Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Part 13

Chapter 133,241 wordsPublic domain

Au-dessous de ce songe chimérique, qu'y a-t-il? Les brutales et méchantes passions humaines, déchaînées d'abord par la rage religieuse, puis livrées à elles-mêmes, et, sous un appareil de courtoisie extérieure, aussi mauvaises qu'auparavant. Voyez le roi populaire, Richard Coeur de Lion, et comptez ses boucheries et ses meurtres: «Le roi Richard, dit le poëme, est le meilleur roi qu'on trouve en aucun geste[130].» Je le veux bien, mais s'il a le coeur d'un lion, il en a aussi l'estomac. Un jour, sortant de maladie, sous les murs de Saint-Jean-d'Acre, il veut à toute force manger du porc. Point de porc. On tue un jeune Sarrasin frais et tendre, on le cuit, on le sale, le roi le mange et le trouve très-bon; après quoi il veut voir la tête de son cochon. Le cuisinier la lui apporte en tremblant. Il se met à rire, et dit que l'armée n'a plus rien à craindre de la famine, qu'elle a des provisions sous la main. Il prend la ville, et aussitôt les ambassadeurs de Saladin viennent lui demander grâce pour les prisonniers. Richard fait décapiter trente des plus nobles, ordonne à son cuisinier de faire bouillir les têtes, et d'en servir une à chaque ambassadeur, avec un écriteau portant le nom et la famille du mort. Cependant, en leur présence, il mange la sienne de bon appétit, et leur dit de raconter à Saladin de quelle façon les chrétiens font la guerre, et s'il est vrai qu'ils aient peur de lui. Puis il fait conduire les soixante mille prisonniers dans une plaine. «Là, ils entendirent les anges du ciel--qui disaient: Seigneurs, tuez, tuez.--N'en épargnez pas; coupez-leur la tête.--Le roi Richard entendit la voix des anges, et remercia Dieu et sa sainte croix[131].» Là-dessus, on les décapite tous; quand il prend une ville, c'est sa coutume de faire tout égorger, enfants et femmes. Telle était la dévotion du moyen âge, non pas seulement dans les romans, comme ici, mais dans l'histoire: à la prise de Jérusalem, toute la population, soixante-dix mille personnes, fut massacrée.

[Footnote 130:

In Fraunce these rymes were wroht, Every Englyshe ne knew it not. (Warton, I, 123.)]

[Footnote 131:

They were led into the place full even. There they heard angels of heaven; They said: «Seigneures, tuez, tuez! Spares hem nought, and beheadeth these!» King Richard heard the angels' voice And thanked God and the holy cross.]

Ainsi percent, jusque dans les récits chevaleresques, les instincts farouches et débridés de la brute sanguinaire. À côté d'eux, les récits authentiques la montrent à l'oeuvre. C'est Henri II qui, irrité contre un page, saute sur lui pour lui arracher les yeux. C'est Jean sans Terre qui fait mourir de faim vingt-trois otages dans une prison. C'est Édouard II qui fait pendre et éventrer en une fois vingt-huit nobles, et qu'on tuera en lui enfonçant un fer rouge dans les entrailles. Regardez chez Froissart, en France comme ici, les débauches et les meurtres de la grande guerre de Cent ans, puis ici les tueries de la guerre des Deux Roses; dans les deux pays, l'indépendance féodale aboutit à la guerre civile, et le moyen âge sombre sous ses vices. La courtoisie chevaleresque, qui recouvrait la férocité native, disparaît comme une draperie subitement consumée par l'irruption d'un incendie; en ce temps-là, en Angleterre, on tue les nobles de préférence, et aussi les prisonniers, même des enfants, avec insulte, et de sang rassis. Qu'est-ce donc que l'homme a appris dans cette civilisation et par cette littérature? En quoi s'est-il humanisé? Quelles maximes de justice, quelles habitudes de réflexion, quel assemblage de jugements vrais cette culture a-t-elle interposé entre ses désirs et ses actions, pour modérer sa fougue? Il a rêvé, il a imaginé une sorte de cérémonial élégant pour mieux parler aux seigneurs et aux dames, il a trouvé le code galant du petit Jehan de Saintré. Mais l'éducation véritable, où est-elle? En quoi a profité Froissart de toute sa vaste expérience? C'est un enfant aimable et bavard; ce qu'on appelle alors sa poésie, la poésie neuve, n'est qu'un babil raffiné, une puérilité vieillotte. Quelques rhétericiens, comme Christine de Pisan, essayent de calquer des périodes d'après l'antique; mais de toutes parts la littérature avorte. Nul ne pense; voici sir John de Mandeville qui a couru l'univers cent cinquante ans après Villehardouin, et qui a l'esprit aussi fermé que Villehardouin. Légendes et fables extravagantes, toutes les crédulités et toutes les ignorances foisonnent dans son livre. S'il veut expliquer pourquoi la Palestine a passé de main en main, sans rester jamais sous une domination fixe, «c'est que Dieu ne veut pas qu'elle soit longtemps entre les mains de traîtres et pécheurs, chrétiens ou autres.» Il a vu à Jérusalem, sur les degrés du temple, la marque des pieds de l'âne que Notre-Seigneur montait «lorsqu'il entra le dimanche des Rameaux.» Il décrit les Éthiopiens, gens qui n'ont qu'un pied, mais si large qu'ils peuvent s'en servir comme d'un parasol. Il cite une île où «les gens sont hauts de dix-huit ou trente pieds de haut, et non vêtus, fors de peaux de bêtes;» puis une autre île «où il y a moult diverses femmes et cruelles, qui ont pierres précieuses dedans les yeux, et ont telle vue que si elles regardent un homme par dépit, elles le tuent seulement du regard comme fait un coq basilic.» Le bonhomme conte, et puis c'est tout; le doute et le bon sens n'ont guère de place encore dans ce monde. Point de jugement ni de réflexion personnelle; il met les faits les uns au bout des autres, sans les lier autrement; son livre n'est qu'un miroir qui reproduit les souvenirs de ses yeux et de ses oreilles. «Et tous ceux qui diront un Pater et un _Ave Maria_ à mon intention, je les fais participants, et leur octroie part à tous les saints pèlerinages que je fis oncques en ma vie.» C'est là sa fin, appropriée au reste. Ni la morale publique ni la science publique n'ont gagné quelque chose à ces trois siècles de culture. Cette culture française, vainement imitée dans toute l'Europe, n'a fait qu'orner les dehors de l'homme, et le vernis dont elle l'a paré se fane déjà partout ou s'écaille. C'est pis en Angleterre, où il est plus extérieur et plus mal appliqué qu'en France, où des mains étrangères l'ont plaqué; et où il n'a pu recouvrir qu'à demi la croûte saxonne, où cette croûte est demeurée fruste et rude. Voilà pourquoi trois siècles durant, pendant tout le premier âge féodal, la littérature des Normands d'Angleterre, composée d'imitations, de traductions, de copies maladroites, est vide.

VIII

Qu'est devenu cependant le peuple vaincu? Est-ce que la vieille souche sur laquelle sont venues se greffer les brillantes fleurs continentales n'a produit aucune pousse littéraire qui lui soit propre? Est-ce que pendant tout ce temps elle est demeurée stérile sous la hache normande qui a tranché tous ses bourgeons? Elle a végété bien peu, mais elle a végété pourtant. La race subjuguée n'est pas une nation démembrée, disloquée, déracinée, inerte comme les populations du continent qui, au sortir de la longue exploitation romaine, ont été livrées à l'invasion désordonnée des barbares; elle fait massé, elle est restée attachée à son sol, elle est en pleine séve; ses parties n'ont point été transposées, elle a été simplement décapitée pour recevoir, à son sommet, un faisceau de branches étrangères. Elle en a souffert, cela est vrai; mais enfin la plaie s'est fermée, les deux séves se sont mêlées[132]. Même les dures et roides ligatures dans lesquelles le conquérant l'a serrée, ajoutent dorénavant à sa fixité et à sa force. La terre a été cadastrée, chaque titre vérifié, défini et écrit[133], chaque droit ou redevance chiffrée, chaque homme enregistré à sa place, avec sa condition, ses devoirs, sa provenance et sa valeur; en sorte que la nation est comme enveloppée dans un réseau dont nulle maille ne rompt. Si désormais elle se développe, c'est dans ce cadre. Sa constitution est faite, et c'est dans cette enceinte définitive et fermée que l'homme va se déployer et agir. Solidarité et lutte: voilà les deux effets de ce grand établissement réglementé qui forme et maintient en corps, d'un côté l'aristocratie conquérante, de l'autre la nation conquise; de même qu'à Rome l'importation systématique des vaincus dans la plèbe, et l'organisation forcée des patriciens en face de la plèbe, enrégimenta les particuliers en deux ordres dont l'opposition et l'union formèrent l'État. Ainsi se façonne et s'achève, ici comme à Rome, le caractère national par l'habitude d'agir en corps, par le respect du droit écrit, par l'aptitude politique et pratique, par le développement de l'énergie militante et patiente. C'est le domsday-book qui, enserrant cette jeune société dans une discipline rigide, a fait du Saxon l'Anglais que nous voyons aujourd'hui.

[Footnote 132: _Pictorial history_, I, 666. _Dialogue on the Exchequer_. Temps de Henri II.]

[Footnote 133: _Domsday book_.--_Froude's History of England_, t. I, 13. «À travers toutes les dispositions perce un but unique: c'est que tout homme, en Angleterre, a sa place définie, et son devoir défini, et que nul être humain n'a la liberté de mener sa vie à son gré sans en rendre compte à personne. C'est la discipline d'une armée transportée dans la vie sociale.»]

Lentement, par degrés, à travers les douloureuses plaintes des chroniqueurs, on voit ce nouvel homme se former en s'agitant, comme un enfant qui crie parce qu'une machine d'acier en le blessant lui fortifie la taille. Si réduits et rabaissés que soient les Saxons, ils ne sont pas tous tombés dans la populace. Quelques-uns[134], presque dans chaque comté, sont demeurés seigneurs de leurs terres, à condition d'en faire hommage au roi. Un grand nombre sont devenus vassaux de barons normands, et, à ce titre, demeurent propriétaires. Un plus grand nombre deviennent _socagers_, c'est-à-dire possesseurs libres, grevés d'une redevance, mais pourvus du droit d'aliéner leur bien, et les vilains saxons trouvent en tous ces hommes des patrons, comme jadis la plèbe rencontra des chefs dans les nobles italiens transplantés à Rome. C'est un patronage effectif que celui de ces Saxons, restés debout; car ils ne sont point isolés; des mariages communs, comme jadis ceux des patriciens et des plébéiens à Rome, ont, dès l'abord, uni les deux races[135]; le Normand, beau-frère d'un Saxon, se défend lui-même en défendant son beau-frère; dans ces temps de troubles surtout, et dans une société armée, les parents, les alliés, sont obligés de se serrer les uns contre les autres pour faire ferme. Après tout, il faut bien que les nouveaux venus tiennent compte de leurs sujets: car ces sujets ont un coeur et un courage d'hommes; les Saxons, comme les plébéiens de Rome, se souviennent de leur rang natal et de leur indépendance première. On s'en aperçoit aux plaintes et à l'indignation des chroniqueurs, aux grondements et aux menaces de révolte populaire, aux longues amertumes avec lesquelles ils se remettent incessamment sous les yeux la liberté antique, à la faveur dont ils accueillent les audaces et la rébellion des _outlaws_. Il y avait des familles saxonnes à la fin du douzième siècle qui, par un voeu perpétuel, s'étaient engagées à porter la barbe longue, de père en fils, en mémoire des coutumes nationales et de la vieille patrie. De pareils hommes, même tombés à l'état de _socagers_, même déchus jusqu'à la condition de vilains, ont le cou plus roide que les misérables colons du continent, foulés et façonnés par les quatre siècles de fiscalité romaine. Par leurs sentiments comme par leur condition, ils sont les débris rompus, mais aussi les rudiments vivants d'un peuple libre. On ne va pas avec eux jusqu'au bout de l'oppression. Ils font le corps de la nation, le corps laborieux, courageux, qui fournit la force. Les grands barons sentent que pour résister au roi, c'est là qu'il faut s'appuyer. Bientôt en stipulant pour eux-mêmes[136], ils stipulent aussi pour tous les hommes libres, même pour les marchands, même pour les vilains. Dorénavant, «nul marchand ne sera privé de sa marchandise, nul vilain de ses instruments de travail; nul homme libre, marchand ou vilain, ne sera taxé déraisonnablement pour un petit délit. Nul homme libre ne sera arrêté ou emprisonné, ou dépossédé de sa terre, ou poursuivi en aucune façon, si ce n'est par le jugement légal de ses pairs et selon la loi du pays.» Ainsi protégés, ils se relèvent et ils agissent. Il y a une cour dans chaque comté où tous les francs tenanciers, petits ou grands, se réunissent pour délibérer des affaires municipales, rendre la justice, et nommer ceux qui répartiront l'impôt. Le Saxon à la barbe rouge, au teint clair, aux grandes dents blanches, vient s'y asseoir à côté du Normand; on y voit des franklins, pareils à celui que décrit Chaucer, «sanguin de complexion,» libéral et grand mangeur comme ses ancêtres, amateur de repues franches, «chez qui le pain, la bière sont toujours sur la table,» dont la maison n'est jamais sans viande cuite au four, chez qui la mangeaille est si plantureuse «que chair et poisson neigent dans son logis,» qui «a maintes grasses perdrix en cage, qui a maintes brèmes et maints brochets dans son étang,» qui tempête contre son cuisinier, «si la sauce n'est pas piquante et forte,» et «dont la table reste à demeure, prête et garnie toute la journée.» C'est un homme important; il a été shérif, chevalier du comté; il figure «aux sessions[137]. À côté de lui, parfois dans l'assemblée, le plus souvent dans l'assistance, sont les _yeomen_, fermiers, forestiers, gens de métiers, ses compatriotes, hommes musculeux et décidés, bien disposés à défendre leur propriété, à soutenir de leurs acclamations, avec leurs poings, et aussi avec leurs armes, celui qui prendra en main leurs intérêts. Croyez-vous qu'on néglige le mécontentement de gens comme celui que voici?[138].» «Un vigoureux rustre, par la messe! gros de charnure et d'os, court, large d'épaules, épais comme un arbre noué,» capable «de gagner partout le bélier à la lutte: point de portes dont il ne pût faire sauter la barre, ou qu'il ne pût en courant enfoncer avec sa tête. Sa barbe était rousse comme le poil d'une truie ou d'un renard, et large comme une pelle. Sur l'aile droite du nez, il avait une verrue et sur elle une touffe de poils roux comme les soies d'une oreille de truie. Ses narines étaient larges et noires, et sa bouche large comme une fournaise. Il portait à son côté une épée et un bouclier; c'était un querelleur et un gaillard[139].» Voilà les figures athlétiques, les culasses carrées, les façons de taureau joyeux, qu'on trouve encore là-bas, entretenues par le porter et la viande, soutenues par l'habitude des exercices du corps et des coups de poing. Ce sont ces hommes qu'il faut se représenter quand on veut comprendre comment s'est établie en ce pays la liberté politique. Peu à peu ils voient se rapprocher d'eux les simples chevaliers, leurs collègues à la cour du comté, trop pauvres pour assister avec les grands barons aux assemblées royales. Ils font corps avec eux par la communauté des intérêts, par la ressemblance des moeurs, par le voisinage des conditions; ils les prennent pour représentants; il les _élisent_[140]. À présent, ils sont entrés dans la vie publique, et voici venir une recrue qui, en les renforçant, les y assiéra pour toujours. Les villes dévastées par la conquête se sont repeuplées peu à peu. Elles ont obtenu ou arraché des chartes; les bourgeois se sont rachetés des tributs arbitraires qu'on levait sur eux, ils ont acquis le sol de leurs maisons, ils sont unis sous des maires et des aldermen; chaque ville maintenant, sous les liens du grand rets féodal, est une puissance; Leicester, révolté contre le roi, appelle au Parlement[141], pour s'autoriser et se soutenir, deux bourgeois de chacune d'elles. Dorénavant, les anciens vaincus, campagnards ou citadins, se sont redressés jusqu'à la vie politique. S'ils se taxent, c'est volontairement; ils ne payent rien qu'ils n'accordent; au commencement du quatorzième siècle, leurs députés réunis font la Chambre des communes, et, à la fin du siècle précédent, l'archevêque de Cantorbéry, parlant au nom du roi, disait déjà au pape: «C'est la coutume du royaume d'Angleterre que, dans toutes les affaires relatives à l'état de ce royaume, on prenne l'avis de tous ceux qui y sont intéressés.»

[Footnote 134: _Domsday-book_. Tenants in chief.]

[Footnote 135: _Pictorial history_, I, 666. Selon Ailred (_Temps de Henri II_), «un roi, beaucoup d'évêques et d'abbés, beaucoup de grands comtes et de nobles chevaliers, descendus à la fois du sang anglais et du sang normand, étaient un soutien pour l'un et un honneur pour l'autre.»--«À présent, dit un autre auteur du même temps, comme les Anglais et les Normands habitent ensemble et se sont mariés constamment les uns avec les autres, les deux nations sont si complétement mêlées l'une à l'autre, que, du moins pour ce qui regarde les hommes libres, on peut à peine distinguer qui est de race normande et qui est de race anglaise.... Les vilains attachés au sol, dit-il encore, sont seuls de pur sang saxon.»]

[Footnote 136: Grande charte, 1215.]

[Footnote 137:

A frankelein was in this compagnie; White was his berd as is the dayesie. Of his complexion he was sanguin. Wel loved he by the morwe a sop in win. To liven in delit was ever his wone. For he was Epicures owen sone, That held opinion, that plein delit Was veraily felicite parfite. An housholder, and that a grete was he; Seint Julian he was in his contree. His brede, his ale, was alway after on; A better envyned man was no wher non. Withouten bake mete never was his hous, Of fish and flesh, and that so plenteous, It snewed in his hous of mete and drinke, Of alle deintees that men coud of thinke. After the sondry sesons of the yere, So changed he his mete and his soupere. Ful many a fat partrich hadde he in mewe; And many a breme, and many a luce, in stewe. Wo was his coke but if his sauce were Poinant and sharpe, and redy all his gere. His table, dormant in his halle, alway Stode redy covered alle the longe day. At sessions ther was he lord and sire; Ful often time he was knight of the shire. An anelace and a gipciere all of silk Heng at his girdel, white as morwe milk. A shereve hadde he ben and a countour. Was no wher swiche a worthy vavasour.]

[Footnote 138: _Prologue des Contes de Cantorbéry_, v. 547. Édition Urry.]

[Footnote 139:

The Miller was a stout carl for the nones, Ful bigge he was of braun, and eke of bones; That proved wel; for over all ther he came, At wrastling he wold bere away the ram. He was short shuldered, brode, a thikke gnarre, Ther n'as no dore, that he n'olde heve of barre, Or breke it at a renning with his hede. His berd as any sowe or fox was rede, And therto brode, as though it were a spade: Upon the cop right of his nose he hade A wert, and theron stode a tufte of heres, Rede as the bristles of a sowes eres: His nose-thirles blacke were and wide. A swerd and bokeler bare he by his side. His mouth as wide was as a forneis: He was a jangler, and a goliardeis, And that was most of sinne and harlotries. Wel coude he stelen corne and tollen thries. And yet he had a thomb of gold parde. A white cote and a blew hode wered he. A baggepipe wel coude he blowe and soune, And therwithall he brought us out of toune.]

[Footnote 140: Dès 1214, et aussi en 1225 et 1254. Guizot, _Origine du système représentatif en Angleterre_, pages 297-299.]

[Footnote 141: 1264.]

IX