Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)
Part 26
Au milieu d'eux s'élève un écrivain de génie, poëte en prose, doué d'imagination comme Spenser et comme Shakspeare, Jeremy Taylor, qui, par la pente de son esprit comme par les événements de sa vie, était destiné à présenter aux yeux l'alliance de la Renaissance et de la Réforme, et à transporter dans la chaire le style orné de la cour. Prédicateur à Saint-Paul, goûté et admiré des gens du monde «pour sa beauté juvénile et florissante, pour son air gracieux,» pour sa diction splendide, protégé et placé par l'archevêque Laud, il écrivit pour le roi une défense de l'épiscopat, devint chapelain de l'armée royale, fut pris, ruiné, emprisonné deux fois par les parlementaires, épousa une fille naturelle de Charles Ier, puis, après la Restauration, fut comblé d'honneurs, devint évêque, membre du conseil privé, et chancelier de l'Université d'Irlande: par toutes les parties de sa vie, heureuse et malheureuse, privée et publique, on voit qu'il est anglican, royaliste, imbu de l'esprit des cavaliers et des courtisans; non qu'il ait leurs vices; au contraire, il n'y eut point d'homme meilleur ni plus honnête, plus zélé dans ses devoirs, plus tolérant par ses principes, en sorte que, gardant la gravité et la pureté chrétiennes, il n'a pris à la Renaissance que sa riche imagination, son érudition classique et son libre esprit. Mais pour ce qui est de ces dons, il les a tout entiers, tels qu'ils sont chez les plus brillants et les plus inventifs entre les gentilshommes du monde, chez sir Philip Sidney, chez lord Bacon, chez sir Thomas Brown, avec les grâces, les magnificences, les délicatesses qui sont le propre de ces génies si sensitifs et si créateurs, et en même temps avec les redondances, les singularités, les disparates inévitables dans un âge où l'excès de la verve empêchait la sûreté du goût. Comme tous ces écrivains, comme Montaigne, il est imbu de l'antiquité classique; il cite en chaire des anecdotes grecques et latines, des passages de Sénèque, des vers de Lucrèce et d'Euripide, et cela à côté des textes de la Bible, de l'Évangile et des Pères. Le _cant_ n'était point encore établi; les deux grandes sources d'enseignement, la païenne et la chrétienne, coulaient côte à côte, et on les recueillait dans le même vase, sans croire que la sagesse de la raison et de la nature pût gâter la sagesse de la foi et de la révélation. Figurez-vous donc ces étranges sermons, où les deux éruditions, l'hellénique et l'évangélique, affluent ensemble avec les textes, et chaque texte cité dans sa langue; où, pour prouver que les pères sont souvent malheureux dans leurs enfants, l'auteur allègue coup sur coup Chabrias, Germanicus, Marc-Aurèle, Hortensius, Quintus Fabius Maximus, Scipion l'Africain, Moïse et Samuel; où s'entassent en guise de comparaisons et d'illustrations le fouillis des historiettes et des documents botaniques, astronomiques, zoologiques, que les encyclopédies et les rêveries scientifiques déversent en ce moment dans les esprits. Taylor vous contera l'histoire des ours de Pannonie, qui, blessés, s'enferrent plus avant; celle des pommes de Sodome qui sont belles d'apparence, mais au dedans pleines de pourriture et de vers, et bien d'autres anecdotes encore. Car c'est le trait marquant des hommes de cet âge et de cette école, de n'avoir point l'esprit nettoyé, aplani, cadastré, muni d'allées rectilignes, comme les écrivains de notre dix-septième siècle et comme les jardins de Versailles, mais plein et comblé de faits circonstanciés, de scènes complètes et dramatiques, de petits tableaux colorés, tous pêle-mêle et mal époussetés, en sorte que, perdu dans l'encombrement et la poussière, le spectateur moderne crie à la pédanterie et à la grossièreté. Les métaphores pullulent les unes par-dessus les autres, s'embarrassent l'une dans l'autre, et se bouchent l'issue les unes aux autres, comme dans Shakspeare. On croyait en suivre une, en voilà une seconde qui commence, puis une troisième qui coupe la seconde, et ainsi de suite, fleur sur fleur, girandole sur girandole, si bien que sous les scintillements la clarté se brouille, et que la vue finit par l'éblouissement. En revanche, et justement en vertu de cette même structure d'esprit, Taylor imagine les objets, non pas vaguement et faiblement par quelque indistincte conception générale, mais précisément, tout entiers, tels qu'ils sont, avec leur couleur sensible, avec leur forme propre, avec la multitude de détails _vrais et particuliers_ qui les distinguent dans leur espèce. Il ne les connaît point par ouï-dire; il les a vus. Bien mieux, il les voit en ce moment, et les fait voir. Lisez ce morceau, et dites s'il n'a pas l'air copié dans un hôpital ou sur un champ de bataille: «Comment pouvons-nous nous plaindre de la débilité de notre force ou de la pesanteur des maladies, quand nous voyons un pauvre soldat debout sur une brèche, presque exténué de froid et de faim, sans pouvoir être soulagé de son froid que par une chaleur de colère, par une fièvre ou par un coup de mousquet, ni allégé de sa faim que par une souffrance plus grande ou par quelque crainte énorme? Cet homme se tiendra debout, sous les armes et sous les blessures, sous la chaleur et le soleil, pâle et épuisé, accablé, et néanmoins vigilant. La nuit, on lui extraira une balle de la chair, ou des éclats enfoncés dans ses os; il tendra sa bouche violemment fendue pour qu'on la lui recouse: tout cela pour un homme qu'il n'a jamais vu, ou par qui, s'il l'a vu, il n'a pas été remarqué, un homme qui l'enverra à la potence s'il essaye de fuir toutes ces misères[372].» Voilà l'avantage de l'imagination complète sur la raison ordinaire. Elle produit d'un bloc vingt ou trente idées et autant d'images, épuisant l'objet que l'autre ne fait que désigner et effleurer. Il y a un millier de circonstances et de nuances dans chaque événement; et elles sont toutes enfermées dans des mots vivants comme ceux que voici: «J'ai vu les gouttelettes d'une source suinter à travers le fond d'une digue, et amollir la lourde maçonnerie, jusqu'à la rendre assez ployante pour garder l'empreinte d'un pied d'enfant; on dédaignait cette petite source, on ne s'en inquiétait pas plus que des perles déposées par une matinée brumeuse, jusqu'au moment où elle eut frayé sa route et fait un courant assez fort pour entraîner les ruines de sa rive minée, et envahir les jardins voisins; mais alors les gouttes dédaignées s'étaient enflées jusqu'à devenir une rivière factice et une calamité intolérable. Telles sont les premières entrées du péché; elles peuvent trouver leur barrière dans une sincère prière du coeur, et leur frein dans le regard d'un homme respectable ou dans les avis d'un seul sermon; mais quand de tels commencements sont négligés...., ils se changent en ulcères et en maladies pestilentielles; ils détruisent l'âme par leur séjour, tandis qu'à leur première entrée ils auraient pu être tués par la pression du petit doigt[373].» Tous les extrêmes se rencontrent dans cette imagination-là. Les cavaliers qui l'écoutent y trouvent, comme chez Ford, Beaumont et Fletcher, la copie crue de la vérité la plus brutale et la plus immonde, et la musique légère des songes les plus gracieux et les plus aériens, les puanteurs et les horreurs médicales[374], et tout d'un coup les fraîcheurs et les allégresses du plus riant matin; l'exécrable détail de la lèpre, de ses boutons blancs, de sa pourriture intérieure, et cette aimable peinture de l'alouette, éveillée parmi les premières senteurs des champs. «Je l'ai vue s'élevant de son lit de gazon, et, prenant son essor, monter en chantant, tâcher de gagner le ciel et gravir jusqu'au-dessus des nuages; mais le pauvre oiseau était repoussé par le bruyant souffle d'un vent d'est, et son vol devenait irrégulier et inconstant, rabattu comme il l'était par chaque nouveau coup de la tempête, sans qu'il pût regagner le chemin perdu avec tous les balancements et tous les battements de ses ailes, tant qu'enfin la petite créature fut contrainte de se poser, haletante, et d'attendre que l'orage fût passé; alors elle prit un essor heureux, et se mit à monter, à chanter, comme si elle eût appris sa musique et son essor d'un de ces anges qui traversent quelquefois l'air pour venir exercer leur ministère ici-bas. Telle est la prière d'un homme de bien[375].» Et il continue, avec la grâce, quelquefois avec les propres mots de Shakspeare. Chez le prédicateur comme chez le poëte, comme chez tous les cavaliers et tous les artistes de l'époque, l'imagination est si complète qu'elle atteint le réel jusque dans sa fange, et l'idéal jusque dans son ciel.
Comment le vrai sentiment religieux a-t-il pu s'accommoder d'allures si mondaines et si franches? Il s'en est accommodé pourtant; bien mieux, elles l'ont fait naître: chez Taylor, comme chez les autres, la poésie libre conduit à la foi profonde. Si cette alliance aujourd'hui nous étonne, c'est qu'à cet endroit nous sommes devenus pédants. Nous prenons un homme compassé pour un homme religieux. Nous sommes contents de le voir roide dans un habit noir, serré dans une cravate blanche et un formulaire à la main. Nous mettons la piété dans la décence, dans la correction, dans la régularité permanente et parfaite. Nous interdisons à la foi tout langage franc, tout geste hardi, toute fougue et tout élan d'action ou de parole; nous sommes scandalisés des gros mots de Luther, des éclats de rire qui secouent sa puissante bedaine, de ses colères d'ouvrier, de ses nudités et de ses ordures, de la familiarité audacieuse avec laquelle il manie son Christ et son Dieu[376]. Nous ne voyons pas que ces libertés et ces abandons sont justement les signes de la croyance entière, que la conviction chaleureuse et immodérée est trop sûre d'elle-même pour s'astreindre à un style irréprochable, que la religion prime-sautière consiste non en bienséances, mais en émotions. Elle est un poëme, le plus grand de tous, un poëme auquel on croit; voilà pourquoi ces gens la trouvent au bout de leur poésie; la façon dont Shakspeare et tous les tragiques considèrent le monde y conduit; encore un pas, et Jacques, Hamlet y vont entrer. Cette énorme obscurité, cette noire mer inexplorée[377] qu'ils aperçoivent au terme de notre triste vie, qui sait si elle n'est pas bordée par un autre rivage? L'anxieuse idée du ténébreux _au-delà_ est nationale, et c'est pour cela qu'ici la renaissance nationale en ce moment devient chrétienne. Quand Taylor parle de la mort, il ne fait que reprendre et achever une pensée que Shakspeare ébauchait déjà[378]. «Toutes les successions de la durée, tous les changements de la nature, les milliers de milliers d'accidents de ce monde, et tous les événements qui arrivent à chaque homme et à chaque créature nous prêchent notre sermon funèbre, et nous avertissent de regarder et de voir comment le Temps, ce vieux fossoyeur, jette les pelletées de terre et nous creuse la fosse où nous irons enfouir nos joies et nos peines, et déposer nos corps comme une semence qui lèvera au jour magnifique ou intolérable de l'éternité.» Car, outre cette mort finale qui nous engloutit tout entiers, il y a les morts partielles qui nous dévorent pièce à pièce. «Nous sommes morts à tous les mois que nous avons déjà vécus, et nous ne les revivrons jamais une seconde fois.» Et voilà comme nous laissons derrière nous, lambeau par lambeau, toute notre vie, d'abord notre première vie engourdie et obscure «quand nous sortons du ventre de notre mère pour sentir la chaleur du soleil. Après cela nous dormons et nous entrons dans une sorte de mort, où nous gisons insouciants de tous les changements de l'univers..., aussi indifférents que si nos yeux étaient clos avec l'argile humide qui pleure dans les entrailles de la terre. Au bout de sept ans, nos dents tombent et meurent avant nous: c'est le prologue de la tragédie; et à chaque fois sept ans, on peut bien parier que nous jouerons notre dernière scène. Peu à peu la nature, le hasard ou le vice viennent nous prendre notre corps par morceaux, affaiblissant une portion, en relâchant une autre, en sorte que nous goûtons d'avance le tombeau et les solennités de nos propres funérailles, d'abord, dans les organes qui ont été les ministres du vice, puis dans ceux qui nous servaient pour l'ornement; et au bout d'un peu de temps, même ceux qui ne servaient qu'à nos nécessités se trouvent hors d'usage et s'embarrassent comme les roues d'une horloge détraquée. Nos cheveux tombent; toilette funèbre qui annonce un homme entré bien avant dans la région et les domaines de la mort. Puis bien d'autres signes: les cheveux gris, les dents gâtées, les yeux troubles, les articulations tremblantes, l'haleine courte, les membres roides, la peau ridée, la mémoire défaillante, l'appétit moindre; même la faim et la soif de chaque journée crient pour que nous remplacions cette portion de notre substance que la mort a dévorée pendant la longue nuit, lorsque nous gisions dans son giron et que nous dormions dans son vestibule. Ainsi chaque repas nous sauve d'une mort et prépare à une autre mort la pâture. Bien plus, pendant que nous pensons une pensée, nous mourons, et nous avons moins à vivre à chaque mot qui sort de notre bouche.» Par-dessus toutes ces destructions, d'autres destructions travaillent; le hasard nous fauche aussi bien que la nature, et nous sommes la proie de l'accident comme de la nécessité. «La nature ne nous a donné qu'une moisson chaque année, mais la mort en a deux; l'automne et le printemps envoient aux charniers des troupes d'hommes et de femmes.... Combien de mères enceintes se sont réjouies de la fécondité de leurs entrailles et se sont complu dans la pensée qu'elles allaient devenir un canal de bénédictions pour une famille! Et voilà que la sage-femme, promptement, a cousu dans le suaire leurs têtes et leurs pieds, et les a emportées dehors pour la sépulture. La mort règne dans toutes les parties de notre année, et vous ne pouvez aller nulle part sans fouler les os d'un mort[379].»
Ainsi roulent ces puissantes paroles, sublimes comme le motet d'un orgue; cet universel écrasement des vanités humaines a la grandeur funéraire d'une tragédie; la piété ici sort de l'éloquence, et le génie conduit à la foi. Toutes les forces et aussi toutes les tendresses de l'âme sont remuées. Ce n'est pas un froid rigoriste qui parle, c'est un homme, un homme ému qui a des sens, un coeur, qui est devenu chrétien non par la mortification, mais par le développement de tout son être. «Considérez la vivacité de la jeunesse, les belles joues et les yeux pleins de l'enfance, la force et la vigoureuse flexibilité des membres de vingt-cinq ans, puis en regard le visage creux, la pâleur de mort, le dégoût et l'horreur d'une sépulture de trois jours. J'ai vu de la même façon une rose sortir des fentes de son chaperon de feuilles; d'abord elle était belle comme le matin et pleine de la rosée du ciel; mais quand un souffle rude eut brutalement livré au jour sa modestie virginale et démantelé sa trop fraîche et trop frêle retraite, elle commença à se ternir, puis à décliner vers l'abattement et la vieillesse maladive; elle pencha la tête, sa tige se rompit, et le soir, ayant perdu quelques-unes de ses feuilles et toute sa beauté, elle tomba dans le sort des mauvaises herbes et des visages flétris. Tel est le sort de tout homme et de toute femme: devenir l'héritage des vers et des serpents dans la froide terre immonde, avec notre beauté si changée que bientôt nos amis ne nous reconnaîtraient plus; et ce changement mêlé de tant d'horreur.... que ceux qui six heures auparavant nous comblaient de leurs charitables ou ambitieux services, ne peuvent sans quelque regret rester seuls dans la chambre où gît le corps dépouillé de la vie et de ses honneurs[380].»
Amené là, comme Hamlet au cimetière, parmi les crânes qu'il reconnaît et sous l'oppression de la mort qu'il touche, l'homme n'a plus qu'un effort à faire pour voir se lever dans son coeur un nouveau monde. Il cherche le remède de ses tristesses dans l'idée de la justice éternelle, et l'implore avec une ampleur de paroles qui fait de la prière un hymne en prose aussi beau qu'une oeuvre d'art.
«Éternel Dieu[381], tout-puissant père des hommes et des anges, par le soin et la providence de qui je suis conservé et gardé, soutenu et assisté, je te demande humblement de pardonner les péchés et les folies de cette journée, la faiblesse de mon service et la force de mes passions, la témérité de mes paroles, la vanité et le mal de mes actions. Ô juste et bien-aimé Dieu, combien de temps encore viendrai-je ainsi encore confesser mes péchés, prier contre leur séduction, et pourtant retomber sous leur prise! Oh! qu'il n'en soit plus ainsi, et que je ne retourne jamais aux folies dont je suis humilié, qui amènent le chagrin, et la mort, et ton déplaisir pire que la mort! Donne-moi l'empire sur mes penchants, et une parfaite haine du péché, et un amour de toi au-dessus de tous les désirs de ce monde. Qu'il te plaise de me préserver et de me défendre cette nuit de tout péché, de toute violence du hasard, de la malice des esprits des ténèbres. Garde-moi dans mon sommeil, et, endormi ou éveillé, que je sois ton serviteur. Sois le premier et le dernier de mes pensées, et le guide et l'assistance continuelle de toutes mes actions. Préserve mon corps, pardonne le péché de mon âme et sanctifie mon coeur. Que je vive toujours saintement, justement, sagement; et quand je mourrai, reçois mon âme[382]....»
[Note 363: «Ô éloquente, juste et puissante mort! Celui que personne n'osait avertir, tu l'as persuadé. Ce que personne n'osait faire, tu l'as fait. Celui que tout le monde a flatté, toi seule tu l'as jeté hors du monde et méprisé. Ta as ramassé ensemble toute la grandeur si fort tendue, tout l'orgueil, la cruauté, l'ambition de l'homme, et couvert tout ensemble de ces deux mots étroits: _Hic jacet._»]
[Note 364: _The Ecclesiastical policy_, 1594. In-folio.]
[Note 365: That which doth assign unto each thing the kinde, that which doth moderate the force and power, that which doth appoint the form and measure of working, the same we term _Law_....
Now, if Nature should intermit her course, and leave altogether, though it were but for a while, the observation of her own laws; if those principal and mother elements of the world, whereof all things in this lower world are made, should lose the qualities which now they have; if the forme of that heavenly arch erected over our heads should losen and dissolve itself; if celestial spheres should forget their wonted motions; if the prince of the Light of Heaven, which now as a giant doth run his unwearied course, should, as it were, through a languishing sickness, begin to stand and to rest himself.... what would become of man himself, whom these things now do all serve? See we not plainly, that obedience of Creature unto the law of Nature is the stay of the whole world?...
Between men and beasts there is no possibility of sociable communion, because the well-spring of that communion is a natural delight which man hath to transfuse from himself into others, and to receive from others into himself, specially those things wherein the excellency of this kinde doth most consist. The chiefest instrument of humane communion therefore is speech, because thereby we impart mutually one to another the conceits of our reasonable understanding. And for that cause, seeing beasts are not hereof capable, for so much as with them we can use no such conference, they being in degree, although above other creatures on earth to whom Nature has denied sense, yet lower than to be sociable companions of man to whom Nature has given reason: it is of Adam said, that among the beasts _he found not for himself any meet companion_. Civil society doth more content the nature of man than any private kind of solitary living, because in society this good of mutual participation is so much larger than otherwise. Herewith notwithstanding we are not satisfied, but we covet (if it might be) to have a kind of society and fellowship, even with all mankind.]
[Note 366: For if the natural thought of man's wit may by experience and studie attain into such ripeness in the knowledge of things humane, that men in this respect may presume to build somewhat upon their judgment, what reason have we to think but that, even in matters Divine, the like wits furnished with necessary helps, exercised in Scripture with like diligence, and assisted with the grace of Almighty God, may grow into a such perfection of knowledge that men shall have just cause, when any thing pertinent unto faith and religion is doubted of, the more willingly to incline their minds toward that which the sentence of so grave, wise, and learned in that faculty shall judge most sound? (Liv. II, p. 54.)]
[Note 367: Voyez les _Dialogues de Galilée_; c'est la même idée qui, en même temps, est poursuivie à Rome par l'Église et défendue en Angleterre par l'Église.]
[Note 368: For more comfort it were for us (so small is the joy we take in these strifes) to labor under the same yoke, as men that look for the same eternal reward of their labours, to be conjoined with you in bands of indissoluble love and amity, to live as if our persons being many, our souls were but one, rather than in such dismembered sort, to spend our few and wretched days in a tedious prosecuting of wearisome contentions.]
[Note 369: Témoignage de Clarendon.]
[Note 370: Voyez dans J. Taylor (_Liberty of prophesying_) les mêmes doctrines, 1647.]
[Note 371: «I have learned from the ancient fathers of the Church that nothing is more against religion than to force religion.... If protestants did offer violence to other men's conscience and compell them to embrace their Reformation, I excuse them not.»]
[Note 372: And what can we complain of the weakness of our strength or the pressure of diseases, when we see a poor soldier stand in a breach, almost starved with cold and hunger, and his cold apt to be relieved only by the heats of anger, a fever, or a fired musket, and his hunger slacked by a greater pain and a huge fear? This man shall stand in his arms and wounds, _patiens luminis atque solis_, pale and faint, weary and watchfull; and at night shall have a bullet pulled out of his flesh, and shivers from his bones, and endure his mouth to be sewed up from a violent rent to its own dimensions; and all this for a man whom he never saw, or, if he did, was not noted by him, but one that shall condemn him to the gallows, if he runs from all this misery. (_Holy dying_, sect. IV, chap. 3.)]
[Note 373: I have seen the little purls of a spring sweat through the bottom of a bank, and intenerate the stubborn pavement, till it hath made it fit for the impression of a child's foot; and it was despised, like the descending pearls of a misty morning, till it had opened its way and made a stream large enough to carry away the ruins of the undermined strand, and to invade the neighbouring gardens: but then the despised drops were grown into an artificial river, and an intolerable mischief. So are the first entrances of sin, stopped with the antidotes of a hearty prayer, and checked into sobriety by the eye of a reverend man, or the counsels of a single sermon: but when such beginnings are neglected, and our religion hath not in it so much philosophy as to think anything evil as long as we can endure it, they grow up to ulcers and pestilential evils; they destroy the soul by their abode, who at their first entry might have been killed with the pressure of a little finger.]
[Note 374: Apples of Sodom. We have already opened this dung-hill covered with snow, which was indeed on the outside white as the spots of leprosy, but it was not better, etc.]