Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)
Part 31
Il n'y a pas besoin ici de chercher bien loin cette école; dans l'interrègne du christianisme, le tour d'esprit qui domine partout est justement le sien. C'est le paganisme qui règne à la cour d'Elisabeth, non-seulement dans les lettres, mais dans les doctrines, un paganisme du Nord, toujours sérieux, le plus souvent sombre, mais qui, comme celui du Midi, a pour substance le sentiment des forces naturelles. Chez quelques-uns tout christianisme est effacé; plusieurs vont jusqu'à l'athéisme par excès de révolte et de débauche, comme Marlowe et Greene. Chez d'autres, comme Shakspeare, c'est à peine si l'idée de Dieu apparaît; ils ne voient dans la pauvre petite vie humaine qu'un songe, au delà le grand sommeil morne; pour eux la mort est la borne de l'être, tout au plus un gouffre obscur où l'homme plonge incertain de l'issue. S'ils portent les yeux au delà, ils aperçoivent[348], non point l'âme spirituelle reçue dans un monde plus pur, mais le cadavre abandonné dans la terre humide ou le spectre errant autour du cimetière. Ils parlent en incrédules ou en superstitieux, jamais en fidèles. Leurs héros ont des vertus humaines, non des vertus religieuses; contre le crime, ils s'appuient sur l'honneur et l'amour du beau, non sur la piété et la crainte de Dieu. Si d'autres, de loin en loin, comme Sidney et Spenser, entrevoient ce Dieu, c'est comme une vague lumière idéale, sublime fantôme platonicien, qui ne ressemble en rien au Dieu personnel, rigide examinateur des moindres mouvements du coeur. Il apparaît au sommet des choses comme le magnifique couronnement du monde, mais il ne pèse pas sur la vie humaine, il la laisse intacte et libre, et ne fait que la tourner vers le beau. On ne connaît pas encore l'espèce de prison étroite où le _cant_ officiel et les croyances bienséantes enfermeront plus tard l'action et l'intelligence. Même les croyants, les sincères chrétiens, comme Bacon et Browne, écartent tout rigorisme oppressif, réduisent le christianisme à une sorte de poésie morale, et laissent le naturalisme subsister sous la religion. Dans cette carrière si ample et si ouverte, la spéculation peut se déployer. Avec lord Herbert apparaît le déisme systématique; avec Milton et Algernon Sidney apparaîtra la religion philosophique; Clarendon ira jusqu'à comparer les jardins de lord Falkland à ceux der l'Académie. Contre le rigorisme des puritains, Chillingworth, Hales, Hooker, les plus grands docteurs de l'Église anglicane, font à la raison naturelle une large place, si large que jamais, même aujourd'hui, elle n'a retrouvé un tel essor.
[Footnote 348: Shakspeare: _Tempest_, _Measure for measure_, _Hamlet_; Beaumond and Flechter: _Thierry and Theodoret_, acte 4e. Voyez aussi Webster, _passim_.]
Une étonnante irruption de faits, l'Amérique découverte, l'antiquité ranimée, la philologie restaurée, les arts inventés, les industries développées, la curiosité humaine promenée sur tout le passé et sur tout le globe, sont venus fournir la matière, et la prose a commencé. Sidney, Wilson, Asham et Puttenham ont cherché les règles du style; Hackluit et Purchas ont rassemblé l'encyclopédie des voyages et la description de tous les pays; Holinshed, Speed, Raleigh, Stowe, Knolles, Daniel, Thomas More, lord Herbert fondent l'histoire; Camden, Spelman, Cotton, Usher et Selden instituent l'érudition; une légion de travailleurs patients, de collectionneurs obscurs, de pionniers littéraires amassent, rangent et trient les documents que sir Robert Cotton et sir Thomas Bodley emmagasinent dans leurs bibliothèques, tandis que des utopistes, des moralistes, des peintres de moeurs, Thomas More, Joseph Hall, John Earle, Owen Felltham, Burton, décrivent et jugent les caractères de la vie, poussent leur file par Fuller, sir Thomas Browne et Isaac Walton, jusqu'au milieu du siècle suivant, et s'accroissent encore des controversistes et des politiques qui, avec Hooker, Taylor, Chillingworth, Algernon Sidney, Harrington, étudient la religion, la société, l'Église et l'État. Ample et confuse fermentation, d'où se dégagent beaucoup de pensées, mais d'où sortent peu de beaux livres. La belle prose, telle qu'on l'a vue à la cour de Louis XIV, chez Pollion, dans les gymnases d'Athènes, telle que les peuples rhétoriciens et sociables savent la faire, manque tout à fait. Ceux-ci n'ont pas l'esprit d'analyse qui est l'art de suivre pas à pas l'ordre naturel des idées, ni l'esprit de conversation qui est le talent de ne jamais ennuyer ou choquer autrui. Leur imagination est trop peu réglée et leurs moeurs sont trop peu polies. Les plus mondains, même Sidney, disent rudement ce qu'ils pensent et comme ils le pensent. Au lieu d'atténuer, ils exagèrent. Ils hasardent tout et ils n'omettent rien. Ils ne quittent les compliments outrés que pour les plaisanteries brutales. Ils ignorent l'enjouement mesuré, la fine moquerie, la flatterie délicate. Ils se plaisent aux grossiers calembours, aux allusions sales. Ils prennent pour de l'esprit des charades entortillées, des images grotesques. Grands seigneurs et grandes dames, ils causent en gens mal élevés, amateurs de bouffons, de parades et de combats d'ours. Chez d'autres, comme Overbury ou sir Thomas Browne, la poésie déborde dans la prose si abondamment, qu'elle couvre le discours d'images et fait oublier les idées sous les tableaux. Ils chargent leur style de comparaisons fleuries, qui s'engendrent l'une l'autre et montent l'une par-dessus l'autre, de telle façon que le sens disparaît et qu'on ne voit plus que l'ornement. Enfin, le plus souvent, ils sont pédants, encore tout roidis par la rouille de l'école; ils divisent et subdivisent, ils posent des thèses, des définitions; ils argumentent solidement et lourdement, ils citent leurs auteurs en latin, et même en grec; ils équarrissent des périodes massives, ils assomment doctement leur adversaire, et par contre-coup le lecteur. Ils ne sont jamais au niveau de la prose, mais toujours au-dessus et au-dessous, au-dessus par leur génie poétique, au-dessous par la pesanteur de leur éducation et par la barbarie de leurs moeurs. Mais ils pensent sérieusement et par eux-mêmes; il sont réfléchis; ils sont convaincus et touchés de ce qu'ils disent. Jusque dans les compilateurs on sent une force et une loyauté d'esprit qui donnent confiance et font plaisir. Leurs écrits ressemblent aux puissantes et pesantes gravures des contemporains, aux cartes d'Hofnagel par exemple, si âpres et si instructives; leur conception est poignante et précise; ils ont le don d'apercevoir chaque objet non d'une façon générale, comme les classiques, mais en particulier et singulièrement. Ce n'est point l'homme abstrait, le citadin tel qu'il est partout, le paysan en soi qu'ils se représentent; mais Jacques ou Thomas, Smith ou Brown, de telle paroisse, dans tel comptoir, avec tel geste et tel habit, distinct de tous les autres; bref, ils voient non _l'idée_, mais _l'individu_. Figurez-vous le remue-ménage qu'une telle disposition produit dans la tête humaine, combien l'ordre régulier des idées s'en trouve dérangé, comme chaque objet, avec le pêle-mêle infini de ses formes, de ses propriétés, de ses appendices, va désormais s'accrocher par cent attaches imprévues aux autres, et amener devant l'esprit une file et une famille; quel relief en prendra le langage, quels mots familiers, pittoresques, saugrenus y éclateront coup sur coup; comme la verve, l'imprévu, l'originalité, les inégalités de l'invention y feront saillie. Figurez-vous en même temps quelle prise cette forme d'esprit a sur les choses, combien de faits elle concentre en chaque conception, quel amas de jugements personnels, d'autorités étrangères, de suppositions, de divinations, d'imaginations elle déverse sur chaque objet, avec quelle fécondité hasardeuse et créatrice elle enfante les vérités et les conjectures. Il y a là un fourmillement extraordinaire de pensées et de formes, souvent avortées, plus souvent encore barbares, quelquefois grandioses. Mais dans cette surabondance quelque chose de viable et de grand se dégage, la science, et il n'y a qu'à regarder de près une ou deux de ces oeuvres pour voir la créature nouvelle éclore parmi les ébauches et les débris.
III
Deux écrivains surtout manifestent cet état d'esprit, le premier, Robert Burton, ecclésiastique et solitaire d'Université, qui passa sa vie dans les bibliothèques et feuilleta toutes les sciences, aussi érudit que Rabelais, d'une mémoire inépuisable et débordante; inégal d'ailleurs, doué de verve et gai par saccades, mais le plus souvent triste et morose, jusqu'à confesser dans son épitaphe que la mélancolie a fait sa vie et sa mort; avant tout original, amateur de son propre sens et l'un des premiers modèles de ce singulier tempérament anglais qui, retirant l'homme en lui-même, développe en lui tantôt l'imagination, tantôt le scrupule, tantôt la bizarrerie, et fait de lui, selon les circonstances, un poëte, un excentrique, un humoriste, un fou ou un puritain. Trente ans durant il a lu, il s'est mis une encyclopédie dans la tête, et maintenant pour s'amuser et se décharger, il prend un in-folio de papier blanc. Vingt vers d'un poëte, douze lignes d'un traité sur l'agriculture, une colonne d'in-folio sur les armoiries, la description des poissons rares, un paragraphe d'un sermon sur la patience, le compte des accès de fièvre dans l'hypocondrie, l'histoire de la particule _que_, un morceau de métaphysique, voilà ce qui a passé dans son cerveau en un quart d'heure: c'est un carnaval d'idées et de phrases grecques, latines, allemandes, françaises, italiennes, philosophiques, géométriques, médicales, poétiques, astrologiques, musicales, pédagogiques, entassées les unes sur les autres, pêle-mêle énorme, prodigieux fouillis de citations entre-croisées, de pensées heurtées, avec la vivacité et l'entrain d'une fête de fous. «J'apprends, dit-il, de nouvelles nouvelles tous les jours,--et les rumeurs ordinaires de guerre, pestes, incendies, inondations, vols, meurtres, massacres, météores, comètes, spectres, prodiges, apparitions, villes prises, cités assiégées en France, en Germanie, en Turquie, en Perse, en Pologne, etc.; les levées et préparatifs journaliers de guerre et autres choses semblables qu'amène notre temps orageux, batailles livrées, tant d'hommes tués, monomachies, naufrages, pirateries, combats sur mer, paix, ligues, stratagèmes et nouvelles alarmes,--une vaste confusion de voeux, désirs, actions, édits, pétitions, procès, défenses, proclamations, plaintes, griefs,--sont chaque jour apportés à nos oreilles.--De nouveaux livres chaque jour, pamphlets, nouvelles, histoires, catalogues entiers de volumes de toute sorte, paradoxes nouveaux, opinions, schismes, hérésies, controverses en philosophie, en religion, etc. Puis viennent des nouvelles de mariages, mascarades, fêtes, jubilés, ambassades, joutes et tournois, trophées, triomphes, galas, jeux, pièces de théâtre. Aujourd'hui nous apprenons qu'on a créé de nouveaux seigneurs et officiers, demain qu'il y a des grands déposés, puis que de nouveaux honneurs ont été conférés. L'un est mis en liberté, l'autre est emprisonné. L'un achète, l'autre ne peut payer; celui-ci fait fortune; son voisin fait, banqueroute. Ici l'abondance, là la cherté et la famine. L'un court, l'autre chevauche, querelle, rit, pleure, etc. Ainsi tous les jours j'apprends des nouvelles publiques et privées[349].»--«Quel monde de livres ne s'offre pas, en tous les sujets, arts et sciences, pour le contentement et selon la capacité du lecteur? En arithmétique, géométrie, perspective, optique, astronomie, architecture, _sculptura_, _pictura_, sciences sur lesquelles on a dernièrement écrit tant de traités si élaborés; dans la mécanique et ses mystères, dans l'art de la guerre, de la navigation, de l'équitation, de l'escrime, de la natation, des jardins, de la culture des arbres; de grands volumes sur l'économie domestique, la cuisine, l'art d'élever des faucons, de chasser, de pêcher, de prendre les oiseaux, etc.; avec des peintures exactes de tous les jeux, exercices; que n'y a-t-il pas? En musique, métaphysique, philosophie naturelle et morale, philologie, politique, chronologie, dans les généalogies, dans le blason, etc.: il y a de grands volumes ou ces traités des anciens, etc. _Et quid subtilius arithmeticis inventionibus_? _Quid jucundius musicis rationibus_? _Quid divinius astronomicis_? _Quid rectius geometricis demonstrationibus_? Quel plus grand plaisir que de lire ces fameuses expéditions de Christophe Colomb, Améric Vespuce, Marc-Paul le Vénitien, Vertomannus, Aloysius Cadamustus, etc.? ces journaux exacts des Portugais, des Hollandais, de Bartison, d'Olivier à Nort, etc.? les voyages d'Hakluit, les décades de Pierre Martyr, les récits de Linschoten, les Hodoeporicons de Jodocus à Meggen, de Brocarde le Moine, de Bredenbachius, de Sands, de J. Dubinius à Jérusalem, en Égypte et autres endroits reculés du monde? ces agréables itinéraires de Paulus Hentzerus, de Jocodus Sincerus, de Dux Polonus, etc.? ces parties de l'Amérique, curieusement dessinées et gravées par les frères A. Bry? de voir un herbier gravé, les herbes, les arbres, les fleurs, les plantes, tous les végétaux représentés, avec les couleurs naturelles de la vie, comme dans Matthiolus sur Dioscorides, Delacampius, Lobel, Bauhinus, et ce dernier herbier volumineux et énorme de Besler de Nuremberg, où presque toute plante est figurée avec sa vraie grandeur? devoir les oiseaux, les bêtes, les poissons de la mer, les araignées, les moucherons, les serpents, les mouches, etc., toutes les créatures figurées par le même art et représentées exactement en vives, couleurs, avec une fidèle description de leurs natures, vertus et qualités, etc., comme l'ont fait soigneusement Ælien, Gesner, Ulysse Aldrovandus, Bellonus, Rondoletius, Hippolytus Salvianus, etc.[350]?» Il ne finit pas; les mots, les phrases regorgent, s'accumulent, se recouvrent, et roulent emportant le lecteur assourdi, étourdi, demi-noyé, incapable de trouver terre au milieu de ce déluge. Burton est intarissable. Il n'est point d'idées qu'il ne répète sous cinquante formes; quand il a épuisé les siennes, il verse sur nous celles des autres; les classiques, les auteurs plus rares, connus seulement des savants, les auteurs plus rares encore, connus seulement des érudits, il prend chez tous. Sous ces profondes cavernes d'érudition et de science, il en est une plus noire et plus inconnue que toutes les autres, comblée d'auteurs ignorés, de noms rébarbatifs, Besler de Nuremberg, Adricomius, Linschoten, Brocarde, Bredenbachius. Parmi tous ces monstres antédiluviens, hérissés de terminaisons latines, il est à son aise; il se joue, il rit, il saute de l'un sur l'autre, il les mène de front. Il a l'air du vieux Protée, hardi coureur, qui en une heure, sur son attelage d'hippopotames, fait le tour de l'Océan.
[Footnote 349: This roving humour (though not with like success) I have ever had, and, like a ranging spaniel, that barks at every bird he sees, leaving his game, I have followed all, saving that which I should, and may justly complain, and truly, _qui ubique est_, _nusquam est_, which Gesner did in modesty: that I have read many books, but to little purpose, for want of good method; I have confusedly tumbled over divers authors in our libraries with small profit, for want of art, order, memory, judgment. I never travelled but in map or card, in which my unconfined thoughts have freely expatiated, as having ever been especially delighted with the study of cosmography. Saturn was lord of my geniture, culminating, etc., and Mars principal significator of manners, in partile conjunction with mine ascendent; both fortunate in their houses, etc. I am not poor, I am not rich; _nihil est_, _nihil deest_; I have little, I want nothing: all my treasure is in Minerva's tower. Greater preferment as I could never get, so am I not in debt for it. I have a competency (_laus Deo_) from my noble and munificent patrons. Though I live still a collegiate student, as Democritus in his garden, and lead a monastic life, _ipse mihi theatrum_ sequestered from those tumults and troubles of the world, _et tanquam in specula positus_ (as he said) in some high place above you all, like _stoicus sapiens_, _omnia sæcula præterita præsentiaque videns_, _uno velut intuitu_, I hear and see what is done abroad, how others run, ride, turmoil, and macerate themselves in court and country. Far from those wrangling law-suits, _aulæ vanitatem_, _fori ambitionem_, _ridere mecum soleo_: I laugh at all, "only secure, lest my suit go amiss, my ships perish, corn and cattle miscarry, trade decay, I have no wife nor children, good or bad, to provide for;" a mere spectator of other men's fortunes and adventures, and how they act their parts, which methinks are diversely presented unto me, as from a common theatre or scene. I hear new news every day: and those ordinary rumours of war, plagues, fires, inundations, thefts, murders, massacres, meteors, comets; spectrums, prodigies, apparitions; of towns taken, cities besieged in France, Germany, Turkey, Persia, Poland, etc., daily musters and preparations, and such like, which these tempestuous times afford, battles fought, so many men slain, monomachies, shipwrecks, piracies and sea-fights, peace, leagues, stratagems, and fresh alarms--a vast confusion of vows, wishes, actions, edicts, petitions, lawsuits, pleas, laws, proclamations, complaints, grievances--are daily brought to our ears: new books every day, pamphlets, currantoes, stories, whole catalogues of volumes of all sorts, new paradoxes, opinions, schisms, heresies, controversies in philosophy, religion, etc. Now come tidings of weddings, maskings, mummeries, entertainments, jubilees, embassies, tilts, and tournaments, trophies, triumphs, revels, sports, plays: then again, as in a new shifted scene, treasons, cheating tricks, robberies, enormous villanies, in all kinds, funerals, burials, death of princes, new discoveries, expeditions; now comical, then tragical matters. To-day we hear of new lords and officers created, tomorrow of some great men deposed, and then again of fresh honours conferred: one is let loose, another imprisoned: one purchaseth, another breaketh: he thrives, his neighbour turns bankrupt; now plenty, then again dearth and famine; one runs, another rides, wrangles, laughs, weeps, etc. Thus I daily hear, and such like, both private and public news.]
[Footnote 350: For what a world of books offers itself, in all subjects, arts, and sciences, to the sweet content and capacity of the reader? In arithmetic, geometry, perspective, optic, astronomy, architecture, _sculptura_, _pictura_, of which so many and such elaborate treatises are of late written: in mechanics and their mysteries, military matters, navigation, riding of horses, fencing, swimming, gardening, planting, great tomes of husbandry, cookery, falconry, hunting, fishing, fowling, etc., with exquisite pictures of all sports, games, and what not? In music, metaphysics, natural and moral philosophy, philology, in policy, heraldry, genealogy, chronology, etc., they afford great tomes, or those studies of antiquity, etc., _et quid subtilius arithmeticis inventionibus_? _quid jucundius musicis rationibus_? _quid divinius astronomicis_? _quid rectius geometricis demonstrationibus_? What so sure, what so pleasant? he that shall but see that geometrical tower of Garizenda at Bologna in Italy, the steeple and clock at Strasburgh, will admire the effects of art, or that engine of Archimedes to remove the earth itself, if he had but a place to fasten his instrument? _Archimedis cochlea_, and rare devises to corrivate waters, music instruments, and trisyllable echoes again, again, and again repeated, with myriads of such. What vast tomes are extant in law, physic, and divinity for profit, pleasure, practice, speculation, in verse or prose, etc.? Their names alone are the subject of whole volumes: we have thousands of authors of all sorts, many great libraries full well furnished, like so many dishes of meat, served out for several palates; and he is a very block that is affected with none of them. Some take an infinite delight to study the very languages wherein these books are written, Hebrew, Greek, Syriac, Chaldee, Arabic, etc. Methinks it would well please any man to look upon a geographical map (_suavi animum delectatione allicere_, _ob incredibilem rerum varietatem et jucunditatem et ad pleniorem sui cognitionem excitare_) chorographical, topographical delineations; to behold, as it were, all the remote provinces, towns, cities of the world, and never to go forth of the limits of his study; to measure, by the scale and compass, their extent, distance, examine their site. Charles the great (as Platina writes) had three fair silver tables, in one of which superficies was a large map of Constantinople, in the second Rome neatly engraved, in the third an exquisite description of the whole world; and much delight he took in them. What greater pleasure can there now be, than to view those elaborate maps of Ortelius, Mercator, Hondius, etc., to peruse those books of cities, put out by Braunus, and Hogenbergius? to read those exquisite descriptions of Maginus, Munster, Herrera, Laet, Merula, Boterus, Leander Albertus, Camden, Leo Afer, Adricomius, Nic. Gerbelius, etc.? those famous expeditions of Christopher Columbus, Americus Vespucius, Marcus Polus the Venitian, Vertomannus, Aloysius Cadamustus, etc.? those accurate diaries of Portugals, Hollanders, of Bartison, Oliver à Nort, etc., Hacluit's voyages, Pet. Martyr's Decades, Benzo, Lerius, Linschoten's relations, those Hodoeporicons of Jod. à Meggen, Brocarde the Monk, Bredenbachius, Jo. Dublinius, Sands, etc., to Jerusalem, Egypt, and other remote places of the world? those pleasant itineraries of Paulus Hentzerus, Jodocus Sincerus, Dux Polonus, etc., to read Bellonius's observations, P. Gillius his surveys; those parts of America, set out, and curiously cut in pictures, by Fratres à Bry? to see a well cut herbal, herbs, trees, flowers, plants, all vegetals, expressed in their proper colours to the life, as that of Matthiolus upon Dioscorides, Delacampius, Lobel, Bauhinus, and that last voluminous and mighty herbal of Besler of Noremberge; wherein almost every plant is to his own bigness. To see birds, beasts, and fishes of the sea, spiders, gnats, serpents, flies, etc., all creatures set out by the same art, and truly expressed in lively colours, with an exact description of their natures, virtues, qualities, etc., as hath been accurately performed by Ælian, Gesner, Ulysses Aldrovandus, Bellonus, Rondoletius, Hippolytus Salvianus, etc.]