Histoire De L Afrique Septentrionale Berberie Depuis Les Temps
Chapter 2
Arrivé en Algérie il y a trente-quatre ans; lancé alors au milieu d'une population que tout le monde considérait comme arabe, ce ne fut pas sans étonnement que je reconnus les éléments divers la composant: Berbères, Arabes et Berbères arabisés. Frappé du problème ethnographique et historique qui s'offrait à ma vue, je commençai, tout en étudiant la langue du pays, à réunir les éléments du travail que j'offre aujourd'hui au public.
Si l'on se reporte à l'époque dont je parle, on reconnaîtra que les moyens d'étude, les ouvrages spéciaux se réduisaient à bien peu de chose. Cependant M. de Slane commençait alors la publication du texte et de la traduction d'Ibn-Khaldoun et de divers autres écrivains arabes. La Société archéologique de Constantine, la Société historique d'Alger venaient d'être fondées, et elles devaient rendre les plus grands services aux travailleurs locaux, tout en conservant et vulgarisant les découvertes. Enfin, la maison Didot publiait, dans sa collection de l'_Univers pittoresque_, deux gros volumes descriptifs et historiques sur l'Afrique, dus à la collaboration de MM. d'Avezac, Dureau de la Malle, Yanosky, Carette, Marcel.
Un des premiers résultats de mes études, portant sur les ouvrages des auteurs arabes, me permit de séparer deux grands faits distincts qui dominent l'histoire et l'ethnographie de l'Afrique septentrionale et que l'on avait à peu près confondus, en attribuant au premier les effets du second. Je veux parler de la conquête arabe du VIIe siècle, qui ne fut qu'une conquête militaire, suivie d'une occupation de plus en plus restreinte et précaire, laissant, au Xe siècle, le champ libre à la race berbère, affranchie et retrempée dans son propre sang, et de l'immigration hilalienne du XIe siècle, qui ne fut pas une conquête, mais dont le résultat, obtenu par une action lente qui se continue encore de nos jours, a été l'arabisation de l'Afrique et la destruction de la nationalité berbère.
Je publiai alors l'_Histoire de l'établissement des Arabes dans l'Afrique septentrionale_ (1 vol. in-8, avec deux cartes, Marle-Challamel, 1875), ouvrage dans lequel je m'efforçai de démontrer ce que je demanderai la permission d'appeler cette découverte historique.
Mais je n'avais traité qu'un point, important, il est vrai, de l'histoire africaine, et il me restait à présenter un travail d'ensemble. Dans ces trente-quatre années, que de documents, que d'ouvrages précieux avaient été mis au jour! En France, la conquête de l'Algérie avait naturellement appelé l'attention des savants sur ce pays. Nos membres de l'Institut, orientalistes, historiens, archéologues, trouvaient en Afrique une mine inépuisable, et il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms de MM. de Slane, Reynaud, Quatremère, Hase, Walcknaer, d'Avezac, Dureau de la Malle, Marcel, Carette, Yanosky, Fournel, de Mas-Latrie, Vivien de Saint-Martin, Léon Rénier, Tissot, H. de Villefosse.
En Hollande, le regretté Dozy publiait ses beaux travaux sur l'Espagne musulmane. En Italie, M. Michele Amari nous donnait l'histoire des Musulmans de Sicile, travail complet où le sujet a été entièrement épuisé. Enfin l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne fournissaient aussi leur contingent.
Pendant ce temps, l'Algérie ne restait pas inactive. Un nombre considérable de travaux originaux était produit par un groupe d'érudits qui ont formé ici une véritable école historique. Je citerai parmi eux: MM. Berbrugger, F. Lacroix enlevé par la mort avant d'avoir achevé son oeuvre, Poulle, le savant président de la Société archéologique de Constantine, Reboud, Cherbonneau, général Creuly, Mac-Carthy, l'abbé Godard, l'abbé Bargès, Brosselard, A. Rousseau, Féraud, de Voulx, Gorguos, Vayssettes, Tauxier, Aucapitaine, Guin, Robin, Moll, Ragot, Elie de la Primaudaie, de Grammont, président actuel de la Société d'Alger, et bien d'autres, auxquels sont venus s'ajouter plus récemment MM. Boissière, Masqueray, de la Blanchère, Basset, Houdas, Pallu de Lessert, Poinssot, Cagnat.....
Grâce aux efforts de ces érudits dont nous citerons souvent les ouvrages, un grand nombre de points, autrefois obscurs, dans l'histoire de l'Afrique, ont été éclairés, et s'il reste encore des lacunes, particulièrement pour l'époque byzantine, le XVe siècle et les siècles suivants, surtout en ce qui a trait au Maroc, elles se comblent peu à peu. Je ne parle pas de l'époque phénicienne: là, il n'y a à peu près rien à espérer.
Comme sources, notre bibliothèque des auteurs anciens est aussi complète qu'elle peut l'être. Quant aux écrivains arabes, elle est également à peu près complète, mais il faudrait, pour le public, que deux traductions importantes fussent entreprises,--et elles ne peuvent l'être qu'avec l'appui de l'Etat.--Je veux parler du grand ouvrage d'Ibn-el-Athir[1], qui renferme beaucoup de documents relatifs à l'Occident, et du _Baïane_, d'Ibn-Adhari, dont Dozy a publié le texte arabe, enrichi de notes.
[Note 1: _Kamil-et-Touarikh_.]
Il est donc possible, maintenant, d'entreprendre une histoire d'ensemble. Je l'ai essayé, voulant d'abord me borner aux annales de l'Algérie; mais il est bien difficile de séparer l'histoire du peuple indigène qui couvre le nord de l'Afrique, en nous conformant à nos divisions arbitraires, et j'ai été amené à m'occuper en même temps du Maroc, à l'ouest, et de la Tunisie et de la Tripolitaine, à l'est. Cette fatalité s'imposera à quiconque voudra faire ici des travaux de ce genre, car l'histoire d'un pays, c'est celle de son peuple, et ce peuple, dans l'Afrique du Nord, c'est le Berbère, dont l'aire s'étend de l'Egypte à l'Océan, de la Méditerranée au Soudan.
Fournel, qui a passé une partie de sa longue carrière à amasser des matériaux sur cette question, a subi la fatalité dont je parle, et lorsqu'il a publié le résultat de ses recherches, monument d'érudition qui s'arrête malheureusement au XIe siècle, il n'a pu lui donner d'autre titre que celui d'histoire des «_Berbers_».
Mes intentions sont beaucoup plus modestes, car je n'ai pas écrit uniquement pour les érudits, mais pour la masse des lecteurs français et algériens. Je me suis appliqué à donner à mon livre la forme d'un manuel pratique; mais, ne voulant pas étendre outre mesure ses proportions, je me suis heurté à une difficulté inévitable, celle de suivre en même temps l'histoire de divers pays, histoire qui est quelquefois confondue, mais le plus souvent distincte.
Dans ces conditions, je me suis vu forcé de renoncer à la forme suivie et coulante de la grande histoire, pour adopter celle du manuel, divisé par paragraphes distincts, dont chacun est indépendant de celui qui le précède. Ce procédé s'oppose naturellement à tout développement d'ordre littéraire: la sécheresse est sa condition d'être; mais il permet de mener de front, sans interrompre l'ordre chronologique, l'exposé des faits qui se sont produits simultanément dans divers lieux. De plus, il facilite les recherches dans un fouillis de lieux et de noms, fait pour rebuter le lecteur le plus résolu.
Ecartant toutes les traditions douteuses transmises par les auteurs anciens et les Musulmans, car elles auraient allongé inutilement le récit ou nécessité des dissertations oiseuses, je n'ai retenu que les faits certains ou présentant les plus grands caractères de probabilité. Je me suis attaché surtout à suivre, le plus exactement possible, le mouvement ethnographique qui a fait de la population de la Berbérie ce qu'elle est maintenant.
Deux cartes de l'Afrique septentrionale à différentes époques, et une de l'Espagne, faciliteront les recherches. Enfin une table géographique complète terminera l'ouvrage et chaque volume aura son index des noms propres.
Constantine, le 1er Janvier 1888.
Ernest MERCIER.
SYSTÈME ADOPTÉ POUR LA TRANSCRIPTION DES NOMS ARABES
Dans un ouvrage comme celui-ci, ne s'adressant pas particulièrement aux orientalistes, le système de transcription du nombre considérable de vocables arabes et berbères qu'il contient doit être, autant que possible, simple et pratique.
La difficulté, l'impossibilité même, de reproduire, avec nos caractères, certaines articulations sémitiques, a eu pour conséquence de donner lieu à un grand nombre de systèmes plus ou moins ingénieux. Divers signes conventionnels, ajoutés à nos lettres, ont eu pour but de les modifier théoriquement, en leur donnant une prononciation qu'elles n'ont pas; pour d'autres, on a formé des groupes où l'_h_, cette lettre sans valeur phonétique en français, joue un grand rôle. Chaque pays, chaque académie a, pour ainsi dire, son système de transcription. Mais, pour le public en général, tout cela ne signifie rien, et si l'on a, par exemple, surmonté ou souscrit un _a_ d'un point, d'un esprit ou de tout autre signe (_a. a. a, à'_), l'immense majorité des lecteurs ne le prononcera pas autrement que le plus ordinaire de nos _a_.
De même, ajoutez un _h_ à un _t_, à un _g_ ou à un _k_, vous aurez augmenté, pour le profane, la difficulté matérielle de lecture, mais sans donner la moindre idée de ce que peut être la prononciation arabe des lettres que l'on veut reproduire.
Enfin, on se bornant à rendre, d'une manière absolue, une lettre arabe par celle que l'on a adoptée en français comme équivalente, on arrive souvent à former de ces syllabes qui, dans notre langue, se prononcent d'une manière sourde (_ein, in, an, on_) et ne répondent nullement à l'articulation arabe. C'est ainsi qu'un Français prononcera toujours les mots Amin, Mengoub, Hassein, comme s'ils étaient écrits: _Amain_, _Maingoub_, _Hassain_.
En présence de ces difficultés, je n'ai pas adopté de système absolu, ne souffrant pas d'exception, m'efforçant au contraire, même aux dépens de l'orthographe arabe, de retrancher toute lettre mutile et de rendre, sous sa forme la plus simple pour des Français, les sons, tels qu'ils frappent notre oreille en Algérie. N'oublions pas, en effet, qu'il s'agit des hommes et des choses de ce pays, et non de ceux d'Egypte, de Damas ou de Djedda.
Quiconque a entendu prononcer ici le nom [arabe ____], ne s'avisera jamais de le transcrire par _Masoud_, ainsi que l'exigeraient nos professeurs, mais bien par _Meçaoud_. Il en est de même de [arabe __], qui vient de la même racine. La meilleure reproduction consistera à le rendre par _Saad_, en ajoutant un _a_, et non par _Sad_, quels que soient les signes dont on affectera ce seul _a_.
J'ajouterai souvent un _e_ muet aux noms terminés par _in_, _eïn_, _an_, _on_, et j'écrirai _Slimane_ au lieu de _Souleïman_ (ou _Soliman_), _Houcéïne_, _Yar'moracene_, etc.
Quant aux articulations qui manquent dans notre langue, voici comment je les rendrai:
Le [arabe: __,] par _th_, _t_ ou _ts_.
Le [arabe: __,] par un _h_; ce qui, du reste, ne reproduit nullement la prononciation de cette consonne forte, et comme je ne figurerai jamais le [arabe: __] par un _h_, le lecteur saura qu'il doit toujours s'efforcer de prononcer cette lettre par une expiration s'appuyant sur la voyelle suivante.
Le [arabe: __,] par le _kh_, groupe bizarre encore plus imparfait que l'_h_ seul pour la précédente lettre.
Le [arabe: __,] généralement par un _a_ lié à une des voyelles _a_, _i_, _o_; quelquefois par une de ces lettres seules ou par la diphthongue _eu_ ou par l'_ë_. Cette lettre, dont la prononciation est impossible à reproduire en français, conserve presque toujours, dans la pratique, un premier son rapprochant de l'_a_ et provenant de la contraction du gosier; ce son s'appuie ensuite sur la voyelle dont cette consonne, car c'en est une, est affectée. C'est pourquoi j'écrirai _Chiaïte_ au lieu de _Chïïte_, _Saad_ au lieu de _Sad_, etc.
Le [arabe: __,] généralement par un _r_'. Si tout le monde grasseyait l'_r_, il n'y aurait pas de meilleure manière de rendre cette lettre arabe; malheureusement, il y a en arabe l'_r_ non grasseyé, et il faut bien les différencier. Dans le cas où ces deux lettres se rencontrent, la prononciation de chacune s'accentue en sens inverse, et alors je rends le [arabe: __,]par un _g'_ Exemples: _Mag'reb_, _Berg'ouata_.
Le [arabe: __,] par un _k_, comme dans Kassem, ou par un _g_, comme dans Gabès. Cette lettre possède encore une intonation gutturale que l'on ne peut figurer en français.
Le [arabe: __,] par un _h_. Quant au [arabe: __,](_ta_ lié), dont la prononciation est celle de notre syllabe muette _at_ dans contrat, je le rends par un simple _a_ et j'écris: _Louata_, _Djerba_, _Médéa_.
Je ne parle que pour mémoire des lettres , [arabe: _____,] dont il est impossible de reproduire, en français, le son emphatique, et je les rends simplement par _t_, _d_, _s_, _d_.
INTRODUCTION DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE
DESCRIPTION ET LIMITES[2].--Le pays dont nous allons retracer l'histoire est la partie du continent africain qui s'étend depuis la limite occidentale de l'Egypte jusqu'à l'Océan Atlantique, et depuis la rive méridionale de la Méditerranée jusqu'au Soudan. Cette vaste contrée est désignée généralement sous le nom d'Afrique septentrionale, sans y comprendre l'Egypte, qui a, pour ainsi dire, une situation à part. Les Grecs l'ont appelée _Libye_; les Romains ont donné le nom d'_Afrique_ à la Tunisie actuelle, et ce vocable s'est étendu à tout le continent. Les Arabes ont appliqué à cette région la dénomination de _Mag'reb_, c'est-à-dire Occident, par rapport à leur pays. Nous emploierons successivement ces appellations, auxquelles nous ajouterons celle de _Berbérie_, ou pays des Berbères.
[Note 2: Suivre sur la carte de l'Afrique septentrional au XVe siècle (vol II).]
Nous avons indiqué les grandes limites de l'Afrique septentrionale. Sa situation géographique est comprise entre les 24° et 37° de latitude nord et les 25° de longitude orientale et 19° de longitude occidentale; ainsi le méridien de Paris, qui passe à quelques lieues à l'ouest d'Alger, en marque à peu près le centre.
Les côtes de l'Afrique septentrionale se projettent d'une façon irrégulière sur la Méditerranée. Du 31° de latitude, en partant de l'Egypte, elles atteignent, au sommet de la Cyrénaïque, le 33°, puis s'infléchissent brusquement, au fond de la grande Syrte, jusqu'au 30°.
De là, la côte se prolonge assez régulièrement, en s'élevant vers le nord-ouest jusqu'au fond de la petite Syrte (34°). Puis elle s'élève perpendiculairement au nord et dépasse, au sommet de la Tunisie, le 37°. Elle suit alors une direction ouest-sud-ouest assez régulière, en s'abaissant jusqu'à la limite de la province d'Oran, pour, de là, se relever encore et atteindre le 36°, au détroit de Gibraltar.
Le littoral de l'Océan se prolonge au sud-sud-ouest, en s'abaissant du 8° de longitude occidentale jusqu'au 19°.
La partie septentrionale de la Berbérie se rapproche en deux endroits de l'Europe. C'est, au nord-est de la Tunisie, la Sicile, distante de cent cinquante kilomètres environ, et, à l'ouest, l'Espagne, séparée de la pointe du Mag'reb par le détroit de Gibraltar. Cette partie de l'Afrique offre, du reste, beaucoup d'analogie avec les dites régions européennes, tant sous le rapport de l'aspect et des productions que sous celui du climat.
Les écarts considérables de latitude que nous avons signalés en décrivant les côtes influent sur les conditions physiques et climatériques; aussi le littoral des Syrtes diffère-t-il sensiblement de la région occidentale.
OROGRAPHIE.--La région comprise entre la petite Syrte et l'Océan est couverte d'un réseau montagneux se reliant au grand Atlas marocain, qui pénètre dans le sud jusqu'au 30° et dont les plus hauts sommets atteignent 3,500 mètres d'altitude. Toute cette contrée montagneuse jouit d'un climat tempéré et d'une fertilité proverbiale. Les indigènes, peut-être d'après les Romains, lui ont donné le nom de _Tel_. Ce Tel, en Algérie et en Tunisie, ne dépasse guère, au midi, le 35° de latitude.
Dans la partie moyenne de la Barbarie, c'est-à-dire ce qui forme actuellement l'Afrique française, la région telienne aboutit au sud à une ligne de _hauts plateaux_, dont l'altitude varie entre 600 et 1,200 mètres. Le Djebel-Amour en marque le sommet; au delà, le pays s'abaisse graduellement vers le sud et rapidement vers l'est, ce qui donne lieu, dans cette dernière direction, à une série de bas-fonds reliés par des cours d'eau aboutissant aux lacs Melr'ir et du Djerid, près du golfe de la petite Syrte. Cette ligne de bas-fonds est parsemée d'oasis produisant le palmier; c'est la région _dactylifère_.
Des montagnes dont nous venons de parler descendent des cours d'eau, au nord dans la Méditerranée, à l'ouest dans l'Océan. Ceux du versant nord sont généralement peu importants, en raison du peu d'étendue de leur cours: ce sont des torrents en hiver, presque à sec en été. Les rivières du versant océanien, venant de montagnes plus élevées et ayant un cours moins bref, ont en général une importance plus grande.
Au delà des hauts plateaux et de la première ligne des oasis, s'étend le _grand désert_ ou _Sahara_ jusqu'au Soudan. C'est une vaste contrée généralement aride, entrecoupée de chaînes montagneuses, de vallées, de plateaux desséchés et pierreux et de dunes de sable. Des régions d'oasis s'y rencontrent. Le tout est traversé par des dépressions formant vallées, dont les unes s'abaissent vers le Soudan et les autres se dirigent vers le nord pour rejoindre les lacs Melr'ir et du Djerid. Les vallées, les oasis et certaines parties montagneuses sont seules habitées.
Dans la Tripolitaine, la région telienne est moins élevée et a moins de profondeur; en un mot, le désert est plus près. Cependant, derrière Tripoli se trouve un massif montagneux assez étendu, donnant accès au Hammada (plateau) tripolitain.
Le littoral de la Cyrénaïque est bordé de collines qui forment les pentes d'un plateau semblable à celui de Tripoli, mais moins étendu. Quelques oasis se trouvent au sud de ce plateau. Au delà commence le grand désert de Libye.
MONTAGNES PRINCIPALES
De l'est à l'ouest, les principales montagnes de l'Afrique septentrionale sont:
CYRÉNAÏQUE.--Le _Djebel-el-Akhdar_, dans la partie supérieure tripolitaine.--Le _Djebel-R'arïane_ et le _Djebel-Nefouça_, au sud de Tripoli.
ALGÉRIE.--Le _Djebel-Aourès_, s'élevant jusqu'à 2,300 mètres au midi de Constantine et s'abaissant au sud, brusquement, sur la région des oasis.
Le _Djebel-Amour_ (2,000 mètres), au midi de la province d'Alger formant le sommet des hauts plateaux.
Le _Djebel-Ouarensenis_ (2,000 mètres), au nord du Djebel-Amour, près de la ligne du méridien de Paris.
Le _Djebel-Djerdjera_ ou _grande Kabilie_ (2,300 mètres), près du littoral, entre l'Ouad-Sahel et l'Isser.
MAROC.--Les montagnes du _Grand Atlas_ ou _Deren_, notamment le _Djebel-Hentata_, d'une altitude de 3,500 mètres et dont les sommets sont couverts de neiges éternelles.
PRINCIPALES RIVIÈRES
VERSANT MÉDITERRANÉEN.--L'_Ouad-Souf-Djine_ et l'_Ouad-Zemzem_, descendant du Djebel-R'arïane et du plateau de Hammada et venant former le marais situé au-dessous de Mesrata, sur le littoral de la grande Syrte.
L'_Ouad-Medjerda_, qui recueille les eaux du versant nord-est de l'Aourès et du plateau tunisien et vient déboucher dans le golfe de Karthage, au sommet de la Tunisie.
L'_Ouad-Seybous_, recueillant les eaux de la partie orientale de la province de Constantine et débouchant à Bône.
L'_Ouad-el-Kebir_, formé de l'_Ouad-Remel_ et de l'_Ouad-Bou-Merzoug_, dont le confluent est à Constantine et l'embouchure au nord de cette ville.
L'_Ouad-Sahel_, venant, d'un côté, du Djebel-Dira, près d'Aumale, et, de l'autre, des plateaux situés à l'ouest de Sétif, et débouchant, sous le nom de _Soumam_, dans le golfe de Bougie, à l'est du Djerdjera.
L'_Ouad-Isser_, à l'ouest du Djerdjera, et ayant son embouchure près de Dellis.
Le _Chelif_, descendant du versant nord du Djebel-Amour et du Ouarensenis, recevant le _Nehar-Ouacel_, venu du plateau de Seressou, au sud de cette montagne, et après avoir décrit un coude à la hauteur de Miliana, courant parallèlement à la côte de l'est à l'ouest, pour se jeter dans la mer à l'extrémité orientale du golfe d'Arzeu.
L'_Habra_ et le _Sig_, appelé dans son cours supérieur _Mekerra_, se réunissant pour former le marais de la _Makta_, au fond du golfe d'Arzeu. La plus grande partie des eaux de la province d'Oran est recueillie par ces deux rivières.
La _Tafna_, descendant des montagnes situées au midi de Tlemcen et qui se jette dans la mer au nord de cette ville, après avoir recueilli L'_Isli_, venant de la région d'Oudjda (Maroc).
La _Moulouïa_, qui recueille les eaux du versant oriental et septentrional de l'Atlas marocain et dont l'embouchure se trouve à l'ouest de la limite algérienne.
VERSANT OCÉANIEN.--L'_Ouad-el-Kous_, qui se jette dans la mer près d'El-Araïche, au sommet du Maroc.
Le _Sebou_, descendant du versant nord-ouest de l'Atlas.
Le _Bou-Regreg_, au midi du précédent et ayant son embouchure non loin de lui, à Salé.
L'_Ouad-Oum-er-Rebïa_, grande rivière recueillant les eaux du versant occidental de l'Atlas et traversant de vastes plaines avant de déboucher à Azemmor.
Le _Tensift_, voisin du précédent, au midi.
L'_Ouad-Sous_, qui coule entre les deux chaînes principales du grand Atlas méridional et traverse la province de ce nom.
L'_Ouad-Nouri_, débouchant près du cap du même nom.
Et enfin l'_Ouad-Deraa_, descendant du grand Atlas au midi et formant, dans la direction de l'ouest, une large vallée. Ce fleuve se jette dans l'Océan vis-à-vis l'archipel des Canaries.
VERSANT INTÉRIEUR.--L'_Ouad-Djedi_, qui prend naissance au midi du Djebel-Amour, court ensuite vers l'est, parallèlement au Tel, et va se perdre aux environs du lac Melr'ir.
L'_Ouad-Mïa_ et l'_Ouad-Ir'ar'ar_, venant tous deux de l'extrême sud et concourant à former la vallée de l'_Ouad-Rir'_, qui se termine au chott (lac) Melr'ir.
L'_Ouad-Guir_, descendant des hauts plateaux, pour se perdre au sud non loin de l'oasis de Touat.
Enfin l'_Ouad-Ziz_, qui vient de l'Atlas marocain et disparaît aux environs de l'oasis de Tafilala.
LACS
Les lacs de l'Afrique septentrionale sont peu nombreux. Voici les principaux:
Le chott du _Djerid_, au sud de la Tunisie.
Le _Melr'ir_, à l'ouest du précédent; entre eux se trouve la dépression de _R'arça_.
La sebkha du _Gourara_, à l'est du cours inférieur de l'Ouad-Guir.
La sebhka de _Daoura_, près de Tafilala.
On compte, en outre, un certain nombre de marais, parmi lesquels nous citerons la sebkha de _Zar'ez_, dans le Hodna, et les chott _Chergui_ (oriental) et _R'arbi_ (occidental), dans les hauts plateaux. Ce sont souvent de vastes dépressions, avec des berges à pic, et dont le fond est plus ou moins marécageux, selon l'époque de l'année.
CAPS
Voici les principaux caps de l'Afrique, en suivant le littoral de l'est à l'ouest.
_Ras-Tourba_ et cap _Rozat_, au sommet de la Cyrénaïque.
Cap _Mesurata_, près de la ville de Mesrata, à l'angle occidental du golfe de la grande Syrte.
_Ras-Capoudïa_ (l'ancien _Caput Vada_), au sommet de la petite Syrte.
_Ras-Dimas_ (l'antique _Thapsus_), à l'angle méridional du golfe de Hammamet.
_Ras-Adar_, ou cap _Bon_, au sommet de la presqu'île de Cherik, angle nord-est de la Tunisie.
Promontoire d'_Apollon_ ou cap _Farina_, à l'angle occidental du golfe de Tunis.
_Ras-el-Abiod_, cap _Blanc_, à l'angle occidental du golfe de Bizerte.
Cap de _Garde_, à l'angle occidental du golfe de Bône.
Cap de _Fer_, à l'angle oriental du golfe de Philippeville.
Cap _Bougarone_ ou _Sebà-Rous_ (les sept caps), à l'angle occidental du même golfe.
Cap _Cavallo_, à l'angle oriental du golfe de Bougie.
Cap _Sigli_, à l'angle opposé, c'est-à-dire au pied occidental de la grande Kabylie (Djerdjera).
Cap _Matifou_ (régulièrement _Thaman'tafoust_), à l'angle oriental du golfe d'Alger.
Cap _Tenès_, à l'est et auprès de la ville de ce nom.
Cap _Carbon_, à l'angle occidental du golfe d'Arzeu, entre cette ville et Oran.
Cap _Falcon_, à l'angle occidental du golfe d'Oran.