Histoire de France (Volume 1/19)

Part 26

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Les trois premiers ouvrages extraordinaires de l'île de Bretagne.--Le vaisseau de Nwydd-Nav-Neivion, qui apporta dans l'île le mâle et la femelle de toutes les créatures vivantes, lorsque le lac de l'inondation déborda; les boeufs aux larges cornes, de Hu le Puissant, qui tirèrent le crocodile du lac sur la terre, de sorte que le lac ne déborda plus; et la pierre de Gwyddon-Ganhebon, dans laquelle sont gravés tous les arts et toutes les sciences du monde.

Les trois hommes amoureux de l'île de Bretagne.--Le premier fut Caswallawn, fils de Beli, épris de Flur, fille de Mygnach le Nain; il marcha pour elle contre les Romains jusque dans la Gascogne, et il l'emmena et tua six mille Césariens; pour se venger, les Romains envahirent cette île. Le second fut Tristan, fils de Tallwch, épris d'Essylt, fille de March, fils de Mirchion, son oncle. Le troisième fut Cynon, épris de Morvydd, fille de Urien Rheged.

Les trois premières maîtresses d'Arthur.--La première fut Garwen, fille de Henyn, de Tegyrn Gwyr et d'Ystrad Tywy; Gwyl, fille d'Eutaw, de Caervorgon, et Indeg, fille d'Avarwy le Haut, de Radnorshine.

Les trois principales cours d'Arthur.--Caerllion sur l'Usk en Cambrie, Celliwig en Cornwall, et Édimbourg au nord. Ce sont les trois cours où il fêtait les trois grandes fêtes: Noël, Pâques et Pentecôte.

Les trois chevaliers de la cour d'Arthur qui gardaient le Graal. Cadawg, fils de Gwynlliw; Ylltud, le chevalier canonisé; et Percdur, fils d'Evrawg.

Voici les trois hommes qui portaient des souliers d'or dans l'île de Bretagne.--Caswallawn, fils de Beli, lorsqu'il alla en Gascogne pour obtenir Flur, fille de Mygnach le Nain, laquelle y avait été emmenée clandestinement pour l'empereur César, par un homme nommé Mwrchan le Voleur, roi de cette contrée et ami de Jules César; et Caswallawn la ramena dans l'île de Bretagne. Le second Manawydan, fils de Llyr Llediaith, quand il alla aussi loin que Dyved, imposer des restrictions. Le troisième, Llew Llaw Gyfes, quand il alla avec Gwydion, fils de Don, chercher un nom et un projet de sa mère Riannon.

Les trois royaux domaines qui furent établis par Rhadri le Grand en Cambrie.--Le premier est Dinevor, le second Aberfraw, et le troisième Mathravael. Dans chacun de ces trois domaines, il y a un prince ceint d'un diadème; et le plus vieux de ces trois princes, quel qu'il soit, doit être souverain, c'est-à-dire le roi de toute la Cambrie. Les deux autres doivent être à ses ordres, et ses ordres sont impératifs pour eux. Il est le chef de la loi et des anciens dans chaque réunion générale et dans chaque mouvement du pays et de la tribu. (Malédictions continuelles contre Vortigern, Rowena, les Saxons, les traîtres à la nation[252].)

[Note 252: Un roi d'Irlande, nommé Cormac, écrivit en 260 _de Triadibus_ et quelques triades sont restées dans la tradition irlandaise sous le nom de Fingal. Les Irlandais marchaient au combat trois par trois; les highlanders d'Écosse, sur trois de profondeur. Nous avons déjà parlé de la _trimarkisia_.--Au souper, dit Giraldus Cambrensis, les Gallois servent un panier de végétaux devant chaque triade de convives; ils ne se mettent jamais deux à deux (Logan, _the Scotish Gaël_).]

SUR L'AUVERGNE AU Ve SIÈCLE. (_Voy._ page 205.)

Au Ve siècle, l'Auvergne se trouva placée entre les invasions du Midi et du Nord, entre les Goths, les Burgundes et les Francs. Son histoire présente alors un vif intérêt, c'est celle de la dernière province romaine.

Sa richesse et sa fertilité étaient pour les barbares un puissant attrait. Sidonius Apollin., l. IV, épist. XXI (ap Scrip. rer. Franc., t. I, p. 793):

«Taceo territorii (il parle de la Limagne) peculiarem jocunditatem; taceo illud æquor agrorum, in quo sine periculo quæstuosæ fluctuant in segetibus undæ; quod industrius quisque quo plus frequentat, hoc minus naufragat; viatoribus molle, fructuosum aratoribus, venatoribus voluptuosum: quod montium cingunt dorsa pascuis, latera vinetis, terrena villis, saxosa castellis, opaca lustris, aperta culturis, concava fontibus, abrupta fluminibus: quod denique hujusmodi est, ut semel visum advenis, multis patriæ oblivionem sæpe persuadeat.»--Carmen VII, p. 804:

. . . . . . . . Foecundus ad urbe Pollet ager, primo qui vix procissus aratro Semina tarda sitit, vel luxuriante juvenco, Arcanam exponit picea pinguedine glebam.

Childebert disait (en 531): Quand verrai-je cette belle Limagne! «Velim Arvernam Lamanem, quæ tantæ jocunditatis gratia refulgere dicitur, oculis cernere!» Teuderic disait aux siens: «Ad Arvernos me sequimini, et ego vos inducam in patriam ub aurum et argentum accipiatis, quantum vestra potest desiderare cupiditas: de qua pecora, de qua mancipia, de qua vestimenta in abundantiam adsumatis.» (Greg. Tur., l. III, c. IX, 11.)

Les barbares alliés de Rome n'épargnaient pas non plus l'Auvergne dans leur passage. Les Huns, auxiliaires de Litorius, la traversèrent en 437 pour aller combattre les Wisigoths et la mirent à feu et à sang (Sidon. Panegyr. Aviti, p. 805. Paulin., l. VI, vers. 116). L'avénement d'un empereur auvergnat, en 455, lui laissa quelques années de relâche. Avitus fit la paix avec les Wisigoths; Théodoric II se déclara l'ami et le soldat de Rome (Ibid., p. 810... Romæ sum, te duce, amicus, Principe te, miles).--Mais, à la mort de Majorien (461), il rompit le traité et prit Narbonne; dès lors, l'Auvergne vit arriver et monter rapidement le flot de la conquête barbare, et bientôt (474) la cité des Arvernes (Clermont), l'antique Gergovie, surnagea seule, isolée sur sa haute montagne ([Grec: Gergounian, eph hupselou orous keimenên.]) Strabon, l. IV.--Quæ posita in altissimo monte omnes aditus difficiles habebat (Cæsar, l. VI, c. XXXVI. Dio Cass., I. XL).

Sidon. Apollin., l. III, epist. IV (ann. 474): «Oppidum nostrum, quasi quemdam sui limitis oppositi obicem, circumfusarum nobis gentium arma terrificant. Sic æmulorum sibi in medio positi lacrymabilis præda populorum, suspecti Burgundionibus, proximi Gothis, nec impugnantum ira nec propugnantum caremus invidia.»--L. VII, ad Mamert.: «Rumor est Gothos in Romanum solum castra movisse. Huic semper irruptioni nos miseri Arverni janua sumus. Namque odiis inimicorum hinc peculiaria fomenta subministramus, quia, quod necdum terminos suos ab Oceano in Rhodanum Ligeris alveo limitaverunt, solam sub ope Christi moram de nostro tantum obice patiuntur. Circumjectarum vero spacium tractumque regionum jampridem regni minacis importuna devoravit impressio.»

Ainsi livrée à elle-même, abandonnée des faibles successeurs de Majorien, l'Auvergne se défendit héroïquement, sous le patronage d'une puissante aristocratie. C'était la maison d'Avitus avec ses deux alliées, les familles des Apollinaires et des Ferréols; toutes trois cherchèrent à sauver leur pays, en unissant étroitement sa cause à celle de l'Empire.

Aussi les Appollinaires occupaient-ils dès longtemps les plus hautes magistratures de la Gaule (l. I, Épist. III): «Pater, socer, avus, proavus præfecturis urbanis prætorianisque, magisteriis palatinis militaribusque micuerunt.» Sidonius lui-même épousa, ainsi que Tonantius Ferréol, une fille de l'empereur Avitus, et fut préfet de Rome sous Anthemius (Scr. Fr. I, 783).

Tous ils employèrent leur puissance à soulager leur pays accablé par les impôts et la tyrannie des gouverneurs.--En 469, Tonantius Ferréol fit condamner le préfet Arvandus, qui entretenait des intelligences avec les Goths.--Sidon., l. I, ep. VII: «Legati provinciæ Galliæ Tonantius Ferreolus prætorius, Afranii Syagrii consulis e filia nepos. Thaumastus quoque et Petronius, verborumque scientiâ præditi, et inter principalia patriæ nostræ decora ponendi, prævium Arvendum publico nomine accusaturi cum gestis decretalibus insequuntur. Qui inter cætera quæ sibi provinciales agenda mandaverant, interceptas litteras deferebant... Hæc ad regem Gothorum charta videbatur emitti, pacem cum græco imperatore (Anthemio) dissuadens, Britannos super Ligerim sitos oppugnari oportere demonstrans, cum Burgundionibus jure gentium Gallias dividi debere confirmans.»--Ferréol avait lui-même administré la Gaule et diminué les impôts. Sid. l. VII, ep. XII: «... Prætermisit stylus noster Gallias tibi administratas tunc quum maxime incolumes erant... propterque prudentiam tantam providentiamque, currum tuum provinciales cum plausum maximo accentu spontaneis subiisse cervicibus; quia sic habenas Galliarum moderabere, ut possessor exhaustus tributario jugo relevaretur.»--Avitus, dans sa jeunesse, avait été député par l'Auvergne à Honorius, pour obtenir une réduction d'impôts (Panegyr. Aviti, vers 207). Sidonius dénonça et fit punir (471) Seronatus, qui opprimait l'Auvergne et la trahissait comme Arvandus. L. II, Ep. I: «Ipse Catilina sæculi nostri... implet quotidie sylvas fugientibus, villas hospitibus, altaria reis, carceres clericis: exultans Gothis, insultansque Romanis, illudens præfectis, colludensque numerariis: leges Theodosianas calcans, Theodoricianasque proponens veteresque culpas, nova tributa perquirit.--Proinde moras tuas citus explica, et quicquid illud est quod te retentat, incide...»

Ces derniers mots s'adressent au fils d'Avitus, au puissant Ecdicius... «Te expectat palpitantium civium extrema libertas. Quicquid sperandum, quicquid desperandum est, fieri te medio, te præsule placet. Si nullæ a republica vires, nulla præsidia, si nullæ, quantum rumor est, Anthemii principis opes: statuit te auctore nobilitas seu patriam dimittere, seu capillos.»

Ecdicius, en effet, fut le héros de l'Auvergne; il la nourrit pendant une famine, leva une armée à ses frais, et combattit contre les Goths avec une valeur presque fabuleuse; il leur opposait les Burgundes, et attachait la noblesse arverne à la cause de l'Empire, en l'encourageant à la culture des lettres latines.

Gregor. Turon, l. II, c. XXIV: «Tempore Sidonii episcopi magna Burgundiam fames oppressit. Cumque populi per diversas regiones dispergerentur... Ecdicius quidam ex senatoribus... misit pueros suos cum equis et plaustris per vicinas sibi civitates, ut eos qui hac inopia vexabantur, sibi adducerent. At illi euntes, cunctos pauperes quotquot invenire potuerunt, adduxere ad domum ejus. Ibique eos per omne tempus sterilitatis pascens, ab interitu famis exemit. Fuereque, ut multi aiunt, amplius quam quatuor millia... Post quorum discessum, vox ad eum e coelis lapsa pervenit: «Ecdici, Ecdici, quia fecisti rem hanc, tibi et semini tuo panis non deerit in sempiternum.»--Sidon. l. III, Épist. III: «Si quando, nunc maxime, Arvernis meis desideraris, quibus dilectio tui immane dominatur, et quidem multiplicibus ex causis... Mitto istic ob gratiam pueritiæ tuæ undique gentium confluxisse studia litterarum, tuæque personæ debitum, quod sermonis Celtici squamam depositura nobilitas, nunc oratorio stylo, nunc etiam camoenalibus modis imbuebatur. Illud in te affectum principaliter universitatis accendit, quod quos olim Latinos fieri exegeras, barbaros deinceps esse vetuisti... Hinc jam per otium in urbem reduci, quid tibi obviam processerit officiorum, plausuum, fletuum, gaudiorum, magis tentant vota conjicere, quam verba reserare... Dum alii osculis pulverem tuum rapiunt, alii sanguine ac spumis pinguia lupata suscipiunt;... hic licet multi complexibus tuorum tripudiantes adhærescerent, in te maximus tamen lætitiæ popularis impetus congerebatur, etc... Taceo deinceps collegisse te privatis viribus publici exercitus speciem... te aliquot supervenientibus cuneos mactasse turmales, a numero tuorum vix binis ternisve post prælium desideratis.»

En 472, le roi des Goths, Euric, avait conquis toute l'Aquitaine, à l'exception de Bourges et de Clermont (Sidon, l. VII, Ep. V). Ecdicius put prolonger quelque temps une guerre de partisans dans les montagnes et les gorges de l'Auvergne (Scr. Fr. XII, 53... Arvernorum difficiles aditus et obviantia castella).--Renaud, selon la tradition, n'osa entrer dans l'Auvergne, et se contenta d'en faire le tour. Sans doute, comme plus tard au temps de Louis le Gros, les Auvergnats abandonnèrent les châteaux pour se réfugier dans leur petite, mais imprenable cité (loc. cit.: Præsidio civitatis, quia peroptime erat munita, relictis montanis acutissimis castellis, se commiserunt). Sidonius en était alors évêque; il instituait, pour repousser ces Ariens, des prières publiques: «Non nos aut ambustam murorum faciem, aut putrem sudium cratem, aut propugnacula vigilum trita pectoribus confidimus opitulaturum: solo tamen invectarum te (Mamerte) auctore, Rogationum palpamur auxilio; quibus inchoandis instituendisque populus arvernus, et si non effectu pari, affectu certe non impari, coepit initiari, et ob hoc circumfusis necdum dat terga terroribus.» (L. VII, Ep. ad Mamert.)

On a vu qu'Ecdicius repoussa les Goths; l'hiver les força de lever le siége (Sidon., l. III, Ep. VII). Mais, en 475, l'empereur Népos fit la paix avec Euric, et lui céda Clermont. Sidonius s'en plaignit amèrement (l. VII, Ep. VII): «Nostri hic nunc est infelicis anguli status, cujus, ut fama confirmat, melior fuit sub bello quam sub pace conditio. Facta est servitus nostra pretium securitatis alienæ. Arvernorum, proh dolor! servitus, qui, si prisca replicarentur, audebant se quondam fratres Latio dicere, et sanguine ab Iliaco populos computare (et ailleurs:... Tellus... quæ Latio se sanguine tollit altissimam. Panegyr. Avit., v. 139)... Hoccine meruerunt inopia, flamma, ferrum, pestilentia, pingues cædibus gladii, et macri jejuniis præliatores!»

Ecdicius, ne voyant plus d'espoir, s'était retiré auprès de l'empereur avec le titre de Patrice. (Sidon., l. V, ep. XVI; l. VIII, ep. VII; Jornandès, c. XLV.)--Euric relégua Sidoine dans le château de Livia, à douze milles de Carcassonne, mais il recouvra la liberté en 478, à la prière d'un Romain, secrétaire du roi des Goths, et fut rétabli dans le siége de Clermont (Sidon., l. VIII, Ep. VIII). Lorsqu'il mourut (484), ce fut un deuil public: «Factum est post hæc, ut accedente febre ægrotare coepisset; qui rogat suos ut eum in ecclesiam ferrent. Cumque illuc inlatus fuisset, conveniebat ad eum multitudo virorum ac mulierum; simulque etiam et infantium plangentium atque dicentium: «Cur nos deseris, pastor bone, vel cui nos quasi orphanos derelinquis? Numquid erit nobis post transitum tuum vita?... Hæc et his similia populis eum magno fletu dicentibus...» Greg. Tur., l. II, c. XXIII.

Malgré la conquête d'Euric, les Arvernes durent jouir d'une certaine indépendance. Alaric, il est vrai, les enrôle dans sa milice pour combattre à Vouglé (507); mais on les voit pourtant élire successivement pour évêques deux amis des Francs, deux victimes des soupçons des Ariens, Burgundes et Goths; en 484, Apruncule, dont Sidoine mourant avait prédit la venue (Greg. Tur., l. II, c. XXIII), et saint Quintien en 507, l'année même de la bataille de Vouglé.

Les grandes familles de Clermont conservèrent aussi sans doute une partie de leur influence. On trouve parmi les évêques de Clermont un Avitus «non infimis nobilium natalibus ortus» (Scr. Fr. II, 220, note), qui fut élu par «l'assemblée de tous les Arvernes,» (Greg. Tur., l. IV, c. XXXV), et fut très-populaire (Fortunat, l. III, Carm. 26). Un autre Avitus est évêque de Vienne.--Un Apollinaire fut évêque de Reims. Le fils de Sidonius fut évêque de Clermont après saint Quintien; c'était lui qui avait commandé les Arvernes à Vouglé: «Ibi tunc Arvernorum populus, qui cum Apollinare venerat, et primi qui erant ex senatoribus, conruerunt.» Greg. Tur., l. II, c. XXXVII.

De ce passage et de quelques autres encore, on pourrait induire que cette famille avait été originairement à la tête des clans arvernes.

* * * * *

Greg. Tur., l. III, c. II: «Cum populus (Arvernorum) sanctum Quintianum, qui de Rutheno ejectus fuerat, elegisset, Alchima et Placidina, uxor sororque Apollinaris, ad sanctum Quintianum venientes, dicunt: «Sufficiat, domine, senectuti tuæ quod es episcopus ordinatus. Permittat, inquiunt, pietas tua servo tuo Apollinari locum hujus honoris adipisci...» Quibus ille: «Quid ego, inquit, præstabo, cujus potestati nihil est subditum? sufficit enim ut orationi vacans, quotidianum mihi victum præstet ecclesia.»--Les Avitus semblent n'avoir été pas moins puissants. Leur terre portait leur nom (_Avitacum_). Sidonius en donne une longue et pompeuse description, carmen XVIII. Ecdicius, le fils d'Avitus, semble entouré de _dévoués_. Sidonius lui écrit (l. III, Ep. III): «..... Vix duodeviginti equitum sodalitate comitatus, aliquot millia Gothorum... transisti...» Cum tibi non daret tot pugna socios, quot solet mensa convivas.»--Le nom même d'Apollinaire indique peut-être une famille originairement sacerdotale. Le petit-fils de Sidonius, le sénateur Arcadius, appela en Auvergne Childebert au préjudice de Theuderic (530), préférant sans doute sa domination à celle de l'ami de saint Quintien, du barbare roi de Metz (Greg. Tur., l. III, c. IX, sqq.).

Un Ferréol était évêque de Limoges en 585 (Scr. Fr. II, 296). Un Ferréol occupa le siége d'Autun avant saint Léger. On sait que la généalogie des Carlovingiens les rattache aux Ferréols. Un Capitulaire de Charlemagne (ap. Scr. Fr. V, 744) contient des dispositions favorables à un Apollinaire, évêque de Riez (Riez même s'appelait _Reii Apollinares_).--Peut-être les Arvernes eurent-ils grande part à l'influence que les Aquitains exercèrent sur les Carlovingiens. Raoul Glaber attribue aux Aquitains et aux Arvernes le même costume, les mêmes moeurs et les mêmes idées (l. III, ap. Scr. Fr. X, 42).

CHAPITRE II

CARLOVINGIENS--VIIIe, IXe ET Xe SIÈCLES

700-900 ap. J.-C.

«L'homme de Dieu (saint Colomban) ayant été trouver Theudebert, lui conseilla de mettre bas l'arrogance et la présomption, de se faire clerc, d'entrer dans le sein de l'Église, se soumettant à la sainte religion, de peur que, par-dessus la perte du royaume temporel, il n'encourût encore celle de la vie éternelle. Cela excita le rire du roi et de tous les assistants; ils disaient en effet qu'ils n'avaient jamais ouï dire qu'un Mérovingien, élevé à la royauté, fût devenu clerc volontairement. Tout le monde abominant cette parole, Colomban ajouta: Il dédaigne l'honneur d'être clerc; eh bien! il le sera malgré lui[253].»

[Note 253: Vie de saint Colomban.]

Ce passage nous rend sensible l'une des principales différences que présentent la première et la seconde race. Les Mérovingiens entrent dans l'Église malgré eux, les Carlovingiens volontairement. La tige de cette dernière famille est l'évêque de Metz, Arnulf, qui a son fils Chlodulf pour successeur dans cet évêché. Le frère d'Arnulf est abbé de Bobbio; son petit-fils est saint Wandrille. Toute cette famille est étroitement unie avec saint Léger. Le frère de Pepin le Bref, Carloman, se fait moine au mont Cassin; ses autres frères sont archevêque de Rouen, abbé de Saint-Denis. Les cousins de Charlemagne, Adalhard, Wala, Bernard, sont moines. Un frère de Louis le Débonnaire, Drogon, est évêque de Metz, trois autres de ses frères sont moines ou clercs. Le grand saint du Midi, saint Guillaume de Toulouse, est cousin et tuteur du fils aîné de Charlemagne. Ce caractère ecclésiastique des Carlovingiens explique assez leur étroite union avec le pape, et leur prédilection pour l'ordre de Saint-Benoît.

Arnulf était né, dit-on, d'un père aquitain et d'une mère suève[254]. Cet Aquitain, nommé Ansbert, aurait appartenu à la famille des Ferréols, et eût été gendre de Clotaire Ier. Cette généalogie semble avoir été fabriquée pour rattacher les Carlovingiens d'un côté à la dynastie mérovingienne, de l'autre à la maison la plus illustre de la Gaule romaine[255]. Quoi qu'il en soit, je croirais aisément, d'après les fréquents mariages des familles ostrasiennes et aquitaines[256], que les Carlovingiens ont pu en effet sortir d'un mélange de ces races.

[Note 254: Acta SS. ord. S. S. Ben., sæc. II.--Dans une vie de saint Arnoul, par un certain Umno, qui prétend écrire par ordre de Charlemagne, il est dit: «Carolus... cui fuerat trivatus Arnolfus.--... regem Chlotarium, cujus filiam, Bhlithildem nomine, Ansbertus, vir aquitanicus præpotens divitiis et genere, in matrimonium accepit, de qua Burtgisum genuit, patrem B. hujus Arnulfi.»--Et plus loin: «Natus est B. Arnulfus aquitanico patre; suevia matre in castro Lacensi (à Lay, diocèse de Tulle), in comitatu Calvimontensi.»]

[Note 255: _V._ Lefebvre, Disquisit., et Valois, Rerum. Fr. lib. VIII et XVII. On trouve dans l'ancienne vie de saint Ferréol: «Sanctus Ferreolus, natione Narbonensis a nobilissimis parentibus originem duxit; hujus genitor Anspertus, ex magno senatorum genere prosapiam nobilitatis deducens, accepit Chlotarii, regis Francorum, filiam, vocabulo Blitil.»--Le moine Ægidius, dans ses additions à l'histoire des évêques d'Utrecht, composée par l'abbé Harigère, dit que Bodegisile ou Boggis, fils d'Anspert, possédait cinq duchés en Aquitaine. D'après cette généalogie, les guerres de Charles Martel et d'Eudes, de Pepin et d'Hunald, auraient été des guerres de parents.]

[Note 256: _V._ l'importante charte de 845 (Hist. du Lang., I, preuves, p. 85, et notes, p. 688. L'authenticité en a été contestée par M. Rabanis). Les ducs d'Aquitaine, Boggis et Bertrand, épousèrent les Ostrasiennes Ode et Bhigberte. Eudes, fils de Boggis, épousa l'Ostrasienne Waltrude. Ces mariages donnèrent occasion à saint Hubert, frère d'Eudes, de s'établir en Ostrasie, sous la protection de Pepin, et d'y fonder l'évêché de Liége.]

Cette maison épiscopale de Metz[257] réunissait deux avantages qui devaient lui assurer la royauté. D'une part, elle tenait étroitement à l'Église; de l'autre, elle était établie dans la contrée la plus germanique de la Gaule. Tout d'ailleurs la favorisait. La royauté était réduite à rien, les hommes libres diminuaient de nombre chaque jour. Les grands seuls, leudes et évêques, se fortifiaient et s'affermissaient. Le pouvoir devait passer à celui qui réunirait les caractères de grand propriétaire et de chef des leudes. Il fallait de plus que tout cela se rencontrât dans une grande famille épiscopale, dans une famille ostrasienne, c'est-à-dire amie de l'Église, amie des barbares. L'Église, qui avait appelé les Francs de Clovis contre les Goths, devait favoriser les Ostrasiens contre la Neustrie, lorsque celle-ci, sous un Ébroin, organisait un pouvoir laïque, rival de celui du clergé.

[Note 257: La maison Carlovingienne donne trois évêques de Metz en un siècle et demi, Arnulf, Chrodulf et Drogon. Les évêques étant souvent mariés avant d'entrer dans les ordres, transmettaient sans peine leur siége à leurs fils ou petits-fils. Ainsi les Apollinaires prétendaient héréditairement à l'évêché de Clermont. Grégoire de Tours dit, au sujet d'un homme qui voulait le supplanter: «Il ne savait pas, le misérable, qu'excepté cinq, tous les évêques qui avaient occupé le siége de Tours étaient alliés de parenté à notre famille.» (L. V, c. L. ap. Scr. Fr. II, 264.)]