Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 2 / 10)
Part 39
«Les Anglo-Saxons, dit Guillaume de Malmesbury, avaient, longtemps avant l'arrivée des Normands, abandonné les études des lettres et de la religion. Les clercs se contentaient d'une instruction tumultuaire; à peine balbutiaient-ils les paroles des sacrements, et ils s'émerveillaient tous si l'un d'eux savait la grammaire. Ils buvaient tous ensemble, et c'était là l'étude à laquelle ils consacraient les jours et les nuits. Ils mangeaient leurs revenus à table, dans de petites et misérables maisons. Bien différents des Français et des Normands, qui, dans leurs vastes et superbes édifices, ne font que très peu de dépense. De là tous les vices qui accompagnent l'ivrognerie, qui efféminent le coeur des hommes. Aussi, après avoir combattu Guillaume avec plus de témérité et d'aveugle fureur que de science militaire, vaincus sans peine en une seule bataille, ils tombèrent eux et leur patrie dans un dur esclavage.--Les habits des Anglais leur descendaient alors jusqu'au milieu du genou; ils portaient des cheveux courts, et la barbe rasée; leurs bras étaient chargés de bracelets d'or, leur peau était relevée par des peintures et des stigmates colorés; leur gloutonnerie allait jusqu'à la crapule, leur passion pour la boisson jusqu'à l'abrutissement. Ils communiquèrent ces deux derniers vices à leurs vainqueurs; et, à d'autres égards, ce furent eux qui adoptèrent les moeurs des Normands. De leur côté, les Normands étaient et sont encore (au milieu du douzième siècle, époque où écrivait Guillaume de Malmesbury) soigneux dans leurs habits jusqu'à la recherche, délicats dans leur nourriture, mais sans excès, accoutumés à la vie militaire et ne pouvant vivre sans guerre; ardents à l'attaque, ils savent, lorsque la force ne suffit pas, employer également la ruse et la corruption. Chez eux, comme je l'ai dit, ils font de grands édifices et une dépense modérée pour la table. Ils sont envieux de leurs égaux; ils voudraient dépasser leurs supérieurs, et, tout en dépouillant leurs inférieurs, ils les protègent contre les étrangers. Fidèles à leurs seigneurs, la moindre offense les rend pourtant infidèles. Ils savent peser la perfidie avec la fortune, et vendre leur serment. Au reste, de tous les peuples ils sont les plus susceptibles de bienveillance; ils rendent aux étrangers autant d'honneur qu'à leurs compatriotes, et ils ne dédaignent point de contracter des mariages avec leurs sujets.» (Willelm. Malmesburiensis, de Gestis regum Anglorum, l. III, ap. Scr. fr. XI, 185.)--Math. Paris (éd. 1644), p. 4: «Optimates (Saxonum)... more christiano ecclesiam mane non petebant, sed in cubiculis et inter uxorios amplexus matutinarum solemnia ac missarum a presbytero festinantes auribus tantum prælibabant... Clerici... ut esset stupori qui grammaticam didicisset.»--Order. Vital, l. IV, ap. Scr. fr. XI, 242: «Anglos agrestes et pene illiteratos invencrunt Normanni.»
61--page 150--_Harold livré à Guillaume..._
Guill. Pictav., ap. Scr. fr. XI, 87: «Heraldus ei fidelitatem sancto ritu Christianorum juravit... Se in curia Edwardi, quamdiu superesset, ducis Guillelmi vicarium fore, enisurum... ut anglica monarchia post Edwardi decessum in ejus manu confirmaretur; traditurum interim... castrum Doveram.» (Voy. aussi Guill. Malmsb., ibid. 176, etc.).--Suivant les uns, dit Wace (_Roman de Rou_, ap. Scr. fr. XIII, 223), le roi Édouard détourna Harold de ce voyage, lui disant que Guillaume le haïssait et lui jouerait quelque tour. (Voy. aussi Eadmer, XI, 192.) Suivant les autres, il l'envoya pour confirmer au duc la promesse du trône d'Angleterre:
N'en sai mie voire ocoison, Mais l'un et l'autre escrit trovons.
Guillaume de Jumièges (ap. Scr. XI, 49), Ingulf de Croyland (ibid., 154), Orderic Vital (ibid., 234), la _Chronique de Normandie_ (XIII, 222), affirment qu'Édouard avait désigné Guillaume pour son successeur. Eadmer même ne le nie point (XI, 192).--Au lit de mort, Edward, obsédé par les amis d'Harold, rétracta sa promesse. (Roger de Hoved., ap. Scr. fr. XI, 312, _Roman de Rou_ et _Chronique de Normandie_, t. XIII, p. 224.)
62--page 156--_Le conquérant essaya même d'apprendre l'anglais..._
Order. Vital, ap. Scr. fr. XI, 243. «Anglicam locutionem plerumque sategit ediscere... Ast a perceptione hujusmodi durior ætas illum compescebat.»--Il avait commencé par réprimer par des règlements sévères la licence de ses mercenaires. Guill. Pictav., ibid., 101: «Tutæ erant a vi mulieres; etiam illa delicta quæ fierent consensu impudicarum... vetabantur. Potare militem in tabernis non multum concessit... seditiones interdixit, cædem et omnem rapinam, etc. Portus et quælibet itinera negotiatoribus patere, et nullam injuriam fîeri jussit.» Ce passage du panégyriste de Guillaume a été copié par le consciencieux Orderic Vital, ibid., 238.--«L'homme faible et sans armes, dit encore Guillaume de Poitiers, s'en allait chantant sur son cheval, partout où il lui plaisait, sans trembler à la vue des escadrons des chevaliers.»--«Une fille chargée d'or, dit Huntingdon, eût impunément traversé tout le royaume.»--(Scr. fr. XI, 211.) Plus tard, la résistance des Anglo-Saxons irrita Guillaume, et le poussa à ces violences dont retentissent toutes les Chroniques.
63--page 168--_La chair maudite par l'islamisme..._
«Chez les musulmans les mots «femmes» et «objet défendu par la religion» peuvent se dire l'un pour l'autre. (Bibl. des Croisades, t. IV, p. 169.)
_Ils se battent depuis mille ans pour Fatema..._
Fatema entrera dans le Paradis la première après Mahomet; les musulmans l'appellent la Dame du Paradis.--Quelques Schyytes (sectateurs d'Ali) soutiennent qu'en devenant mère Fatema n'en est pas moins restée vierge, et que Dieu s'est incarné dans ses enfants. (_Description des Monuments musulmans_ du cabinet de M. de Blacas, par M. Reinaud, II, 130, 202.)
_Ils proclament l'incarnation d'Ali..._
Aujourd'hui encore des provinces entières, en Perse et en Syrie, sont dans la même croyance. «Ceux mêmes des Schyytes qui n'ont pas osé dire qu'_Ali était Dieu_ ont été persuadés que peu s'en fallait, et les Persans disent souvent: «Je ne pense pas qu'Ali soit Dieu; mais je ne crois pas qu'il en soit loin.»--Les Schyytes disent à ce sujet que tel était l'éclat qui reluisait sur la personne d'Ali, qu'il était impossible de soutenir ses regards. Dès qu'il paraissait, le peuple lui criait: _Tu es Dieu!_--À ces mots, Ali les faisait mourir; ensuite il les ressuscitait, et eux de crier encore plus fort: Tu es Dieu, tu es Dieu! De là ils l'ont surnommé le Dispensateur des lumières; et, quand ils peignent sa figure, il lui couvrent le visage. (Reinaud, II, 163.)
_Mahomet est la lumière incréée..._
Suivant quelques docteurs, au moment de la création, l'idée de Mahomet était sous l'oeil de Dieu, et cette idée, substance à la fois spirituelle et lumineuse, jeta trois rayons: du premier, Dieu créa le ciel; du second, la terre; du troisième, Adam et toute sa race. Ainsi la Trinité rentre dans l'islamisme, comme l'incarnation.--Les Occidentaux crurent y voir aussi la hiérarchie chrétienne. «Ces nations, dit Guibert de Nogent, ont leur pape comme nous.» (L. V, ap. Bongars, p. 312-13.)
64--169--_Les Fatemites fondèrent au Caire la loge ou maison de la sagesse..._
Hammer, _Histoire des Assassins_, p. 4.--La _maison de la sagesse_ n'est peut-être qu'une même chose avec ce palais du Caire dont Guillaume de Tyr nous a laissé une si pompeuse description. La progression de richesses et de grandeur semblerait correspondre à des degrés d'initiation. Quoi qu'il en soit, nous donnons la traduction de ce précieux monument:
«Hugues de Césarée et Geoffroi, de la milice du Temple, entrèrent dans la ville du Caire, conduits par le Soudan, pour s'acquitter de leur mission; ils montèrent au palais, appelé _Casher_ dans la langue du pays, avec une troupe nombreuse d'appariteurs qui marchaient en avant, l'épée à la main et à grand bruit; on les conduisit à travers des passages étroits et privés de jour, et à chaque porte des cohortes d'Éthiopiens armés rendaient leurs hommages au Soudan par des saluts répétés. Après avoir franchi le premier et le second poste, introduits dans un local plus vaste, où pénétrait le soleil, et exposé au grand jour, ils trouvent des galeries en colonnes de marbre, lambrissées d'or et enrichies de sculptures en relief, pavées en mosaïque, et dignes dans toute leur étendue de ta magnificence royale; la richesse de la matière et des ouvrages retenait involontairement les yeux, et le regard avide, charmé par la nouveauté de ce spectacle, avait peine à s'en rassasier. Il y avait aussi des bassins remplis d'une eau limpide; on entendait les gazouillements variés d'une multitude d'oiseaux inconnus à notre monde, de forme et de couleur étranges, et pour chacun d'eux une nourriture diverse et selon le goût de son espèce. Admis plus loin encore, sous la conduite du chef des eunuques, ils trouvent des édifices aussi supérieurs aux premiers en élégance que ceux-ci l'emportaient sur la plus vulgaire maison. Là était une étonnante variété de quadrupèdes, telle qu'en imagine le caprice des peintres, telle qu'en peuvent décrire les mensonges poétiques, telle qu'on en voit en rêve, telle enfin qu'on en trouve dans les pays de l'Orient et du Midi, tandis que l'Occident n'a rien vu et presque jamais rien ouï de pareil.-Après beaucoup de détours et de corridors qui auraient pu arrêter les regards de l'homme le plus occupé, on arriva au palais même, où des corps plus nombreux d'hommes armés et de satellites proclamaient par leur nombre et leur costume la magnificence incomparable de leur maître; l'aspect des lieux annonçait aussi son opulence et ses richesses prodigieuses. Lorsqu'ils furent entrés dans l'intérieur du palais, le Soudan, pour honorer son maître selon la coutume, se prosterna deux fois devant lui, et lui rendit en suppliant un culte qui ne semblait dû qu'à lui, une espèce d'adoration. Tout à coup s'écartèrent avec une merveilleuse rapidité les rideaux, tissus de perles et d'or, qui pendaient au milieu de la salle et voilaient ainsi le trône; la face du calife fut alors révélée: il apparut sur un trône d'or, vêtu plus magnifiquement que les rois, entouré d'un petit nombre de domestiques et d'eunuques familiers.» Willelm. (Tyrens., l. XIX, c. XVII.)
_Ils menaient par neuf degrés de la, religion au mysticisme..._
Ce mysticisme des Alides leur a souvent fait appliquer, à la dévotion le langage de l'amour, comme il leur a donné une tendance à s'élever de l'amour du réel à celui de l'idéal.
Un poète persan dit en s'adressant à Dieu:
«C'est votre beauté, ô Seigneur! qui, toute cachée qu'elle est derrière un voile, a fait un nombre infini d'amants et d'amantes;
«C'est par l'attrait de vos parfums que Leyla ravit le coeur de Medjnoun; c'est par le désir de vous posséder que Vamek poussa tant de soupirs pour celle qu'il adorait.» (Reinaud, I, 52.)
_Du mysticisme à l'absolue indifférence..._
Le principe de la doctrine ésotérique était: _Rien n'est vrai et tout est permis._ (Hammer, p. 87.) Un imam célèbre écrivit contre les Hassanites un livre intitulé: _De la Folie des partisans de l'indifférence en matière de religion._
65--page 178--_Pierre-l'Ermite..._
Guibert. Nov., l. II, c. VIII: «Le petit peuple, dénué de ressources, mais fort nombreux, s'attacha à un certain Pierre-l'Ermite, et lui obéit comme à son maître, du moins tant que les choses se passèrent dans notre pays. J'ai découvert que cet homme, originaire, si je ne me trompe, de la ville d'Amiens, avait mené d'abord une vie solitaire sous l'habit de moine, dans je ne sais quelle partie de la Gaule supérieure. Il partit de là, j'ignore par quelle inspiration; mais nous le vîmes alors parcourant les villes et les bourgs, et prêchant partout: le peuple l'entourait en foule, l'accablait de présents, et célébrait sa sainteté par de si grands éloges, que je ne me souviens pas que l'on ait jamais rendu à personne de pareils honneurs. Il se montrait fort généreux dans la distribution de toutes les choses qui lui étaient données. Il ramenait à leurs maris les femmes prostituées, non sans y ajouter lui-même des dons, et rétablissait la paix et la bonne intelligence entre ceux qui étaient désunis, avec une merveilleuse autorité. En tout ce qu'il faisait ou disait, il semblait qu'il y eût en lui quelque chose de divin; en sorte qu'on allait jusqu'à arracher les poils de son mulet, pour les garder comme reliques: ce que je rapporte ici, non comme louable, mais pour le vulgaire qui aime toutes les choses extraordinaires. Il ne portait qu'une tunique de laine, et, par-dessus, un manteau de bure qui lui descendait jusqu'aux talons: il avait les bras et les pieds nus, ne mangeait point ou presque point de pain, et se nourrissait de vin et de poissons.»
66--page 180--_Tous ensemble descendirent la vallée du Danube..._
Les environs du Rhin prirent peu de part à la croisade.--Orientales Francos, Saxones, Thoringos, Bavarios, Alemannos, propter schisma quod tempore inter regnum et sacerdotium fuit, hæc expeditio minus permovit. (Alberic, ap. Leibnit. Acces., p. 119.)--Voyez Guibert, l. II, c. I.
67--page 181--_Le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles..._
Willelm. Tyr., l. VIII, c. VI, 9, 10.--Guibert. Novig., l. VII, c. viii: Au siège de Jérusalem «il fit crier dans toute l'armée, par les hérauts, que quiconque apporterait trois pierres pour combler le fossé recevrait un denier de lui. Or il fallut, pour achever cet ouvrage, trois jours et trois nuits.»--Radulph. Cadom., c. XV, ap. Muratori, V, 291: «Il fut tout d'abord un des principaux chefs, et plus tard, lorsque l'argent des autres s'en fut allé, le sien arriva et lui donna le pas. C'est qu'en effet toute cette nation est économe et non point prodigue, ménageant plus son avoir que sa réputation; effrayée de l'exemple des autres, elle travaillait non comme les Francs à se ruiner, mais à s'engraisser de son mieux.»--Raymond reçut aussi force présents d'Alexis (... quibus de die in diem de domo regis augebatur. Albert. Aq., l. II, c. XXIV, ap. Bongars, p. 205). Godefroi en reçut également, mais il distribua tout au peuple et aux autres chefs. (Willelm. Tyr., l. II, c. XII.)
_Ces gens du Midi, commerçants, industrieux, etc.._
Guibert. Nov., l. II, c. XVIII: «L'armée de Raymond ne le cédait, à aucune autre, si ce n'est à cause de l'éternelle loquacité de ces Provençaux.»--Radulph. Cadom., c. LXI: «Autant la poule diffère du canard, autant les Provençaux différaient des Francs par les moeurs, le caractère, le costume, la nourriture; gens économes, inquiets et avides, âpres au travail; mais pour ne rien taire, peu belliqueux... Leur prévoyance leur fut bien plus en aide pendant la famine que tout le courage du monde à bien des peuples plus guerriers; pour eux, faute de pain, ils se contentaient de racines, ne faisant pas fi des cosses de légumes; ils portaient à la main un long fer avec lequel ils cherchaient leur vie dans les entrailles de la terre: de là ce dicton que chantent encore les enfants: «Les Francs à la bataille, les Provençaux à la victuaille.» Il y avait une chose qu'ils commettaient souvent par avidité, et à leur grande honte; ils vendaient aux autres nations du chien pour du lièvre, de l'âne pour de la chèvre; et, s'ils pouvaient s'approcher sans témoin de quelque cheval ou de quelque mulet bien gras, ils lui faisaient pénétrer dans les entrailles une blessure mortelle, et la bête mourait. Grande surprise de tous ceux qui, ignorant cet artifice, avaient vu naguère l'animal gras, vif, robuste et fringant: nulle trace de blessure, aucun signe de mort. Les spectateurs, effrayés de ce prodige, se disaient: Allons-nous-en, l'esprit du démon a soufflé sur cette bête. Là-dessus, les auteurs du meurtre approchaient sans faire semblant de rien savoir, et comme on les prévenait de n'y pas toucher: Nous aimons mieux, disaient-ils, mourir de cette viande que de faim. Ainsi celui qui supportait la perte s'apitoyait sur l'assassin, tandis que l'assassin se moquait de lui. Alors s'abattant tous comme des corbeaux sur ce cadavre, chacun arrachait son morceau, et l'envoyait dans son ventre ou au marché.»
68--page 183--_Bohémond..._
Guibert, 1. III, c. I: «Lorsque cette innombrable armée, composée des peuples venus de presque toutes les contrées de l'Occident, eut débarqué dans la Fouille, Bohémond, fils de Robert Guiscard, ne tarda pas à en être informé. Il assiégeait alors Amalfi. Il demanda le motif de ce pèlerinage, et apprit qu'ils allaient enlever Jérusalem, ou plutôt le sépulcre du Seigneur et les lieux saints, à la domination des Gentils. On ne lui cacha pas non plus combien d'hommes, et de noble race et de haut parage, abandonnant, pour ainsi dire, l'éclat de leurs honneurs, se portaient à cette entreprise avec une ardeur inouïe. Il demanda s'ils transportaient des armes, des provisions, quelles enseignes ils avaient adoptées pour ce nouveau pèlerinage; enfin quels étaient leurs cris de guerre. On lui répondit qu'ils portaient leurs armes à la manière française; qu'ils faisaient coudre à leurs vêtements, sur l'épaule ou partout ailleurs, une croix de drap ou de toute autre étoffe, ainsi que cela leur avait été prescrit; qu'enfin, renonçant à l'orgueil des cris d'armes, ils s'écriaient tous humbles et fidèles: Dieu le veut!»
69--page 190--_Un matin les Francs virent flotter sur la ville le drapeau de l'empereur_, etc...
«Il envoya en même temps de grands présents aux chefs, sollicitant leur bienveillance par ses lettres et par la voix de ses députés; il leur rendit mille actions de grâces pour ce loyal service, et pour l'accroissement qu'ils venaient de donner à l'empire.» Willelm. Tyr., 1. III, c. XII.--Il envoya, dit Guibert, I. III, c. IX, des dons infinis aux princes, et aux plus pauvres d'abondantes aumônes; il jetait ainsi des germes de haine parmi ceux de condition moyenne, dont sa munificence semblait se détourner.» Voy. aussi Raymond d'Agiles, p. 142.
70--page 192--_Un homme du peuple, averti par une vision_, etc...
Raymond, de Agil., p. 155: «Vidi ego hæc quæ loquor, et Dominicam lanceam ibi (in pugna) ferebam.»--Foulcher de Chartres s'écrie: _Audile fraudem et non fraudem!_ et ensuite: _Invenit lanceam, fallaciter occultalam forsitan_, c. X.
71--page 193--_Antioche resta à Bohémond, malgré les efforts de Raymond_, etc...
«Tancrède, dit son historien Raoul de Caen, eut d'abord grande envie de tomber sur les Provençaux; mais il se souvint qu'il est est défendu de verser le sang chrétien; il aima mieux recourir aux expédients de Guiscard. Il fit entrer ses hommes pendant la nuit, et, lorsqu'ils furent en nombre, ils tirèrent leurs épées et chassèrent les soldats de Raymond, avec force soufflets.--L'origine de cette haine, ajoute-t-il, c'était une querelle pour du fourrage, au siège d'Antioche. Des fourrageurs des deux nations s'étaient trouvés ensemble au même endroit, et s'étaient battus à qui aurait le blé.--Depuis lors, chaque fois qu'ils se rencontraient, ils déposaient leurs fardeaux et se chargeaient d'une grêle de coups de poing; le plus fort emportait la proie.» C. 98, 99, p. 316.--Ensuite Raymond et les siens soutinrent l'authenticité de la sainte lance; «parce que les autres nations, dans leur simplicité, y apportaient des offrandes; ce qui enflait la bourse de Raymond. Mais le rusé Bohémond (_non imprudens, multividus_, Rad. Cad., p. 317; Robert. Mon., ap. Bongars, p. 40) découvrit tout le mensonge. Cela envenima la querelle.» C. 101, 102.
72--page 196--_Le nom de Francs devint le nom commun des Occidentaux..._
Guibert, 1. II, c. I: «L'année dernière je m'entretenais avec un archidiacre de Mayence au sujet de la rébellion des siens, et je l'entendais vilipender notre roi et le peuple, uniquement parce que le roi avait bien accueilli et bien traité partout le seigneur pape Pascal, ainsi que ses princes: il se moquait des Français à cette occasion, jusqu'à les appeler par dérision _Francons_. Je lui dis alors: «Si vous tenez les Français pour tellement faibles ou lâches que vous croyiez pouvoir insulter par vos plaisanteries à un nom dont la célébrité s'est étendue jusqu'à la mer indienne, dites-moi donc à qui le pape Urbain s'adressa pour demander du secours contre les Turcs? N'est-ce pas aux Français?»--Id., l. IV, c. III: «Nos princes, ayant tenu conseil, résolurent alors de construire un fort sur le sommet d'une montagne qu'ils avaient appelée _Malreguard_, pour s'en faire un nouveau point de défense contre les agressions des Turcs.» La langue française dominait donc dans l'armée des croisés. Voyez aussi les suites de la quatrième croisade.
_Le roi de France n'en était pas moins appelé par les Grecs_: [Grec: ho basileus tôn basileôn, kai archêgos tou Phraggichou stratou].
Mathieu Paris (ad ann. 1254) et Froissart (t. IV, p. 207) donnent au roi de France le titre de _Rex regum_, et de chef de tous les rois chrétiens.--Les Turcs eux-mêmes voulurent descendre des Francs: «Dicunt se esse de Francorum generatione, et quia nullus homo naturaliter debet esse miles nisi Turci et Franci.» Gesta Francorum, ap. Bongars, p. 7.
73--page 198--_Godefroi languit et mourut..._
Guibert. Nov., l. VII, 22: «Un prince d'une tribu voisine de Gentils lui envoya des présents infectés d'un poison mortel. Godefroi s'en servit sans défiance, tomba tout à coup malade, s'alita, et mourut bientôt après. Selon d'autres, il mourut de mort naturelle.»
74--page 198--_Le langage des contemporains avant la croisade..._
Raym. d'Agiles, ap. Bongars, p. 149: «Jocundum spectaculum tandem post multa tempora nobis factum... Accidit ibi quoddam satis nobis jocundum atque delectabile.»--Il raconte encore que le comte de Toulouse fît un jour arracher les yeux, couper les pieds, les mains et le nez à ses prisonniers, et il ajoute: «Quanta ibi fortitudine et consilio comes claruerit non facile referendum est.»
75--page 200--_Les chrétiens de la croisade ont essayé de valoir mieux qu'eux-mêmes..._
Guib. Nov., l. IV, c. XV: «Unde fiebat, ut nec mentio scorti, nec nomen prostibuli toleraretur haberi: præsertim cum pro hoc ipso scelere, gladiis Deo judice vererentur addici. Quod si gravidam inveniri constitisset aliquam earum mulierum quæ probabantur carere maritis, atrocibus tradebatur cum suo lenone suppliciis.»--«Les moeurs sensuelles des Turcs contrastaient avec cette chasteté chrétienne. Après la grande bataille d'Antioche, on trouva dans les champs et les bois des enfants nouveau-nés dont les femmes turques étaient accouchées pendant le cours de l'expédition.» Guibert, l. V.
76--page 201--_Avant l'an 1000 les paysans de la Normandie s'étaient ameutés..._
Will. Gemetic, l. V, ap. Scr. fr. X, 185: «Rustici unanimes per diversos totius normannicæ patriæ plurima agentes conventicula, juxta suos libitus vivere decernebant; quatenus tam in silvarum compendiis quam in aquarum commerciis, nullo obsistente ante statuti juris obice, legibus uterentur suis... Truncatis manibus ac pedibus, inutiles suis remisit... His rustici expertis, festinato concionibus omissis, ad sua aratra sunt reversi.»
77--page 203--_Ils se dirent avec le poète du douzième siècle..._
Rob. Wace, _Roman de Rou_, vers 5979-6038:
Li païsan e li vilain Cil del boscage et cil del plain, Ne sai par kel entichement, Ne ki les meu primierement; Par vinz, par trentaines, par cenz Unt tenuz plusurs parlemenz... Privéement ont porparlè E plusurs l'ont entre els juré Ke jamez, par lur volonté, N'arunt seingnur ne avoé. Seingnur ne lur font se mal nun; Ne poent aveir od els raisun, Ne lur gaainz, ne lur laburs; Cheseun jur vunt a grant dolurs... Tute jur sunt lur bestes prises Pur aïes e pur servises...