ces index expurgatoires, qui fouillent à travers les entrailles de tant de vieux et bons auteurs par une violation pire que tous les attentats contre leurs tombes[478].» Des expressions égales flagellent les esprits charnels qui croient sans penser et font de leur servilité leur religion. Il y a tel passage qui, par sa familiarité amère, rappelle Swift, et le dépasse de toute la hauteur de l'imagination et du génie. «Un homme dont la foi est vraie peut être hérétique, s'il croit les choses seulement parce que son pasteur les dit. La vérité même qu'il tient devient son hérésie. Un homme riche adonné à son plaisir et à ses profits trouve que la religion est une affaire si embarrassée et encombrée de tant de comptes obscurs qu'il ne sait comment lui ouvrir un crédit parmi ses livres. Que peut-il donc faire, sinon prendre la résolution de quitter ce tracas, et de se déterrer quelque agent, au soin et au crédit duquel il confie toutes ses affaires religieuses? Cet agent sera quelque ecclésiastique estimé et notable. C'est à lui qu'il s'attache; c'est à lui qu'il abandonne tout son magasin de denrées religieuses, avec toutes les clefs et serrures. Et à parler vrai, il fait de cet homme sa religion. De sorte qu'on peut dire que sa religion maintenant n'est plus lui, qu'elle est un être séparé et mobile, qu'elle va et vient près de lui selon que ce brave docteur fréquente la maison. Il le traite, lui fait des présents, le régale, le loge. Sa religion vient chez lui le soir, prie, soupe largement, est conduite à un lit somptueux, se lève, est saluée; après un coup de malvoisie ou de quelque breuvage bien épicé, sa religion fait un bon déjeuner, sort à huit heures, et laisse son excellent hôte dans la boutique, trafiquant tout le jour, sans sa religion[479].» Il a daigné railler un instant, avec quelle poignante ironie vous venez de le voir. Mais l'ironie, si poignante qu'elle soit, lui semble faible[480]. Écoutez-le, quand il revient à lui-même, quand il rentre dans l'invective ouverte et sérieuse, quand après le fidèle charnel il accable le prélat charnel. «La table de la communion, changée en une table de séparation, est debout comme une plate-forme, exhaussée sur le front du choeur, fortifiée d'un boulevard et d'une palissade pour écarter l'attouchement profane des laïques, pendant que le prêtre obscène et repu n'a pas scrupule de tortiller et de mâcher le pain sacramentel aussi familièrement qu'un massepain de sa taverne[481].» Il triomphe en songeant que toutes ces profanations seront payées. L'atroce doctrine de Calvin a fixé de nouveau les yeux des hommes sur le dogme de la malédiction et de la damnation éternelle. L'enfer à la main, Milton menace; il s'enivre de justice et de vengeance parmi les abîmes qu'il ouvre et les flammes qu'il brandit. «Ils seront jetés éternellement dans le plus noir et le plus profond gouffre de l'enfer, sous le règne outrageux, sous les pieds, sous les dédains de tous les autres damnés, qui, dans l'angoisse de leurs tortures, n'auront pas d'autre plaisir que d'exercer une frénétique et bestiale tyrannie sur eux, leurs serfs et leurs nègres, et ils resteront dans cette condition pour toujours, les plus vils, les plus profondément abîmés, les plus dégradés, les plus foulés et les plus écrasés de tous les esclaves de la perdition[482].» La fureur ici monte au sublime, et le Christ de Michel-Ange n'est pas plus inexorable et plus vengeur.

Comblons la mesure; joignons, comme il le fait, les perspectives du ciel aux visions des ténèbres: le pamphlet devient un hymne. «Quand je rappelle à mon esprit, dit-il, comment enfin, après tant de siècles pendant lesquels le large et sombre cortége de l'Erreur avait presque balayé toutes les étoiles hors du firmament de l'Église, la brillante et bienheureuse Réforme lança son rayon à travers la noire nuit épaissie de l'ignorance et de la tyrannie antichrétiennes, il me semble qu'une joie souveraine et vivifiante doit entrer à flots dans la poitrine de celui qui lit ou qui écoute; et que la suave odeur de l'Évangile ramené baigne son âme de tous les parfums du ciel[483].» Surchargées d'ornements, prolongées à l'infini, ces périodes sont des choeurs triomphants d'_alleluias_ angéliques chantés par des voix profondes au son de dix mille harpes d'or. Au milieu de ses syllogismes, Milton prie, soutenu par l'accent des prophètes, entouré par les souvenirs de la Bible, ravi des splendeurs de l'Apocalypse, mais retenu à la porte de l'hallucination par la science et la logique, au plus haut de l'air serein et sublime, sans monter dans la région brûlante où l'extase fond la raison avec une majesté d'éloquence et une grandeur solennelle que rien ne surpasse, dont la perfection prouve qu'il est entré dans son domaine, et au delà du prosateur promet le poëte[484]: «Toi qui siéges dans une gloire et dans une lumière inaccessibles, père des anges et des hommes! et toi aussi, roi tout-puissant, rédempteur de ce reste perdu dont tu as pris la nature, ineffable et immortel amour! toi enfin, troisième substance de la divine infinitude, esprit illuminateur, la joie et la consolation de toute chose créée! regarde cette pauvre Église épuisée et presque expirante! Oh! ne leur laisse pas achever leurs pernicieux desseins. Ne permets pas qu'ils nous enveloppent encore une fois dans ce nuage obscur de ténèbres infernales où nous n'apercevrons plus le soleil de ta vérité, où jamais nous n'espérerons l'aurore consolatrice, où jamais nous n'entendrons plus chanter l'oiseau de ton matin!... Qui ne t'aperçoit aujourd'hui dans ta marche éclatante, au milieu de ton sanctuaire, entre ces candélabres d'or longtemps obscurcis chez nous par la violence de ceux qui les avaient saisis, attirés plutôt par le désir de leur or que par l'amour de leur rayonnante clarté? Viens donc, ô toi qui as les sept étoiles dans ta main droite; établis tes prêtres choisis, selon leur ordre et leurs rites antiques, pour accomplir devant tes yeux leur office et verser religieusement l'huile consacrée dans tes lampes saintes toujours brûlantes. Tu as envoyé pour cette oeuvre, par toute la contrée, un esprit de prière sur tes serviteurs, et tu as éveillé leurs voeux, comme le bruit d'une multitude d'eaux autour de ton trône. Oh! achève, et accomplis tes glorieux actes. Sors de tes chambres royales, ô prince de tous les rois de la terre; revêts les robes visibles de ta majesté impériale, prends en main le sceptre universel que ton père t'a transmis, car maintenant la voix de ta fiancée t'appelle, et toutes les créatures soupirent pour être renouvelées[485].» Ce cantique de supplications et d'allégresse est une effusion de magnificences, et, en sondant toutes les littératures, vous ne rencontrerez guère de poëtes égaux à ce prosateur.

Est-il vraiment prosateur? La dialectique empêtrée, l'esprit pesant et maladroit, la rusticité fanatique et féroce, la grandeur épique des images soutenues et surabondantes, le souffle et les témérités de la passion implacable et toute-puissante, la sublimité de l'exaltation religieuse et lyrique: on ne reconnaît point à ces traits un homme né pour expliquer, persuader et prouver. La scolastique et la grossièreté du temps ont émoussé ou rouillé sa logique. L'imagination et l'enthousiasme l'ont emporté et enchaîné dans les métaphores. Ainsi égaré ou gâté, il n'a pu produire d'oeuvre parfaite: il n'a écrit que des pamphlets utiles, commandés par l'intérêt pratique et la haine présente, et de beaux morceaux isolés, inspirés par la rencontre d'une grande idée et par l'essor momentané du génie. Pourtant, dans ces débris abandonnés, l'homme apparaît tout entier. L'esprit systématique et lyrique se peint dans le pamphlet comme dans le poëme; la faculté d'embrasser des ensembles et d'en être ébranlé restes égale en Milton dans ses deux carrières, et vous allez voir dans _le Paradis_ et dans le _Comus_ ce que vous avez rencontré dans le _Traité de la Réforme_ et dans les _Remarques sur l'Opposant_.

[Note 454: Voici les titres des principaux écrits en prose de Milton: _History of Reformation_, -- _the Reason of Church government urged against prelacy_, -- _Animadversions upon the remonstrant_, -- _Doctrine and discipline of Divorce_, -- _Tetrachordon_, -- _Tractate of Education_, -- _Areopagitica_, -- _Tenure of Kings and Magistrates_, -- _Iconoclastes_, -- _History of Britain_, -- _Thesaurus linguæ latinæ_, -- _History of Moscovy_, -- _de Logicæ Arte_, etc.]

[Note 455: Professor triobolaris.]

[Note 456: Saumaise disait de la mort du roi: «Horribilis nuntius aures nostras atroci vulnere, sed magis mentes perculit.»--Milton répond: «Profecto nuntius iste horribilis aut gladium multo longiorem eo quem strinxit Petrus habuerit oportet, aut aures istæ auritissimæ fuerint, quas tam longinquo vulnere perculerit.»

--«Oratorem tam insipidum et insulsum ut ne ex lacrymis quidem ejus mica salis exiguissima possit exprimi.»

«Salmasius nova quadam metamorphosi salmacis factus est.»]

[Note 457: Je transcris un de ces griefs et une de ces plaintes. Le lecteur jugera par la grandeur des outrages de la grandeur des ressentiments:

«L'humble pétition du docteur Alexandre Leighton, prisonnier dans la Flotte.

«Il remontre humblement:

«Que le 17 février 1630 il fut appréhendé, revenant du sermon, par un mandat de la haute commission, et traîné le long des rues avec des haches et des bâtons jusqu'à la prison de Londres.--Que le geôlier de Newgate, étant appelé, lui mit les fers et l'emmena de haute force dans un trou à chien, infect et tombant en ruine, plein de rats et de souris, n'ayant de jour que par un petit grillage, le toit étant effondré, de sorte que la pluie et la neige battaient sur lui; n'ayant point de lit, ni de place pour faire du feu, hormis les ruines d'une vieille cheminée qui fumait: dans ce lamentable endroit, il fut enfermé environ quinze semaines, personne n'ayant permission de venir le voir, jusqu'à ce qu'enfin sa femme seule fut admise.--Que le quatrième jour après son emprisonnement, le poursuivant, avec une grande multitude, vint dans sa maison pour chercher des livres de jésuites, et traita sa femme d'une façon si barbare et si inhumaine qu'il a honte de la raconter, qu'ils dépouillèrent toutes les chambres et toutes les personnes, portant un pistolet sur la poitrine d'un enfant de cinq ans et le menaçant de le tuer s'il ne découvrait les livres....--Que pour lui il fut malade, et, dans l'opinion de quatre médecins, empoisonné, parce que tous ses cheveux et sa peau tombèrent.--Qu'au plus fort de cette maladie la cruelle sentence fut prononcée contre lui et exécutée le 26 novembre, où il reçut sur son dos nu trente-six coups d'une corde à trois brins, ses mains étant liées à un poteau.--Qu'il fut debout près de deux heures au pilori par le froid et par la neige, puis marqué d'un fer rouge au visage, le nez fendu et les oreilles coupées. Qu'après cela il fut emmené par eau à la Flotte et enfermé dans une chambre telle qu'il y fut toujours malade et au bout de huit ans jeté dans la prison commune.» Il avait soixante-douze ans.

(Neal, _History of the Puritans_, II, 19.)]

[Note 458: Réponse au _Portrait royal_, ouvrage attribué au roi, en faveur du roi.]

[Note 459: The sour leaven of human traditions mixed in one putrified mass with the poisonous dregs of hypocrisie in the heart of Prelates that lie basking in the sunny warmth of wealth and promotion, is the serpent's egg that will hatch an antechrist wheresoever, and ingender the same monster as big or little as the lump is which breeds him (p. 268).]

[Note 460: _Of Reformation in England._]

[Note 461: The loss of Cicero's works alone, or those of Livy could not be repaired by all the fathers of the church. (_Areopagitica._)]

[Note 462: _The Doctrine and Discipline of Divorce._]

[Note 463: Dans son _Areopagitica_.]

[Note 464: What advantage is it to be a man, over it is to be a boy at school, if we have only escaped the ferula, to come under the fescue of an imprimatur? if serious and elaborate writings, as if they were no more than the theme of a grammar-lad under his pedagogue, must not be uttered without the cursory eyes of a temporizing and extemporizing licenser? He who is not trusted with his own actions, his drift not being known to be evil, and standing to the hazard of law and penalty, has no great arguments to think himself reputed in the commonwealth wherein he was born for other than a fool or a foreigner. When a man writes to the world, he summons up all his reason and deliberation to assist him; he searches, meditates, is industrious, and likely consults and confers with his judicious friends; after all which done, he takes himself to be informed in what he writes, as well as any that wrote before him; if in this, the most consummate act of his fidelity and ripeness, no years, no industry, no former proof of his abilities, can bring him to that state of maturity, as not to be still mistrusted and suspected, unless he carry all his considerate diligence, all his midnight watchings, and expense of Palladian oil, to the hasty view of an unleisured licenser, perhaps much his younger, perhaps far his inferior in judgment, perhaps one who never knew the labour of book-writing; and if he be not repulsed, or slighted, must appear in print like a puny with his guardian, and his censor's hand on the back of his title to be his bail and surety, that he is no idiot or seducer; it cannot be but a dishonour and derogation to the author, to the book, to the privilege and dignity of learning.]

[Note 465: Yet these are the men cryed out against for schismatick and sectaries, as if while the temple of the Lord was building, some cutting, some squaring the marble, others hewing the cedars, there should be a sort of irrational men, who could not consider there must be many schisms and many dissections made in the quarry and the timber, ere the house of God can be built. And when every stone is laid artfully together, it cannot be united in a continuity, it can be but contiguous in this world; nay, rather, the perfection consists in this, that out of many moderate varieties and brotherly dissimilitudes that are not vastly disproportionnal, arises the goodly and graceful symmetry that commends the whole pile and structure.]

[Note 466: Behold now this vast city, a city of refuge, the mansionhouse, of liberty, encompassed and surrounded with his protection; the shop of war has not there more anvils and hammers waking, to fashion out the plates and instruments of armed justice in defence of beleaguered Truth, than there be pens and heads there, sitting by their studious lamps, musing, searching, revolving new notions and ideas, wherewith to present with their homage and fealty the approaching Reformation. What could a man require more from a nation so pliant and so prone to seek after knowledge? What wants there to such a towardly and pregnant soil, but wise and faithful labourers, to make a knowing people, a nation of prophets, of sages, and of worthies?]

[Note 467: Methinks I see in my mind a noble and puissant nation rousing herself like a strong man after sleep, and shaking her invincible locks; methinks I see her as an eagle mewing her mighty youth, and kindling her undazzled eyes at the full midday beam; purging and unscaling her long-abused sight at the fountain itself of heavenly radiance; while the whole noise of timorous and flocking birds, with those also that love the twilight, flutter about, amazed at what she means, and in their envious gabble would prognosticate a year of sects and schisms.]

[Note 468: Le mot anglais est plus vrai et plus frappant: _peasantly regard_.]

[Note 469: If in less noble and almost mechanick arts he is not esteemed to deserve the name of a compleat architect, an excellent painter, or the like, that bears not a generous mind above the peasantly regard of wages and hire, much more must we think him a most imperfect and incompleat Divine, who is so far from being a contemner of filthy lucre, that his whole Divinity is moulded and bred up in the beggarly and brutish hopes of a fat prebendary, deanery, or bishoprick.]

[Note 470: In this manner the Prelats coming from a mean and plebeian life, on a sudden, to be lords of stately palaces, rich furniture, delicious fare, and princely attendance, thought the plain and home-spun verity of Christ's gospel unfit any longer to hold their Lordship's acquaintance, unless the poor thread-bare matron were put into better clothes; her chast and modest veil surrounded with celestial beams, they overlaid with wanton tresses, and in a flaring attire bespeckled her with all the gaudy allurements of a whore.]

[Note 471: What greater debasement can there be to Royal dignity, whose towering and stedfast heights rest upon the immovable foundations of justice and heroic virtue, than to chain it, in a dependance of subsisting or ruining, to the painted battlements and gaudy rottenness of prelatry, which wants but one puff of the king to blow them down like a paste-board house built of _court cards_.

C'est au commencement de la guerre civile que Milton écrivait cela: il n'était pas encore républicain.]

[Note 472:.... As if they could make God earthly and fleshy, because they could not make themselves heavenly and spiritual, they began to draw down all the divine intercourse betwixt God and the soul, yea the very shape of God himself, into an exterior and bodily form.... They hallowed it, they fumed it, they sprinkled it, they bedecked it, not in robes of pure innocence, but of pure linnen, with other deformed and fantastick dresses, in palls and mitres, and guegaws fetched from Aaron's old wardrobe, or the Flamin's vestry. Then was the priest set to con his motions and his postures, his Liturgies and his Lurries, till the soul by these means of overbodying herself, given up justly to fleshy delights, bated her wing apace downward; and finding the ease she had from her visible and sensuous collegue the body, in performance of religious duties, her pinions now broken and flagging, shifted off from herself the labour of high-soaring any more, forgot her heavenly flight, and left the dull and drailing carcase to plod on the old road, and drudging trade of outward conformity. (_Of Reformation in England._)]

[Note 473: I cannot praise a fugitive and cloistered, unexercised and unbreathed virtue, that never sallies out and sees her adversary, but slinks out of the race where that immortal garland is to be run for, not without dust and heat. (P. 429.)]

[Note 474: He never left baiting and goring the successor of his best Lord Constantine by his barking curses and excommunications. (P. 264.)]

[Note 475: No envious Juno sat cross-legged over the nativity of any man's intellectual offspring. (P. 427.)]

[Note 476: Whatsoever either time or the heedless hand of blind chance has drawn down to this present in her huge drag-net, whether fish or sea-weed, shells, or shrubs, unpick'd, unchosen, those are the Fathers. (_On Prelatical Episcopacy._)]

[Note 477: For books are not absolutely dead things, but do contain a potency of life in them, to be as active as that soul whose progeny they are; nay, they do preserve, as in a vial, the purest efficacy and extraction of that living intellect that bred them. I know they are as lively, and as vigorously productive, as those fabulous dragon's teeth; and being sown up and down, may chance to spring up armed men. And yet, on the other hand, unless wariness be used, as good almost kill a man as kill a good book: who kills a man kills a reasonable creature, God's image; but he who destroys a good book, kills reason itself, kills the image of God, as it were, in the eye. Many a man lives a burden to the earth; but a good book is the precious life-blood of a master-spirit, embalmed and treasured up on purpose to a life beyond life. 'Tis true no age can restore a life, whereof perhaps there is no great loss; and revolutions of ages do not oft recover the loss of a rejected truth, for the want of which whole nations fare the worse. We should be wary, therefore, what persecution we raise against the living labours of public men, how we spill that seasoned life of man, preserved and stored up in books; since we see a kind of homicide may be thus committed, sometimes a kind of martyrdom; and if it extend to the whole impression, a kind of massacre, whereof the execution ends not in the slaying of an elemental life, but strikes at the ethereal and soft essence, the breath of reason itself, slays an immortality rather than a life.]

[Note 478: The Council of Trent and the Spanish Inquisition engendering together brought forth or perfected those catalogues, and expurging Indexes that rake through the entrails of many an old good author with a violation worse than any that could be offered to his tomb. (P. 426.)]

[Note 479: A man may be an heretic in the truth if he believes things only because his pastor says so.... The very truth he holds becomes his heresie.... A wealthy man addicted to his pleasure and to his profits, finds religion to be a traffic so entangled and of so many piddling accounts, that of all mysteries he cannot skill to keep a stock going upon his trade.... What does he therefore, but resolves to give over toyling and to find himself out some factor to whose care and credit he may commit the whole managing of his religious affairs? Some Divine of note, and estimation that must be. To him he adheres, resigns the whole warehouse of his religion, with all the locks and keys, in his custody; and indeed makes the person of this man his religion. So that a man may say his religion is now no more within himself, but is become a dividual moveable, and goes and comes near him, according as that good man frequents the house. He entertains him, gives him gifts, feasts him, lodges him; his religion comes home at night, prays, is liberally supt, and sumptuously laid to sleep; rises, is saluted, and, after the malmsey, or some well-spiced beverage, and better breakfasted, his religion walks abroad at night, and leaves his kind entertainer in the shop trading all day without his religion.]

[Note 480: Quand il est simplement comique, il arrive comme Swift et Hogarth à la bizarrerie rude et drolatique: «A bishop's foot that has all his toes (maugre the gout) and a linen sock over it, is the aptest emblem of the prelat himself; who being a pluralist may, under one surplice, hide four benefices, besides that great metropolitan toe.»]

[Note 481: The table of communion now become a table of separation, stands like an exalted platform upon the brow of the quire, fortified with a bulwark and barricado, to keep off the profane touch of the laics, whilst the obscene and surfeited priest scruples not to paw and mammock the sacramental bread, as familiar as his tavern bisket.]

[Note 482: They shall be thrown eternally into the darkest and deepest gulf of hell, where, under the despiteful controul, the trample and spurn of all the other damned, that in the anguish of their torture shall have no other ease than to exercice a raving and bestial tyranny over them as their slaves and negroes, they shall remain in that plight for ever the basest, the lowermost, the most dejected, most underfoot, and down-trodded vassals of perdition.]