Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre

Part 17

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Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs divins.

Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie, la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus perfectionnée.

C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes.

Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode exclusivement égyptienne.

_Peinture_

De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins, pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge; les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur.

C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent des animaux de tout genre. (Fig. _218_).

Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque, elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté.

_Arts industriels_

Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est aussi moins fine et moins délicate.

Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie.

L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens.

Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou incrusté de diverses couleurs.

Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire, cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les ouvriers d'art égyptiens.

C. CIVILISATION

_Royauté_

Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur, née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne. Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa famille.

La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte.

_Gouvernement_

Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens, tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon et qui est souvent un de ses fils.

Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon, princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une menace.

_Relations extérieures Commerce_

L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie, la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger. L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids, et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées, après entente.

Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange, on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains.

_Vie civile Vêtement_

Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste, élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que celui des sujets.

_Armée_

Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu l'arme favorite des rois.

L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou, comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de véritables décorations et autres distinctions honorifiques.

_Marine_

Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille, mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date de toutes les grandes expéditions maritimes.

_Agriculture. Elevage_

Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément. Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs, et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement, se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne date que de la conquête musulmane.

_Pêche et chasse_

Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée, ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.

_Industrie_

A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres, bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers, cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal, généralement en bronze, parfois en fer.

_Langue et Littérature_

La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la cour comprenaient parfaitement.