Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 4 / 10)

Part 26

Chapter 263,626 wordsPublic domain

«Urgebant ut aut sacris initiaretur, aut certe episcopatum abdicaret.» Zanfliet est ici d'autant plus croyable que sa partialité pour l'évêque est partout visible. (Corn. Zanfliet, _Leodiensi monachi Chronicon_, apud Martene, _Amplissima Collectio_, t. V, p. 360.) Voir aussi _Catalogus episcoporum Leodensium, auctore Placetio_, ann. 1403-1408, et la Collection de Chapeauville.

84--page 123--_Assassinat du duc d'Orléans..._

Déposition de Jacquette Griffart. (_Mém. Acad._, t. XXI, p. 526 et suiv.): «Elle s'en alla de sa dite fenestre pour coucher son enfant, et incontinent après ouit crier, etc...»--L'autre témoin oculaire, serviteur d'un neveu du maréchal de Rieux, dépose aussi: «Que le jour d'hier au soir, environ huit heures de nuit..., estant à l'huis d'une des salles... qui ont égart sur la Vieille rue du Temple... ouit et entendit qu'en la rue avoit grand cliquetis comme d'épées et autres armures... et disoient tels mots: «À mort, à mort!» Dont lors pour sçavoir ce que c'estoit, il remonta en ladite chambre dudit son maître, qui est au-dessus de ladite salle... et trouva que aux fenêtres d'icelle estoit desjà ledit son maître, le page, le barbier d'icelui son maître, qui regardoient en ladite Vieille rue du Temple, par l'une desquelles fenestres il qui parle regarda emmi ladite rue, et veid à la clarté d'une torche qui étoit ardente sur les carreaux, que droit devant l'hôtel de l'Image de Notre-Dame, étoient plusieurs compaignons à pied, comme du nombre de douze à quatorze, nul desquels il ne connaissoit, lesquels tenoient les uns des espées toutes nues, les autres haches, les autres becs de faucon, et massues de bois ayans piquans de fer au bout, et desdits harnois féroient et frappoient sur aucuns qui estoient en la compagnie, disans tels mots: «À mort, à mort!» Et qu'il est vrai que lors, il qui parle, pour mieux voir qui estoient iceux compagnons, alla ouvrir le guichet de la porte qui a issue en ladite Vieille rue du Temple... Et ainsi qu'il ouvrit ledit guichet de ladite porte, on bouta un bec de faucon entre ledit guichet et la porte, dont lors il qui parle, pour doubte qu'on ne lui fit mal dudit bec de faucon referma ledit guichet et s'en retourna en la chambre dudit son maître, par l'une des fenestres de laquelle il vit aucuns compaignons qui étoient montés sur chevaux emmi la rue, et si veid sortir d'icelui hôtel cinq ou six compaignons tous montés sur chevaux, qu'incontinent qu'ils furent sortis, un homme de pied près d'iceux, féri et frappa d'une massue de bois un homme qui étoit tout étendu sur les carreaux, et revêtu d'une houppelande de drap de damas noir, fourrée de martre; et quand il eut frappé ledit coup, il monta sur un cheval et se mit en la compagnie des autres... Et incontinent après ledit coup de massue ainsi donné, il qui parle veid tous lesdits compagnons qui étoient à cheval eux en aller et fouir le plutôt qu'ils pouvoient sans aucune lumière, droit à l'entrée de la rue des Blancs-Manteaux en laquelle ils se bouterent, et ne sait quelle part ils allerent. Incontinent qu'ils s'en furent allés, lui estant encore à ladite fenestre, vit sortir par les fenestres d'en haut dudit hôtel de l'Image Notre-Dame, grande fumée, et si ouit plusieurs des voisins qui crioient moult fort: «Au feu, au feu!» Et lors lui qui parle, ledit son maître et les autres dessus nommés, allerent tous emmi la rue, eux étans en laquelle, il qui parle veid à la clarté d'une ou deux torches ledit feu monseigneur d'Orléans qui étoit tout étendu mort sur les carreaux, le ventre contremont, et n'avoit point de poing au bras senestre... et si veid qu'environ le long de deux toises près dudit feu monseigneur le duc d'Orléans, étoit aussi étendu sur les carreaux un compagnon qui estoit à la cour dudit feu M. le duc d'Orléans, appelé Jacob, qui se complaignoit moult fort, comme s'il vouloit mourir.» (Déposition du varlet Raoul Prieur, _Mém. Acad._, t. XXI, p. 529.)

85--page 124--_Selon un autre récit, le grand homme au chaperon rouge_, etc.

«Cadaver ignominiose traxit ad vicinum foetidissimum lutum, ubi, cum face straminis ardente, scelus adimpletum vidit; inde lætus, tanquam de re bene gesta, ad hospitium ducis Burgundiæ rediit.» (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 553.)--V. dans les _Preuves_ de Félibien, le récit des _Registres du Parlement, Conseil_, XIII.

86--page 124--_Ces pauvres restes furent portés, parmi la terreur générale..._

Cette terreur ne paraît que trop dans le peu de mots qu'on écrivit le lendemain sur les registres du Parlement. (_Preuves de Félibien_, t. II, p. 549.) Les gens du Parlement paraissent sentir, avec la sagacité de la peur, qu'un tel coup n'a pu être fait que par un homme bien puissant. Ils ne disent rien de favorable au mort: «Ce prince qui si grand seigneur estoit et si puissant, et à qui naturellement, au cas qu'il eust fallu, gouverneur en ce royaume, en si petit moment a finé ses jours moult horriblement _et honteusement_. Et qui ce a faict, «scietur autem postea».--Plus tard, on apprend que le meurtrier est le duc de Bourgogne, et le Parlement fait écrire sur ses registres les lignes suivantes, où le blâme est partagé assez également entre les deux partis: «XXIII novembris M CCCC VII inhumaniter fuit trucidatus et interfectus D. Ludovicus Franciæ, dux Aurelianensis et frater regis, multum _astutus_ et magni intellectus, sed nimis in carnalibus lubricus, de nocte hora IX per ducem Burgundiæ, aut suo præcepto, ut confessus est, in vico prope portam de Barbette. Unde infinita mala processerunt, quæ diu nimis durabunt.» (_Registres du Parlement_, _Liber consiliorum_, passage imprimé dans les _Mélanges curieux_ de Labbe, t. II, p. 702-3.)

87--page 124--_Le duc d'Orléans fut enseveli à l'église des Célestins..._

Les Célestins avaient été fondés par Pierre de Morone (Célestin V), ce simple d'esprit qui fut déposé du pontificat par Boniface VIII. En haine de Boniface, Philippe-le-Bel honora les Célestins, les fit venir en France, les établit dans la forêt de Compiègne (1308). Cet ordre devint très populaire en France. Tous les hommes importants du temps de Charles V et de Charles VI furent en relation intime avec cet ordre. Montaigu fit beaucoup de bien aux Célestins de Marcoussis. (_Archives_, L, 1539-1540.)

88--page 124--_Tout le monde pleurait, les ennemis comme les amis..._

Monstrelet, serviteur de la maison de Bourgogne, qui écrit à Cambrai (en la noble cité de Cambrai, t. I, p. 48), et certainement plusieurs années après l'événement, assure que le peuple se réjouit de cette mort. Le Religieux de Saint-Denis, ordinairement si bien informé, si près des événements, et qui semble les enregistrer à mesure qu'ils arrivent, ne dit rien de pareil. Il assure que le meurtrier lui-même parut affligé (folio 553); il ne croit pas, il est vrai, à la sincérité de cette douleur. Moi, j'y crois; cette contradiction me paraît être dans la nature. L'apologiste du duc d'Orléans dit que le duc de Bourgogne pleurait et sanglotait: «Singultibus et lacrymis.» (_Ibid._, folio 593.)

89--page 125--_Hier tout cela, aujourd'hui plus rien..._

«...Et lui qui estoit le plus grand de ce royaume, après le Roy et ses enfans, est en si petit de temps, si chétif. _Et qui cecidit, stabili non erat ille gradu. Agnosco nullam homini fiduciam, nisi in Deo; et si parum videatur, illuscescat clarius... Parcat sibi Deus._» (_Archives_, _Registres du Parlement_. _Plaidoiries_, _Matinée VI_, folio 7, verso.)

90--page 126--_On trouve aux Célestins la cellule où il aimait à se retirer..._

Selon l'apologiste du duc d'Orléans (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 594), il disait tous les jours le bréviaire: «Horas canonicas dicebat.»--«Il avoit, dit Sauval, sa cellule dans le dortoir des Célestins, laquelle y est encore en son entier. Il jeûnoit, veilloit avec les religieux, venoit à matines comme eux durant l'Avent et le Carême. Ce prince leur a donné la grande Bible en vélin, enluminée, qui avoit été à son père Charles V, et qu'on voit dans leur bibliothèque, signée de Charles V et de Louis, duc d'Orléans. Il leur donna aussi une autre grande Bible en cinq volumes in-folio, écrite sur le vélin, qui a toujours servi et sert encore pour lire au réfectoire.» (Sauval, t. I, p. 460.)

91--page 127--_Sa veuve n'eut pas la consolation d'élever au mort l'humble tombe..._

«Considérant le mot du prophète: Ego sum vermis et non homo, opprobrium hominum et abjectio plebis; je veux et ordonne que la remembrance de mon visage et de mes mains soit faite sur ma tombe en guise de mort, et soit madicte remembrance vêtue de l'habit desdicts religieux Célestins, ayant dessous la tête au lieu d'oreiller une rude pierre en guise et manière d'une roche, et aux pieds, au lieu de lyons... une autre rude roche... Et veux... que madicte tombe ne soit que de trois doigts de haut sur terre, et soit faicte de marbre noir eslevée et d'albâtre blanc..., et que je tienne en mes deux mains un livre où soit escrit le psaume: Quicumque vult salvus esse... Autour de ma tombe soient escrits le Pater, l'Ave et le Credo.» (Testament de Louis d'Orléans, imprimé par Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 633.)

CY GIST LOYS DUC DORLÉANS... LEQUEL SUR TOUS DUCZ TERRIENS FUT LE PLUS NOBLE EN SON VIVANT MAIS UNG QUI VOULT ALLER DEVANT PAR ENVYE LE FEIST MOURIR...

(_Épistaphe de feu Loys, duc d'Orléans._ Bibl. royale, mss. Colbert, 2403; Regius, 9681, 5.)

92--page 127--«_Hinc surrectura_»...

Cette inscription, la plus belle peut-être qu'on ait jamais lue sur une tombe chrétienne, a été placée par mon ami, M. Fourcy (bibliothécaire de l'École polytechnique), sur celle de sa mère.

93--page 128, note 2--_Inès de Castro..._

Lopes parle seulement de la translation du corps: «Como foi trellada Dona Enez, etc.» (_Collecçao de livros ineditos._ 1816, t. IV, p. 113.) M. Ferdinand Denis, dans ses intéressantes _Chroniques de l'Espagne et du Portugal_, t. I, p. 157, cite le texte principal (de Faria y Souza), qui appuie la tradition.--Un savant Portugais, M. Corvalho, assurait avoir vu, il y a quelques années, le corps d'Inès bien conservé: «Seulement la peau avait pris le ton du vélin bruni par le temps...» (_Ibid._, t. I, p. 163.) M. Taylor, en 1835, n'a plus trouvé que des ossements dispersés sur les dalles du couvent d'Alcabaça, et il les a pieusement inhumés. (_Voyage pitt. en Espagne et en Portugal_, l. XIII.)--Je trouve encore dans les _Chroniques_, traduites par M. Ferdinand Denis (t. I, p. 78), un fait curieux qui caractérise, autant que l'histoire d'Inès, le matérialisme poétique de ces temps, c'est l'histoire du bon vassal qui ne veut pas rendre son château au nouveau roi avant de s'assurer de la mort de son maître Sanche II. Il va à Tolède, où Sanche était mort exilé, enlève la pierre, reconnaît le mort, et accomplit son serment féodal en lui remettant au bras droit les clefs du château qu'il lui a autrefois confiées.

94--page 129--_Les tombeaux de La Scala..._

«In terra, e meze sepolte, son prima tre arche di marmo nostrale, quali non si sa per qual di questa casa servissero, poichè non hanno iscrizione alcuna; benne hanno l'arme sopra i coperchi, e _nel mezo di uno si vede la scala con aquila sopra_,

E'n su la scala porta il santo uccello.»

(Dante, _Parad._, XVII, 72.--Maffei, _Verona illustrata_, parte terza, p. 78, éd. in-folio.)

95--page 129--_La tombe de l'assassiné..._

Si ma mémoire ne me trompe, il y a près de là, dans Vérone, plusieurs lieux dont les noms rappellent cet événement: «Via dell' ammazato, Via delle quatro spade, Volto barbaro,» etc.--Ma conjecture semble appuyée par le passage suivant: «Sepultus... _exigua cum pompa_ tantum, cum cives vererentur ne offenderent fratrem.» (Torelly Saraynæ Veronensis, _Hist. Veron._, lib. secundo; _Thesaur. Antiquit. Ital._ Grævii et Burmanni, t. noni, parte septima, colonn. 71.)

96--page 129--_Can Signore de La Scala tua son frère dans la rue, en plein jour..._

«Cæde hac a civibus et populo percepta, quilibet quietus remansit... Approbata fuit ejus mens... Exclamarunt omnes: Vivat Dominus noster...» (_Ibid._, colonn. 70-71.)

97--page 130--_Toutes les questions politiques, morales, religieuses, s'agitèrent à l'occasion de la mort du duc d'Orléans._

Ces grandes questions semblent avoir déjà été débattues en France, à l'occasion de la fin tragique de Richard II. Voy. _Lettre de Charles VI aux Anglais_, 2 oct. 1402. Bibl. royale, mss. Fontanieu, 105-6; Brienne, vol. XXXIV, p. 227.

98--page 131--_Le duc de Bourgogne leur dit tout pâle..._

«Se fecisse instigante Diabolo.» (Religieux, ms., folio 154.)--Plus loin, l'apologiste du duc d'Orléans rapporte cette parole comme avouée du duc de Bourgogne lui-même: «Tunc dixit quod Diabolus ad id ipsum tentaverat, et nunc sine verecundia sibimet contradicendo dicit quod optime fecit.» (_Ibid._, ms., folio 593.)

99--page 132--_Il rassembla les États de Flandre, d'Artois_, etc.

«Auxquels il fit remontrer publiquement comment à Paris il avoit fait occire Louis, duc d'Orléans; et la cause pourquoi il l'avoit fait, il la fit lors divulguer par beaux articles et commanda que la copie en fût baillée par écrit à tous ceux qui la voudroient avoir; pour lequel fait il pria qu'on lui voulsist faire aide à tous besoins qui lui pourroient survenir. À quoi lui fut répondu des Flamands que très volontiers aide lui feroient.»--Les Flamands lui étaient d'autant plus favorables en ce moment qu'il venait de leur obtenir une trêve de l'Angleterre. (Monstrelet, t. I, p. 207, 231.)

100--page 133--_Il fit répandre le bruit qu'il n'avait fait que prévenir le duc d'Orléans..._

Le duc de Bourgogne aurait pu soutenir cette assertion, si l'on s'en rapportait à la mauvaise traduction que Le Laboureur a faite du Religieux. Il lui fait dire ridiculement (p. 624): «Ces flamèches de division causèrent un embrasement de haine et d'inimitié qu'on ne put esteindre et qui fit découvrir beaucoup d'apparence de _conspirations_ sur la vie l'un de l'autre.» Il n'y a pas de _conspirations_ dans le texte; il dit: «In necem mutuam diu visi fuerunt _publice_ aspirare.» (Folio 552.)--Cette récrimination atroce du meurtrier n'est, je crois, exprimée nettement que dans une chronique belge que j'ai déjà citée. Elle suppose, ce qui met le comble à l'invraisemblance, que le duc d'Orléans s'adressa à son ennemi mortel, Raoul d'Auquetonville, pour le décider à tuer le duc de Bourgogne: «Avint ce nonobstant, par commune voix et renommée, si comme on disoit, que ledit Dorliens avoit marchandé ou voloit marchander à Raoulet d'Actonville de tuer le duc de Bourgogne, lequel fait fu découvert par ledit Raoulet au duc de Bourgogne.» (_Chronique ms._, nº 801 D (Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles), folio 222.)

101--page 133--_Le plus triste et le plus rude hiver..._

Au commencement de janvier 1408, il fait si froid que le Parlement ne tient pas séance... «_Il ne pouoit besoigner: le grephier mesme, combien qu'il eust prins feu delez lui, en une poelette, pour garder lancre de son cornet de geler, lancre se geloit en sa plume, de 2 ou 3 mos en 3 mos, et tant que enregistrer ne pouoit..._» Ce récit est quatre fois plus long que celui de la mort du duc d'Orléans. Les glaçons empêchaient les moulins de fonctionner: il y eut disette. Quand la gelée cessa, les ponts furent emportés. Le greffier termine par ces mots:... «_Et ce cas, avec l'occision de feu monseigneur Loiz duc Dorléans frère du roy_ (DE QUO SUPRA, MENSÉ NOVEMBRI), _a esté à grant merveille en ce royaume..._» Il paraît qu'il y eut vacance pendant un mois. 1er jour de février: «_Curia vacat, pour ce qu'il n'a osé passer la rivière pour aler au Palaiz pour la grant impétuosité et force d'elle. Car aussy croit-elle toujours._» (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, vol. XIII, folio 11; et _Plaidoiries_, _Matinée VI_, folio 40.)

102--page 135--_Le duc de Bourgogne revint_, etc.

«Et se logea en l'hostel d'un bourgeois, nommé Jacques de Haugart, auquel hôtel ledit duc fit pendre par dessus l'huis par dehors deux lances, dont l'une si avoit fer de guerre et l'autre si avoit fer de rochet; pourquoi fut dit de plusieurs nobles estant à icelle assemblée que ledit duc les y avoit fait mettre en signifiance que qui voudroit avoir à lui paix ou guerre, si le prensit.» (Monstrelet, t. I, p. 234.)

103--page 135--_Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour l'empêcher de venir..._

À l'approche des troupes qui allaient occuper Paris, le Parlement, avec sa prudence ordinaire, ne voulut point se mêler des affaires de la ville ni des précautions à prendre: «Et si a esté touchié de requérir provision pour la ville de Paris où plusieurs gens d'armes doivent arriver... Sur quoy n'a pas été conclu, _quia, ad curiam non pertineret multis obstantibus_; au moins, ny pourroit remédier.» (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, XIII, 10 février 1407 (1408), folio 13, verso.)

104--page 138--_Jean Petit fut soutenu par le duc de Bourgogne..._

Cette pension n'était pas gratuite; Jean Petit nous apprend lui-même qu'il a fait serment au duc de Bourgogne: «Je suis obligé à le servir par serment à lui faict il y a trois ans passés... Lui, regardant que j'estois très petitement bénéficié, m'a donné chascun an bonne et grande pension pour moi aider à tenir aux escoles; de laquelle pension j'ai trouvé une grand'partie de mes dépens et trouverai encore, s'il lui plaît de sa grâce.» (Monstrelet, t. I, p. 245.)

105--page 139--_Il établissait qu'il était méritoire de tuer un tyran._

Bien entendu qu'il ne faut pas chercher dans le discours de Jean Petit un sérieux examen de ce prétendu droit de tuer.

Qui a droit _de tuer_? Que la société l'ait elle-même (qu'elle doive du moins l'exercer toujours), cela est fort contestable. Dieu a dit: _Non occides_. Caïn qui a tué son frère, Dieu ne le tue point; il le marque au front.--La société ne doit-elle pas au moins _tuer pour son salut_? Ceci mène loin. Cléon affirme, dans Thucydide, qu'Athènes doit, pour son salut, tuer tout un peuple, celui de Lesbos.--En admettant que la société ait droit de tuer, _un individu_ peut-il jamais se charger de tuer _pour elle_, se faire juge du meurtre, juge et bourreau à la fois?--Tuer _un tyran_. Mais qu'est-ce qui a vu un tyran? qui jamais, dans le monde moderne, a rencontré cette bête horrible de la cité antique? C'est un être disparu, tout autant que certains fossiles. Quel souverain des temps modernes (sauf peut-être un Eccelino, un Ali, un Djezzar) a pu rappeler le tyran de l'antiquité? ce monstre qui supprimait la loi dans une ville, sous lequel il n'y avait plus rien de sûr, ni la propriété, ni la famille, ni la pudeur, ni la vie? (Note de 1840.)

106--page 140--«_le duc d'Orléans était sorcier_»...

M. Buchon dit que le détail des maléfices du duc d'Orléans, toujours omis dans les éditions antérieures de Monstrelet, ne se trouve que dans le ms. 8347. Le ms. du Roi 10319, ms. du commencement du quinzième siècle, est précédé d'une miniature enluminée qui représente un loup cherchant à couper une couronne surmontée d'une fleur de lis, tandis qu'un lion l'effraye et le fait fuir. Au bas, on lit ces quatre vers:

Par force le leu rompt et tire À ses dents et gris la couronne, Et le lion par très grand ire De sa pate grant coup lui donne.

(Buchon, édit. de Monstrelet, t. I, p. 302.)

107--page 143--_L'Université, le clergé, allèrent dépendre_, etc.

«Ce dit jour ont esté despenduz deux exécutez au gibet, qui se disoient clercs et escoliers de l'Université de Paris, et au despendre a eu, comme len dit, plus de XL _mille_ personnes au gibet, et ont esté ramenez en deux sarqueux, à grant compaignie et grans processions des églises et de l'Université, sonnans toutes les cloches des églises, jusques au parviz de N. D., entre X et XI heures, couverts de toile noire, et rendus à lévesque de Paris par certaine forme et manière, et depuiz portez ou menez à Saint-Maturin où ont esté inhumez, comme len dit, et ce fait par ordonnance royal.» 16 mai 1408. (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Plaidoiries_, _Matinée VI_, folio 93, et _Conseil_, vol. XIII, folio 26.)

108--page 143--_Deux messagers de Benoît XIII avaient apporté des bulles menaçantes..._

«A esté présentée au roy, dès lundi, comme len disoit, une bulle par laquelle le pape Benedict, qui est lun des contendens du papat, excommunie le roy et messires ses parents, et adhérens. Et qu'il en avendra? Diex y pourvoie!» (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, XIII, folio 27.)

109--page 144--_Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux hommes et aux affaires_, etc.

«Theologi atque artistæ, in disputationibus magis quam processibus experti... Unde inter eos atque in jure peritos pluries orta verbalis discordia.» (Religieux, ms., folio 565.)

110--page 146--_Les deux messagers du pape furent traînés par les rues_, etc.

«Au jour dui entre 10 et 11 heures les prélas et clergie de France assemblé au Palaiz, sur le fait de l'Église, ont esté amenez maistre Sanceloup, nez du pair Darragon, et un chevaucheur du pape Benedict qui fu devers nez de Castelle, en 2 tumbereaux, chascun deulx vestuz dune tunique de toille peincte, où estoit en brief effigiée la manière de la présentation des mauveses bulles dont est mention le 21 de may ci-dessus, et les armes du dict Benedict renversées et autres choses, et mittrez de papier sur leurs têtes, où avoit escriptures du fait, depuis le Louvre où estoient prisonniers, avec plusieurs autres de ce royaume, prélas et autres gens déglise, qui avoient favorisé aux dictes bulles, comme len dit, jusques en la court du Palaiz en molt grant compaignie de gens à trompes, et là ont esté eschafaudez publiquement et puiz remenez au dit Louvre par la manière dessus dicte.» (_Archives_, _Registres du Parlement_, _Conseil_, XIII, folio 39, août 1408.)

111--page 146--_Le parti de Benoît et d'Orléans se fortifiait à Liège..._

V. les curieux détails que donne Zanfliet sur la faction des _Haïroit_. (_Cornelii Zanfliet Leodiensis monachi Chronicon_, ap. Martene _Ampliss. Coll._, t. V, p. 365, 366.) Le Religieux et Monstrelet sont fort étendus et fort instructifs. Placentius (_Catalogus_, etc.) est peu détaillé.

112--page 148--_Le duc de Bourgogne ordonna le massacre des prisonniers..._

«Y ont esté occis... de vingt-quatre à vingt-six mille Liégeois, comme on peut le savoir par l'estimation de ceux qui ont vu les noms... Nous avons bien perdu de soixante à quatre-vingt chevaliers ou écuyers.» (Lettre du duc de Bourgogne.)--V. M. de Barante, t. III, p. 211-212, 3e édition.

113--page 149--_On savait qu'il avait payé de sa personne..._

«Comment en décourant de lieu à autre, sur un petit cheval, exhorta et bailla à ses gens grand courage, et comment il se maintint jusques en la fin, n'est besoin d'en faire grand déclaration... Oncques de son corps sang ne fut trait pour icelui jour, combien qu'il fut plusieurs fois travaillé.» (Monstrelet, t. II, p. 17.)

114--page 149--_La reine et les princes étaient revenus à Paris..._