Histoire De L Afrique Septentrionale Berberie Depuis Les Temps

Chapter 23

Chapter 233,317 wordsPublic domain

=III.--Race Zenète.=; _ | Merendjica Ifrene |_Ouarghou _ | B. Berzal _ | B. Isdourine | B. Ournid -| B. Sar'mar | |_B. Itoueft | B. Ourtantine Demmer -| B. R'arzoul | B. Toufourt | Ourgma |_Zouar'a _ | B. Ilent | B. Zeddjak ou Zendak | B. Ourak Mag'raoua (anciens) -| Ourtezmar | B. Bou-Saïd | B. Ourcifen | Lar'ouate | B. Righa | Sindjas | B. Ouerra |_B. Ourtadjen

Irnïane Djeraoua Ouagdjidjen Ouar'mert ou R'omert (Ghomra) Ouargla--B. Zendak Ouemannou Iloumene (ou Iloumi) _ _ _ | | | B. Idleten | | | B. Nemzi | | | B. Madoun | | B. Meden -| B. Zendak | _ | | B. Oucil | | Abd-El-Ouad | | B. Kadi | | Toudjine -| |_B. Mamet |B. Badine.-| B. Mezab | | | B. Azerdane | _ | |_ou Zerdal | | B. Tigherine Ouacine -| B. Rached | B. Rour'enç -| B. Irnaten (Magr'aoua) | |_ |_B. Mengouch | | _ | | B. Ourtadjen |B. Merine -| |_ |_B. Ouattas

POSITION DE CES TRIBUS.--Voici maintenant, la situation générale de ces tribus, par provinces, au VIIe siècle.

_Barka_ et _Tripolitaine_.

_Houara_ et _Aourir'a_.--Pays de Barka, midi de la Tripolitaine, Fezzan: s'avancent jusque vers le Djerid. _Louata_.--Région syrtique, environs de Tripoli et de là jusque vers Gabès. _Nefouça_.--Région montagneuse de ce nom, au midi de Tripoli. _Zouar'a_ et _Ourgma_ (Zenèles Demmer), à l'ouest de Tripoli.

_Ifrikiya proprement dite._; (Tunisie.)

_Nefzaona_.--Djerid et intérieur de la Tunisie. _Merendjica_ et _Ouargou_ (Ifrene), régions méridionales.

_Ifrikya occidentale._; (Province de Constantine.)

_Nefzaoua_.--Plaines de l'est de la province. _Djeraoua_.--Djebel-Aourès. _Aoureba_.--Région au nord du Zab. _Ifrene_. _Magraoua_.--Hodna, Zab et région méridionale de l'Aourès. _Ouargla_, _Ouacine_.--Ouad-Rir' et Sahara. Ketâma.--Cette grande tribu occupe toute la région littorale, depuis Bône jusqu'à l'embouchure de l'Ouad-Sahel et s'avance dans l'intérieur, jusqu'à Constantine et Sétif.

_Mag'reb central._;

_Zouaoua_.--Massif de la grande Kabilie. _Sanhadja_.--Se rencontrent à l'ouest et au nord avec les Zouaoua et s'étendent jusqu'à l'embouchure du Chelif, occupant ainsi le littoral et une partie du centre. _B. Faten_.--Font suite aux Sanhadja, à l'ouest, jusqu'à la Moulouïa, couvrant le littoral et le centre de la province d'Oran. _Lemaïa_ et _Matmata_, aux environs du Guezoul et du Ouarensenis. _Mar'ila_, sur la rive droite du Chelif. _Azdadja_, (des Dariça), aux environs d'Oran. _Koumïa_ et _Mediouna_, au nord et à l'ouesl de Tlemcen. _Adjiça_ (Dariça), au sud des Zouaoua. Les tribus Zenètes anciennes couvrent les hauts plateaux. _Ouemannou_ et _Iloumi_, à l'ouest du Hodna. _Ouar'mert_, dans le Rached (Djebel-Amour). _Ournid_, à l'ouest de cette montagne. Irniane, au sud de Tlemcen.

_Mag'reb extrême._;

_R'omara_.--Occupent la région littorale du Rif, de l'embouchure de la Moulaïa à Tanger. _Miknaça_, _Ourtandja_ et _Augma_, région centrale. _Zanaga_.--Se rencontrent avec les précédents et occupent les premiers contreforts de l'Atlas. _Matr'ara_.--Vers la limite du Mag'reb central, où ils se rejoignent aux autres Fatene. _Berghouata_.--Sur le littoral de l'Océan, depuis Tanger jusqu'à l'embouchure du Sebou. _Masmouda_.--Tout le versant occidental de l'Atlas, les plaines et le littoral de l'Océan, du Sebou à l'Ouad-Sous. _Heskoura_.--Les montagnes du Grand-Atlas. _Guezoula_ et _Lamta_.--La rive gauche de l'Ouad-Sous jusqu'à l'Ouad-Deraa. Aucune tribu zénète n'a encore pénétré dans le Mag'reb extrême.

_Grand-Désert._;

_Sanhadja au Litham_ (_Messoufa Guedala_, _Lemtouna_, _Lamta_, etc.), occupant toute la région saharienne jusqu'au Niger.

Ainsi était répartie la race berbère dans l'Afrique septentrionale.

Il restait en outre quelques débris de la population coloniale dans le nord de l'Ifrikiya et aux alentours des postes occupés par les Byzantins.

LES ARABES. NOTICE SUR CE PEUPLE.--Le peuple arabe devant désormais mêler son histoire à celle de là Berbérie, il convient encore, avant de reprendre notre récit, d'entrer dans quelques détails sur cette nation.

La population de l'Arabie était divisée en deux groupes distincts:

1° Les Arabes de race pure ou ancienne, descendant, selon les généalogistes, de _Kahtan_, le Yectan de la Bible. Établis depuis une haute antiquité dans la partie méridionale du pays, l'_Arabie heureuse_, l'Iémen, ils formèrent deux grandes tribus, celles de Kehlan et de Himyer. On les désignait sous le terme général d'Iéménites;

2° Et les Arabes de race mélangée, descendants de _Adnan_, et beaucoup plus nombreux que les précédents. Ils ont formé les tribus de Moder, Rebïa, Maad, etc.... Nous les désignerons sous le nom de Maadites. Ils occupaient les vastes solitudes qui s'étendent de la Palestine à l'Iémen, ayant au centre le plateau du Nedjd et le Hedjaz sur le littoral[296].

[Note 296: Voir Abou-l-feda, _Rois des Arabes avant l'Islamisme_.--Hamza d'Ispahan, _Annales des Himyérites_.--En-Nouéïri, _Histoire des rois de Kahtan_.--Messaoudi, _Les prairies d'or_.--Ibn-Khaldoun, _Histoire des Berbères_ et _Prolégomènes_.--Ibn-El-Athir, _Histoire_, passim.]

Une rivalité implacable divisait ces deux races et nous verrons ces traditions de haine les suivre en Afrique et en Espagne. C'est que la première, habitant des régions fertiles, établie en partie dans des villes, se livrait à la culture et au commerce et vivait dans l'abondance; tandis que l'autre, réduite à l'existence précaire du nomade, dans des régions désertes, n'avait d'autre ressource, en dehors du produit de maigres troupeaux, que la guerre et le brigandage. Cette rivalité n'avait au fond d'autre mobile que le combat pour la vie.

En outre de ces deux grandes divisions, chaque groupe se partage en citadins et gens des steppes (_bédouins_).

MOEURS ET RELIGION DES ARABES ANTÉ-ISLAMIQUES.--La condition propre de l'Arabe, c'est la vie en tribu, la famille agrandie, à la tête de laquelle est le cheikh, vieillard renommé par sa sagesse dans le conseil, sa bravoure dans le combat. Une grande solidarité règne entre les gens d'une même tribu, mais aucun lien ne réunit les tribus entre elles. Bien au contraire, elles ont toutes des sujets de haine particulière les unes contre les autres, car la vengeance est un culte pour ces âmes ardentes. «Une infinité de tribus, les unes sédentaires, le plus grand nombre constamment nomades, sans communauté d'intérêts, sans centre commun, ordinairement en guerre les unes contre les autres, voilà l'Arabie au temps de Mahomet[297].» Les Arabes ne vivent que pour la guerre, car sans cela «pas de butin, et c'est le butin surtout qui fait vivre les Bédouins.» Aussi la bravoure est-elle estimée au-dessus de tout. Les femmes suivent les guerriers dans les combats pour les encourager, faire honte aux fuyards et même les marquer d'un signe d'ignominie. «Les braves qui font face à l'ennemi, disent-elles, nous les pressons dans nos bras; les lâches qui fuient nous les délaissons et nous leur refusons notre amour[298].» L'éloquence et la poésie sont honorées après la bravoure.

[Note 297: Dozy, _Histoire des Musulmans d'Espagne_, l. I, p. 16.]

[Note 298: Poésie citée par Caussin de Perceval dans son bel _Essai sur l'histoire des Arabes avant l'Islamisme_, t. III, p. 99.]

Les habitants des villes du littoral, ainsi que nous l'avons dit, s'adonnaient avec succès au commerce, et conservaient des relations avec les Bédouins, leurs parents ou leurs alliés.

La Mekke, ville située près du littoral du golfe arabique, était un grand centre commercial et religieux. Les Koréichites, famille de la race d'Adnan, y dominaient. C'étaient des marchands fort entendus aux affaires. Ils gouvernaient la cité par un conseil dit des Sadate (pluriel de Sid) qui avait entre ses mains tous les pouvoirs[299].

Les Arabes pratiquaient différents cultes: certaines tribus adoraient les astres, d'autres se faisaient des idoles de pierre ou de bois. Les Juifs avaient, en Arabie, de très nombreux sectateurs; enfin, le chiffre des chrétiens établis, surtout dans les villes, était assez considérable. Mais la religion nationale était une sorte d'idolâtrie. La Mekke était déjà la ville sainte: on y conservait, dans le temple de la Kaaba, une pierre noire, sans doute un aérolithe, et la construction du temple était attribuée à Abraham par une ancienne tradition. Un grand nombre d'idoles y étaient en outre enfermées. La tribu de Koréich avait le privilège de fournir le grand-prêtre.

«Le naturel farouche des Arabes--a dit Ibn-Khaldoun[300],--en a fait une race de pillards et de brigands. Toutes les fois qu'ils peuvent enlever un butin, sans courir un danger ou soutenir une lutte, ils n'hésitent pas à s'en emparer et à rentrer au plus vite dans le Désert.» C'est la _razia_, le mode de combattre particulier à l'Arabe. «Les habitudes et les usages de la vie nomade,--ajoute notre auteur,--ont fait des Arabes un peuple rude et farouche. La grossièreté des moeurs est devenue pour eux une seconde nature.....Si les Arabes ont besoin de pierres pour servir d'appuis à leurs marmites, ils dégradent les bâtiments afin de se les procurer; s'il leur faut du bois pour en faire des piquets ou des soutiens de tente, ils détruisent les toits des maisons pour en avoir. Par la nature même de leur vie, ils sont hostiles à tout ce qui est édifice.... Ajoutons que, par leur disposition naturelle, ils sont toujours prêts à enlever de force le bien d'autrui, à chercher les richesses les armes à la main, et à piller sans mesure et sans retenue.»

Tels sont, dépeints par un de leurs compatriotes, les hommes qui vont prendre une part prépondérante à l'histoire de l'Afrique.

[Note 299: Michèle Amari, _Storia dei Musulmani di Sicilia_, t. I, p. 47 et suiv.]

[Note 300: _Prolégomènes_, t. I. de la trad., p. 309 et suiv.]

MAHOMET.--FONDATION DE L'ISLAMISME.--En 570 naquit Mahomet (Mohammed), de la tribu de Koreich. Resté orphelin de bonne heure, il fut élevé par son oncle, Abou-Taleb, et envoyé par lui dans une tribu bédouine selon l'usage. C'était un jeune homme faible de corps, sujet à des attaques nerveuses, parlant peu et restant de longues heures plongé dans la méditation. A l'inverse de ses compatriotes, il avait peu de goût pour la poésie, bien qu'il eût l'imagination assez développée. Il se vantait de ne pas savoir écrire.

Mahomet avait quarante ans lorsqu'il commença à prophétiser et à prétendre qu'il recevait des révélations de Dieu, par l'intermédiaire de l'ange Gabriel: ses concitoyens l'accueillirent par des moqueries et tournèrent en dérision ses prédications. Rien ne l'arrêta, ni les injures, ni les violences, et il finit par gagner à sa cause quelques prosélytes. Mais si, après onze années d'apostolat, Mahomet avait obtenu un si mince succès chez ses concitoyens, il avait rencontré à Yatrib, ville rivale, habitée par des gens de race yéménite, des esprits mieux disposés à accueillir la nouvelle religion, et s'y était créé des adhérents dévoués. Menacé dans son existence par les Mekkois, le prophète se décida à fuir et alla, en 622, chercher un refuge chez ses amis les Aous et les Khazradj, de Yatrib, qui reçut le nom de _Médine_ (la ville par excellence). De cette fuite (_Hégire_) date l'ère musulmane. Les adhérents de Mahomet lui prêtèrent à Médine un solennel serment et furent appelés ses _défenseurs_ (Ansar). On nommait _émigrés_ les Mekkois qui l'avaient suivi dans sa fuite. Aussitôt la lutte commença entre eux et les Mekkois, et après différentes péripéties, Mahomet entra en vainqueur à la Mekke. Cette fois, c'était le triomphe. Par la persuasion ou par la force, les Arabes durent adopter le nouveau culte. L'islamisme était fondé. Nous croyons inutile d'analyser ici cette religion dont chacun connaît les dogmes et qui a pour code le Koran. L'Iman, chef de la religion, était en même temps souverain politique de tous les musulmans. La _Guerre sainte_ imposée aux _vrais croyants_, comme une obligation étroite, allait ouvrir la voie aux conquêtes[301].

[Note 301: Voir le Koran et les _Hadith_ ou traditions sur Mahomet.]

ABOU-BEKER, DEUXIÈME KHALIFE.--SES CONQUÊTES.--En 632, Mahomet cessa de vivre. Les Arabes n'avaient pas attendu sa mort pour apostasier et se lancer dans la révolte. Le Nedjd, l'Iémen, même, étaient au pouvoir d'un rival Aïhala le Noir; l'insurrection devint alors générale.

Mahomet, comme Charlemagne et peut-être à dessein, n'avait pas fixé les règles de la succession au khalifat[302]. Son oncle Abou-Beker qui, par son dévouement à toute épreuve, avait été le plus ferme soutien du prophète, fut appelé à lui succéder. C'était un homme d'une rare énergie et dont la violence se traduisait par d'implacables cruautés. Faisant énergiquement tête aux ennemis, il sut ramener la confiance parmi les siens et put ainsi battre les insurgés les uns après les autres. Ses victoires furent suivies d'horribles massacres. Quiconque apostasiait ou refusait de se convertir était aussitôt mis à mort. Les nouveaux musulmans trouvaient au contraire toutes les satisfactions de leurs passions: la guerre et le pillage. Il n'est donc pas surprenant que sous la direction d'Abou-Beker l'islamisme eût fait de si grands progrès. Les _compagnons_ de Mahomet, les _défenseurs_ et les émigrés étaient comblés d'honneurs et investis de commandements; ils formaient en quelque sorte une nouvelle noblesse. Tout en luttant contre les révoltés, Abou-Beker entreprenait la guerre de conquête; dès la fin de 633, ses généraux enlevaient l'Irak aux Perses et une partie de la Syrie aux Byzantins.

[Note 302: Ses successeurs reçurent le titre de Khalifes (_successeurs_), d'où l'on a formé le mot de Khalifat pour désigner leur trône.]

KHALIFAT D'OMAR. CONQUÊTE DE L'ÉGYPTE.--Dans le mois d'août 634, Abou-Beker mourut au milieu de toute sa gloire. Il désigna pour son successeur Omar-ben-el-Khattab, qui prit le titre d'_Emir-el-Moumenin_ (Prince des croyants). Peu après, Damas et le reste de la Syrie tombaient au pouvoir des Arabes. La Mésopotamie et la Palestine subissaient bientôt le même sort (638-40).

En 640, le général Amer-ben-el-Aci enleva l'Égypte au représentant d'Héraclius. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie éclaira les vertigineux succès des Arabes. En quelques années une peuplade à peine connue avait fondé un vaste royaume. Nous allons voir les Arabes transporter au Mag'reb, le théâtre de leurs exploits.

CHAPITRE II.

CONQUÊTE ARABE 641-709

Campagnes de Amer en Cyrénaïque et en Tripolitaine.--Le Khalife Othman prépare l'expédition de l'Ifrikiya.--Usurpation du patrice Grégoire. Il se prépare à la lutte.--Défaite et mort de Grégoire.--Les Arabes traitent avec les Grecs et évacuent l'Ifrikiya.--Guerres civiles en Arabie.--Les Kharedjites; origine de ce schisme.--Mort d'Ali; triomphe des Oméïades.--État de la Berbérie; nouvelles courses des Arabes.--Suite des expéditions arabes en Mag'reb.--Okba gouverneur de l'Ifrikiya; fondation de Kaïrouan.--Gouvernement de Dinar.--Abou-el-Mohadjer.--2e gouvernement d'Okba; sa grande expédition en Mag'reb.--Défaite de Tehouda; mort d'Okba.--La Berbérie sous l'autorité de Koçéïla.--Nouvelles guerres civiles, en Arabie.--Les Kharedjites et les Chïaïtes.--Victoire de Zohéïr sur les Berbères; mort de Koçéïla.--Zohéïr évacue l'Ifrikiya.--Mort du fils de Zobéïr; triomphe d'Abd-el-Malek.--Situation de l'Afrique; la Kahéna.--La Kahéna reine des Berbères; ses destructions.--Défaite et mort de la Kahéna.--Conquête et organisation de l'Ifrikiya par Haçane.--Mouça-ben-Nocéïr achève la conquête de la Berbérie.

CAMPAGNES DE AMER EN CYRÉNAÏQUE ET EN TRIPOLITAINE.--Aussitôt après avoir effectué la conquête de l'Egypte, Amer poussa une pointe vers l'Ouest, jusqu'au pays de Barka. Les Houara et Louata de cette contrée furent contraints de se soumettre et, afin d'éviter l'esclavage, durent se racheter au prix d'une contribution de treize mille pièces d'or. Ils vendirent, dit-on, tout ce qu'ils possédaient, et même, en certains endroits, leurs enfants pour s'acquitter[303]. Après cette fructueuse razia, Amer rentra en Egypte (641). Pendant ce temps, un de ses lieutenants, Okba-ben-Nafa, parcourait les régions méridionales et s'avançait en vainqueur jusqu'à Zouila dans le Fezzan.

[Note 303: Ibn-Abd-el-Hakem (apud Ibn-Khaldoun, t. I, p. 302 et suiv,). En-Nouéïri, id., p. 313. El-Kairouani, p. 36 et suiv.]

Les campagnes dans l'Ouest étaient trop fructueuses pour que les guerriers de l'Islam ne fussent pas tentés d'y effectuer de nouvelles courses. En 612, Amer ayant organisé une expédition vint mettre le siège devant Tripoli et s'empara de cette ville, qui fut livrée au pillage. On y trouva un riche butin qui fut réparti entre les soldats. Les habitants qui purent se réfugier sur les vaisseaux et gagner le large furent épargnés; quant aux autres, ils n'obtinrent aucun quartier. De cette place, le général arabe envoya une reconnaisance de cavalerie sur Sabra, tandis qu'un corps de troupes allait de nouveau vers le Fezzan, et s'avançait jusqu'à Ouaddan.

En vain. Amer sollicita de son maître l'autorisation d'envahir l'Ifrikiya; mais ces opérations dans l'Ouest étaient faites contre le gré du khalife qui n'avait aucune confiance dans ce «lointain perfide», comme il se plaisait, par un jeu de mots, à appeler le Mag'reb; de plus il craignait un retour offensif des Byzantins en Égypte. Ces prévisions n'étaient que trop justifiées; on apprit tout à coup qu'une flotte grecque venait de s'emparer d'Alexandrie. Aussitôt Amer se porta contre l'ennemi à la tête de forces imposantes et força les chrétiens à la retraite.

LE KHALIFE OTHMAN PRÉPARE L'EXPÉDITION D'IFRIKIYA.--Le 31 octobre 644, Omar fut poignardé par un esclave ou artisan de Koufa. Avant de mourir, il désigna, comme candidats à sa succession, six des plus anciens compagnons de Mahomet. Ceux-ci, après trois jours de discussion, finirent par charger l'un d'eux, qui s'était désisté, de prononcer entre eux. Le Mekkois Othman-ben-Offan fut proclamé khalife, au grand désappointement des trois autres candidats. Ali, gendre du prophète, qui se considérait déjà comme ayant été frustré par les précédents khalifes, fut surtout très irrité de ce nouvel échec. Deux autres candidats, Zobéïr et Talha devaient également faire parler d'eux.

Othman appartenait à la famille des Beni-Oméïa qui s'était montrée l'adversaire acharnée de Mahomet; son triomphe était celui du parti mekkois. C'était un vieillard affaibli par l'âge qui se laissait entièrement diriger par ses parents. Un des premiers actes du nouveau khalife fut de rappeler Amer et de confier le commandement de l'Egypte à son frère de lait Abd-Allah-ben-Abou-Sarh. Vers 646[304], ce général envoya des reconnaissances qui lui rapportèrent des renseignements précis sur la situation de l'Ifrikiya, et, lor squ'il eut réuni tous les documents, il pressa le khalife d'entreprendre cette conquête qui, disait-il, devait donner aux Musulmans une nouvelle gloire et un abondant butin. Mais, en Orient, on ne voyait pas l'entreprise sous un jour aussi favorable; le conseil réuni plusieurs fois hésita à l'autoriser et ce ne fut qu'à force d'insistance que le khalife finit par rallier les esprits et faire décider l'expédition.

[Note 304: On sait que ces premières dates sont incertaines.]

La guerre sainte fut alors proclamée et, un camp ayant été, dressé à El-Djorf, près de Médine, la fleur des guerriers de l'Islam vint s'y réunir[305]. Les tribus yéménites et maadites y envoyèrent leur contingent. Othman contribua de ses deniers à l'organisation de l'armée, qui se trouva prête dans l'automne de l'année 647. Au mois d'octobre le khalife vint la haranguer, puis ces troupes, pleines d'ardeur, se mirent en route sous la direction d'El-Harith. De son côté, le gouverneur de l'Egypte avait réuni toutes les forces dont il pouvait disposer. Lorsque les troupes d'Orient furent arrivées, il leur adjoignit les siennes et forma ainsi une armée d'environ cent vingt mille hommes, composée d'autant de cavaliers que de fantassins. Laissant le commandement de l'Egypte à Okba, il entraîna ses guerriers à la conquête des pays de l'Ouest, depuis si longtemps convoités par les Musulmans.

[Note 305: En-Nouéïri donne les noms des principaux guerriers, presque tous compagnons de Mahomet (p. 314, 315).]

USURPATION DU PATRICE GRÉGOIRE. IL SE PRÉPARE À LA LUTTE.--En présence des préparatifs des Arabes, que faisaient les Byzantins d'Afrique? Nous avons vu, à la fin de la première partie, que l'empereur Héraclius était mort après avoir eu la douleur de voir l'Egypte lui échapper. A cette nouvelle, le patrice Grégoire, fils du Grégoire dont il a été également parlé, qui gouvernait l'Afrique au nom de l'empire, jugea le moment favorable pour se déclarer indépendant. Il prit la pourpre, s'entoura des insignes de la royauté et choisit Sbéïtla[306], comme siège de son empire.

[Note 306: L'antique Suffétula, au sud de Kaïrouan.]

Karthage abandonnée fut occupée par un nouvel exarque, venu de Constantinople, et autour duquel se groupèrent les chrétiens restés fidèles. Bien que les détails fassent complètement défaut sur les conditions dans lesquelles l'usurpation de Grégoire s'est effectuée, il est probable que ce chef a été appuyé par les indigènes; le choix de Sbéïtla comme capitale semble l'indiquer. Ainsi, au moment où les Byzantins auraient dû grouper toutes leurs forces pour résister à l'étranger, ils étaient divisés par la guerre civile. C'est ce qui explique que, lors des premières razzias des Arabes, ils abandonnèrent la Tripolitaine à elle-même.

Cependant, Grégoire, averti de la prochaine attaque des Arabes, n'était pas resté inactif: il avait adressé un appel pressant aux débris de la population coloniale et aux Berbères. Les tribus indigènes de cette région, qui savaient, par ouï-dire, ce qu'était la rapacité des Arabes et se voyaient menacés dans leur existence et dans leurs biens, accoururent en foule sous ses étendards. Le patrice se trouva bientôt entouré d'un rassemblement considérable dont les auteurs arabes portent le chiffre à plus cent mille combattants, ce qui est évidemment exagéré. A la tête de cette armée il se porta en avant de Sbéïtla et attendit, dans une position retranchée, le choc de l'ennemi[307].

[Note 307: Lebeau, _Hist. du Bas-Empire_, t. II, p. 319 et suiv. Ibn-Khald, _Hist. des Berbères_, t. I, p. 208, 209. En-Nouéïri, p. 317 et suiv. El-Kaïrouani, p. 39.]