Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 4 / 10)
Part 27
«Dimanche 26 août 1408... Entrèrent à Paris et vindrent de Meleun la royne et le dauphin accompaignés, environ quatre heures après disner, des ducs de Berri, de Bretoigne, de Bourbon, et plusieurs autres contes et seigneurs et grant multitude de gens darmes et alèrent parmi la ville loger au Louvre.--Mardi 28 août... Ce dict jour entra à Paris la duchesse Dorléans, mère du duc Dorléans qui à présent est, et la royne d'Angleterre, femme du dict duc, en une litière couverte de noir à quatre chevaux couverts de draps noirs, à heure de vespres, accompaignée de plusieurs chariots noirs pleins de dames et de femmes, et de plusieurs ducs et contes et gens darmes.» (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, vol. XIII, fol. 40-41.)--Les princes s'accordèrent pour déférer, dans cet intervalle, un pouvoir nominal à la reine et au dauphin: «Ce Ve jour (5 septembre 1408) furent tous les seigneurs de céans au Louvre en la grant sale, où estoient en personne la royne, le duc de Guienne, etc. (Suit une longue série de noms)... en la présence desquelz... fu publiée par la bouche de maistre Jeh. Jouvenel, advocat du roy, la puissance octroiée et commise par le roy à la royne et audit mons. de Guienne sur le gouvernement du royaume, le roy empeschié ou absent.» (_Archives_, _ibid._, _Conseil_, vol. XIII, fol. 42, verso.)
115--page 154--_Brisé qu'il était par la torture, Montaigu affirmait..._
«Affirmasse quod tormentorum violentia (qua et manus dislocatas et se ruptum circa pudenta monstrabat) illa confessus fuerat, nec in aliquo culpabilem ducem Aurelianensem nec se etiam reddebat nisi in pecuniarum regiarum nimia consumptione.» (Religieux, ms., folio 633.)
116--page 156--_Ce conseil interdit la chambre des Comptes..._
«Et qui a longo tempore, D. Cameræ computorum ægre ferentes quod Rex manu prodiga pecunias multis etiam indignis consueverat largiri, dona in scriptis redigebant, addentes in margine _Recuperetur_, _Nimis habuit_; statutum est ut registrum præsidentibus traderetur, qui quod nimium fuerat ab ipsis aut eorum hæredibus usque ad ultimum quadrantem, cessante omni appellatione, extorquerent. Omnes etiam Dominos Cameræ computorum deposuerunt, uno duntaxat excepto qui vices suppleret omnium, donec...» (Religieux, ms., folio 639.)--Voir aussi _Ordonnances_, t. IX, p. 468 et seq.
117--page 157--_Cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment..._
Au milieu de cette détresse, nous trouvons, entre autres dépenses, un mandement de Charles VI pour le payement de ses veneurs. L'acte est rédigé dans des termes très impératifs et très-rigoureux. À la suite de la signature du roi viennent ces mots: «Garde qu'en se n'ait faute.» (Bibliothèque royale, mss., Fontanieu 107-108, ann. 1410, 9 juillet.)--«Pour une paire d'heures, données par le roi à la duchesse de Bourgogne, 600 écus.» (_Ibid._, 109-110, ann. 1413.)
118--page 160--_Le chancelier de Notre-Dame s'emporta jusqu'à dire..._
«Nec reges digne vocari, si exactionibus injustis opprimant populum suum, sed quod eos depositione dignos possint rationabiliter reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere.» (Religieux, ms., fol. 675, verso.)
119--page 162, note--_Dans une de ces alarmes_, etc.
«Ce dict jour, pour ce que le Roy notre Sire, accompaigné de molt de princes, barons et chevaliers et grant nombre de gens darmes, estoit venu loger au Palaiz, et pour les gens darmes estoient pleins les hostelz tans de la Cité que du cloistre de Paris, et par tout oultre les pons par devers la place Maubert, sans distinction, hors les seigneurs de céans pour lesquels a esté ordené, comme a dit en la chambre le prévost de Paris, que en leurs hostelz len ne se logera pas, et que en telz cas aventure seroit que les chambellans du Roy notre dit sire ne preissent les tournelles de céans, esquelles a procès sans nombre qui seroient en aventure destre embroillez, fouillez, et adirez et perdus, qui seroit dommage inestimable à tous de quelque estat que soit de ce royaume; j'ay fait murer l'uiz de ma tournelle, afin que len ne y entre, car: _In armigero vix potest vigere ratio._»--Le greffier a dessiné un soldat sur la marge. (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, XIII, folio 131, verso, 16 septembre 1410.)
120--page 163--_Dans les vraies usances bretonnes, le foyer restait au plus jeune..._
_Origines du droit_, page 63: _Usement de Rohan_: «En succession directe de père et de mère, le fils juveigneur et dernier né desdits tenanciers succède au tout de ladite tenue et en exclut les autres, soient fils ou filles.»--Art. 22: «Le fils juveigneur, auquel seul appartient la tenue, comme dit est, doit loger ses frères et soeurs jusques à ce qu'ils soient mariés; et d'autant qu'ils seroient mineurs d'ans, doivent les frères et soeurs estre mariés et entretenus sur le bail et profit de la tenue pendant leur minorité; et estant les frères et soeurs mariés, le juveigneur peut les expulser tous.» (_Coutumier général._)--Cette loi me semble conforme à l'esprit d'un peuple navigateur et guerrier qui veut forcer les aînés, déjà grands et capables d'agir, à chercher fortune au loin.--Voir _ibid._, sur le droit d'aînesse.
121--page 167--_Les Armagnacs poussaient la guerre avec une violence inconnue jusque-là_, etc.
Vaissette, _Hist. du Languedoc_, t. IV, p. 282. Néanmoins ils conservaient toujours des liaisons avec les Anglais. Le Parlement leur fait un procès en 1395, à ce sujet. (_Archives, Registres du Parlement, Arrêts_, XI, ann. 1395.)
122--page 169--_La légèreté impie des Armagnacs..._
Cette légèreté méridionale est sensible dans les proverbes, particulièrement dans ceux des Béarnais; plusieurs sont fort irrévérencieux pour la noblesse et pour l'Église:
Habillat ù bastou, Qu'aüra l'air du barou.
Habillez un bâton, il aura l'air d'un baron.
Las sourcières et lous loubs-garous Aüs cures han minya capous.
Les sorcières et les loups-garous font manger des chapons aux curés, etc., etc. (_Collection de Proverbes béarnais_, ms., communiquée par MM. Picot et Badé, de Pau.)
123--page 170--_Les Armagnacs à Saint-Denis..._
Les Parisiens croyaient néanmoins, et non sans apparence, que les moines étaient favorables au parti d'Orléans. Le bruit même courut à Paris que le duc d'Orléans s'était fait couronner roi de France dans l'abbaye de Saint-Denis. (Religieux, ms., f. 701, verso.)
124--page 172--_Le duc de Bourgogne avait fait publier à grand bruit dans Paris_, etc.
«Indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes utriusque sexus absque erubescentio velo ducibus publice maledicentes, orarent ut cum Juda proditore æternam perciperent portionem.» (Religieux, ms., folio 734.)
125--page 174--_Les fréquents appels à l'opinion publique que font les partis..._
Le plus important peut-être de ces manifestes est celui que le duc de Bourgogne publia au nom du roi, le 13 février 1412. Il y demandait une aide à la langue d'oil et à la langue d'oc, et en confiait la perception à un bourgeois de Paris. Préalablement il y fait une longue histoire apologétique des démêlés de la maison de Bourgogne avec celle d'Orléans. Il y flatte Paris; il entre dans le ressentiment du peuple contre les excès des gens d'armes du parti d'Orléans. Il fait dire au roi: «Nous feusmes deuement et souffisamment informés qu'ils tendoient à _débouter_ du tout _Nous et notre génération de notre royaume_ et seigneurie.» (Bibl. royale, mss., Fontanieu, 109-110, ann. 1412, 13 février, d'après un Vidimus de la vicomté de Rouen.)
126--page 175--_Au front de la cathédrale de Chartres, on sculpte la figure de la Liberté..._
Voir le curieux rapport de M. Didron, dans le _Journal de l'instruction publique_, 1839.
127--page 178, note--_Clémengis implore l'intervention du Parlement..._
«O clarissimi præsides regiorum tribunalium, cæterique celeberrimi judices, qui illam egregiam Curiam illustratis, expergiscimini tandem aliquando, et regni non dico statum, quia _non stat_, sed miserabilem lapsum aspicite... (Le juge doit comme le médecin) non tantum morbis cum exorti fuerint subvenire, sed præstantiori etiam cum gloria, salubri ante præservatione, ne oriantur prospicere.» (Nic. Clemeng. _Epistol._, t. II, p. 284.)
128--page 180--_Ce long travail de la transformation du droit..._
Il est curieux d'observer le commencement de ce grand travail dans les registres dits _olim_. On y trouve déjà des détails curieux sur la procédure. Deux employés des Archives, MM. Dessalles et Duclos, en préparent la publication sous la direction de M. le comte Beugnot. Voir subsidiairement les notices de MM. Klimrath, Taillandier et Beugnot, sur nos anciens livres de droit et sur l'immense collection des registres du Parlement.--Toutefois il ne faut pas oublier que ces registres, même les _Olim_, que ces livres, même ceux du treizième siècle, contiennent moins le droit du moyen âge que la _destruction du droit du moyen âge_. Il faudrait remonter au _droit féodal_, au _droit ecclésiastique_, tels qu'on les trouve dans les chartes, dans les canons, dans les rituels, dans les formules et symboles juridiques.
129--page 180--_Le Parlement avait porté une sentence de mort et de confiscation contre le comte de Périgord..._
Il serait plus exact de dire: Comte _en_ Périgord. Il n'avait guère que la _neuvième_ partie du département actuel de la Dordogne (mss. inédits de M. Dessalles sur l'histoire du Périgord). D'après une chronique ms. qu'a retrouvée M. Mérilhou, la chute du dernier comte aurait été décidée par un rapt qu'il essaya de faire sur la fille d'un consul de Périgueux, pendant une procession. Le procès énumère bien d'autres crimes. Rien n'est plus curieux pour faire connaître les détails de cette interminable guerre entre les seigneurs et les gens du roi. Le principal grief c'est que, à en croire l'accusation, le comte disait qu'il voulait être roi et agissait comme tel: «Jactabat palam et publice fore se REGEM..., certumque judicem pro appellationibus decidendis... constituerat... a quo non permittebat ad Nos vel ad... Curiam appellare.» (_Archives, Registres du Parlement, Arrêts criminels_, reg. XI, ann. 1389-1396.)
130--page 183--_La plupart des collèges_, etc.
Du Boulay donne tout au long les constitutions de ces collèges, t. IV et V.
131--page 185--_Les Carmes voulaient remonter plus haut que le christianisme..._
Cette prétention produisit au dix-septième siècle une vive polémique entre les Carmes et les Jésuites. Ceux-ci, qui n'aimaient guère plus la poésie du moyen âge que la philosophie moderne, attaquèrent durement l'histoire d'Élie; ils prirent une massue de science et de critique pour écraser la frêle légende. Les Carmes, en représailles, firent proscrire en Espagne les _Acta_ des Bollandistes. (Héliot, _Histoire des Ordres monastiques_, t. I, p. 305-310.)
132--page 185--_La remontrance de l'Université au roi..._
Le passage le plus important est celui où l'on compare les dépenses de la maison royale à des époques différentes: «Ad priscorum regum, reginarum ac liberoram suorum continuendum statum magnificum et quotidianas expensiones 94,000 francorum auri abunde sufficiebant, indeque creditores debite contentabantur; quod utique modo non fit, quamvis ad prædictos usus 450,000 annuatim recipiant.» (Religieux, ms., folio 761.)
133--page 187--_Les maîtres bouchers..._
Cette antique corporation ne fit pas inscrire ses règlements parmi ceux des autres métiers, lorsque le prévôt Étienne Boileau les recueillit sous saint Louis. Sans doute les bouchers aimèrent mieux s'en fier à la tradition, à la notoriété publique, et à la crainte qu'ils inspiraient. V. M. Depping. _Introd. aux Règlements d'Ét. Boileau_, p. LVI; et Lamare, _Traité de la police_, t. II, liv. V, tit. XX.
134--page 187--_Ces étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir_, etc.
Félibien, t. II, p. 753. Sauval, t. I, 634, 642. V. aussi les _Ordonnances, passim_. L'une des plus curieuses est celle qui fixe la redevance de chaque nouveau boucher envers le cellérier et le concierge «de la Court-le-Roy» (du Parlement). (_Ordonnances_, t. VI, p. 597, ann. 1381.)
135--page 188--_Le boucher Alain y achète une lucarne pour voir la messe de chez lui..._
«Une vue de deux doigts de long sur deux de large.» (Vilain, _Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie_, p. 54, ann. 1388, 1405.)
136--page 189--_Leur crainte était que le dauphin ne ressemblât à son père..._
«Si ab aliquo præpotente (ut publice ferebatur) inducti ad hoc fuerint tunc non habui pro comperto; eos tamen non ignoro ducis Guyennæ nocturnas et indecentes vigilias, ejus commessationes et modum inordinatum vivendi molestissime tulisse, timentes, sicut dicebant, ne infirmitatem paternæ similem incurreret in dedecus regni.» (Religieux, ms., folio 778.)
137--page 192--_L'hygiène appliquée à la politique_, etc.
V. le sermon de Gerson sur la santé corporelle et spirituelle du roi, et la lettre de Clémengis, intitulée: «De politiæ Gallicanæ ægritudine, per metaphoram corporis humani lapsi et consumpti. (Nic. Clemeng. _Epist._, t. II, p. 300.) Ces comparaisons abondent encore au dix-septième siècle, et jusque dans les préfaces de Corneille.
138--page 195--_Les Gantais voulurent garder le fils du duc de Bourgogne..._
Ce fait si important ne se trouve que dans le Religieux. Les historiens du parti bourguignon, Monstrelet, Meyer, n'en disent rien. Meyer passe sur tout cela comme sur des charbons.--Ce fut Paris qui s'entremit en cette affaire pour ceux de Gand: «Regali consilio (præpositi mercatorum et scabinorum Parisiensium _validis precibus_) ut Dominus Comes de Charolois, primogenitus ducis Burgundiæ, cum uxore sua, filia Regis, in Flandriam duceretur..., Gandavensium burgenses obtinuerunt.» (Religieux, ms., 723 verso.)
139--page 197--_Les Universitaires se réunirent au couvent des Carmes..._
Lisez cette grande scène dans Juvénal des Ursins, p. 251-252. Cet historien médiocre, qui semble ordinairement se contenter d'abréger le Religieux, présente cependant de plus quelques détails importants qu'il avait appris de son père.
140--page 198--_Le seul Pavilly s'obstina_, etc.
Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le Carme tirait de l'argent de tout cela. Quelqu'un, dit-il, parla pour sauver Desessarts qui était au Châtelet, en grand danger: «Mais le dit de Pavilly qui tendoit fort _au profit de sa bourse_, et s'intéressoit fort avec les Gois, Saintyous et leurs alliez, voulust montrer que la prise des personnes estoit dument faite et qu'il falloit ordonner commissaires pour faire leur procès.» (Juvénal des Ursins, p. 252.)
141--page 199--_«Il y a de mauvaises herbes au jardin de la reine»..._
Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore: «Eradicentur herbæ malæ, ne impediant florem juventutis vestræ virtutum fructus odoriferos producere.» (Religieux, ms., 785 verso.)--Cette poésie de jardinage plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé, et d'autant plus amoureux de la campagne qu'il ne voyait pas. On la retrouve partout dans les Meistersaengers, dans Hans Sachs, etc. Il est vrai qu'elle n'y est pas mise à l'usage du meurtre, comme ici.
142--page 201--_Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction enfantine_, etc.
V. l'article sur «Nostre bonne couronne desmembrée, et les flourons d'icelle baillez en goige...» (_Ordonnances_, t. X, p. 92); et l'article sur les aides de guerre, dont l'argent sera serré «en un gros coffre, qui sera mis en la grosse tour de Nostre Palais ou ailleurs en lieu sûr et secret, ouquel coffre aura trois clefs...» (_Ibid._, p. 96.)
143--page 207--_Jean Courtecuisse, célèbre docteur de l'Université, prêcha sur l'excellence de l'ordonnance..._
Du Boulay rapporte à tort ce sermon à l'année 1403. Cependant le titre qu'il lui donne lui-même devait l'avertir qu'il est de 1413. Aura-t-il craint, pour l'honneur de l'Université, d'avouer les liaisons d'un de ses plus grands docteurs avec les Cabochiens?
144--page 208--_Ils commencèrent le pont Notre-Dame..._
«Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray le _Pont Nostre-Dame_, et le nomma le roi de France Charles, et frappa de la trie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son fils, après, et le duc de Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémouille.» (_Journal du Bourgeois de Paris_, 10 mai 1413, éd. Buchon, t. XV, p. 182.)
145--page 211--_La religion de la royauté était encore entière et le fut longtemps..._
Voyez si longtemps après l'extrême timidité du chef de la Fronde. Il eut peur des États généraux (Retz, livre II), peur de l'union des villes (livre III): «J'en eus scrupule», dit-il. Il eut peur encore de se lier avec Cromwell. Mazarin, tout en défendant l'autorité royale qui était la sienne, avait apparemment moins de scrupule, s'il est vrai qu'après la mort de Charles Ier il ait dit dans sa prononciation italienne: «Ce M. de Cromwell est né houroux (heureux).»
146--page 211--_L'avocat général Juvénal..._
Voyez au Musée de Versailles la longue et piteuse figure de Juvénal, et la rouge trogne de son fils l'archevêque. Le père n'en fut pas moins un excellent citoyen. Son fils rapporte un trait admirable de sa fermeté à l'égard du duc de Bourgogne, p. 222, note 2.
147--page 213--_Le charpentier Guillaume Cirasse..._
V. les armoiries de Guillaume Cirasse, dans le Recueil des armoiries des prévôts et échevins de Paris (exemplaire colorié à la Bibl. du cabinet du roi, au Louvre).
148--page 215, note 2--_Le roi désirait fort traiter_, etc.
Un grand seigneur vient trouver le roi au matin pour l'animer contre les Bourguignons. «Le roy estant en son lict, ne dormoit pas et parloit en s'esbatant avec un de ses valets de chambre, en soy farsant et divertissant. Et ledit seigneur vint prendre par dessous la couverture le roy tout doucement par le pied, en disant: Monseigneur, vous ne dormez pas? Non, beau cousin, lui dit le roy, vous soyez le bien venu, voulez-vous rien? y a t'il aucune chose de nouveau? Nenny, Monseigneur, luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège, disent que tel jour qu'il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos ennemis et ont espérance d'y entrer. Lors le roi dit que son cousin le duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville en sa main, sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. À quoy ledit seigneur respondit: Comment, Monseigneur, voulez-vous avoir paix avec ce mauvais, faux, traistre et desloyal, qui si faussement et mauvaisement a faict tuer vostre frère? Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit: Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas! Sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère... Mais le roy lui respondit assez chaudement: Beau cousin, allez-vous-en; je le verray au jour du Jugement.» (Juvénal, p. 2-3.)
149--page 217--_Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain..._
V. les oeuvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV, et les travaux estimables de MM. Faugère, Schmidt et Thomassy. Je parlerai ailleurs de ceux de MM. Gence, Gregori, Daunou, Onésyme Leroy, et en général des écrivains qui ont débattu la question de l'_Imitation_.
150--page 221--_L'augmentation des dépenses tenait à l'avilissement progressif du prix de l'argent..._
Clémengis s'étonne de ce qu'un monastère qui nourrissait primitivement cent moines n'en nourrit plus que dix (p. 19). Qui ne sait combien en deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre de celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que d'un siècle, quelle grande maison pourrait être défrayée aujourd'hui d'après le calcul que madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre autres ouvrages, une brochure de M. le comte d'Hauterive: _Faits et observations sur la dépense d'une des grandes administrations_ etc.; deux autres brochures de M. Eckard: _Dépenses effectives de Louis XIV en bâtiments au cours du temps des travaux de leur évaluation_, etc., etc.
151--page 222--_Clémengis... d'Ailly..._
Je ne veux pas contester le mérite réel de ces deux personnages qui furent tout à la fois d'éminents docteurs et des hommes d'action. D'Ailly fut l'une des gloires de la grande école gallicane du collège de Navarre; il y forma Clémengis et Gerson. Clémengis est un bon écrivain polémique, mordant, amusant, _salé_ (comme aurait dit Saint-Simon). V. le tableau qu'il fait de la servilité du pape d'Avignon, dans le livre de la _Corruption de l'Église_ (p. 26). La conclusion du livre est très éloquente. C'est une apostrophe au Christ; les protestants peuvent y voir une prophétie de la Réforme: «Si tuam vineam labruscis senticosisque virgultis palmites suffocantibus obseptam, infructiferam, vis ad naturam reducere, quis melior modus id agendi, quam inutiles stirpes eam sterilem efficientes quæ falcibus amputatæ pullulant, radicitus evellere, vineamque ipsam aliis agricolis locatam novis rursum autiferacibus et fructiferis palmitibus inserere?... Hæc non nisi exigua sunt dolorum _initia_ et suavia quædam eorum quæ supersunt _præludia_. Sed tempus erat, ut portum, ingruente jam tempestate, peteremus, nostræque in his periculis saluti consuleremus, ne tanta procellarum vis, quæ laceram Petri naviculam validiori turbinis impulsu, quam ullo alias tempore _concussura est_, in mediis nos fluctibus, cum his qui merito naufragio perituri sunt, absorbeat.» (Nic. Clemeng. _De corrupto Ecclesiæ statu_, t. I, p. 28.)
152--page 223--_... le piquant réquisitoire du concile contre les deux papes réfractaires..._
_Concilium Pisanum_, ap. _Concil._, éd. Labbe et Cossart, 1671; t. XI, pars II, p. 2172 et seq.
153--page 224--_Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à merveille..._
«Habentes facies diversas..., sed caudas habent ad invicem colligatas, ut de vanitate conveniant.» (_Ibid._, p. 2183.)--«... Volebat unum pedem tenere in aqua et alium in terra.» (_Ibid._, p. 2184.)
154--page 225--_Lorsque Valla élevait les premiers doutes sur l'authenticité des décrétales..._
Non seulement Valla, mais Gerson, dans son épître _De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam_, p. 166. Sur Valla, lire un article excellent de la _Biographie universelle_ (par M. Viguier), t. XLVII, p. 345-353.--«Des papes ont permis à Ballerini de critiquer, à Rome même, les fausses décrétales. Pourquoi ne les ont-ils pas révoquées? Pour la même raison que les rois de France n'ont pas révoqué les fables politiques relatives aux douze pairs de Charlemagne, ni les Empereurs celles qui se rattachent à l'origine des cours Weimiques, etc.» Telle est la réponse de l'ingénieux M. Walter. (Walter, _Lerhbuch des Kirchenrechts_, Bonn. 1829, p. 161.)
155--page 226--_Raymond Lulle pleura aux pieds de son Arbor, qui finissait la scolastique..._
Voir la curieuse préface. (Raymond Lullii Majoricensis, illuminati patris, _Arbor scientiæ_. Lugduni, 1636, in-4{o}, p. 2 et 3.)
156--page 226--_... renouveler..._
Ce verbe, employé comme neutre, avait bien plus de grâce. Je crois qu'on y reviendra. V. Charles d'Orléans (p. 48): «Tous jours sa beauté _renouvelle_.» Et Eustache Deschamps (p. 99): «De jour en jour votre beauté _renouvelle_.»
157--page 227--_Au moment où l'Anglais allait fondre sur la France_, etc.
«Licet quis contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, _ducem Lotharingiæ_, nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Franciæ bellum inferre, non parvus debet hostis videri quem Deus excitat et propter aliorum adjuvat facinora.» (Nic. Clémengis, t. II, p. 257.)--On voit de même dans les lettres de Machiavel qu'à la veille d'être conquise par les Espagnols, l'Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux magistrats de Florence: «Vos Seigneuries m'ont toujours dit que la liberté de l'Italie n'avait à craindre que Venise.» (Machiavel, Lettre de février ou mars 1508.)
158--page 230--_Sur les cinquante-trois mille fiefs en Angleterre, l'Église en possédait vingt-huit mille..._