Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre

Part 12

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Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or, calibrant et assemblant les pierres fines.

_Navigation_

On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion était la marche; les ânes servaient seulement de bêtes de somme, et il est extrêmement rare que les hommes aient songé à monter sur leur dos. Quant à la litière ou chaise à porteurs, c'était là un luxe que seuls les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter leurs domaines. Sur l'eau, nous avons déjà vu les petites nacelles en papyrus employées pour la chasse et la pêche; les autres bateaux construits en bois étaient très variés de forme, qu'il s'agît des lourds et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destinés à faire de petits trajets et à transporter des marchandises ou des bestiaux, ou bien des bateaux à rames et à voiles, qui dénotent déjà une grande habitude de la navigation. Dès le début de la IVe dynastie, on employait de façon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux extrémités légèrement relevées, portant un gros mât formé de deux madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se réunissent qu'à leur partie supérieure; une vergue se hisse au sommet de ce mât, supportant une voile trapézoïde d'un modèle spécial commandée par deux bras, gros cordages dont un homme assis à la poupe tient les extrémités. Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre suivant les dimensions du bateau, servent à donner la direction. Un toit léger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le mât et le bateau suivait le fil du courant, actionné en outre par les rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paraître un nouveau modèle de barque, la grande nef pontée, au mât simple portant une voile carrée soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours encore, à remonter le fleuve à la voile, à le redescendre à la rame.

Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du Nil, en diffèrent à peine quant à la forme générale; les mâts, les voiles, les gouvernails, les rames sont les mêmes, mais il n'y a aucune superstructure, et un énorme câble, allant de la proue à la poupe, assure la solidité de la charpente.

Pour avoir un tableau complet de l'état de l'Egypte à cette époque, il faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu documentés, ainsi la question très importante du commerce qui, faute de numéraire, se faisait de gré à gré, par échange, suivant entente entre les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou seulement des marchés périodiques dans les centres. Nous sommes aussi assez mal renseignés sur l'exploitation des mines et des carrières et sur le transport des gros matériaux, qui se faisait à bras d'hommes, sur traîneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'était, dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous les rois memphites et héliopolitains, période qui est la base même de toute la civilisation pharaonique. Pour les époques suivantes nous pourrons nous contenter de signaler les transformations, les perfectionnements apportés au cours des siècles à cet état de choses, par suite du travail intérieur ou des importations étrangères.

CHAPITRE VI

MOYEN EMPIRE

(2200 à 1500 avant J.-C. environ.)

A. HISTOIRE

_XIe dynastie_

Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l'Ancien Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force militaire sérieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorité morale de leurs prédécesseurs, s'effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les princes héracléopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas réussi, malgré l'énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à s'installer définitivement sur le trône d'Egypte, ni même à laisser un nom durable. Pendant ce temps s'élevait dans le sud, dans une province qui jusqu'alors n'avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille nouvelle, au sang moins pur, mélangé d'éléments soudanais, famille énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la restauration, à son profit, de l'unité du royaume égyptien. Ces seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep, commencèrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de monarque puis peu à peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers n'étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu'à la deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu'ils entreprirent des expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale.

L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est pas très clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d'après Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d'autre part que certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux environs de l'an 2.200 avant J.-C.

_XIIe dynastie_

Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du nom d'Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale. Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux adversaires qu'il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était non seulement un homme d'action, il était aussi un organisateur de premier ordre, à en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l'autonomie des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unité de l'Egypte sous un seul sceptre, fait régner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui aient occupé le trône de l'Egypte.

La XIIme dynastie est donc d'origine thébaine, mais son centre politique fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C'est dans les environs immédiats de l'antique capitale que les nouveaux rois établirent leur résidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité l'origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir.

Les vrais Sésostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée vers le sud. Les plus célèbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III parachevèrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la Nubie: ils étendent l'autorité effective de l'Egypte jusqu'à la 2e cataracte, c'est-à-dire reculent d'au moins 400 kilomètres les frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s'élèvent d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière extrême de la nouvelle province.

Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s'étend sur les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les carrières et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillité.

Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à une oeuvre gigantesque, la création dans le Fayoum,--petit territoire en contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest,--d'un immense réservoir destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces récits la proportion exacte de fable et de réalité, c'est ce qui n'a pu être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de villes, très étendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se l'imaginaient les Grecs, du moins considérables.

_XIIIe et XIVe dynasties_

Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d'Amenemhat IV et de la reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degré de puissance très supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait preuve d'incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unité de l'Egypte, et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l'une de Thèbes, l'autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme dynastie; il semble qu'à un moment donné cette dernière dynastie ait été considérée comme seule légitime, mais d'un autre côté la puissance des rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces deux séries de rois sont si enchevêtrées qu'on a peine à les distinguer l'une de l'autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd'hui, et ne paraît pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque. Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie 60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres qui sont peut-être exagérés quant au nombre d'années, mais qui paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de rois qui occupèrent le trône.

Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c'est à peine s'il convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus importants. L'examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles homogènes, mais de groupes très différents d'origine ou d'individus isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, «le nègre», et d'autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms, pourraient être d'origine babylonienne.

_Les Hyksos_

C'est précisément à cette époque, où l'Egypte n'était plus suffisamment puissante pour résister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus sémites, originaires sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pénétrèrent dans la vallée du Nil par la frontière nord-est, entre Péluse et Suez, s'établirent et se fortifièrent dans le Delta, rayonnèrent de là dans tout le pays, y établirent une autorité durable et s'arrogèrent même le titre officiel de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le résultat d'une de ces poussées des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si fréquentes dans l'histoire et qui chaque fois amenèrent des perturbations considérables; celle-ci fut déterminée par la descente des Elamites en Mésopotamie, qui provoqua également le départ d'Abraham pour la Palestine.

La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exerça, suivant les monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalancée seulement par un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se groupait dans la Thébaïde, autour des derniers rois de la XIIIme dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et préparent la revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces étrangers s'étaient rapidement égyptianisés; ils avaient adopté les coutumes de leurs sujets plus civilisés qu'eux et cherchèrent à gouverner comme les anciens rois autochtones, mais ils ne réussirent pas à laisser une trace vraiment durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun édifice important qui puisse avoir été construit par eux, à part peut-être les murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifiée d'Avaris, à l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur quelques petits objets ou sur des statues antérieures qu'ils s'étaient appropriées. Ils encouragèrent les sciences et la littérature, ainsi que nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre côté, il est bien probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le pillage systématique des tombeaux royaux antérieurs.

_XVIIe dynastie_

Enfin il s'éleva une nouvelle race de princes thébains qui, d'abord vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tâche de délivrer leur pays de la domination étrangère. Leurs talents militaires, leur valeur personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier, révolté contre ses oppresseurs, amenèrent rapidement la chute du royaume des pasteurs. Refoulés de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta même, il ne resta bientôt plus aux pharaons sémites qu'un petit canton aux confins du désert et leur retraite fortifiée d'Avaris, où ils tinrent bon pendant un siècle encore. Cette période de lutte à outrance qui coûta la vie à certains rois thébains, morts en pleine bataille, et qui termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une période héroïque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent leur pays du joug étranger, les Seknenra, les Kamès, les Ahmès, mériteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous n'étions si peu renseignés sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne faisons guère qu'entrevoir les résultats.

Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thébain, joint à la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile à établir et donne lieu encore aujourd'hui à des opinions très divergentes, car si nous connaissons presque à un jour près la durée de la XIIme dynastie, il n'en est pas de même pour les suivantes, qui régnèrent sans doute collatéralement sur diverses parties du pays. Nous avons déjà vu que Manéthon donne à la XIIIme dynastie thébaine 453 ans et à la XIVme dynastie xoïte, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient régné, la première 284 ans avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments contemporains, les Salatis, les Bnôn, les Jannias et les Apophis, et l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour Manéthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux séries de rois, les uns hyksos, les autres thébains, ayant occupé les trônes d'Egypte pendant 151 ans jusqu'à l'expulsion définitive des Sémites. Si l'on met bout à bout tous ces chiffres, on obtient pour l'intervalle qui sépare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme fantastique de 1.583 ans, qui paraît absolument inadmissible, surtout si l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, où presque tout se conserve, une période aussi longue, même troublée, nous aurait transmis des séries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont parvenues. D'un autre côté, une théorie récente, très en vogue aujourd'hui, et basée sur deux dates astronomiques qu'on voudrait attribuer, l'une à un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier souverain de la XVIIIme, réduit cet intervalle à 200 ans environ. Cette théorie me paraît encore plus insoutenable que la précédente, car je ne vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux siècles un nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains régnèrent, nous le savons pertinemment, 40 et même 50 ans. La vérité est très probablement entre ces deux théories extrêmes, et je suis tenté de me rattacher, au moins dans ses grandes lignes, au système proposé par un égyptologue norvégien, M. Lieblein, système qui peut se résumer somme suit: l'invasion hyksos a lieu à la fin de la XIIme dynastie et entraîne sa chute, après quoi une nouvelle famille thébaine, la XIIIme, prend possession du trône; pendant ce temps les chefs pasteurs, maîtres de la plus grande partie du pays, mais se sentant inférieurs comme civilisation et n'osant encore se mettre personnellement à la tête du gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont autres que leurs créatures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme dynastie xoïte. Après ce laps de temps, se sentant suffisamment égyptianisés, ils prennent eux-mêmes les rênes du pouvoir: c'est la XVme dynastie; quant à la XVIme elle n'existe pas en réalité, c'est une dynastie purement fictive, qui représente seulement la somme de la domination des Hyksos jusqu'au moment où ces rois furent refoulés dans Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double série de rois, caractérise le siècle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit être supprimée, comme faisant double emploi, nous n'avons plus qu'à additionner les chiffres que donne Manéthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne, pour toute la période hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'époque des rois pasteurs et de leurs compétiteurs égyptiens irait de 2100 à 1500 avant notre ère. Je me contente de signaler ce résultat, non comme absolument certain, mais comme assez satisfaisant.

B. MONUMENTS

Si nous voulons nous faire une idée de ce qu'était la civilisation égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu'elle avait pu réaliser depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d'abord, de même qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en présence de documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à toute la XIIme dynastie, puis d'une époque singulièrement silencieuse, celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce fait n'a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant à la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs prédécesseurs immédiats.

_Architecture_

Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'à grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose près, les mêmes caractères artistiques que celles de l'Ancien Empire, à quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hésitons pas à qualifier d'usurpation.