Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Part 33

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D'où vient-elle, cette idée si grande et si juste? Sans doute il a fallu pour l'atteindre du bon sens et aussi du génie; mais ni le bon sens ni le génie n'ont manqué aux hommes; il y en a eu plus d'un qui, remarquant comme Bacon le progrès des industries particulières, a pu, comme lui, concevoir l'industrie universelle, et, de certaines améliorations limitées, conclure l'amélioration sans limites. C'est ici que la puissance des alentours se manifeste; l'homme croit tout faire par la force de sa pensée personnelle, et il ne fait rien que par le concours des pensées environnantes; il s'imagine suivre la petite voix qui parle au dedans de lui, et il ne l'écoute que parce qu'elle est grossie de mille voix bruissantes et impérieuses qui, parties de toutes les circonstances voisines ou lointaines, viennent se confondre avec elle en vibrant à l'unisson. Le plus souvent, comme Bacon, il l'a entendue dès le premier éveil de sa réflexion; mais elle a disparu sous les sons contraires qui du dehors sont arrivés pour la recouvrir. Cette confiance en l'élargissement infini de la puissance humaine, cette glorieuse idée de la conquête universelle de la nature, cette ferme espérance en l'augmentation continue du bien-être et du bonheur, croyez-vous qu'elle eût pu germer, grandir, occuper tout un esprit, et de là s'enraciner, se propager et se déployer dans les intelligences voisines, en un temps de découragement et de décadence, quand on croyait la fin du monde prochaine, quand les ruines se faisaient tout autour de l'homme, quand le mysticisme chrétien comme aux premiers siècles, quand la tyrannie ecclésiastique comme au quatorzième siècle, lui démontraient son impuissance en pervertissant son invention ou en écrasant sa liberté? Bien loin de là: de telles espérances devaient paraître alors des révoltes de l'orgueil ou des suggestions de la chair. Elles parurent telles, et les derniers représentants de la science antique, comme les premiers représentants de la science moderne, furent exilés ou enfermés, assassinés ou brûlés. Pour se développer, il faut qu'une idée soit en harmonie avec la civilisation qui l'entoure; pour que l'homme espère l'empire des choses et travaille à refondre sa condition, il faut que de toutes parts l'amélioration ait commencé, qu'autour de lui les industries grandissent, que les connaissances s'amassent, que les beaux-arts se déploient, que cent mille témoignages irrécusables viennent incessamment lui donner la preuve de sa force et la certitude de son progrès. «L'enfantement viril du siècle[359],» ce titre que Bacon décerne à son oeuvre, est le véritable. En effet, tout le siècle y a coopéré; c'est par cette création qu'il s'achève. Le sentiment de la puissance et de la prospérité humaine a fourni à la Renaissance son premier ressort, son modèle idéal, sa matière poétique, son caractère propre, et maintenant il lui fournit son expression définitive, sa doctrine scientifique et son objet final.

[Footnote 359: _Temporis partus masculus_.]

Ajoutez encore sa méthode. Car une fois le but d'un voyage marqué, la route est désignée, puisque partout c'est le but qui désigne la route; quand le point d'arrivée devient nouveau, la voie pour arriver devient nouvelle, et la science, changeant d'objet, change de procédé. Tant qu'elle bornait son effort à contenter la curiosité oisive, à fournir des perspectives, à établir une sorte d'opéra dans les cervelles spéculatives, elle pouvait s'élancer au bout d'un instant dans les abstractions et les distinctions métaphysiques; c'était assez pour elle d'effleurer l'expérience; elle en sortait aussitôt; elle arrivait tout de suite aux grands mots, aux quiddités, au principe d'individuation, aux causes finales. Les demi-preuves lui suffisaient; au fond, elle ne s'occupait pas d'établir une vérité, mais d'arracher une conviction, et son instrument, le syllogisme, n'était bon que pour les réfutations, non pour les découvertes; il prenait les lois générales pour point de départ au lieu de les prendre pour point d'arrivée; au lieu d'aller les trouver, il les supposait trouvées; il servait dans les écoles, non dans la nature, et faisait des disputeurs, non des inventeurs. Du moment qu'une science a pour but un art, et qu'on étudie pour agir, tout est retourné; car on n'agit pas sans une connaissance indubitable et précise. Pour employer des forces, il faut qu'elles soient mesurées, vérifiées; pour bâtir une maison, il faut savoir avec exactitude la résistance des poutres, autrement la maison croulera; pour guérir un malade, il faut savoir avec certitude l'effet d'un remède, autrement le malade mourra. La pratique impose à la science la certitude et l'exactitude, parce que la pratique est impossible quand elle n'a pour appuis que des conjectures et des à-peu-près. Comment faire pour sortir des à-peu-près et des conjectures? Comment importer dans la science la solidité et la précision? Il faut imiter les cas où la science, aboutissant à la pratique, s'est montrée précise et solide, et ces cas sont les industries. Il faut, comme dans les industries, observer, essayer, tâtonner, vérifier, tenir son esprit fixé «sur des choses sensibles et particulières,» n'avancer que pas à pas vers les règles générales, «ne point anticiper» sur l'expérience, mais la suivre, ne point supposer la nature, mais «l'interpréter.» Il faut, pour chaque effet général, comme la chaleur, la blancheur, la dureté, la liquidité, chercher une condition générale, en telle façon qu'en produisant la condition on puisse produire l'effet. Et pour cela il faut, «par des rejets et des exclusions convenables,» extraire la condition cherchée de l'amas de faits où elle gît enfouie, construire la table des cas où l'effet est absent, la table des cas où l'effet est présent, la table des cas où l'effet se montre avec des degrés divers, afin d'isoler et de mettre au jour la condition qui le produit[360]. Alors paraîtront non les axiomes universels inutiles, mais «les axiomes moyens efficaces,» véritables lois d'où l'on pourra tirer des oeuvres, et qui sont des sources de puissance au même degré que des sources de lumière[361]. Bacon décrit et prédit ici la science et l'industrie moderne, leur correspondance, leur méthode, leurs ressources, leur principe, et après plus de deux siècles, c'est encore chez lui que nous allons chercher aujourd'hui la théorie de ce que nous tentons et de ce que nous faisons.

[Footnote 360: _Novum Organum_, lib. II, 15 et 16.]

[Footnote 361: _Novum Organum_, liv. I, 1 et 3.]

Au delà de cette grande vue, il n'a rien trouvé. Cowley, un de ses admirateurs, disait justement que, pareil à Moïse sur le mont Phisgah, il avait le premier annoncé la terre promise; mais il aurait pu ajouter aussi justement que, comme Moïse, il s'était arrêté sur le seuil. Il a indiqué la route et ne l'a point parcourue; il a enseigné à découvrir les lois naturelles, et n'a découvert aucune loi naturelle. Sa définition de la chaleur est grossièrement imparfaite. Son histoire naturelle est remplie d'explications chimériques[362]. À la façon des poëtes, il peuple la nature d'instincts et d'inclinations; il attribue aux corps une véritable voracité, à l'air une sorte de soif pour les clartés, les sons, les odeurs, les vapeurs qu'il absorbe; aux métaux, une sorte de hâte pour s'incorporer les eaux-fortes. Il explique la durée des bulles d'air qui flottent à la surface des liquides, en supposant que d'air n'a qu'un appétit médiocre ou nul pour les hauteurs. Il voit dans chaque qualité, la pesanteur, la ductilité, la dureté, une essence distincte qui a sa cause particulière, de telle façon que lorsqu'on connaîtra la cause de chaque qualité de l'or, on pourra mettre toutes ces causes ensemble et faire de l'or. En somme, avec les alchimistes, avec Paracelse et Gilbert, avec Kepler lui-même, avec tous les hommes de son temps, gens d'imagination et élevés dans Aristote, il se représente la nature comme un composé d'énergies secrètes et vivantes, de forces inexplicables et primordiales, d'essences distinctes et indécomposables, affectées chacune, par la volonté du Créateur, à la production d'un effet distinct. Peu s'en faut qu'il n'y voie des âmes douées de répugnances sourdes et de penchants occultes, qui aspirent ou résistent à certaines directions, à certaines mixtures et à certaines habitations. C'est pour cela encore que dans ses recherches il confond tout en un monceau, propriétés végétatives et médicinales, mécaniques et curatives[363], physiques et morales, sans considérer les plus complexes comme des dépendances des plus simples, au contraire, chacune d'elles en soi et prise à part comme un être irréductible et indépendant. Aheurtés à cette erreur, les penseurs de ce temps piétinent en place. Ils aperçoivent bien avec Bacon le grand champ des découvertes, mais ils n'y peuvent pénétrer. Il leur manque une idée, et, faute de cette idée, ils n'avancent pas. La forme d'esprit, qui tout à l'heure était un levier, maintenant est un obstacle; il faut qu'elle change pour que l'obstacle disparaisse. Car les idées, j'entends les grandes et les efficaces, ne naissent point à volonté et au hasard, par l'effort d'un individu ou par l'accident d'une rencontre. Comme les littératures et les religions, les méthodes et les philosophies sortent de l'esprit du siècle; et c'est l'esprit du siècle qui fait leur impuissance comme leur pouvoir. Il y a tel état de l'intelligence publique qui exclût tel genre littéraire; et il y a tel état de l'intelligence publique qui exclut telle conception scientifique. Quand il en est ainsi, les écrivains et les penseurs ont beau se travailler, le genre avorte et la conception n'apparaît pas. En vain ils tournent alentour, essayant de soulever le poids qui les arrête; quelque chose de plus fort qu'eux énerve leurs mains et frustre leurs tentatives. Il faut que le pivot central de l'énorme roue par laquelle tournent toutes les affaires humaines se déplace d'un cran, et que par son mouvement tout soit mû. Le pivot tourne en ce moment, et voici qu'une révolution de la grande roue commence, apportant une nouvelle conception de la nature, et par suite la portion de méthode qui manquait. Aux divinateurs, aux créateurs, aux esprits compréhensifs et passionnés qui saisissaient les objets en blocs et par masses, ont succédé les discoureurs, les méthodiques, es ordonnateurs de raisonnements gradués et clairs qui, disposant les idées par séries continues, conduisent insensiblement l'auditeur de la plus simple à la plus composée par des passages aisés et unis. Descartes a remplacé Bacon; l'âge classique vient d'effacer la Renaissance; la poésie et la grande imagination se retirent devant la rhétorique, l'éloquence et l'analyse. Dans cette transformation de l'esprit, les idées se transforment. Tout se dessèche et se simplifie. L'univers, comme le reste, se réduit à deux ou trois notions, et la conception de la nature, qui était _poétique_, devient _mécanique_. Au lieu d'âmes, de forces vivantes, de répugnances et d'appétits, on y voit des poulies, des leviers et des chocs. Le monde, qui paraissait un amas de puissances instinctives, ne semble plus qu'une machine de rouages engrenés. Au fond de cette supposition hasardeuse gît une grande vérité certaine: c'est qu'il y a une échelle de faits, les uns au sommet, très-compliqués, les autres au bas, très-simples, ceux d'en haut ayant leur cause dans ceux d'en bas; en sorte que les inférieurs expliquent les supérieurs, et que c'est dans les lois du mouvement qu'il faut chercher les premières lois des choses. On les cherche, Galilée les trouve; désormais l'oeuvre de la Renaissance, dépassant le point extrême où Bacon l'a poussée et laissée, peut s'étendre seule, et va s'étendre à l'infini.

[Footnote 362: _Natural history_, 800, 24, etc. _De Augmentis_, lib. III, 1.]

[Footnote 363: Voyez là-dessus presque tous les écrits de Bacon, et notamment son _Histoire naturelle_.]

FIN DU PREMIER VOLUME.

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME.

INTRODUCTION.

L'histoire se transforme depuis un siècle. -- Causes de cette transformation. -- En quoi elle consiste. III

I. Les documents historiques ne sont que des indices au moyen desquels il faut reconstruire l'individu visible. IV

II. L'homme corporel et visible n'est qu'un indice au moyen duquel on doit étudier l'homme invisible et intérieur. IX

III. Les états et les opérations de l'homme intérieur et invisible ont pour causes certaines façons générales de penser et de sentir. XV

IV. Principales formes de pensées et de sentiments. Leurs effets historiques. XVIII

V. Les trois forces primordiales. -- La race. -- Le milieu. -- Le moment. -- Comment l'histoire est un problème de mécanique psychologique. Dans quelles limites on peut prévoir. XXIII

VI. Comment se distribuent les effets d'une cause primordiale. Communauté des éléments. Composition des groupes. Loi des dépendances mutuelles. Loi des influences proportionnelles. XXXIV

VII. Loi de formation d'un groupe. Exemples et indications. XLI

VIII. Problème général et avenir de l'histoire. Méthode psychologique. Valeur des littératures. Objet de ce livre. XLIII

LIVRE I.

LES ORIGINES.

Chapitre I. -- Les Saxons.

I. L'ancienne patrie. -- Le sol, la mer, le ciel, le climat. -- La nouvelle patrie. -- Le pays humide et la terre ingrate. -- Influence du climat sur le caractère. 2

II. Le corps. -- La nourriture. -- Les moeurs. -- Les instincts rudes en Germanie et en Angleterre. 7

III. Les instincts nobles en Germanie. -- L'individu. -- La famille. -- L'État. -- La religion. -- L'_Edda_. -- Conception tragique et héroïque du monde et de l'homme. 16

IV. Les instincts nobles en Angleterre. -- Le guerrier et son chef. -- La femme et son mari. -- Poëme de Beowulf. -- La société barbare et le héros barbare. 28

V. Poëmes païens. -- Genre et force des sentiments. -- Tour de l'esprit et du langage. -- Véhémence de l'impression et aspérité de l'expression. 39

VI. Poëmes chrétiens. -- En quoi les Saxons sont prédisposés au christianisme. -- Comment ils se convertissent au christianisme. -- Comment ils entendent le christianisme. -- Hymnes de Coedmon. -- Hymne des Funérailles. -- Poëme de Judith. -- Paraphrase de la Bible. 45

VII. Pourquoi la culture latine n'a point de prise sur les Saxons. -- Raisons tirées de la conquête saxonne. -- Bède, Alcuin, Alfred. -- Traductions. -- Chroniques. -- Compilations. -- Impuissance des latinistes. -- Raisons tirées du caractère saxon. -- Adhelm. -- Alcuin. -- Vers latins. -- Dialogues poétiques. -- Mauvais goût des latinistes. 58

VIII. Opposition des races germaniques et des races latines. -- Caractère de la race saxonne. -- Elle persiste sous la conquête normande. 69

Chapitre II. -- Les Normands.

I. Formation et caractère de l'homme féodal. 73

II. Expédition et caractère des Normands. -- Contraste des Normands et des Saxons. -- Les Normands sont Français. -- Comment ils sont devenus Français. -- Leur goût et leur architecture. -- Leur curiosité et leur littérature. -- Leur chevalerie et leurs amusements. -- Leur tactique et leur succès. 74

III. Forme d'esprit des Français. -- Deux traits principaux: les idées distinctes et les idées suivies. -- Construction psychologique de l'esprit français. -- Narrations prosaïques, manque de coloris et de passion, facilité et bavardage. -- Logique et clarté naturelle, sobriété, grâce et délicatesse, finesse et moquerie. -- L'ordre et l'agrément. -- Quel genre de beauté et quelle sorte d'idées les Français ont apportés dans le monde. 75

IV. Les Normands en Angleterre. -- Leur situation et leur tyrannie. -- Ils importent leur littérature et leur langue. -- Ils oublient leur littérature et leur langue. -- Peu à peu ils apprennent l'anglais. -- Peu à peu l'anglais se francise. 84

V. Ils traduisent en anglais des livres français. -- Paroles de sir John Mandeville. -- Layamon, Robert de Gloucester, Robert de Brunne. -- Ils imitent en anglais la littérature française. -- Manuels moraux, chansons, fabliaux, chansons de Geste. -- Éclat, frivolité et vide de cette culture française. -- Barbarie et ignorances de cette civilisation féodale. -- La chanson de Geste de Richard Coeur de Lion, et les voyages de sir John de Mandeville. -- Pauvreté de la littérature importée et implantée en Angleterre. -- Pourquoi elle n'a point abouti sur le continent ni en Angleterre. 97

VI. Les Saxons en Angleterre. -- Persistance de la nation saxonne, et formation de la constitution anglaise. -- Persistance du caractère saxon et formation du caractère anglais. 104

VII à XI. Opposition du héros populaire en France et en Angleterre. -- Les fabliaux du Renard et les ballades de Robin Hood. -- Comment le caractère saxon maintient et prépare la liberté politique. -- Opposition de l'état des communes en France et en Angleterre. -- Théorie de la constitution anglaise par sir John Fortescue. -- Comment la constitution de la nation saxonne maintient et prépare la liberté politique. -- Situation de l'Église et précurseurs de la Réforme en Angleterre. -- Pierre Plowman et Wyclef. -- Comment le caractère saxon et la situation de l'Église normande préparent la réforme religieuse. -- Inachèvement et impuissance de la littérature nationale. -- Pourquoi elle n'a pas abouti. 121

Chapitre III. -- La nouvelle langue.

I. Chaucer. -- Son éducation. -- Sa vie politique et mondaine. -- En quoi elle a servi son talent. -- Il est le peintre de la seconde société féodale. 166

II. Comment le moyen âge a dégénéré. -- Diminution du sérieux dans les moeurs, dans les écrits et dans les oeuvres d'art. -- Besoin d'excitation. -- Situations analogues de l'architecture et de la littérature. 168

III. En quoi Chaucer est du moyen âge. -- Poëmes romantiques et décoratifs. -- _Le Roman de la Rose._ -- _Troïlus et Cressida._ -- _Contes de Cantorbéry._ -- Défilé de descriptions et d'événements. -- _La Maison de la Renommée._ -- Visions et rêves fantastiques. -- Poëmes d'amour. -- _Troïlus et Cressida._ -- Développement exagéré de l'amour au moyen âge. -- Pourquoi l'esprit avait pris cette voie. -- L'amour mystique. -- _La Fleur et la Feuille._ -- L'amour sensuel. -- _Troïlus et Cressida._ 170

IV. En quoi Chaucer est Français. -- Poëmes satiriques et gaillards. -- _Contes de Cantorbéry._ -- La bourgeoise de Bath et le mariage. -- Le frère quêteur et la religion. -- La bouffonnerie, la polissonnerie et la grossièreté du moyen âge. 177

V. En quoi Chaucer est Anglais et original. -- Conception du caractère et de l'individu. -- Van Eyck et Chaucer sont contemporains. -- _Prologue des Contes de Cantorbéry._ -- Portraits du franklin, du moine, du meunier, de la bourgeoise, du chevalier, de l'écuyer, de l'abbesse, du bon curé. -- Liaison des événements et des caractères. -- Conception de l'ensemble. -- Importance de cette conception. -- Chaucer précurseur de la Renaissance. -- Il s'arrête en chemin. -- Ses longueurs et ses enfances. -- Causes de cette impuissance. -- Sa prose et ses idées scolastiques. -- Comment dans son siècle il est isolé. 180

VI à VIII. Liaison de la philosophie et de la poésie. -- Comment les idées générales ont péri sous la philosophie scolastique. -- Pourquoi la poésie périt. -- Comparaison de la civilisation et de la décadence au moyen âge et en Espagne. -- Extinction de la littérature anglaise. -- Traducteurs. -- Rimeurs de chroniques. -- Poëtes didactiques. -- Rédacteurs de moralités. -- Gower. -- Occleve. -- Lydgate. -- Analogie du goût dans les costumes, dans les bâtiments et dans la littérature. -- Idée triste du hasard et de la misère humaine. -- Hawes. -- Barcklay. -- Skelton. -- Rudiments de la Réforme et de la Renaissance. 196

LIVRE II.

LA RENAISSANCE.

Chapitre I. -- La Renaissance païenne.

§ I. Les moeurs.

I. Idée que les hommes s'étaient faite du monde depuis la dissolution de la société antique. -- Comment et pourquoi recommence l'invention humaine. -- Forme d'esprit de la Renaissance. -- Que la représentation des objets est alors imitative, figurée et complète. 238

II. Pourquoi le modèle idéal change. -- Amélioration de la condition humaine en Europe. -- Amélioration de la condition humaine en Angleterre. -- La paix. -- L'industrie. -- Le commerce. -- Le pâturage. -- L'agriculture. -- Accroissement de la richesse publique. -- Les bâtiments et les meubles. -- Les palais, les repas et les habits. -- Les pompes de la cour. -- Fêtes sous Élisabeth. -- _Masques_ sous Jacques Ier. 241

III. Les moeurs populaires. -- _Pageants._ -- Théâtres. -- Fêtes de village. -- Expansion païenne. 253

IV. Les modèles. -- Les anciens. -- Traduction et lecture des auteurs classiques. -- Sympathie pour les moeurs et les dieux de l'antiquité. -- Les modernes. -- Goût pour les idées et les écrits des Italiens. -- Que la poésie et la peinture en Italie sont païennes. -- Le modèle idéal est l'homme fort, heureux, borné à la vie présente. 257

§ 2. La poésie.

I. La Renaissance en Angleterre est la renaissance du génie saxon. 266

II. Les précurseurs. -- Le comte de Surrey. -- Sa vie féodale et chevaleresque. -- Son caractère anglais et personnel. -- Ses poëmes sérieux et mélancoliques. -- Sa conception de l'amour intime. 266

III. Son style. -- Ses maîtres, Pétrarque et Virgile. -- Ses procédés, son habileté, sa perfection précoce. -- L'art est né. -- Défaillances, imitation, recherche. -- L'art n'est pas complet. 274