Histoire de France Tirée de Ducoudray
Part 13
=Bataille de Waterloo.=--Napoléon, en quelques mois, avait aussi réorganisé son armée et entra en Belgique, à la tête de cent trente mille hommes. Il battit les Prussiens à Fleurus et à Ligny (16 juin). Mais il fallait aussi arrêter les Anglais. Il les attaqua le 18 juin 1815 au plateau du Mont-Saint-Jean, près du village de Waterloo. Le maréchal Grouchy était chargé de poursuivre les Prussiens et de les empêcher de secourir les Anglais. Ney entraîna par son ardeur la cavalerie, qui exécuta des charges répétées. Ce furent des scènes grandioses, telles qu'on n'en avait point vu. Les cuirassiers surtout firent des prodiges. Napoléon se préparait à soutenir ces belles charges par son infanterie, lorsque les Prussiens arrivèrent. Bülow débouchait sur la droite avec 30,000 ennemis, quand, à sa place, on espérait Grouchy avec 30,000 Français. Il fallut leur faire face.
Toutefois le combat se soutenait, les Prussiens furent refoulés. Ney entraîne une seconde fois toute la cavalerie sur le plateau du Mont-Saint-Jean, que Wellington a repris et qu'il veut défendre jusqu'à la dernière extrémité; il sait qu'il sera secouru. Dix mille cavaliers se précipitent avec furie sur les bataillons anglais formés en carrés, les entament, les ouvrent, s'emparent des canons. Déjà les Anglais se débandent, et Wellington inquiet ne sait si les Prussiens auront le temps de paraître. Il est sept heures du soir. Ney demande toujours de l'infanterie; «De l'infanterie! Où voulez-vous que j'en prenne? Voulez-vous que j'en fasse?» répond Napoléon obligé de tenir tête aux Prussiens. Toutefois, ceux-ci avaient décidément reculé. Napoléon forme une colonne de bataillons de la garde, destinée à enfoncer le centre des Anglais. Elle est à peine organisée que le reste de l'armée prussienne avec Blücher se montre sur l'extrême droite: et Grouchy ne vient point! Napoléon ordonne d'attaquer avec quatre bataillons seulement. Peut-être aura-t-il le temps de percer les Anglais. Tout cède devant les redoutables bataillons que Ney dirige avec l'entrain du désespoir. On entoure Wellington, on lui demande ses instructions, s'il est tué. «Mes instructions, répond-il, c'est de tenir ici jusqu'au dernier homme.» Il mérita bien, ce jour-là, par sa froide ténacité, le surnom de _Duc de fer_. Des soldats de réserve, couchés dans les blés, se lèvent tout à coup, et leur feu subit, meurtrier, met le désordre dans les rangs des Français, qui plient.
Il est huit heures. On pourrait renouveler l'attaque avec les huit bataillons qui restent, mais Blücher arrive et tourne notre aile droite. La vieille garde n'a plus qu'une mission à remplir: c'est de jeter sur cet immense désastre un peu de gloire, par son sublime héroïsme. Elle protège la déroute de l'armée, qui s'enfuit, vivement poursuivie. Décimés, les bataillons de vétérans se sacrifient pour le salut de tous. Ils se forment en carrés qui rétrogradent en combattant: plusieurs sont détruits. «La garde meurt et ne se rend pas,» noble parole qui fut réellement prononcée et admirablement tenue. Napoléon, entouré par les débris de sa garde, fut entraîné, la mort dans l'âme, loin de ce funeste champ de bataille de Waterloo où venait de s'abîmer sa merveilleuse carrière.
Napoléon se hâta d'accourir à Paris, croyant y trouver un appui. Se voyant abandonné, il abdiqua en faveur de son fils. Mais les alliés arrivèrent, rappelèrent Louis XVIII et n'accordèrent la paix qu'aux conditions les plus onéreuses. Les traités de 1815 ramenèrent la France, au nord et à l'est, en deçà des limites de 1789. Elle perdait non seulement les conquêtes de l'Empire, mais encore toutes celles de la République et même quelques-unes de l'ancienne monarchie.
Hors du continent, la France renonçait à la plupart des colonies que l'Angleterre avait prises pendant la guerre. L'Angleterre restait la plus grande puissance maritime. La Russie obtenait presque toute la Pologne. L'Autriche dominait l'Italie. La Prusse recouvrait ses anciennes provinces et recevait la rive gauche du Rhin. La Belgique, réunie à la Hollande, formait un royaume des Pays-Bas, destiné à servir de barrière contre la France. Partout les alliés de la France, les faibles, étaient écrasés.
=Napoléon à Sainte-Hélène.=--Napoléon avait demandé à l'Angleterre l'hospitalité et était passé librement sur un vaisseau anglais: on le déclara prisonnier et on l'envoya sur un îlot de l'océan Atlantique, à Sainte-Hélène, dans la zone torride. Là encore on sembla vouloir le tuer lentement. Au lieu de lui abandonner le château du gouverneur, situé dans une fraîche vallée, on choisit pour sa demeure un plateau brûlé par le soleil et désolé par les vents. Une limite fut tracée aux promenades de celui qui avait l'habitude de parcourir l'Europe. Hors de ces limites, Napoléon ne pouvait aller à cheval sans être suivi. Aussi, pour éviter cette gêne odieuse, se livrait-il le moins possible à l'exercice du cheval, nécessaire à sa santé. Les généraux Bertrand, Gourgaud et Montholon avec leurs familles faisaient tous leurs efforts pour adoucir ses peines; ils n'y parvenaient pas. Ne voulant plus monter à cheval, il se livra à l'exercice du jardinage et éleva des épaulements en terre pour protéger sa demeure contre les vents. En costume de planteur, on le voyait avec ses compagnons surveiller la culture de son jardin, et combattre encore la nature de ce roc stérile sur lequel on ne lui épargnait pas les humiliations.
En 1821, dans les premiers jours de mai, une maladie qui faisait souffrir Napoléon depuis plusieurs années et que le climat avait développée, fit des progrès alarmants. Le 3, le délire commença, et à travers ses paroles entrecoupées on saisit ces mots: «Mon fils... l'armée... Desaix...» On eût dit, à une certaine agitation, qu'il avait une dernière vision de la bataille de Marengo regagnée par Desaix. Le 4, l'agonie dura sans interruption. Le temps était horrible; un ouragan des tropiques déchaînait sa fureur sur l'île et y déracinait quelques-uns des grands arbres. Enfin, le 5 mai on ne douta plus que le dernier jour de cette existence extraordinaire ne fût arrivé. Tous les serviteurs de Napoléon, agenouillés autour de son lit, épiaient les dernières lueurs de la vie. Ce jour-là, le temps était redevenu calme et serein. Vers cinq heures quarante-cinq minutes, juste au moment où le soleil se couchait dans des flots de lumière et où le canon anglais donnait le signal de la retraite, les nombreux témoins qui observaient le mourant s'aperçurent qu'il ne respirait plus, et s'écrièrent qu'il était mort.
Napoléon avait alors cinquante-deux ans. On l'enterra dans l'île, près d'une fontaine qu'il affectionnait. Il avait, dans son testament, exprimé le désir d'être enterré «sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu'il avait tant aimé.» Ce dernier vœu fut réalisé en 1840, et les restes de Napoléon reposent maintenant dans l'Hôtel des Invalides à Paris.
CHAPITRE XX
LA FRANCE DEPUIS 1815
=La Restauration; Louis XVIII (1815-1824).=--Une invasion plus funeste que celle de 1814 se continua pendant plus de trois mois après la bataille de Waterloo. Les Prussiens occupaient Paris, les Anglais tenaient les environs de la capitale. Pendant trois ans une partie de la France resta occupée par les troupes étrangères.
La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien régime, et Louis XVIII se vit obligé lui-même de la dissoudre. Il s'efforçait de réconcilier les classes divisées par une révolution si profonde: il comprenait que la royauté devait se rattacher la société nouvelle et non la combattre. L'assassinat du duc de Berry (13 février 1820), neveu du roi et alors dernier héritier du trône, rejeta le gouvernement dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs recommencèrent et provoquèrent des conspirations qui amenèrent de nouveaux supplices.
Afin de regagner l'armée et pour défendre au dehors comme au dedans le principe de l'autorité royale, le gouvernement entreprit l'expédition d'Espagne pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII, qui avait été renversé par son peuple et se trouvait dans une situation analogue à celle où s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, commandée par les maréchaux et les généraux expérimentés de l'Empire, pacifia rapidement toute l'Espagne.
L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à traverser les temps les plus difficiles, acheva paisiblement son règne.
=Charles X (1824-1830).=--Son frère Charles lui succéda. Charles X avait alors soixante-sept ans: le duc de Bordeaux était son petit-fils, et tout semblait l'inviter à continuer, après les secousses violentes des trente dernières années, la politique de Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en 1789, avait donné le signal de l'émigration, et il disait en parlant de La Fayette, un des principaux chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette et moi qui n'ayons pas changé depuis 1789.» Un moment il céda à l'opinion en prenant des ministres modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en 1830 pour déchirer la Charte consentie par Louis XVIII.
Une révolution éclata et une bataille de trois jours s'engagea dans les rues de Paris, 26, 27 et 28 juillet 1830. Charles X abdiqua en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier et nouvel exil. Les Chambres donnèrent la couronne à Louis-Philippe d'Orléans. La France reprit le drapeau tricolore.
=Règne de Louis-Philippe I^{er} (1830-1848).=--Le nouveau roi, Louis-Philippe I^{er}, rassurait par sa politique libérale la société, qui ne craignait plus de retour en arrière. Mais les partis ne désarmaient point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections ensanglantèrent les rues de Paris et de Lyon. Des attentats sans cesse répétés contre la vie du roi perpétuaient l'inquiétude.
Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher de toutes les agitations: il maintenait au dehors la paix de l'Europe, mais on lui reprochait d'acheter cette paix par de trop grandes concessions. L'industrie et le commerce, qui, depuis le commencement du siècle, avaient pris un essor rapide, avaient accru l'importance de la population ouvrière, dont le gouvernement ne se préoccupait pas assez. Deux maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, M. Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse le pouvoir, et leur rivalité fut le grand événement d'un règne où les luttes de la tribune tinrent la place principale. Tandis que les amis mêmes de la royauté réclamaient de justes réformes, ses ennemis se préparaient à profiter de ces divisions. Une émeute commencée aux cris de Vive la réforme! devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution d'où sortit pour la seconde fois la République. Louis-Philippe n'essaya même pas de lutter; comme Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils le comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir en Angleterre, où il mourut deux ans après.
=Conquête de l'Algérie.=--La plus grande œuvre et le plus beau résultat du règne de Louis-Philippe, ce fut la conquête de l'Algérie. La colonie s'est développée, et la France possède ainsi sur la côte d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte trois millions d'habitants.
=République de 1848: le suffrage universel.=--La révolution de février 1848 assurait le triomphe de la République. Le gouvernement provisoire, qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout de suite marquer la portée de la nouvelle révolution par des mesures libérales. Il abolit la peine de mort en matière politique et, dès le 2 mars, proclama le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama également l'abolition de l'esclavage dans les colonies.
La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un Président élu pour quatre ans et à une Assemblée législative. L'Assemblée et le Président devaient être nommés par le suffrage universel. Cinq millions de suffrages désignèrent pour la présidence le prince Louis-Napoléon, dont le nom entraîna les populations des campagnes. Deux fois déjà, sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer du pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu président de la République, il s'appliqua à préparer son avènement à l'Empire.
Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens partis monarchiques, et commença une véritable réaction contre les doctrines républicaines. Mais bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient point l'accepter pour souverain. Afin de se faire réélire, il demanda la revision de la Constitution, mais tous les partis se réunirent contre lui et repoussèrent la revision de la Constitution. Alors le Président songea à recourir à la force.
=Coup d'État du 2 décembre 1851.=--Le 2 décembre 1851, il fit arrêter les députés les plus influents du parti républicain et des partis monarchiques, occuper Paris militairement, fermer la salle des séances de l'Assemblée. Il détruisait lui-même la Constitution, qu'il avait fait serment et qu'il avait pour mission de maintenir. La résistance qui s'organisa à Paris, échoua devant l'attitude des troupes dont le Président s'était assuré le concours. Des transportations sans jugement éloignèrent les ennemis du nouvel ordre de choses. Sept millions et demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent à Louis-Napoléon la présidence pour dix ans.
Louis-Napoléon se hâta alors de publier une Constitution (14 janvier 1852). L'autorité effective, la pleine puissance était concentrée entre les mains du Président. Le pouvoir législatif était exercé par le _Corps législatif_ et le _Sénat_. Louis-Napoléon se fit enfin, après un nouveau plébiscite,[14] proclamer empereur des Français (2 décembre 1852).
=La guerre d'Orient.=--Bien qu'il eût prononcé, pour rassurer l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, c'est la paix,» Napoléon III ne craignit pas d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le tsar de Russie, Nicolas, avait envahi les provinces du Danube, le 3 juillet 1853. Napoléon III s'allia alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux projets ambitieux du tsar.
Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. Une armée française fut transportée en Turquie, où les troupes anglaises la rejoignirent. Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à la poursuite des armées russes au delà du Danube, se décidèrent à attaquer Sébastopol, son principal arsenal, menace perpétuelle pour Constantinople. Le 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua en Crimée. Les Russes, retranchés derrière le petit fleuve de l'Alma, sur des hauteurs hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans la mer. Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, les hauteurs furent escaladées, les Russes tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive et brillante (20 septembre 1854).
La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, dont le siège commença (octobre 1854) sous les ordres du général Canrobert, puis du général Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un terrain rempli de rochers; les armées opéraient à cinq cents lieues de leur pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions, livrés à la merci des vents impétueux qui soufflent dans la mer Noire.
Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les tranchées les souffrances étaient affreuses, et il fallait travailler, combattre. Au mois de mars 1855 l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent le siège avec une nouvelle vigueur.
Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, qui était devenue, grâce aux travaux des Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée le 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait sur les bastions voisins. Malgré un feu épouvantable et plusieurs retours offensifs, la division du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de la tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le grand résultat était obtenu: Malakoff pris, Sébastopol tombait au pouvoir des Français.
Ce magnifique succès termina la guerre. Un congrès se réunit à Paris; la paix fut signée le 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de longues années de travail et d'énormes dépenses.
=Guerre d'Italie (1859).=--Après la Russie, Napoléon voulait abaisser l'Autriche et délivrer l'Italie, dont le nord appartenait depuis 1815 aux Autrichiens. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, et surtout son ministre, le comte de Cavour, entraînèrent Napoléon à cette guerre, qui fut populaire et brillante.
Les Français battirent les Autrichiens à Montebello (20 mai 1859) et encore au village de Magenta (4 juin).
Les Autrichiens semblèrent alors abandonner la Lombardie, mais, quand l'armée française approcha des bords du Mincio, elle vit tout à coup les hauteurs voisines de cette rivière couvertes d'ennemis. Les Français, sous un soleil ardent, s'élancèrent à l'assaut des hauteurs de Solferino et de Cavriana (24 juin), et s'en emparèrent après une lutte acharnée. Un orage qui éclata empêcha les Français de changer en déroute la défaite des Autrichiens, qui purent se retirer au delà du Mincio.
On se répétait encore les derniers détails de la journée de Solferino, lorsque le télégraphe annonça tout à coup la conclusion de la paix. Une entrevue eut lieu à Villafranca, entre l'empereur d'Autriche François-Joseph et l'empereur Napoléon III. Les deux souverains signèrent les préliminaires de la paix: l'empereur d'Autriche cédait la Lombardie à Napoléon III, qui la remettait au roi Victor-Emmanuel. L'Italie centrale demanda à s'unir au Piémont et, par une suite de révolutions, d'invasions successives, le Piémont devint le maître de la péninsule. Le royaume de Sardaigne se transforma en royaume d'Italie. L'unité italienne fut faite.
Dès 1860 la France, à raison de ces changements, avait réclamé sa frontière naturelle des Alpes, perdue en partie lors des traités de 1815. La Savoie et le comté de Nice furent cédés à la France par le roi Victor-Emmanuel (mars 1860), et les populations, consultées par la voie du suffrage universel, accueillirent avec joie ce retour à la patrie française. Le 14 juin, le drapeau français était porté par des guides hardis sur la plus haute cime du mont Blanc.
=Guerre de 1870.=--La Prusse n'avait été depuis 1815 qu'une puissance secondaire. Mais sous le roi Guillaume I^{er}, monté sur le trône en 1861, un ministre habile et audacieux, le comte de Bismarck, entreprit d'assurer à la Prusse l'empire de l'Allemagne. Il s'unit à l'Italie contre l'Autriche, et l'armée prussienne remporta une victoire décisive à Sadowa (3 juillet 1866). L'Autriche signa la paix, et les États allemands se virent obligés de reconnaître la suprématie de la Prusse. Ce royaume, considérablement agrandi, devenait un dangereux voisin. Un conflit était dès lors inévitable avec la France. Le gouvernement impérial s'y prépara d'une manière insuffisante, et la Prusse, qui connaissait les imperfections de notre armée, eut l'art de se faire déclarer la guerre qu'elle désirait (15 juillet 1870).
Les Prussiens saisissent l'occasion que leur offrent les mauvaises positions de l'armée, dispersée sur une ligne trop étendue le long de nos frontières. Le 4 août, au nombre de quarante mille hommes, ils écrasent une division française isolée sur les bords de la Lauter, à Wissembourg. L'ennemi entre en France.
Le maréchal de Mac-Mahon, qui occupait l'Alsace, cherche et trouve une forte position à Reichshoffen et à Frœschwiller. Mais il avait à peine trente-cinq mille hommes, et le prince royal de Prusse lui en opposa cent vingt mille. Le maréchal de Mac-Mahon, pour assurer sa retraite, dut sacrifier sa magnifique brigade de cuirassiers. Le même jour, à Forbach, le corps d'armée du général Frossard était repoussé et abîmé par une autre armée prussienne (6 août 1870).
L'invasion s'étendit dans les départements de l'Est, rapide, terrible, avec ses exigences, ses réquisitions, ses cruautés même.
L'armée principale, commandée par le maréchal Bazaine, restait sous la protection de la place de Metz, au lieu de se replier rapidement: et malgré les glorieux combats de Borny (14 août), de Gravelotte (16 août) et de Saint-Privat (18 août), où les armées prussiennes firent des pertes énormes, l'armée française fut entourée et resserrée autour de Metz.
Une nouvelle armée, formée à Châlons, fut témérairement envoyée à son secours; cette seconde armée, acculée à la frontière du Nord, fut enveloppée autour de la petite place forte de Sedan. Après deux jours de combats sanglants, cette armée, privée de son chef, le maréchal Mac-Mahon, grièvement blessé, se vit refoulée dans la place de Sedan, où, accablée par l'artillerie allemande, elle ne pouvait ni résister ni vivre. L'empereur Napoléon III, qui se trouvait avec cette armée, capitula en se rendant prisonnier de guerre avec quatre-vingt mille hommes (2 septembre 1870).
Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution éclata (4 septembre); un gouvernement nouveau s'installa à l'Hôtel de ville, prenant le titre de gouvernement de la _Défense nationale_. Les principaux membres de ce gouvernement, présidé par le général Trochu, gouverneur de Paris, étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, Crémieux, Gambetta.
Tandis que les armées prussiennes, victorieuses à Sedan, venaient investir et assiéger Paris, d'autres troupes allemandes s'emparaient successivement des forteresses.--Strasbourg, boulevard de l'Alsace, investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé à un bombardement qui s'attaquait à la ville même. Tout le centre de la ville fut dévasté par l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. La ville, à bout de ressources, dut capituler le 28 septembre. Paris cependant, investi depuis le 19 septembre, tenait à distance les Prussiens, qui ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de vive force. Des troupes se rassemblaient sur les bords de la Loire, et la situation paraissait s'améliorer. La capitulation du maréchal Bazaine[15] à Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. Investi, enserré par des lignes de batteries, qu'il n'était pas aisé de franchir, il n'essaya pas sérieusement, malgré la belle qualité de ses troupes aguerries, qui constituaient la plus belle armée que la France ait eue depuis longtemps, de rompre le cercle de fer et de feu tracé autour de lui. Lorsque les vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck ne voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il comprit que l'armée devait nécessairement se rendre. Le jour fatal arriva en effet. Le maréchal dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les cent mille hommes qui lui restaient, un matériel énorme, des forts superbes, un arsenal de premier ordre et une ville qui était un des plus solides remparts de la France. Verdun, assiégé depuis le 25 août, capitule le 8 novembre et Belfort se préparait sous la direction du colonel Denfert à une résistance digne de la réputation de cette forteresse.